Avril 1941

Mardi 1er Avril (S. Hugues)

Monsieur Salaün Vient. Toute la journée je suis occupée avec lui. Nous plantons des pommiers : d’abord 6 pommiers à cidre pour remplacer ceux qui ont été brisés par les vaches ou renversés par les tempêtes, 3 dans l’enclos derrière le tas de paille et 3 dans le verger du jardin, puis 11 divers dont 9 en ligne en partant de la maison, les 3 premiers sont (d’après les renseignements d’Alain) de grosses pommes d’hiver à cuire provenant de greffes des arbres trouvés au Mesgouëz – le 4ème est une pomme rouge (aussi de la maison) – 5 et 6 sont des « Duc Frédéric de Bade » - 7 et 8 des « Royal Jubilé ». Le 9ème est pris au hasard dans le coin réservé aux pommes à couteau. Egalement au hasard, 2 plants mis dans les plates bandes. La saison est déjà avancée. J’espère que cela prendra quand même. A la Grâce de Dieu !

Lettre de Md Le Marois contenant une longue lettre de Pierre et des photos du cher ménage et des 4 petits. Que je suis heureuse de les revoir même sur le papier seulement. Henri et Jean n’ont pas beaucoup changé. Petit Yves est tout à fait mignon. Quant à Michel que nous ne connaissions pas, il paraît ressembler beaucoup à Yves au même âge. C’est un superbe poupon. Mes lainages ont été remis ; ils seront certainement très utiles. En somme, à part quelques privations alimentaires, nos Briançonnais ont passé un hiver supportable.

Malheureusement les nouvelles de Marie-Louise sont toujours inquiétantes et le pauvre Paul, très anxieux, paraît assez désemparé.

Tanguy Jégaden est de retour en « congé de captivité ». Il n’a pas été durement traité et il est bien content d’en être quitte à si bon compte. Il vient nous rendre visite. Nous mangeons des salsifis du jardin.

Mercredi 2 Avril  (S. Franç. De P.)

Anniversaire de la mort d’Emmanuel. Je pense à lui et prie.

Très mauvais temps le matin. Pluie et froid. J’écris à Annie, à Md Martin, aux Pierre, à Md Le Marois. Henri et moi faisons les comptes de Mars.

Dans l’après-midi le temps s’améliore ; il y a encore quelques grains mais dans les éclaircies nous travaillons au jardin. Je bêche. Isis retourne à Kéricut et prend encore.

Carte de Franz datée du 23 Mars. Cricri soigne ses malades de Kerdini. Je tricote.

Visite de Pierre Piriou qui vient me demander la permission de traverser un de nos champs pour rentrer de la lande. Il me dit que sa sœur Jeanne, effrayée par les constants bombardements de Brest, n’y veut plus rester. Elle est revenue chez ses parents et a trouvé une place à Morlaix.

Jeudi 3 Avril  (Se Irène)

Porté 1 livre de beurre pour la réquisition. Je continue mon bêchage. Carte de Paule.

Nous sommes bien déçus pour la couvée commencée le 12 Mars. Des poules sont venues pondre dans le nid où il y a maintenant 30 œufs. Que va-t-il sortir de là ? Il y a sûrement des poussins formés, prêts à éclore mais vont-ils pouvoir se débrouiller sous cette avalanche ? C’est aujourd’hui qu’ils devraient sortir.

Dans la soirée je traille au pull-over de coton bleu de Cricri. Bombardements. La maison Schneider nous apprend que je touche une pension de vieillesse à partir de mes 65 ans. C’est quelque chose aux alentours de 200 francs par an. C’est peu mais cette surprise me fait grand plaisir.

Vendredi 4 Avril  (S. Isidore)

Toujours le même temps. Joyeuses éclaircies, gâtées par des averses qui empêchent la terre de sécher et contrarient le travail.

Naissances de quelques poussins mais beaucoup de morts, écrasés et d’œufs avortés. On ne sait pas encore ce qui survivra.

Malgré les ondées (moins fréquentes, moins fortes et plus brèves) nous pouvons travailler au jardin tout l’après-midi. Je débarrasse quelques poiriers des mousses et des lierres qui les envahissaient et je fais deux planches. L’une est semée de laitues et de radis, l’autre de carottes.

Les Cudennec de Kerdini donnent à Cricri un superbe morceau du porc qu’ils viennent de tuer.

Marcel Guéguen qui devait travailler pour nous ne vient pas.

On fait les raies pour les pommes de terre.

Samedi 5 Avril  (S. Vincent F.)

Je me lève de bonne heure. Avant la descente des domestiques, j’écris une carte à  Franz.

