Janvier 1942

Jeudi 1er Janvier  (Circoncision)

Journée semblable à toutes les autres et même plus ennuyeuse à cause de l’absence du personnel et des dérangements que le premier de l’an apporte toujours.

Souhaits le matin, les cadeaux ont été faits à Noël entre Henri et moi mais nous donnons des étrennes aux bonnes et à Cricri 1000frs pour son travail à la ferme, argent qu’elle a bien gagnée la chérie ! Elle nous offre 2 très jolis livres ; à Henri : le Maroc, à moi : La Chine. Jégaden vient le matin nous apporter ses vœux. Je lui vends notre chêne mort. Il me laisse les branches et prend le tronc pour 750frs se chargeant de l’abattage.

Nous avons au déjeuner le poulet tué hier par Cric et des truffes au chocolat faites par elle. Visites du père Salaün, de Marcel et de Jean Charles. Sorti les vaches quelques instants. Visites à Pétronille et aux Jégaden. Libations. Bien pensé aux absents. Prié pour eux.

Vendredi 2 Janvier  (S. Basile)

Préparé un petit colis de 1kg pour Franz. Il contient 2 paquets de tabac, 1/2l de coquillettes, 1 boîte de pâté, 1 boîte de thon, un peu de riz.

Ecrit à Annie. Toudic et Lavenant viennent. Ils étendent le fumier le matin.

Dans l’après-midi, Henri et moi allons au bourg. Séance bien longue à la mairie pour le renouvellement de nos cartes d’alimentation. Expédition du colis de Franz.

Cricri va souhaiter le nouvel an au Moulin à Vent, chez les Salaün et chez les Charles. Jean Cudennec et Yves Jégaden viennent nous porter leurs vœux. Les Anglais aussi se promènent un peu dans le ciel nocturne, sans doute pour nous dire qu’il faudra compter sur eux en 1942 comme en 1941.

Samedi 3 Janvier  (Ste Geneviève)

Partis de nouveau Henri et moi au bourg dès le matin. Pendant que mon mari fait la queue à la boucherie, je vais régler mes comptes chez Cudennec pour l’assurance des juments. Je touche un reliquat pour la pauvre Lina. Nous allons au Syndicat. Monsieur Le Mel voit la situation bien sombre et comme il est bien placer pour en juger, nous sortons de chez lui assez inquiets. Nous étions d’ailleurs décidés avant de le voir à envoyer le plus possible de blé pour le ravitaillement général. Je lui prends 10 sacs.

Visite de Pierre Cudennec pour avoir de la litière. Accordé mais en coupant par moitié. Visite de Me Férec du Guerveur au sujet des assurances sociales de Jean. J’en obtiens promesse de 50ls de semence de pommes de terre primes. Le soir bombardements assez forts. Nous allons au Bavez-Mad chez les Féat. Je porte 6ls ½ d’orge.

Dimanche 4 Janvier  (S. Rigobert)

Messe de 8hrs ½ à Plouezoc’h. Vu Yvonne de Kermadec. Il fait mauvais temps ; à la fois glace et pluie mais dans l’après-midi cela s’arrange un peu et je puis garder les vaches 1 heure et demi ou deux heures dans la première pâture.

J’avais eu avant la visite des jeunes mariés Breton. Je crois qu’ils désirent être employés ici. Mais comment ? A quelles conditions ? Nous n’en avons pas encore discuté, Louis devant partir demain pour Brest se présenter aux autorités maritimes. Il est inscrit et n’a pas fait tout son temps à case de maladie. Va-t-il être mobilisé ?

Après le dîner, Cric et Jeannick vont chez les Squin à Pen an Land. On leur a préparé un très beau « Blavez mad »

Lundi 5 Janvier  (Ste Amélie)

Toudic remplie et pèse les sacs de blé pour le Syndicat dans la matinée et rentre un peu de bois qui restait dans le champ du pigeonnier. L’après-midi il va porter le blé à Plougasnou et chercher à Kermuster le son que nous doit Me Braouézec.

Visite de Marie, sœur d’Yvonne. Je lui vends 9lls d’orge pour faire griller en remplacement du café. Il pleut presque tout l’après-midi. Nous restons dans la cuisine. Henri écrit, fait des comptes. Cric se livre à sa correspondance de jour de l’an, je raccommode le linge de mon mari.

Lettres de Nelly Prat, de Paul et de Paule. Notre colis est arrivé à Sisteron après Noël mais il a fait plaisir tout de même. Je suis même confuse des remerciements reçus pour ces misères !!!

Mardi 6 Janvier  (Epiphanie)

A 7hrs moins ¼, en pleine nuit, réveil par un passage d’avions britanniques accompagné de toute la fanfare allemande. Cela dure deux heures. Nous n’en avons heureusement pas d’autre mal que la privation de sommeil.

Journée de Toudic. Il laboure le champ du Méjou de l’école. A noter que  nous continuons à nous régaler des salades du jardin (scaroles de Bordeaux) afin que l’année prochaine je songe encore à en semer à l’arrière saison. C’est une grande ressource.

Henri, Cric et moi allons à Kerprigent. C’est un grand plaisir pour nous. Les Henri de Preissac sont charmants et affectueux. Cric va le soir avec Jeannick au Mouster chez les L’Hénoret.

Mercredi 7 Janvier  (Ste Mélanie)

Je pars à Plougasnou le matin mais je n’ai pas de chance à la mairie. La carte de Jeannick n’est pas prête, les tickets de matière grasse ne sont pas arrivés, ni mon permis pour broyer le grain des animaux ni les papiers de Wicktoria. La seule chose que j’en rapporte est le bon de chaussures d’Annie. Je paye à la poste les assurances sociales et fais quelques courses.

Corvée de pain. Nous n’avons pas pris l’échange, sommes aux tickets et devons payer naturellement. C’est 49frs 50 pour les 39ls de pain prises à Menou. Yvonne a commencé la bière ce matin en mon absence. Je passe le liquide, ajoute le vinaigre, la levure, le sucre. Ecossé des haricots. Visite de ceux du Moulin à Vent, je les invite pour Samedi.

Jeudi 8 Janvier  (S. Lucien)

Toudic mène Mignonne à la forge le matin et commence avec Cric dans l’après-midi le labour du champ de Kerdini qui sera sous orge. Je mets la bière en bouteille le matin (55 litres)Après-midi à Plougasnou pour colis de Franz : 1l de vermicelle, 1l de haricots, 2 paquets de tabac, ½ l de sucre, 1 pain d’épices, 1 paquet de galettes, ½ l de chocolat, 1 paquet de biscuits, 2 paquets de casse-croûte. Longue attende au bureau de l’entre aide. Me Riou me donne 2 gentils joujoux pour Françoise. Envoyé 1 mandat de 20frs à Nelly pour ses étrennes. Expédié 1 poulet à Suzanne Prat. Il fait froid.

Lettres de Franz pour nous et pour Cric. A partir de maintenant le facteur viendra le matin. C’est un nouveau retard dans le service car ce sont les lettres arrivées la veille qui nous sont remises.

Vendredi 9 Janvier  (S. Julien)

Bombardements violents à la fin de la nuit. Lettre d’Annie. Louis Breton vient. Il fait très mauvais temps et nous ne pouvons l’employer qu‘à trier du bois sous le hangar. Divers rangement.

A la fin de l’après-midi, Cric et moi allons au Guerveur porter la feuille d’assurance sociale de Jean et chercher la semence de pommes de terre primes promise par Me Férec. Elle me vend 50ls à 1fr50, soit 75frs. Nous ne sommes pas encore sauvés mais c’est un commencement, un bon commencement et je reprends espoir. La nouvelle place de Jean me semble ne pas valoir l’ancienne. Ceci sans parti pris.

Ecossé des haricots.

Samedi 10 Janvier  (S. Paul, erm.)

Henri va seul au bourg le matin pour la corvée de boucherie car il fait un temps froid et désagréable avec de fréquentes averses de grêle et dans l’après-midi il va à Kerprigeant. Ici, nous nettoyons et rangeons car le soir nous avons un bien modeste blavez-mad avec les L’Hénoret du Moulin et Pétronille. Il est réussi quand même.

Entre temps, j’écosse des haricots. Je suis effrayée de la longueur de cette tache et prends la résolution de m’y mettre de façon plus suivie.

Dans la nuit j’ai une crise cardiaque qui me fait beaucoup souffrir mais ne va pas jusqu’à la syncope. Mort d’une des lapines.

Dimanche 11  Janvier  (S. Théodore)

Nous nous réveillons sous la neige. Cricri, en allant donner à manger aux chevaux, trouve Io en train de faire son veau, une petite génisse. Elle ne va donc pas partir à la messe. J’y vais avec Henri à Kermuster. Nous payons chez Fustec l’envoi du colis des Pierre, fait en décembre : 75frs pour un poids de 12kgs. Je trouve cela vraiment exagéré mais nous sommes si heureux d’avoir pu faire parvenir quelques babioles que je ne regrette pas cette somme.

Corvée de cuisine. Après la vaisselle, nous allons, Cric et moi, photographier le petit Prigent de Kerdini. Visite du père Salaün avec Lucien Troadec pour une coupe de bois. Je me laisse encore attendrir.

Bombardements. Jeannick en profite pour ne pas se rentrer.

Lundi 12 Janvier  (S. Arcade)

Toudic et Breton commencent à irriguer nos prairies. Visite de Me Piriou qui nous retient une génisse au sevrage. Celle qui est née hier lui plairait beaucoup mais elle est promise depuis longtemps.

