Mon Stage en Polynésie

Mars – Juillet 2002

Ce mardi 18 avril 2002 19:24

Je suis donc arrivé en Polynésie Française depuis le 28 mars après plus de vingt trois heures d'avion via Los Angeles. Le vol s'est bien passé même pour le transit à Los Angeles où nous n'avons même pas eu à remplir les feuilles de demande de visas et de ré-enregistrer nos bagages comme certains devaient le faire depuis le 11 septembre.

Deux heures avant de se poser sur Tahiti, le soleil s'est levé et m'a permis de découvrir, pour la première fois, l'étendue bleue de l'Océan Pacifique. Peu de temps après, nous avons survolé les Tuamotu (l'un des archipels de la Polynésie) et nous avons vu deux atolls : celui de Tikehau et celui de Rangiroa. C'était vraiment magnifique de voir de haut ces deux couronnes de terre dépasser de l'océan et délimiter leur lagon respectif.

Ensuite, nous atterrissions à Faaa, l'aéroport de Papeete : 30°C, très humide... Ca fait bizarre par rapport à l'air froid et climatisé du Boeing 747 dont je sortais. Je devais prendre ma correspondance pour Moorea, l'île la plus proche de Tahiti où je réalise mon stage.

A l'aéroport, j'ai rencontré mon maître de stage qui était venu non pas me chercher mais chercher le président de l'EPHE (Ecole Pratique des Hautes Etudes) dont dépend le laboratoire ici. L'avion étant plein, je les laissai me devancer attendant le prochain vol pour Moorea. Une heure après je montais à bord d'un coucou à hélice d'environ vingt places pour rejoindre l'île. Vol très spectaculaire, non seulement car je n'avais jamais voyagé dans un tel avion mais aussi car la vue sur le lagon de Tahiti, sur l'île de Moorea puis sur le lagon turquoise de Moorea est superbe...

L'île de Moorea est une île haute (à comparer aux îles basses de Polynésie que sont les atolls. C'est à dire que c'est un ancien volcan. Les plus hauts sommets de l'île culminent à des hauteurs entre 800 et 1200 mètres et sont tous recouverts par une épaisse végétation tropicale jusqu'en haut. Tout autour de l'île on trouve, au bord du rivage, un récif corallien dit "Frangeant" puis 800 mètres plus loin, un récif dit "Barrière" où vient s'écraser la houle en provenance de l'océan.

Au niveau des vallées et des rivières, le corail ne peut édifier de récifs et cela crée des passes, utilisées par les bateaux pour se rendre sur l'île. Les 52 récifs sont parfois difficiles à délimiter mais, sur la côte nord de l'île, un chenal le fait pour nous. En tout, de la plage jusqu'au bord du récif barrière, il y a environ un kilomètre ici.

Enfin me voilà au laboratoire après encore trente minutes de minibus autour de l'île en direction du fond de la baie d'Opunohu. On me montre ma chambre ou plutôt le dortoir de dix personnes où je choisis un lit et je prends enfin une douche salutaire. Mais pas question de dormir, il n'était que 9 heures du matin ici et je devais tenir toute la journée.

Programme de la matinée : visite du laboratoire, des différentes installations, de la société située juste à côté..., puis vient l'heure du déjeuner où chacun s'est présenté à son tour. En effet, nous étions à ce moment là environ une dizaine à table et à loger au laboratoire.

L'après-midi, afin de ne pas me laisser m’endormir, je fis ma première plongée dans les eaux de Polynésie. Le responsable du matériel du centre finit de me donner ce dont j'avais besoin puis nous sommes partis juste à l'extérieur de la baie, à droite, à la sortie de la passe. On passe alors devant les surfeurs qui utilisent les vagues de  passe (dont certaines sont célèbres ici, d'ailleurs une épreuve de la coupe du monde a lieu dans un mois à Tahiti) pour se laisser porter juste au-dessus des coraux.