Vers 9hrs on découvre Miguet mort devant sa niche. Ce doit être de vieillesse. Depuis quelques temps il baissait et devenait aveugle je crois, mais hier soir il ne paraissait pas plus mal que d’habitude.

Monsieur Charles vient. Avec lui et Yvonne, je mets les pommes de terre (semence achetée chez Le Sault) dans le jardin. Nous n’avions pas terminé que la pluie a commencé à tomber. Nous achevons quand même. Tempête toute la journée.

Visite de François Grall. Henri va chercher de la viande à Plouezoc’h. Il a l’avant dernier morceau. Le dernier était promis. Donc demain la boucherie sera vide absolument.

Nous lisons dans le journal les bombardements de Brest et de Lorient jeudi soir.

Dimanche 6 Avril  (Rameaux)

Messe de 8hrs à Plouezoc’h. Avance d’une demi-heure sur les autres dimanches. Est-ce pour tout l’été ou bien à cause des offices du jour ? Rencontré Yvonne et Zaza, très gentilles comme toujours.

Nous sommes de service ; bon déjeuner, rôti de porc. Cricri a terminé les soins à Pierre Cudennec qui lui dit cette phrase aimable : « Je regrette d’être guéri si vite ». C’est étonnant de la part d’un paysan de par ici mais indique qu’il peut y avoir une éducation innée.

Journée morne. Je garde les vaches. La nourriture manque complètement pour les bêtes. C’est affolant !

Mr Salaün vient s’excuser de n’être pas venu hier comme convenu. C’est poli mais ce n’est pas cela qui avance le travail. Nous sommes très en retard.

Finalement il y a 9 poussins.

Lundi 7 Avril  (S. Clotaire)

Passée une nuit blanche à ruminer, c’est le cas de le dire, les moyens de me procurer de la paille, du foin, n’importe quoi. De Plus, j’ai mille difficultés avec les veaux et les  cochons. Des arrêtés préfectoraux interdisent certaines conditions de vente. Des acheteurs se présentent plusieurs fois par jour. Je ne sais ni que faire ni que répondre. Couru toute la matinée pour chercher foin et paille. Succès pour le premier, incertitude pour la seconde mais espérance qui me tranquillise.

Il fait assez froid. Lettre d’Annie qui m’annonce son retour jeudi matin. J’achève le pull-over de coton bleu. On tue un coq pour envoyer rue Las Cases. Io prend le taureau. Dans l’après-midi, Jean va chercher le foin chez Mr Jégaden du Mur : 1000 livres pour 400 francs.

Mardi 8 Avril  (S. Albert)

Levée de bonne heure. Henri s’en va par le premier car à Morlaix. Fait hâtivement mon ménage et partie à Plougasnou. Vu le nouveau bureau de poste établi depuis le 1er dans l’ancienne maison Le Guen-Réguer. Payé les assurances sociales de Jeannick et de Jean. Ensuite chez Loisel pour régler les questions veaux et porcs. Il ne peut acheter les premiers mais compte sur les seconds. Je suis donc obligée de renvoyer les 3 amateurs qui se sont présentés. C’est dommage, ils me paraissent de braves gens bien dignes d’intérêts mais les bêtes étaient promises à Loisel et puis si je ne veux pas risquer des contraventions.

Dans l’après-midi nous nous occupons de la paille achetée à Mr Lévellon de Kerligot. 1500frs le quintal = 600frs. Jeannick part à bicyclette très loin pour m’acheter chez une de ses tantes un couple de porcelets. Mr Salaün débite un arbre déraciné par la dernière tempête : un charme dont il dit que c’est du très beau bois. Carte de Paul.

Mercredi 9 Avril  (Se Marie l’E.)

Dès que l’aube blanchit je sors de mon lit. Il est 6hrs ½ (heure allemande, c'est-à-dire 4hrs au soleil). Nous allons tous les 3 faire nos Pâques à Plouezoc’h. Rentrés petit déjeuner, puis je repars à Plougasnou. Aucun marchand sur le marché mais le bonhomme qui habite la gare me donne des boutures de « Désespoir du peintre » pour me consoler. Chez Loisel, j’achète un beau morceau de notre porc.

Mr Salaün travaille au jardin ; il met des tuteurs aux pommiers plantés dernièrement puis prépare un emplacement destiné aux tomates.

Très bonne lettre de mon Franz chéri. Cela me redonne un peu de courage pour continuer la lutte. Mais que de difficultés ! Quand on a un triomphe sur un point, il se présente mille autres soucis.

Annie doit s’embarquer ce soir avec sa fille pour nous revenir. Nous avons aéré et nettoyé son appartement.