Cartes de Paul et de Pierre. Un avis de l’Institut de Beauvais pour la libération de Franz. Nous faisons de suite les papiers demandés et Henri va les porter au bourg pour gagner 24 heures.

Je fais des sacs pour mettre nos haricots. La journée se passe assez calme mais dans le cœur j’ai un espoir qui renaît celui de revoir mon Franz. Pourtant ce qui a été fait pour lui aujourd’hui est peu auprès de toutes les démarches restées vaines.

Avec Yvonne, j’installe les pommes de terre primes pour les faire germer dans un coin de la chambre de la ferme. Nous leur enlevons les premières pousses et les étalons bien sur le plancher.

Mardi 13 Janvier  (Bapt. De N.S.)

1 livre de beurre réquisitionnée : 15frs.

Dès l’aube je suis obligée d’aller dans une garenne pour voir avec Lucien le bois qu’il peut couper. J’en profite pour parler avec Breton et lui proposer de le prendre au mois, lui demandant de me rendre sa réponse pour le 15.

Henri écrit à Albert, j’écris une carte à Pierre. Allons, Henri et moi, à Kermuster toucher le tabac et prendre du pain. Nous allons ensuite goûter à Kergouner. Les Troadec nous ont préparé des takès et des crêpes dont nous nous régalons.

Visite d’Yves Réguer. Je retourne avec lui dans les garennes et lui vends pour 950frs de genêts à couper. Visite de Geoffroy qui cherche aussi des genêts. Il en prendra une charretée dans les pâtures. Breton travaille à irriguer la prairie de Pen an Allée.

Mercredi 14 Janvier  (S. Hilaire)

Reprise du froid qui semblait vouloir décroître hier mais il y a un beau soleil et dans l’après-midi la température remonte. D’ailleurs elle n’est jamais beaucoup tombée jusqu’à présent aux environs de 0 seulement, -1, +1. Si cela pouvait continuer nous aurons eu un hiver clément.

Corvée de pain. Cricri va goûter au Mouster chez une tante de Jeannick : Me L’Hénoret. On lui fait visiter la scierie.

Tout mon temps libre est consacré à l’écossage des haricots. J’ai compté que nous avions déjà mangé ou envoyé à Franz 24ls.

Jeudi 15 Janvier  (S. Maur.)

Chose bizarre, il fait un très beau temps et les avions ne circulent guère cette semaine tandis que la dernière ce n’était que patrouilles et même combats.  Il était tombé 13 bombes à St Jean et 2 ou 3 à Trégastel.

Il gèle fort aujourd’hui. Nous allons, Henri, Cric et moi, déjeuner chez L’Hénoret au Moulin. Jeanne Marie nous fait d’excellentes crêpes. Elle nous donne aussi un saucisson pour Franz. Nous partons, Henri et moi, porter le colis au bourg. Il contient 1l de haricot, 1 morceau de lard fumé, le saucisson des L’Hénoret, ½ l de sucre, 1 pain d’épices, 2 casse-croûtes, 2 biscuits, 2 paquets de cigarettes, ½ l de chocolat.

Anniversaire de Françoise. Ecrit à Annie. Lettre d’Albert. Nous déclarons  nos juments, ordre allemand de recensement.

Vendredi 16 Janvier  (S. Marcel)

Pas grand-chose à noter. Il pleut une grande partie de la journée et Breton emploie son temps à fendre du bois sous le hangar.

Vers la fin de l’après-midi Henri et moi portons à Kermuster un sac de carottes destiné à Dumez. En revenant nous prenons de l’épicerie chez Eugénie et nous constatons que la marchandise a encore diminuée tandis que les prix se sont encore élevés. Un litre de vin blanc ordinaire coûte 28frs50. Nous n’en avons pas pris bien entendu.

Cric brode son bonnet péruvien, j’écosse des haricots. L’Hénoret de Kervédeo vient voir la génisse de Io. Elle lui plaît et il la retient. Anniversaire d’Annie.

Samedi 17 Janvier  (S. Antoine)

Henri va seul au bourg le matin. J’achève l’écossage de mes haricots blancs, sépare les semences de ce qui est destiné à la consommation, pèse le tout. Jusqu’à présent j’ai récolté 97 livres 150grs de ces légumes en sec. Il me reste encore les flageolets à écosser. Il y en a pas mal mais presque tous sont tachés par l’humidité et j’en sauverai peu, je le crains. L’an passé ce fut la même chose. Les chevriers réussissent ici beaucoup moins que le vulgaire haricot blanc. Celui-ci m’a donné un minimum de 8 pour 1. Les noirs vont aussi bien donnés et sont les meilleurs pour manger en vert.

Lettre de Suzanne Prat qui remercie de son poulet et dit que devant les difficultés du ravitaillement sa famille va sans doute partir pour la Trinité.

Dimanche 18 Janvier  (Ch. De S. Pierre)

Messe de 8hrs ½ à Plouezoc’h. Rangements. Gardé les vaches dans l’après-midi. Visite de Lancien de Kergaradec qui cherche une génisse pie noire. Il nous propose un petit taureau de 8 jours, origine Plougonven. Ceci fait notre affaire : nous irons le voir. Après dîner j’écosse des haricots. Cricri sort avec Jeannick. – censure -

Lundi 19 Janvier  (S. Sulpice)

Toudic et Breton commencent à fumer la terre de la garenne de Pen an Allée où l’on doit mettre des pommes de terre. Il fait moins froid mais il pleuvote. Cric et moi allons à Kermuster. Félicitons Germaine Le Sault dont nous venons d’apprendre les fiançailles par Yvonne. Acheté un plat et des verres, pris du pain. Dans l’après-midi, Henri va à Plougasnou. A la mairie on ne peut lui donner aucun renseignement au sujet de la réquisition des chevaux. Je vis dans des transes et ne puis dormir la nuit depuis que nous sommes sous cette menace.

Carte de Paul Morize.

Mardi 20 Janvier  (S. Sébastien)

Mariage de François Prat. Nous pensons bien à lui. Il fait ici un joli temps, un peu frais mais clair, même ensoleillé. On ne peut souhaiter mieux pour la saison et nous espérons qu’ils ont le même à Paris.

Nous en profitons, Cric et moi, pour aller à Térénez voir Me Boubennec qu’Henri avait rencontrée, toujours cafardeuse de la semaine dernière. Elle est sans nouvelles de son fils Louis depuis le mois de Mars, el sachant seulement prisonnier des Anglais. Elle nous reçoit très affectueusement, nous fait un excellent café et nous donne 3 douz. d’huîtres. Nous allons avec elle à la recherche de semences de pommes de terre et voir "le vanigateur" malade. Au Guerveur pas de graines de rutas.

Mercredi 21 Janvier  (Ste Agnès)

Jour du pain. Je suis effrayée de notre consommation. Chaque semaine elle dépasse de 15 à 20 livres la ration à laquelle nous avons droit et cela n’a rien d’étonnant car Toudic, Breton et Yvonne ne me donnent aucun ticket. Les autres ont bon appétit mais sauf Wicktorya, assez goinfre, et Henri, ils ne dépassent pas les 350grs auxquels ils ont droit. Cric même ne les atteint certainement pas ;

Visite au Roc’Hou. Nous nous y trouvons avec le très sympathique ménage Costa de Beauregard. Cela nous change de notre ambiance. De plus nous pouvons échanger plus librement nos idées. Cela fait du bien. Nous apprenons que l’aviateur carbonisé sous nos yeux a été identifié. C’était un Français gaulliste.

Jeudi 22 Janvier  (S. Vincent)

Pas grand’chose à noter. Hier Toudic et Breton ont achevé le labour de la terre d’orge. Aujourd’hui le sol était trop glacé pour permettre à Breton de travailler le petit emplacement réservé pour semer les betteraves et les rutabagas. Il a fait divers arrangements dans la ferme, fendu du bois, fait un tabouret et réparé 2 autres.

Je réponds à Xandra, j’écosse des haricots. Cricri se chiffre en rose sur un petit mouchoir noir. En somme journée assez terne.

Vendredi 23 Janvier  (S. Raymond)

Même temps qu’hier : sombre, froid bien désagréable mais la terre est moins dure ; on peut labourer dans le champ du pigeonnier.

Envoyé un colis de 1kg à Franz. Il contient un pain d’épices fait ici, la tablette de chocolat donnée par les Troadec de Kergouner et 5 comprimés de "poule au pot". Impossible, à cause du poids, d’y mettre les 2 paquets de tabac que j’ai en réserve.

Cartes de Paul, de Pierre, de René Serdet et de Roberto Heymann. Yvonne ne vient pas, ayant une lessive à faire. C’est Cric qui garde les vaches pendant que je prépare de la bière.

Samedi 24 Janvier  (S. Babylas)

Henri va le matin à Plougasnou. Je mets de la bière en bouteille (58). Cricri se taille des chemises de nuit. Breton charrue dans la garenne où nous pensons mettre des pommes de terre. Sous la menace de voir nos juments enlevées par les autorités allemandes nous nous hâtons le plus possible de faire les travaux. Malheureusement le temps n’est guère favorable.

Lettre de Kiki, nous disant qu’elle a été bien souffrante depuis le 1er Janvier. Lettre de Franz à Annie dont nous prenons connaissance y étant autorisés par la destinataire. Après-midi passée à l’écossage des haricots. Je commence à en avoir assez. Cependant je rends grâce à Dieu.

Dimanche 25 Janvier  (Conv. De S. Paul)

Henri et moi allons avec Wicktorya   à la messe de Kermuster et Cricri à celle de Plouezoc’h de 11hrs ½. Sortie de Jeannick ; je suis obligée de faire les repas. Cricri soigne les bêtes et fait la vaisselle. Je garde les vaches dans l’après-midi. Le soir bombardements. Nous avions été bien tranquilles depuis quinze jours.