Entrée dans l'eau assez facile. Il faut dire, qu'elle est à 30°C ici, ce qui facilite les choses. Depuis quelques jours, sa température atteint même les 31°C ce qui occasionne un phénomène de blanchissement des coraux. L'autre effet d'une température aussi élevée pourrait être, d'après ce que j'ai entendu, la formation de cyclones mais, pour l'instant, il ne semble pas y en avoir dans le coin.

Après la mise à l'eau le spectacle est magnifique : des poissons partout et de toutes les couleurs, et un tapis corallien à n'en plus finir. On descend tout d'abord jusqu'à quinze mètres environ. Pour les habitués, la visibilité de vingt mètres est assez médiocre aujourd'hui mais moi je trouve ça déjà pas mal. A peine cinq minutes après le début de la plongée, je tourne la tête et aperçois mes deux premiers requins polynésiens.  Pointes noires, entre un mètre et un mètre vingt, nagent tranquillement vers nous pour ne virer de bord qu'à quatre mètres. C'est trop beau et je ne peux plus les quitter des yeux.

J'apprendrai ensuite que ces requins, normalement inoffensifs, venaient voir si nous ne cachions pas quelques poissons dans nos poches car nous plongions sur un site de "sharkfeeding". Quelques grosses varangues vinrent à passer à côté de nous pendant que les requins allaient et venaient autour de nous et que les poissons chirurgiens, papillon, perroquet, balistes, picassos et autres mérous se souciaient à peine de notre présence.

Ensuite, retour de plongée, rinçage du matériel, douche, dîner et au lit pour une nuit bien méritée...

Pendant les trois jours qui suivent, je plonge tous les jours dont une fois jusqu'à quarante mètres pour découvrir un parterre de roses de corail. Les requins sont là à chaque fois, toujours des petits pointes noires (Carcharinus melanopterus) mais je ne désespère pas de voir les autres espèces que l'on trouve ici : pointes blanches du récif, pointes blanches du lagon, citrons, gris et pourquoi pas le fameux requin tigre (il paraîtrait qu'un sujet ait élu domicile dans la passe d'Opunohu.

Le lundi est consacré au congrès organisé par le directeur du laboratoire (mon maître de stage) et le directeur de la station de recherche de l'université de Berkeley, située aussi à Moorea, et qui s'ouvre le lendemain. Nous préparons donc les programme, les documents à distribuer aux scientifiques présents, accueillons les arrivants (Australiens, Néo-zélandais, américains et Français de métropole et de Nouvelle-Calédonie).

Le congrès s'ouvre le lendemain à l'Intercontinental Beach Comber Park Royal, l'un des Hôtels grand luxe de l'île. En présence des autorités polynésiennes et des scientifiques, les 2 directeurs des stations de recherches ouvrent le colloque.

Le congrès aura duré une semaine pendant laquelle nous prenions tous nos repas à Berkeley où étaient engagées des Tahitiennes pour l'occasion. Nous avons donc mangé comme des rois les meilleurs plats tahitiens durant les sept jours du congrès (sans parler des litres de Hinano, bière locale, qui ont été coulés).

Toutes les interventions auront été hyper intéressantes et j'ai rencontré, durant cette semaine, toute ma bibliographie. Ce genre de réunion en petit comité à l'avantage que les vingt sept scientifiques invités étaient super abordables (en comparaison avec les congrès où on se retrouve à mille ou deux mille personnes).

Cette semaine fut donc instructive, cool et terriblement enrichissante au point de vue de la gastronomie locale : poissons crus au lait de coco, poissons grillés, barbecues, punto paturo, uru, taro...

Dimanche dernier, avec cinq scientifiques qui restaient, nous avons grimpé la montagne percée qui culmine à 830 mètres je crois. Ascension en deux heures à travers la végétation luxuriante mais pas de tout repos ; la pente était super abrupte, trempée par la rosée du matin ; nous marchions dans de la boue. La dernière partie de la montée était si  raide, qu'une corde était tendue sur le chemin afin que nous puissions grimper le long de la paroi presque verticale. Enfin arrivée en haut, le spectacle était splendide : vue à 360° sur Moorea et son lagon.