Jeudi 10 Avril  (S. Macaire)

Arrivée d’Annie et de Françoise. Henri va les chercher à Morlaix. Cricri et moi tout simplement à Kermuster. Franz sera heureux de les savoir ici. Mais y sont-elles plus en sécurité et plus confortablement... ?

Nous reprenons nos repas dans la salle à manger, c’est plus agréable à bien des points de vue mais on gèle. Dans l’après-midi je sème des graines dans 3 planches après les oignons au fond du jardin. 1ère planche en partant du mur : oignons, choux pommés, merveille de Vito et quelques laitues Batavia. 2ème planche : betteraves crapaudines en rayons et, par-dessus à la volée, poireaux de Carantan et céleri rave. 3ème planche : 3 rayons de betteraves rouges plates d’Egypte et 1 rayon de poireaux gros du midi. Tout cela doit faire des plants à repiquer. C’est un peu trop les uns sur les autres dans la 2ème planche ; je me suis trompé, c’est comme si j’avais tiré 2 photos sur la même plaque.

Marcel Guéguen et Jean préparent la terre d’orge à Kerligot.

Vendredi 11 Avril  (S. Léon)

Cricri ayant préparé hier soir un cake avec la recette de Md Braouëzec, je rassemble les diverses choses pour le colis de Franz.

Je baratte le beurre. Nous allons, Annie, Françoise et moi, chez Eugénie. Nous allons, Henri et moi, chercher le colis à Kermuster.

Jean, Mr Salaün, Cricri et Yvonne ramassent les mauvaises herbes dans le champ de Kerligot. Cela m’oblige à garder les vaches.

Loisel ayant obtenu de tuer un veau pour les fêtes de Pâques vient me chercher celui de Fleurette, 114 livres à 4,75 = 541,50frs.

Visite de Mr de Kermadec qui nous montre la réponse de Mr de Guébriant.

Landredic est vendu ce soir à la sœur de Mr Cazoulat de Corniou 4300frs.

Commence une combinaison pour le futur enfant d’Olivier.

Samedi 12 Avril  (S. Jules)

Nous faisons le colis de Franz, 5kgs 50grs environ : 1 cake, 1 boite de crêpes dentelle, 1 boite de dattes, 1kg de sucre, ½ de chocolat, 3 boites de pâtés de porc, 1 boite de rillettes, 2 boites de thon, 1 bâton de réglisse, 2 savons, 3 paquets de tabac. Henri et moi allons le porter à Plougasnou.

L’après-midi je garde les vaches en tricotant. Lettre d’Albert. Carte de Pierre. En rentrant le soir je plante quelques choux fourragers dans le jardin.

Les poules ont abîmé toutes mes planches de semis. Je ne sais pas du tout ce qu’elles pourront donner. C’est désolant mais, par bonheur, il est encore temps de recommencer. Elles ont aussi saccagé les asperges d’Henri.

Je reçois des papiers du Ministère de l’Agriculture pour établir le dossier de Franz.

Dimanche 13 Avril  (Pâques)

Annie va faire ses Pâques à la messe de 7hrs. Wiktorya et Jeannick à celle de 8hrs. Jean va à la grand'messe de Plougasnou à 10hrs ½. Henri, Cric et moi à la grand messe de Plouezoc’h à 11hrs, après avoir fait l’indispensable de l’ouvrage de ferme et de maison. Tout cela s’est très bien arrangé et je suis contente que tous ceux du Mesgouëz soient allés aujourd’hui à l’église.

Petite Françoise cherche ses œufs de Pâques dans le jardin. Nous lui donnons un livre d’images et 10frs. A Annie, un écusson brodé de Morlaix et 10frs. A Cric, un livre et 10frs. Henri me donne l’ « Histoire de France » par J. Baindelle. Au déjeuner, nous marquons la fête par une bonne bouteille de vin blanc accompagnant un rôti de porc.

Après-midi passé à garder les vaches. Le soir je me promène un peu sur la route avec les deux filles.

Lundi 14 Avril  (S. Tiburce)

Comme tous les jours fériés, celui-là fut assommant à cause du manque de service. Sauf Wiktorya qui ne connaît personne et ne sait où aller les domestiques s’évaporent et leur service nous tombe sur les bras. Il est juste qu’ils se reposent et s’amusent un peu ; je ne me plains pas mais constate seulement qu’il n’y a jamais de fêtes où nous puissions nous sentir libres.

Rien d’important à signaler sinon une apparition bien ennuyeuse de la pluie. Je garde les vaches en tricotant pour le bébé de Mimie Prat. Ensuite, avant de préparer le dîner, je fais des comptes avec Henri et j’écris une carte familiale aux Paul. Henri en écrit une aux Pierre. Cricri aide Wiktorya à la ferme et Annie, enfermée dans son appartement avec Françoise, range ses affaires.