Lundi 26 Janvier  (Ste Paule)

Toudic et Breton vont débiter et chercher des pins restés dans les garennes, l’un à Traoustang et 2 autres derrière le Moulin à Vent. Cricri et moi allons dans l’après-midi au Moulin de Corniou nous entendre avec Marie Prigent pour avoir des débris de carrière puis nous allons à Kergaradec chez Lancien voir le petit taureau. Nous le retenons. On nous fait goûter, sortant en notre honneur tout le beau matériel. J’admire surtout la table et je rêve d’en avoir une semblable. Le temps est merveilleux.

On a trouvé le matin dans l’étable une petite génisse née de Madelon.

Mardi 27 Janvier  (Ste Angèle)

Aujourd’hui on rentre un peu de litière et du bois de cette année coupé par Mr Charles. Yvonne ne vient pas. Cricri garde les vaches, je vais la retrouver.

Visite de Braouézec de Kersaint qui vient voir Fricotte pour l’acheter.

Je vais le soir chez Eugénie. Pour ce mois-ci nous ne touchons pas de café mais seulement un peu de chicorée. Cela tire…

Après dîner, Cricri et Jeannick vont souhaiter la bonne année à Pratfall chez les Olivier. Elles sont bien reçues, mangent de bonnes takès crêpes en buvant du thé et s’amusent bien mais… rentrent fort tard. Je m’inquiète.

Mercredi 28 Janvier  (S. Charlemagne)

Les Braouézec reviennent le matin et l’affaire est conclue 6250. Le prix est raisonnable pour une bête de 10 ans mais je suis tout de même toute triste de voir partir cette vache si belle, si douce… lettre de Franz. Lettres d’Annie, d’Albert et de François.

Corvée de pain. Il fait un temps affreux, une véritable tempête. Henri va chercher nos tickets d’alimentation pour Février à Plougasnou.

J’écris à Annie et à Heymann et continue l’écossage des haricots. Breton coupe des ronces dans le jardin.

Cricri met le lapin en liberté avec les lapines.

Jeudi 29 Janvier  (S. François de Sales)

Rien de sensationnel. Henri et moi allons au bourg. J’expédie un colis à Franz : 1kg de sucre, 1 pain d’épice, 2 paquets de biscuits réconfort, ½l de chocolat, 1 paquet de cacao, 2 sachets pour faire de la soupe, 2 paquets de tabac.

Il fait un grand vent du nord, très froid ; il a fallu un certain courage pour faire cette randonnée mais je ne la regrette pas car, outre le plaisir qu’aura notre Grand en recevant ce paquet, on m’a encore demandé à la mairie des renseignements pour essayer d’obtenir sa libération. Peut-être est-ce le bon coup ?

En notre absence Loisel vient chercher le veau de la Bretonne. Il pèse 43kgs et est payé 430 frs. Le soir terminé l’écossage des haricots.

Vendredi 30 Janvier  (Ste Bathilde)

Je pèse ma récolte de haricots. Elle a été d’environ 130 livres en comptant ce qui a déjà été consommé et les diverses semences mises à part. Nous aurions eu certainement une dizaine de kilos en plus si la saison avait été plus favorable. L’excès d’humidité m’a fait rejeter au moins le cinquième de haricots pourris ou trop tachés. Mais je suis quand même contente du résultat

Alain vient travailler les arbres fruitiers et les rosiers grimpants. Carte de Marguerite Nimsgern. Le soir nous allons jeter de l’eau bénite sur l’un de nos voisins : Bellec de Kerdini, mort hier soir. La tempête continue ; elle est même encore plus violente.

Cric et Jeannick vont piquer à la machine chez Clech.

Samedi 31 Janvier  (Ste Marcelle)

Henri va au bourg chercher de la viande. Il est bien servi… mais à quel prix ! J’imagine que le coût de cette dernière denrée décourage bien des gens et que cela permet aux bouchers de faire plus large part à ceux qui ne renâclent pas.

Aussitôt après le déjeuner je pars à l’enterrement Bellec. Passé à la mairie. Le secrétaire me dit avoir reçu de Quimper une lettre au sujet de Franz… cela me donne encore de l’espoir, sans motif bien suffisant hélas ! Melle Braouézec, rencontrée en sortant du cimetière, m’annonce que Fricotte a eu son veau hier : une petite génisse.

Désormais Louis Breton sera au mois. Jean est donc remplacé et bien avantageusement je crois. C’est plus cher : 500 au lieu de 400 mais ce garçon, étant travailleur et de bonne volonté, pourra nous faire du jardinage à ses moments libres.

Février 1942

Dimanche 1er Février  (Septuagésime)

Nous allons tous les 3 à la basse messe de Plouezoc’h. Rencontré Monsieur de Kermadec et Yvonne ; petite causerie sur la place. Boucherie, nous avons un assez joli rôti de veau. Impossible de trouver de la saccharine chez les 3 épiciers que nous visitons à l’intention d’Albert.

Ma matinée se passe à rechercher certains papiers dont j’ai besoin pour Franz. Ensuite déjeuner puis garde les vaches. Visite d’une Madame Jégou de Kerrivolin en Plouezoc’h pour tenter l’achat d’un cochon. Je suis obligé de refuser mais elle me fait tant pitié que j’ai promis de l’inscrire afin de lui réserver la première bête disponible.

Lundi 2 Février  (Purification)

On tue le cochon le matin. C’est une belle bête ; nous ne la pesons point mais Toudic et Cudennec l’estiment aux environs de 300 livres. Dans l’après-midi, Cricri et moi allons laver les boyaux à Corniou. Les hommes vont à la carrière Prigent commencer le tirage des pierrailles destinées à consolider le sol de la cour de ferme.

Le soir je commence à broder le petit manteau de tricot noir fait pour moi à l’automne. Mes vêtements tombent en loques ; il est temps que je m’en occupe. Le Crédit Lyonnais avise Cricri de l’achat de la dernière action du Crédit foncier.

Mardi 3 Février  (S. Blaise)

Cudennec vient le matin et dépèce le porc, il le met au saloir. Nous réservons 2 jambons. Henri va dans l’après-midi à Morlaix par le car Mérer qui a recommencé son service après une interruption de 3 semaines environ. Il ne trouve pas grand’chose de ce qu’il voulait. Cependant il rapporte de chez Faouen la promesse de graines de trèfle et de betteraves. C’est déjà quelque chose de très appréciable.

Carte de Paul et carte de Paule. Cette dernière me demande de vieux vêtements pour y tailler des culottes à ses petits gars. Nous n’avons rien hélas ! Mais je vais chercher. Mes pauvres petits ! J’y pense constamment et je les aime, je les aime !!!

Mercredi 4 Février  (S. Gilbert)

Journée presque entièrement remplie par le triturage de la viande de porc. On fait les pâtés de foie, un rôti pour Franz ; on prépare le saindoux ; on hache pour les saucissons et on les commence. Nous allons aussi chercher le pain à Corniou.

Il fait mauvais temps. Jusqu’ici l’hiver n’avait pas été dur ; on dirait qu’il commence. Dans les quelques instants restés libres entre mes travaux de charcuterie, je travaille à mon pull-over noir mais ne peux faire que peu de points.

Le facteur ne vient pas. Il y a parait-il une panne de car. Décidément nous vivons dans le bled.

Jeudi 5 Février (Ste Agathe)

J’écris à ma soeur Marguerite pour son anniversaire du 8. J’achève les saucissons avec Yvonne. Aussitôt après le déjeuner je pars avec Henri à Plougasnou. Je ne voulais pas que mon mari vienne avec moi par ce temps affreux. Comme j’avais encore été souffrante cette nuit, il n’a pas consenti que j’aille seule. Et d’un autre côté il ne s’est soucié d’aller trouver les dames du Secours national. Course pénible mais dont j’ai été bien compensée par des cadeaux reçus pour notre cher prisonnier : 1 boite de dattes, 1 pain d’épices, 1 livre de sucre, 1 paquet d’abricots secs, 2 paquets de cigarettes. J’y fais ajouter pour faire le poids ½ l de sucre, ¼ de chocolat, des biscuits, 1 paquet de cacao. Avec le rôti de porc et le tabac apporté cela fait un beau colis. C’est le recteur qui a donné une séance pour les prisonniers et récolté une bonne somme.

Vendredi 6 Février (S. Amand)

Nous sommes restés hier soir jusqu’à minuit pour fumer saucisses et saucissons et nous avons recommencé toute la matinée aujourd’hui. Il a fait une nuit épouvantable d’obscurité et de tempête. Cricri, Yvonne et Breton ont eu bien du mal pour trouver leurs chemins hier soir et Toudic est venu se faire panser ce matin à cause d’une chute faite en rentrant chez lui. Aussi je sens que je m’inquièterai encore davantage des sorties nocturnes de ma fille.

Dans l’après-midi nous sommes allées toutes les deux à Térénez porter à Me Boubennec du pâté de foie et des haricots. En dépit du vent glacial et de la neige qui tombe cette promenade nous a fait plaisir. La baie de Morlaix a des aspects sinistres mais d’une grande beauté tout de même.

Lettres de Kiki et de Riquet.

Samedi 7 Février (S. Fidèle

Nous prenons Henri et moi le car de 9hrs ½ à Plouezoc’h pour Morlaix. Le temps n’est guère meilleur qu’hier mais la nécessité de m’assurer de la semence de trèfle ne me permet pas de différer. Nous déjeunons à l’hôtel Bozellec. Bien maigre repas qui coûte cher ! On ne trouve rien dans les magasins. Cependant nous avons la chance de tomber sur un marchand qui venait de recevoir des miles électriques. Nous faisons semblant de ne pas nous connaître, mon mari et moi, et obtenons de la sorte chacun notre précieux ustensile.