Maintenant que le congrès est fini, j'ai commencé à travailler sur mon projet et je dois le présenter demain à mon maître de stage... Je vous raconterai tout ça quand cela sera au point mais, en gros, je dois faire une expérience de repeuplement dans le lagon de Moorea et faire des comptages de juvéniles pour étudier l'installation des poissons sur le récif frangeant.

J'ai quand même réussi à plonger trois fois cette semaine pour faire le binôme de chercheurs car on ne plonge jamais seul. D'ailleurs je suis un peu dégoûté car, samedi matin, je devais plonger avec une étudiante qui fait des prélèvements sur les requins citrons, gros requins de trois ou quatre mètres et j'ai du accompagner une autre étudiante qui devait aller compter les coraux à six mètres de profondeur.

Bon j'ai vu  quand même pas mal de chose et notamment quelques requins qui m'ont tourné autour et se sont approchés jusqu'à environ deux mètres mais comme toujours des pointes noires.

Bon pour les nouvelles c'est tout ce que je peux vous dire en ce moment... mais j'essaierai d'être plus régulier dans ma correspondance.

Nana Julien

PS/ la Polynésie c'est vraiment magnifique, venez quand vous voulez... je vous attends.

Ce mardi juillet 2002 18:26

Bon, tout d'abord je m'excuse car j'ai été nettement moins bon que l'année dernière côté correspondance mais j'ai eu aussi nettement moins de temps. Enfin je remercie, par contre, tous ceux qui donnent régulièrement de leur nouvelles et nous font aussi voyager en Amérique Latine, Afrique ou même dans des grottes pleines de chauve souris (ils se reconnaîtront).

Moi c'est toujours et plus que jamais du côté du Pacifique Sud que je vous emmène ici, dans un chapelet d'îles nommé Polynésie française...

Trois mois déjà que je suis perdu au milieu des lagons, des coraux et que me remplis tous les jours les yeux du spectacle fascinant que sont ces îles... oui, car bien sûr j'ai profité de mon séjour PROFESSIONNEL ici pour faire un peu le touriste quand même en allant débarquer sur un atoll, profitant pour cela de la présence de mes parents venus profiter du coin.

L'atoll où nous nous sommes rendu s'appelle "Tikehau" et c'est l'un des premiers le long de l'archipel des Tuamotu ; presque circulaire, 26 km de diamètre environ mais la bande de terre qui ceinture le lagon ne fait que 900 m de large, 400 habitants sur un motu de 6 km... voilà le décor : Cocotier et sable blanc à perte de vue.

Nous sommes allés visiter les fonds exceptionnellement poissonneux de l'atoll et ce jusqu'à la passe ou l'on trouve les fameux parcs à poissons (ou : comment pêcher le poisson à la mode tahitienne) et j'ai pu montrer aux parents leur premier requin (un petit dormeur prisonnier du parc).

Je me suis aussi fait  une plongée, et là encore ce fut le pied. Dès la mise à l'eau, une dizaine de requins gris sont montés sur nous (voir si par hasard nous n'avions pas un peu de poisson à leur offrir...) puis nous avons vu défiler des centaines, voire des milliers, de poissons tous plus beau, plus gros les uns que les autres et, pour finir, un beau "Napoléon", prince des récifs coralliens, est venu nous faire un petit coucou... mais pas de raies "Manta".... enfin pas pendant la plongée car nous sommes quand même allés en voir une venant se nourrir la nuit au bout du quai de l'atoll.

Le retour de plongée fut épique car je suis arrivé en retard à l'avion qui était déjà en bout de piste, mes parents dedans, et prêt à décoller et moi courant dans l'aéroport avec ma combinaison, mes palmes et mon masque à la main. Finalement l'avion a fait demi-tour pour venir me chercher et je suis monté de justesse, encore tout salé à bord de l'appareil.

Ce fut la première visite et la seule à titre "officiellement" touristique d'une autre île.