Pendant ce temps, la pauvre Cric va chercher la viande au bourg le matin et le petit taureau à Kergaradec l’après-midi. Il pèse 52kgs – 5kgs, c'est-à-dire 47kgs, nous ne le payons pas, les Lancien voulant un échange. Ayant appris la mort de Lancien du Bouillanou, Cric et moi allons jeter de l’eau bénite.

Cartes de Paul et de Paule.

Dimanche 8 Février (Sexagésime)

Messe de 9hrs à Kermuster. Il fait très froid. Sortie de Jeannick. Journée passée en cuisine, nettoyages et correspondance. Répondu à Paul, à Paule et à Riquet. Ecrit à Albert. Fait une liste des graines à commander chez Truffaut. Pour cela je me plonge dans mon livre de jardinage.

Nous essayons de faire boire le petit taureau, il se montre récalcitrant mais on  l’a mis trop près de Io ; il ne semble pas qu’il la tette. J’espère qu’il nous donnera moins de mal que la génisse de Frileuse à laquelle on n’est jamais arrivé à faire prendre du lait. En tout cas il est bien bâti et déjà fort ; je l’aurais préféré plus régulièrement taché mais il n’y avait pas le choix.

Lundi 9 Février  (Ste Apolline)

Notre petit taureau parait s’acclimater un peu. Il a encore des caprices mais à deux reprises il a avalé gentiment quelques gorgées de lait.

Toudic vient et s’occupe avec Breton d’aller tirer des pierrailles de la carrière Prigent. Mais ils ont pris de gros cailloux ; on le leur reproche. Je suis bien ennuyée. Certes je payerai notre dû mais ne voudrais pas que l’on pense que j’ai cherché à abuser de la confiance des gens. J’ai assez d’ennui moi-même avec tous ceux qui font actuellement commerce avec nous surtout pour le bois. Ils se jalousent tous, s’accusent les uns les autres de voler. Celui sur lequel on m’en dit le plus est le père Salaün qui s’est institué grand maître de nos bois. Nous allons dans l’après-midi, Cric et moi visiter les coupes. Il va falloir surveiller.

Mardi 10 Février  (Ste Scholastique)

Porté 1l de beurre pour la réquisition. Elle est payée cette fois 16frs au lieu de 15. Dans le commerce le cours est actuellement 20frs.

Ecrit à Yvonne de Kermadec qui m’a fait remettre quelques provisions friandises pour notre prisonnier. J’en suis très touchée. Je fais de la bière, ce qui me prend presque tout l’après-midi.

Cartes de Pierre à sa sœur. Les estomacs des pauvres petits doivent être lassées du régime potiron navets… Et puis ils ont très froid là bas. Que je pense à eux ! Je les voudrais ici où la vie est cependant parfois assez dure. Au moins nous serions ensemble, je pourrais me priver pour eux.

Jean Féat m’apporte des poireaux. J’en ai pour 100frs.

Mercredi 11 Février  (S. Adolphe)

Mis la bière en bouteilles (61). Corvée de pain. A partir de maintenant il faut que nous adoptions le régime commun. C’est difficile de rationner les domestiques mais il m’est impossible de faire autrement si je veux conserver quelques livres d’avance pour les imprévus. Et Dieu sait qu’il y en a au Mesgouëz.

Lettres de Franz et d’Annie. Cette dernière nous tourmente à plusieurs points de vue mais surtout au sujet de Jean Chiny dont on est sans nouvelles depuis le 26 novembre. Quant à Franz, il a changé de baraque ; il est maintenant avec Christian et fait popote avec lui. Il réclame des colis. J’espère que ceux qui ont été envoyés depuis le 2 janvier lui arriveront tous.

Le soir bombardements violents au son desquels j’écris à Annie.

Jeudi 12 Février (Ste Eulalie)

L’Hénoret de Kervadéo vient chercher Cricri à la fin de la nuit mais encore en pleine obscurité pour faire des piqûres à une jument malade. Elle ne rentre qu’à 11 heures, ayant agi au mieux dans l’attente du vétérinaire.

Préparé pour Franz un colis contenant l’envoi d’Yvonne : 1 boite de dattes, 1 pain d’épices, 1 livre de sucre, 1 fromage, 1 paquet de biscuits, 3 paquets de cigarettes. J’y ajoute 1 boite pour potage et 2 paquets de tabac.

Ecrit à Franz, écrit à Le Lous de Lanmeur pour annoncer l’arrivée des bols de l’écrémeuse reçus hier soir. Dans l’après-midi, Henri et moi portons le paquet de Franz à Plougasnou. J’y trouve un panier de mandarines expédié de Nia par le très galant Heymann. Nous faisons différentes courses. Me Le Mel me paye 1400frs pour le blé. Il y aura une "ristourne". Nous ne trouvons pas le notaire auquel j’aurai voulu demander pour Franz des terres à acheter.

Vendredi 13 Février (S. Lézin)

Nous apprenons que la jument Choquer est morte ce matin malgré les soins donnés. Cric était aller la piquer hier soir mais sans espérer beaucoup. Jeannick étant allée passer la nuit dans sa famille, nous avons du nous lever de très bonne heure pour préparer le petit déjeuner.

Les journaux nous ont appris hier que Singapour est tombé aux mains japonaises. Et des avions britanniques, venus nous survoler dans la nuit de 11 au 12, ont lancé des tracts démentant cette nouvelle. Louis Breton en a trouvé dans les garennes en venant ici.

Ecrit des cartes inter zones à Heymann et aux Pierre. Passé l’après-midi à découdre une vieille robre brune et un corsage de velours noir pour envoyer à Paule afin qu’elle tâche d’y trouver des culottes pour les petits.

Vendu la génisse d’Io à L’Hénoret de Trobodec 370frs (37kgs).

Samedi 14 Février (S. Valentin)

Beau temps mais assez froid surtout le matin et le soir car dans l’après-midi le soleil commence à chauffer.

La plus grande partie de ma journée est occupée à chercher dans les sacs et malles ce qui pourrait servir à mes petits gars chéris. J’ai la chance de trouver une coupe de serge bleue que je croyais restée à Boulogne et une jupe brune en même étoffe que la robe décousue hier. Ainsi Henri et Jean peuvent avoir, je crois, des costumes neufs, plus chacun une culotte. Petit Yves peu avoir 2 culottes. Quant à Michel il est encore à l’âge des tricots et Paule a sans doute quelques laissée pour compte des aînés. Nous allons donc pouvoir préparer un colis. Je voudrais y mettre beaucoup de choses y compris moi-même ou du moins mon cœur.

Henri va au bourg le matin pour la boucherie. Il rencontre H de Preissac inquiet de son père.

Dimanche 15 Février (Quinquagésime)

Messe de 8hrs ½ à Plouezoc’h. Vu Me de Kermadec. Nous la félicitons pour la médaille militaire de Ronan ; elle nous apprend qu’il va la rendre grand-mère dans quelques temps. Ronan s’annonce bon père de famille. Il écrit qu’il commence une collection de timbres pour son héritier.

Toute la campagne est blanche de gelée le matin mais le bon soleil la fait fondre et nous pouvons sortir les vaches dans l’après-midi.

J’écris à Annie, à Me Le Marois, aux Boucher. Le soir, après dîner, Cricri va chez un oncle de Jeannick avec cette dernière presque au sémaphore de Trégastel mais elles sont rentrées au Mesgouëz exactement pour le couvre-feu. Je crains toujours que ces randonnées nocturnes se terminent au poste allemand car les patrouilles sont sans pitié pour les retardataires.

Lundi 16 Février  (Ste Julienne)

La victoire japonaise à Singapour se confirme en dépit de ce que les tracts et la radio soi-disant anglaise ont pu dire. Je ne parle guère des grands évènements qui se passent sur ce livre de bord du Mesgouëz ; ce n’est pas une raison pour que nos âmes en soient détachées. Nous les vivons avec intensité mais chacun à part. Les opinions sont tellement divisées !!!

Reçu encore la visite d’une quémandeuse de bois : Me Trévian au Guerzit. Elle attendrit Cricri. Après lui avoir refusé, je note son adresse pour tâcher de lui procurer quelque chose. Pétronille vient aussi demander du beurre ½ l par semaine, pendant 1 mois environ. On tâchera de la satisfaire.

Journée très froide, vent du nord. J’envoie une demi livre de beurre à Boulogne.

Mardi 17 Février  (Mardi Gras)

C’est carnaval ! Aucune différence avec les autres jours si ce n’est que le soir nous avons mangé des takès, sortes de crêpes épaisses faites avec de la purée de pommes de terre et de la farine. On les fait cuire dans l’âtre sur le billic. C’est un plat du pays que nous avons de temps en temps, presque une fois chaque semaine. Nous aimons tous ces sortes de galettes mais comme réjouissances unique de Carnaval, ce n’est pas un luxe.

Temps froid, sombre, bien désagréable. Carte de Franz. Il a enfin reçu le colis du 2 janvier (premier après l’interruption) j’espère que les autres vont lui arriver régulièrement. Lettre de Suz Boitelle ; les terres sont aussi difficiles à trouver dans la Sarthe que dans le Finistère. Envoyé saccharine ail, échalotes à Albert.

Mercredi 18 Février  (Cendres)

Le matin je vais à Kermuster ayant à parler avec la boulangère au sujet du pain de Louis Breton. Les choses s’arrangent car ce dernier a pu prendre son bon d’échange dans sa famille et nous avons porté mon blé à la place de celui des Breton. Je conserve de la sorte mon avance mais je suis obligé de rationner tout mon entourage. Nous avons presque réussi cette semaine ; nous n’avons dépassé que de 5 livres la quantité à laquelle nous avions droit.

Nous avons et Toudic aujourd’hui. On a continué les charrois de pierres. Nous avons pris maintenant 13 charretées dont 8 de gros morceaux.

Lettres d’Annie. Yvonne ne vient pas. Cricri garde les vaches. Je vais avec Henri chercher la pain à Corniou. Ecrit le soir à Annie. Tous les papiers sont affreux maintenant. Impossible d’écrire proprement.

Jeudi 19 Février (S. Gabbin)

Depuis que les 3 navires allemands qui étaient dans le port de Brest ont réussi à le quitter et à franchir le Pas de Calais nous sommes plus tranquilles, les avions britanniques nous survolent beaucoup moins. La pauvre Cricri n’a pas de chance avec son élevage de lapins. Ils crèvent tous. Yvonne ne venant pas, Cric fait son ouvrage.

Je prépare un colis pour Franz que nous portons Henri et moi dans l’après-midi à Plougasnou et le Secours national le complète. Il contient : 1 saucisson et des haricots maison, 1 paquet de vermicelle, un savon, 1 livre ½ de sucre, 1 pain d’épices, 1 boite de lait condensé, 2 sachets pour soupes, 1 paquet de cacao, un fromage, un paquet de tabac. Je fais différentes courses, Henri va chez le notaire qui lui signale une ferme qui sera vendue probablement dans 2 mois.

Le soir nous mangeons des crêpes délicieuses faites par Jeannick.

Vendredi 20 Février (S. Sylvain)

Le temps est superbe de limpidité mais excessivement froid pour la région. Ceux auxquels nous pensons tant sont tous sûrement plus éprouvés que nous sur ce point et j’en souffre presque physiquement. Henri et Cricri vont à Kerprigeant prendre des nouvelles de Mr de Preissac. Il va mieux, nous en sommes bien contents car, d’avoir entendu sa famille et ses amis faire son éloge nous semblait mauvais signe ; cela avait un air oraison funèbre. Henri était comme toujours rempli d’entrain ; il a beaucoup fait rire ses visiteurs avec des tas d’histoires racontées comme lui seul sait le faire.

Jeannick étant partie se promener dans l’après-midi sous prétexte d’aller nous chercher des choux-fleurs j’ai son ouvrage à faire. Le facteur apporte à Cric une longue lettre de Suz Drouineau avec des photos de ses enfants et une carte de Paule. Mr Boubennec vient nous donner des plants d’oignons.

Samedi 21 Février (S. Pépin)

Henri et Cric vont au bourg le matin pour la boucherie et l’Oeuvre "Famille du prisonnier". Tout à coup, vers 11hrs, coups de feu. Une centaine d’Allemands casqués entrent en courant dans le jardin, se précipitent dans la ferme, visitent les étables, tirant sur d’autres qui roulent à terre. Mon personnel est affolé. Je me demande moi-même ce que cela peut être. Voyant les tués se relever nous concluons à des exercices, des manœuvres. Et les soldats disparaissent comme ils sont venus, sans explications. On aurait cru un rêve ou, pour mieux dire, un cauchemar.

Je recouds une partie de mon pull-over et brode 2 poches. Cric commence ses visites aux familles de prisonniers par le Verne et le Verne Vien mais Jégaden Tressenvit vient la chercher pour un étalon malade ; elle y part faire 2 piqûres et ne rentre qu’à 9hrs ½ pour dîner. Louis Breton nous met des courroies à nos sabots neufs.

Dimanche 22 Février (Quadragésime)

Le froid continue, il nous semble dur et pourtant à 11hrs du matin, c'est-à-dire à 9hrs au soleil, le thermomètre ne marque que 0. Nous en sommes étonnées.

Nous allons tous les 3 à la messe de Kermuster. C’est le recteur lui-même qui la dit et Cricri me fait cette réflexion : « Le Vicaire lui a peut-être rendu son tablier, non, son surplis hier soir ». Nous sommes hélas habitués à la mentalité des gens d’ici et l’abbé Dilasser est presque du crû.

Pour nous la sortie bimensuelle de Jeannick nous oblige aussi à la remplacer dans son service. Il faut aussi aider Wicktorya à soigner les bêtes qu’on ne peut sortir. Le fils Lancien vient nous annoncer qu’une génisse leur étant née le matin, on ne prend pas la nôtre faute de lait pour la sevrer. Le soir, après dîner, visite de 2 Allemands qui se trouvant bien au chaud dans notre cuisine s’y installent jusqu’à 11hrs.

Lundi 23 Février  (S. Florent)

Peut-être fait-il un peu moins froid mais le ciel est sombre, il neige et l’atmosphère est encore plus désagréable que ces derniers jours. On aimerait, par des temps pareils, rester lire, écrire ou travailler auprès d’un bon feu. Ne pouvant nous accorder cette jouissance puisque la cuisine est le seul lieu de la maison où l’on soit pas frigorifié et qu’il est impossible de s’y installer avec un ouvrage tant soit peu sérieux, nous sortons dans l’après-midi ; Henri va chercher son tabac à Kermuster ; Cric et moi allons chez les Léon leur demander s’ils ne peuvent vendre un peu de bois à Me Trévian – réponse négative – chez Lucie lui souhaiter la bonne année, à Kersaint chez les Périou (pour tâcher d’y placer la génisse de Madelon), chez les Braouézec voir Fricotte et son veau. Et nous sommes contentes de cette course qui nous secoue.

Mardi 24 Février  (S. Mathias)

Nous sommes sous la neige. Le vent du nord est tombé et il fait un peu moins froid mais la marche est certainement beaucoup plus pénible. Malgré la difficulté de circulation, Cricri va jusqu’à Térénez pour ses visites aux familles de prisonniers. Pendant son absence le facteur apporte la liste envoyée par la Mairie, ce qui lui facilitera sa tâche. Il me remet aussi une lettre d’Annie qui me navre et une carte de Pierre, pas très réjouissante, non plus. On sent que les privations deviennent trop lourdes…

Ici, la vie est sévère ; jusqu’à présent la vraie souffrance matérielle nous a été épargnée. Je dépiaute de vieux lainages en loques pour faire des bourrages.

Mercredi 25 Février  (S. Léandre)

Dégel. Il est loin de faire chaud cependant. Ciel gris, boue. On patauge. Je ne sors que pour la corvée du pain. Je réponds à Annie. En somme, journée assez morne. Le facteur ne nous apporte que le journal. Rien à noter. Je prépare de la bière que je mettrai demain en bouteilles.

Jeudi 26 Février (S. Nestor)

Matinée employée à préparer le colis des Pierre. Il contient le travail d’Henri pour ses petits fils, éléments d’arithmétiques, les boites d’allumettes garnies de haricots qui l’accompagnent, 2 saucissons, 1 boite de vermicelle, 2 douz d’œufs, 1 cake fait par Cricri, 1 robe brune défaite, 1 corsage velours noir défait, 1 jupe brune neuve, 2m50 de serge bleue, 1 paire de pantoufles pour Henri, les photos de Françoise.

Henri et Cric partent le poster à Morlaix dont ils reviennent sans les semences promises par Faouen. De mon côté je vais à Plougasnou pour faire faire un envoi à Franz : 1 boite de petits pois, 1 paquet (½ l) de vermicelle, 4 poule au pot, 1 paquet de tabac, 1l de sucre, 1 pain d’épices, 1 paquet de biscuits, 1 paquet de cacao, ¼ l de chocolat, 2 sachets pour soupe. Vu Mr Ménès, fait différentes courses.

Le Dru vient chercher la génisse de Madelon (45kgs – 45frs)

Vendredi 27 Février (Ste Honorine)

Au milieu de la journée quelques heures de printemps. Nous en profitons pour travailler au jardin. Louis Breton laboure la partie de terre où nous mettrons les pommes de terre d’été. Henri se bat avec les ronces qui avoisinaient ses châssis, je sarcle les poireaux. Cric va au bourg pour son Œuvre mais ne peut pas faire grand’chose ne trouvant pas ses assistantes. Elle obtient quelques renseignements à la Mairie et fait visite à une de nos anciennes bonnes : Jeanne Charles dont le mari est prisonnier.

Breton ayant porté du grain à moudre, nous aurons quelques livres de farine grossière mais qui nous sera bien précieuse. Jean Féat apporte 250 plants de choux (42frs50), 150 pour les bêtes et 100 pour les gens, les autres ayant été dévorés par je ne sais quels animaux.

Samedi 28 Février (S. Romain)

Nous allons Henri, Cric et moi à Plougasnou le matin, chacun avec une liste de courses, si bien que nous ne sommes ensemble que pour les trajets. Et encore notre fille ne nous rejoint-elle qu’à plus de demi route, à l’aller comme au retour.

Lettre de Franz. Arrivée des graines de Trufaut. Wicktorya fait des nouilles. Cricri va dans l’après-midi à Térénez. J’ai la visite d’une pauvre réfugiée : Madame Narcisse pour demander du bois. Je suis obligée de refuser malgré la grande pitié qu’elle m’inspire car j’ai promis de donner une charretée à Me Moal.

Mon Franz me navre ; il n’a reçu que les 2 petits colis de 1kg envoyés par la poste. Aucun des plus substantiels ne lui était encore parvenu le 11 février.