La semaine d'après je suis retourné dans les Tuamotu mais à "Rangiroa" cette fois et là pas pour le plaisir enfin presque pas... nous étions en mission pour accompagner un chercheur qui travaille sur les coraux

L'aller que nous avons fait en cargo (27 heures de plus mais 2 fois moins cher que l'avion) fut épique car, sous peine d'une panne de l'un des systèmes de sécurité, nous avons dormi notre première nuit à quai dans le port de Papeete qui est assez glauque et assez bruyant. Sur place, nous étions logés dans le catamaran de l'un des amis des chercheurs (pas mal du tout... la cata bien sûr !). " Rangiroa" est le plus grand atoll de Polynésie (70 km de long sur 25 de large mais là la bande de terre ne fait que 300 m et c'est assez impressionnant voir bluffant. Le motu habité ne fait que 15 km de long et est cerné pas deux passes dont l'une, celle de "Tiputa", est reconnue comme l'un des meilleurs sites de plongée du monde pour ses raies "Manta" et ses "requins marteaux".

Après avoir fait la plongée avec le chercheur, nous avons donc essayé la passe et, après deux tentatives plutôt manquées (plongée pas très réussie à cause notamment des courants qui sont très fort dans les passes lorsque l'on ne connaît pas), nous avons réussi une plongée top, mais ni "Manta" ni "Marteaux" n'ont pointé leur nez. Par contre, visibilité exceptionnelle, banc de poissons énormes, couleurs de folies et au moins une dizaine de tortues pas craintives pour un sou... Vraiment génial !

Depuis, je suis rentré à Moorea et ai repris mon travail assidûment : sorties tous les jours pour aller compter les poissons dans le lagon (environ 25 plongées depuis le début presque toutes accompagnées de requins), aide aux autres chercheurs...

Dans la "partie aide aux chercheurs", il m'est arrivé une chose extraordinaire... Nous avons au labo un "thésard" qui travaille sur les populations de dauphins autour de Moorea. J'ai fait beaucoup de sorties avec lui pour aller prélever des échantillons de peau sur des dauphins qui sont tous les jours dans les passes de l’île, des "longs becs". Le lendemain de la première défaite de l'équipe de France en coupe du monde qui avait lieu entre 1 h 30 et 3 h 15 du matin en Polynésie et que nous sommes bien sur aller voir, nous avons reçu un coup de téléphone à 7 h (autant dire que nous ne captions pas grand chose) car un large groupe de dauphins avait été repéré au large de l'île.

Ni une ni deux, on met le zodiac à l'eau et on part à fond rejoindre le groupe. Sur la route, juste à la sortie de la baie d'Opunohu nous croisons des "long bec" et on s'arrête faire quelques photos puis on repart en direction du large. Le bateau qui nous a prévenus est sur les lieux et nous aide à localiser le groupe de dauphins à environ 1 km de la côte. Lorsque nous arrivons, c'est du délire : environ 500 dauphins de deux espèces différentes nous entourent "Péponocéphales" et "dauphins de fraiser", pour les curieux)... Ils ne sont pas craintifs du tout et viennent jouer devant le zodiac.

Pour ne rien gâcher, le soleil brille tant qu'il peut, il n'y a pas un nuage ni un grain de vent, l'eau est lisse...

Après une demi-heure de navigation dans le groupe qui s'amuse avec nous, nous nous mettons à l'eau, un par un, en se collant contre l'étrave du zodiac qui avance entre les animaux. Et là le spectacle est excellent. C'est comme un iceberg, la partie immergée est toujours plus grosse et plus belle. Les dauphins sont partout, ils jouent dans l'eau et sont très gracieux... ils s'approchent hyper près et nous pourrions presque les toucher. Un "Péponocéphale" est même venu à environ 30 cm de mon masque... Les photos sont terribles et j'essaierai d'en envoyer par email bien que les moyens pour ça soient un peu limités. Enfin, nous sommes restés environ 3 h avec les dauphins et ce fut l'un des moments les plus incroyables de ma vie.

Enfin voilà quelques news et anecdote de ma terrible vie en Polynésie...  Je vous embrasse tous très fort.

Julien