Mars 1942

Dimanche 1er Mars (Reminiscere)

Messe de 8hrs à Plouezoc’h. Nous allons chez le cordonnier reprendre les grosses chaussures de Cricri. Il me faut payer 52frs pour un ressemelage, le double d’il y a un an !... Où allons-nous ?

Ecrit à Franz et à Annie. Gardé les vaches avec Cricri. Vu Mr Charles. La coupe de nos bois est presque terminée, nous aurons environ une quinzaine de charretées. Mr Charles me dit avoir vendu 400frs à sa parente et encore il n’a pas livré, il a fallu qu’elle la fasse prendre à ses frais. On prétend qu’au Guerveur les Férec vendent 500frs la charge de 70 fagots.

Visite des mêmes Allemands que dimanche dernier. Ils restent encore assez longtemps à la maison. L’un est assez sympathique, un Tchécoslovaque des environs de Pilsen qui parle un peu français, l’autre a un air et des façons sans gêne qui me déplaisent. Il fait la cour aux bonnes, particulièrement à Wicktorya. A cette occasion, nous nous apercevons que notre Polonaise parle beaucoup mieux qu’elle ne l’avouait.

Le temps est un peu plus doux. Allons-nous enfin sortir de l’hiver ? Il n’a pas été trop dur par ici mais j’entends dire qu’il fut et est encore très rigoureux dans certaines régions et même à Paris. Mes pauvres Pierrot ont eu froid à Sisteron.

Je lis un peu, j’effiloche de la laine. Henri fait ses comptes de février. Cricri s’occupe de la ferme et de son Œuvre Famille du prisonnier.

Nous mangeons des scorsonères du jardin  frits. C’est un régal.

Lundi 2 Mars  (S. Simplice)

Soleil et tiédeur de l’atmosphère donnent une sensation printanière. Nous travaillons au jardin. Henri défriche ronces et orties, il coupe les fuschias ; je trouve qu’il y va un peu fort ! On verra. Yvonne et moi préparons de la terre pour les choux, les oignons, l’ail, les échalotes. Hélas tous nos choux ont été dévorés et je crains bien que ceux que nous allons mettre aient le même sort. Il ne faut pas se décourager et tenter quand même.

Le soir, nous sommes assez fatigués, Henri et moi, têtes étourdies par le soleil, muscles endoloris. Je n’ai plus les facultés ni les forces que j’avais conservées jusqu’à ma crise de Novembre. Il est dur de s’avouer qu’on est une créature finie, devenue inutile ; je lutte le plus possible mais suis obligée de désarmer beaucoup…

Mardi 3 Mars (Ste Cunégonde)

Brusque changement. A la journée presque estivale d’hier succède une de fin d’hiver. Le ciel est bas, sombre, il pleut, le vent est très aigre. Louis Breton qui avait passé son temps hier dans les champs à travailler la terre d’orge ne peut y aller. Il remplace 2 pommiers morts dans le jardin et transplante les deux marronniers de Jean martin devenus trop grands pour rester dans le potager.

Cricri va au bourg la matin ayant rendez-vous avec ses deux assistantes : Me Le roux et Melle Thomas pour se partager le travail. A part quelques tours de jardin, je reste dans la cuisine à effilocher de la laine.

Lettre d’Annie. Le ravitaillement à Paris est de plus en plus pénible.

Mercredi 4 Mars (S. Casimir)

Retour du soleil. Il n’est pas tout à fait aussi brillant et chaud que lundi mais nous fait espérer quand même que la plus dure saison est terminée. Il parait que l’hiver a été très rigoureux dans beaucoup de régions et même à Paris ; je l’ai trouvé bien clément pour nous et j’en remercie Dieu. S’il avait été comme ceux des 2 dernières années jamais nous n’aurions tenu le coup. Maintenant, sans nous croire sauvés, nous pouvons espérer.

Breton a repris dans l’après-midi son ouvrage à Kerdini. Nous faisons tous les trois la corvée de pain. Menou nous dit ses inquiétudes pour la soudure et les recommandations sévères qu’il a reçues au sujet des nouvelles restrictions en vigueur depuis le 1er de ce mois.

Nous allons, Cric et moi, voir le 10e enfant des Troadec, une fille née hier soir. Nous lui portons un petit manteau et 10frs. Pris pommes de terre de semence (20ls) chez Courvil.

Jeudi 5 Mars (S. Adrien)

Matinée très occupée. Barattage. Courses chez Jégaden pour faire moudre un peu de grain, chez Eugénie pour achats urgents etc. etc. Déjeuner de bonne heure. Cric part à Morlaix s’occuper de son Œuvre avec Yvonne de Kermadec. Nous allons Henri et moi à Plougasnou. Colis de Franz : 1l150 de flageolets, 1l  de coquillettes, 1 paquet de tabac, 2 paquets de cigarettes, ½ l de sucre, 1 pain d’épices, 3 bâtons de chocolat, 1 boite de cacao, 2 sachets pour la soupe, 1 paquet de casse-croûtes. Pris feuilles d’alimentation, déclaré le broyeur de grains etc. …

Nous apprenons au bourg par les journaux le bombardement de Pris. Je suis à demi folle d’inquiétude : Annie, Françoise, Kiki, tous les autres !!! Et même notre appartement. Henri me dit que s’il était arrivé quelque chose nous serions déjà prévenus. Cela me rassure qu’à demi. Rencontré les Loin qui me parlent assez longuement.

Vendredi 6 Mars (Ste Colette)

Le temps étant à peu près potable nous travaillons au jardin dans la matinée et à la fin de l’après-midi. Cette semaine l’ouvrage fait par brides a quand même bien avancé. On a remis les "choux pour les gens" qui avaient été dévorés, les oignons Boubennec sont plantés ainsi que 2 planches d’ail et 5 d’échalotes. Les 2 premières planches d’échalotes sont faites avec des semences achetées chez Me Féat, les autres proviennent de notre récolte de l’été passé.

Reçu une lettre d’Annie qui me prouve que ni elle, ni sa fille, ni personne n’a été atteint par le bombardement, c’est l’essentiel mais ils ont dû avoir très peur car leur intention est de quitter Boulogne le plus vite possible. En attendant d’avoir trouvé un lieu de villégiature ils sont allés à Paris chez Valentine. Je suis un peu rassurée mais voudrais bien des nouvelles de Kiki et de la Chaussée du Pont.

Samedi 7 Mars (S. Thomas d’Aquin)

Henri va le matin à Plougasnou et Cric faire des visites aux familles de prisonniers. Pendant cela un drame se passe à la maison : Jeannick s’enferme dans sa chambre et ne peut la rouvrir. Tout le monde s’y met pour tenter de la délivrer. Cela dure bien 1hr ½. Enfin, avec des outils qu’on lui a passé par la fenêtre, elle parvient à forcer sa serrure. Mais quelques dégâts, perte de temps, déjeuner en retard.

Dans l’après-midi, Louis Breton porte au Syndicat 1 sac d’orge réquisitionné et 3 sacs de blé. Je porte ½ l de beurre à Marie Olive Gourvil pour commencer le paiement de nos semences de pommes de terre.

Malgré la lettre reçue hier l’inquiétude me serre souvent le cœur quand je pense à nos Boulonnaises et même à tous les souvenirs et affaires que j’ai là-bas.

Dimanche 8 Mars (Oculi)

Messe de 8hrs ½ pour H et moi à Kermuster, pour Cric à Plouezoc’h. Elle ne voit pas Yvonne de Kermadec qu’elle espérait rencontrer pour avoir quelques renseignements. Sortie de Jeannick. Tout le fourbis à faire. Cric garde les vaches. Je combine un pull-over pour elle. Le soir nous dînons au jour et nous nous passons d’éclairage artificiel qui commence à nous faire défaut. Défilé des Allemands en quête d’œufs. On leur refuse cette fois car Wicktorya, à laquelle ils se sont adressés, a la flemme de chercher dans les nids.

Lundi 9 Mars  (Ste Françoise)

Le veau de Domino est né pendant la nuit, vers 3hrs du matin. C’est une génisse forte, bien taillée ; malheureusement un peu trop blanche pour mon goût. La pauvre Cric n’a donc pu dormir et malgré cela elle a travaillé toute la journée, comme si de rien n’était.

Dans la matinée, nouveau drame. Cette fois, c’est Yvonne qui entend Jeannick nous dire quelque chose, se fâche, et part sans même terminer sa journée. Je suis bien ennuyée.

Lettre d’Annie qui annonce son retour pour demain soir. J’attends qu’elle soit ici pour répondre à la carte de Franz qui sera si heureux de la savoir loin de Paris ! Pourvu que les bombardements ne reprennent pas ici ! Lettre d’Albert et de Madame Deux.

Mardi 10 Mars (Ste Dorothée)

Yvonne n’est pas revenue. Cela prend l’air d’être définitif cette fois. De plus Wicktorya, furieuse de n’être plus secondée, se met en grève, ne se lève qu’à 11hrs du matin laissant Cric et Jeannick traire les vaches. Henri porte à Kermuster la livre de beurre pour la réquisition (16frs25) Je porte ½l chez Gournil.

Démarches hier soir et ce matin pour avoir une voiture permettant d’aller chercher Annie ce soir à Morlaix. Complications dues au baptême de la petite Troadec et de 2 de ses frères. Toutes les carrioles du quartier sont retenues. Mais les Jégaden peuvent être rentrés pour 3hrs et tout s’arrange. Nos filles arrivent exactement et sans encombres, ayant fait bon voyage, n’ayant même pas l’air fatiguées. Annie nous raconte ses émotions, Cric recoud son manteau de fourrure le soir et ne se couche qu’à 2hrs du matin. Le départ d’Yvonne la surcharge encore.

Mercredi 11 Mars (S. Euloge)

Toujours pas d’Yvonne ; il n’y faut plus compter. Heureusement Wicktorya montre meilleure volonté qu’hier. Toudic vient. Il scie des arbres avec Louis, puis bêche un peu dans le jardin. Cric et moi nous nous partageons la garde des vaches ; Annie s’installe, secouant la poussière de son appartement. Ma petite Françoise se rappelle très bien le Mesgouëz, elle reconnaît tout d’elle-même.

Je baratte, le soir Cric fait le beurre ; on prépare les choses pour demain et ma fille se termine une jupe, travail qui la retient jusqu’à minuit passé. Henri répond à la dernière carte de Franz, ayant attendu afin de pouvoir lui annoncer le retour de sa femme et de sa fille en ce qu’il considère comme un lieu sain et sûr.

Jeudi 12 Mars (Mi Carême)

Lever à 5hrs du matin. Louis Breton a couché à la maison. A 6hrs départ dans une nuit particulièrement obscure. Cric fait toute la route à pied en tenant Mignonne. Arrivée exacte. Défilé. Emotions. Nos juments restent grâce à l’inscription d’Iris au Stud Book. Les Allemands paient toutes les juments 48000frs et tous les chevaux hongres 50000frs. Ceux dont les bêtes sont prises sont désolés. Dès leur retour ils courent les fermes favorisées pour se procurer d’autres chevaux. On offre à Pétronille 55000frs d’une pouliche de 2 ans. Elle refuse.

Yvonne vient avec son frère Jean, propose de revenir si je l’augmente. Elle me demande 20frs par jour. C’est trop, je ne peux pas. Je garde les vaches. Visite de Me Boubennec qui dîne avec nous. Visite de Jégaden.

J’écris aux Pierre, à Me Dupuis, à Me Deux.

Vendredi 13 Mars (Ste Euphrasie)

Très heureuse d’avoir conservé nos juments qui nous permettront de tenir le coup, je me sens assez cafardeuse cependant. La défection d’Yvonne nous donne une vie encore plus dure. Il m’est impossible de la satisfaire ; de plus ses exigences ne sont probablement que le prélude de celles des autres journaliers et domestiques. Nous ne pouvons ni rester seuls ni nous ruiner en travaillant. Alors ?...

Annie va chez les de Preissac pour leur parler d’une petite ferme qui les avoisine. Cricri garde les vaches pendant que je garde Françoise à la maison à cause du mauvais temps. Vers 5hrs la pluie ayant un peu cessé j’emmène ma petite fille rejoindre sa tante qui la conduit voir le poulain des L’Hénoret né pendant la nuit.

Notre carbure étant presque épuisé, nous dînons au jour. Ensuite nous parlons un peu dans l’obscurité, on se couche de meilleure heure.

Samedi 14 Mars (Ste Mathilde)

Réveillé Cric et Jeannick. Elles vont ensemble au Service de Mr L’Hénoret du Mouster. Cric y rencontre Me Le Roux et Jean-Michel de Kermadec. Elle bavarde assez longuement avec ce dernier qui se montre très gentil, même affectueux ; elle trouve qu’il a gagné à beaucoup de points de vue. C’est peut-être grâce au contact avec une femme intelligente.

Toute la matinée je m’occupe de cuisine en gardant Françoise. Ma petite fille est certes très absorbante mais beaucoup plus sage, avec moi du moins car, avec sa mère, je la trouve encore exigeante et capricieuse. Dans l’après-midi je sarcle mes planches de poireaux.

Louis Breton met 12 petites rangées de pommes de terre de 3 mois, données par Me Féat et que je réserverai pour semence.

Isis est conduite à Kéricut ; elle prend l’étalon Nageur.

Dimanche 15 Mars (Laetare)

Messe de 8hrs ½ à Plouezoc’h. Vu Mr Lancien qui prendra la génisse de Domino dans 3 semaines. Nous avons un beau rôti de bœuf chez Cars.

Annie va à la grand’messe ; nous gardons Françoise qui est très habituée à nous et ne veut pas nous quitter. Dans la journée nous gardons les vaches, Cricri et moi ; nous défonçons des taupinières avec un râteau ; je tricote un peu ; je vais voir le petit poulain des L’Hénoret. Bretonne prend le taureau.

Le soir Cricri sort avec Jeannick. Elles vont chez Eugénie où elles passent plus d’une heure à bavarder avec les Cudennec et Toudic pendant qu’ici mon mari s’énerve. Quand elles rentrent à minuit sans avoir été ramassées par une patrouille allemande, il se calme et s’endort.

Lundi 16 Mars  (S. Cyriaque)

Barattage le matin. Cric fait très soigneusement le beurre et sur ce point là nous n’avons pas à regretter Yvonne qui allait trop vite.

Ecrit à Albert pour sa fête. Terminé une chaussette pour Franz faire avec de la laine usagée, commencé la seconde. Annie prépare un colis de 3kgs pour son frère François avec 2 douz d’oeufs et des poireaux de son jardin. Visite de Potin, le pêcheur qui nous donne tout un panier d’oursins et nous achète 100 livres de pommes de terre.

Il fait mauvais temps ; pluie durant tout l’après-midi. Cricri garde les vaches en défaisant encore des taupinières.

Mardi 17 Mars (S. Patrice)

Le ciel est en deuil et pleure… Cricri sort le matin pour ses visites, veut prendre des raccourcis, se perd, rentre trempée. Henri tente d’aller à Morlaix et doit y renoncer. Louis Breton ne peut rien faire, ni dans les champs, ni au jardin. J’en suis désolée car il serait temps de mettre les pommes de terre d’été. Et tout le reste demeure aussi en suspens.

Donc journée qui aurait été très morne sans l’arrivée de 2 bonnes nouvelles : Monique va se fiancer avec Jean Chambellan, futur médecin militaire qui est venue nous voir au Mesgouëz il y a 2 ans et parait sympathique ; Pierre nous annonce l’arrivée en bon état du colis expédié le 26 février. J’en étais inquiète, les œufs avoisinant de précieuse étoffes.

En fin d’après-midi je vais chez Eugénie puis chez Me Féat avec Annie et Françoise. Lettre de Me Dupuis. Io prend le taureau.

Mercredi 18 Mars (S. Alexandre)

Le mauvais temps continue. C’est d’autant plus dommage que nous avons Toudic et que j’espérais profiter de sa présence pour mettre les pommes de terre d’été dans le jardin. Il n’y faut pas songer, la terre est trop mouillée mais la journée n’est pas perdue. On rentre le bois coupé par Mr Charles. Je termine les chaussettes destinées à Franz. C’est de la laine mais je n’avais que cela, tant pis ! il n’aura du moins pas les pieds nus dans ses chaussures.

Gardé les vaches avec Cricri. Le soir nous mangeons des crêpes.

Jeudi 19 Mars (S. Joseph)

La pluie a cessé ; un vent assez vif sèche le sol et Louis Breton peut planter "les pommes de terre de 9 mois" comme on les appelle ici. J’en ai de diverses provenances : Féat, Boubennec, Férec, Gourvil et Jégaden. Cela fait un bon carré.

Baratté le matin. Cric fait le beurre. Préparé un colis pour Franz : 2 paires de chaussettes, 1 morceau de lard, des haricots, 1 paquet de tabac. Au Secours nationale on ajoute 3 pains d’épices, ½ l de chocolat, ½ l de sucre, 1 paquet de cacao, 2 paquets de cigarettes. Pourvu qu’il reçoive tous ces articles ! Des prisonniers se plaignent d’avoir des colis incomplets. On enlève surtout, parait-il, les conserves et le tabac.

Pendant que je vais à Plougasnou pour le colis de Franz, Henri va chercher à Morlaix les semences de betteraves. Il en rapporte 4 livres.

Vendredi 20 Mars (S. Joaquim)

On a trouvé ce matin un veau de Bihen né seul pendant la nuit. Nous ne l’attendions que pour la fin du mois, le terme étant le 16 et Franz nous ayant dit de compter de 10 à 15 jours en plus. C’est une génisse pas très grosse ; elle me plait parce qu’elle est assez noire et qu’ici nos vaches ont tendance à reproduire trop blanc depuis deux ans. Chez H. de Preissac et chez Lancien, c’est le contraire.

Brume très forte le matin. Vers 11hrs le soleil paraît et c’est alors temps d’été. Bonne journée de jardinage. Je repique quelques salades et j’aide Louis Breton à mettre des pommes de terre pendant que Cric garde les vaches. Nous ne pouvons achever mais la très majeure partie est faite. Les "primes" sont mises dans cet ordre en partant de la maison : 1° Féat (3 lignes) 2° Boubennec ( lignes) 3° Gourvil (20ls lignes) 4° Férec Guerveur (50ls lignes) 5° Jégaden (44ls lignes). Ensuite ce sont les pommes de terre secondes de Kermebel (100 livres) Etoiles du Léon, m’a-t-on dit. Je mets une 6e planche d’échalotes.

Samedi 21 Mars (S. Benoît)

Louis Breton achève la plantation des pommes de terre et met des choux à bestiaux dans le potager. Alain vient faire des greffes de poires sur cognassiers. Il sème aussi des tomates sous châssis : 9 lignes de Trophey (côté mur) et 2 lignes de Pierrette. Je coupe mes poireaux.

Nous avons des inquiétudes pour Isis qui est malade. Cric lui fait une piqûre de pilocarpine et lui donne une purge. Elle va mieux vers le soir et nous pouvons nous coucher tranquillisés. Dans l’après-midi, j’ai gardé les vaches en tricotant une paire de petits chaussons en laine avec un restant de laine pour un bébé quelconque. Henri a fait l’ordinaire corvée de viande du samedi. Il a rencontré Henri de Preissac et a obtenu de lui un peu de paille en attendant que celle commandée par nous arrive car nous n’avons plus rien ni foin, ni paille, ni légumes pour nos pauvres bêtes.

Dimanche 22 Mars (Passion)

Temps très aigre et désagréable. Nous avons la grande contrariété de manquer la messe. Nous allons, Henri, Cric et moi à Kermuster pour l’heure indiquée mais le prêtre ne vient pas parce que nous sommes en temps pascal. Nous sommes obligées, Cric et moi, de rester à la maison mais Henri retourne à l’office de 11hrs ½ à Plouezoc’h.

Réguer de Ker an groas vient nous apporter une livre ½ de graines de betteraves "Corne de Boeuf". Sortie de Jeannick. Je garde les vaches ; le vent souffle du Nord, il fait très froid et les bêtes ne restent pas longtemps dehors.

Eté avant dîner chez Eugénie pour prendre l’épicerie du mois. Je constate qu’on nous réduit de plus en plus. Bientôt les gens des villes n’auront plus rien à nous envier. Pour le pain cela devient aussi très sévère. A partir du 1er avril chacun devra se contenter de sa ration et il ne devra pas rester un grain de blé dans les fermes.

Lundi 23 Mars  (S. Victorien)

Jeannick est rentée pieds nus hier à 11hrs du soir sans  avoir dîné. Elle étrennait une paire de sandales "style de guerre" qui l’ont lâchée en route. Alors, pour ne pas user ses bas (neufs aussi !) elle les a enlevés. Par ce froid, dans l’obscurité, elle a mis, parait-il, près de 4hrs pour gagner le Mesgouëz.

Baratté ce matin. Visite de Me Menou, la boulangère de Plouezoc’h. Elle nous informe du nouveau règlement, les anciens bons ne sont plus valables. L’avance que j’avais ne pourra donc servir à rien !

Dans l’après-midi Henri et Breton vont chercher de la paille à Kerprigeant (500ls) car nous sommes au bout de la nôtre. Ensuite Breton mène Iris à Kéricut. Elle reprend le même étalon "Nageur" Cricri garde les vaches en démolissant des taupinières. Je reste à la maison pour m’occuper de Françoise car Annie va visiter la ferme de Kergarec à St Jean et elle emmène Jeannick.

Mardi 24 Mars (S. Timothée)

Pendant la nuit, à 4 reprises, passage d’avions et tirs violents de D.C.A. La danse va-t-elle recommencer avec l’atmosphère plus limpide ?

Yvonne vient le matin et commence une grande lessive. Cricri ayant reçu de la Mairie un bon pour l’obtention d’un pneu de bicyclette va le porter chez Emile Henry.

Nous allons, Henri et moi, à Kermuster. Payé Touze pour les roues de la charrette (1200frs y compris les ferrures), payé Le Sault forge pour les chevaux (130frs). Palabres avec Me Braouézec au sujet du pain. Nous ne gagnerions rien à reprendre l’échange et nous décidons de continuer le régime tickets.

Gardé les vaches en tricotant pendant l’après-midi. Il fait beau mais le vent est froid. Visite de Me Moal pour la charretée de bois qu’on lui a promise.

Quelques coups de canons le soir.

Envoyé colis Franz : 20 œufs, ½ l de pâtes, ¾ l de beurre, 1 boite ergonime, 2 paquets de tabac, ail, échalotes.

Mercredi 25 Mars (Annonciation)

Henri va porter à la Mairie de Plougasnou une pièce de notre broyeur de grains. Il va demander 3 sacs pour le blé au Syndicat. Cricri va à Térénez. Yvonne continue la première lessive et en commence une autre. Le temps est toujours clair, il faut en profiter.

Nous allons, H et moi, chercher le pain à Corniou. Désormais Menou ne me donnera plus que les rations d’Annie et de Françoise, seules inscrites chez lui. Réponse d’un marchand de graines indiqué par Pierre ; il ne peut fournir les semences demandées. Gardé les vaches avec Cricri.

Le soir bombardements au loin, passage d’avions, tirs de D.C.A. voisins. Annie a peur. Je vais tricoter dans sa chambre jusqu’à minuit. Tout se calme.

Jeudi 26 Mars (S. Emmanuel)

Temps splendide, presque trop chaud. Matinée occupée aux travaux ordinaires de maison, déjeuner avancé d’une heure car Annie, Françoise et moi partons à Morlaix. Courses en ville ; nous ne trouvons presque rien. Cependant je prends des chaussures qui ne me plaisent pas, coûtent abominablement cher mais mon bon est arrivé à échéance et cela vaut encore mieux que de risquer d’aller pieds nus. Par bonheur – même miracle – nous obtenons 2 paires de chaussettes pour Franz.

Vu Yvonne de K. Rencontré Me de Kermadec et plus tard Me Le Marois et Marie-Thérèse arrivées de Landerneau à 5hrs 1/2. Nous faisons en car le retour avec elles. Voiture surchargée, un pneu éclate. Panne. Tout le monde descend et nous bavardons sur la route. Avec quel bonheur j’entends parler de nos Pierrots chéris !

Vendredi 27 Mars (Ste Lydie)

Annie souffre des dents et va 2 fois à Plougasnou à la recherche d’un dentiste. De plus Jeannick sort pour s’acheter des bas et ne rentre que très tard. Nous avons donc Françoise à garder toute la journée et de la cuisine à faire en plus de nos ouvrages. Donc journée assez dure. De plus contrariétés apportées par le facteur sous forme de plis de réquisitions. Notamment pour les pommes de terre, non seulement toute la récolte nous sera enlevée mais je crains même de ne pouvoir fournir ce qu’on nous demande. J’en suis presque malade.

Annie ne rentre qu’à 11hr du soir, enchantée de son opérateur.

Dans la nuit, à 2 reprises, avions anglais, tirs de défense.

Samedi 28 Mars (S. Gontran)

Henri va pour la boucherie et différentes courses à Plougasnou. Cric et moi allons au ravitaillement en pain car maintenant les boulangeries sont impitoyablement closes les dimanches et lundis. La vie est de plus en plus compliquée et dure. Tâchons d’accepter tout avec sérénité si possible. Je repique quelques salades.

Après-midi sortant un peu de l’ordinaire routine. Visite au Roc'Hou. Nous allons ensuite avec Me de Kermadec, Me Le Marois et Marie-Thérèse nous confesser à Plouezoc’h. Nous tombons sur l’aumônier des sœurs de Pomplencoat. Au retour nous trouvons une lettre de Franz dont je suis bien contente car j’étais inquiète d’un silence un peu prolongé. Il annonce l’arrivée de deux colis, dit qu’il est en bonne santé et bon moral.

Dimanche 29 Mars (Rameaux)

Annie très émue par les passages des avions est venue cette nuit coucher avec Françoise dans la grande maison. Elle a préféré la pièce sur le jardin aux chambres du devant. Henri, Cric et moi allons de 8 heures. Nous y faisons nos Pâques. Les autres (Jeannick, Wicktorya vont à la grand’messe et nous faisons le déjeuner pendant ce temps là. Annie ne sort pas, étant un peu patraque et prenant les précautions ordonnées par le docteur.

Dans l’après-midi Henri retourne à Plouezoc’h pour la cérémonie de réparation et la Prière pour les prisonniers. Nous regrettons de ne pouvoir nous y rendre aussi mais Cric est indispensable à la maison et à la ferme. Quant à moi, je garde les vaches mais je m’unis aux prières en lisant l’Evangile de la Passion et en faisant le Chemin de Croix.

Lundi 30 Mars  (S. Jonas)

Le temps est sombre ; il brouillasse, il tombe même à plusieurs reprises des averses plus corsées. La nourriture pour les bêtes manque. En moins de 8 jours, on a donné toute la paille rapportée de Kerprigeant. Il faut donc sortir les vaches matin et après-midi. Heureusement, j’ai Yvonne qui s’y emploie dans la matinée pendant que je baratte, prépare la bière et sème 3 lignes de poireaux.

Dans l’après-midi elle va avec Cric et Breton ramasser des herbes à Kerdini et je lui succède auprès des bêtes. Elles sont assez sages et je puis tricoter un peu. A 7hrs, après les avoir rentrées je vais avec Françoise porter une demi-livre de beurre chez les Gournil. C’est la fin de ma dette. Après le dîner, nous allons Henri, Cric et moi reconduire Yvonne.

Cartes de Franz et de Pierre.

Mardi 31 Mars (S. Benjamin)

A noter que dans sa carte d’hier Pierre nous annonce la chute de la 1èer dent d’Henri et nous raconte l’émotion de ce tout petit s’imaginant que « son corps de lait » allait entièrement tombé par morceaux pour se renouveler.

Courses pour le pain, dernier jour où les anciens bons sont valables. On fait la queue à Kermuster. Temps désagréable, vent d’ouest, pluie fine. Cric garde les vaches le matin, et moi dans l’après-midi.

Lettre d’Albert.

Breton charroie du fumier sur la terre de Kerdini où nous devons mettre des pommes de terre  et il conduit Isis à Kéricut. Elle refuse.

Je sème 3 lignes d’oignons jaunes des Vertus dans la même planche que les poireaux d’hier. Ils sont du côté fond jardin et les poireaux côté maison. Nous mangeons le soir 5 choux fleurs de chez nous, c’est la 2ème fois. Mr Clech nous apporte des plants de tomates.