Le taureau couvre Madelon.

Terrible bombardement à Brest.

Mardi 15 Avril  (Se Anastasie)

Levée de bonne heure, je pars à Plougasnou faire de nouvelles démarches pour la libération de Franz. C’est bien compliqué comme formalités surtout à cause des traductions allemandes que je ne pourrai faire faire qu’à Morlaix. Je ne fais qu’un premier pas mais il faut poursuivre.

Jean Cudennec (le mari d’Eugénie) et J. M. Toudic viennent tuer un porc qui pèse environ 300 livres.

Je garde les vaches au début de l’après-midi. Yvonne vient me remplacer. Alors avec Cricri et Jean nous allons laver les basanes du cochon à Corniou. Opération peu réjouissante !

Visite de Francine Nilho (l’innocente) qui vient me demander de la prendre pour sa nourriture, puis celle de Jean Olive Le Dru, libéré depuis 3 semaines, qui amène sa génisse au taureau.

Mercredi 16 Avril  (S. Fructueux)

Le matin je sarcle les planches d’ail. Visite d’Alain le jardinier qui mène une vache au taureau et nous donne quelques conseils. L’après-midi, Jean Cudennec vient dépecer le porc. Nous sommes occupés jusqu’à 9hrs du soir. Le tueur et le petit Raymond dînent à la maison.

Les deux chiens de chasse sortent du chenil. Lettre de Franz (7 avril). Annie reçoit une lettre du percepteur de Lannilis qui vient du camp de Nuremberg et nous donne des nouvelles de franz. Il conseille d’écrire en dehors des cartes autorisées. Je n’ose le faire, craignant d’indisposer contre notre pauvre prisonnier. Ah ! que j’ai hâte de le revoir !

Jeudi 17 Avril  (S. Anicet)

Pendant la nuit, les chiens tuent cinq ou six de nos poules dont la mère des poussins, plusieurs de ceux-ci et dévorent tous les œufs de la poule qui couvait. Nous ne savons que faire des orphelins.

Je commence les saucissons. Cricri est occupée toute la journée à faire les pâtés de foie, terminer les saucissons, plumer les poules, les vider etc. ...

Annie, Françoise et moi allons à Morlaix. Je fais faire à la mairie les traductions allemandes pour Franz. Nous faisons nos courses de ravitaillement. Hélas ! les magasins sont vides. Je ne puis pas trouver une seule boîte de conserve (viande ou poisson) à mettre dans le colis de Franz. Pour les fournitures d’habillement, c’est le même désert. Je n’y comprends rien pour le tabac. Il y a la manufacture qui fonctionne et Annie a fait tous les bureaux de la ville sans trouver une cigarette ni un paquet de tabac gris.

En rentrant je trouve les œufs de Pâques du fidèle Haymann.

Vendredi 18 Avril  (S. Parfait)

Le beau temps s’est gâté pendant la nuit. Il pleut et précisément le père Salaün s’amène ; on l’emploie à fendre du bois. Pour nous les occupations ne manquent pas à la maison. Annie me donne Françoise à garder toute la matinée. Je puis quand même écrire à Franz et à Haymann. Avec Cricri, je prépare le pâté de tête. C’est assez long. Dans l’après-midi, la pluie ne tombant plus qu’en averses je puis sarcler un peu.

Un oncle de Jeannick nous apporte deux petits cochons : 900frs. Jamais je n’ai payé aussi cher. Je souhaite qu’ils poussent vite et me rapportent bien en défaut de cette grosse avance. Ils sont assez avantageux cependant. Md Troadec de Kergouner a payé les siens920frs, beaucoup plus petits, et Pétronille 950frs de même taille.

Le soir on entend les bombardements du côté de Brest. Il paraît que c’est affreux là-bas.

Samedi 19 Avril  (Se Léontine)

Monsieur Salaün vient. Le temps étant bon le matin nous travaillons tous au jardin, même Françoise mais cette dernière voulant m’aider à sarcler les planches d’échalotes fait pas mal de bêtises.

Cricri met dans l’après-midi une poule à couver pour essayer de compenser nos malheurs. Les poussins rescapés vivent encore, on espère les sauver. Nous mangeons les deux jeunes poulettes rôties et préparons la mère des poussins en pot-au-feu.

En fin d’après-midi, plusieurs averses. Jeannick, partie à Morlaix pour changer un corset acheté sur la place, ne revient pas. Je m’inquiète pendant qu’elle couche tranquillement chez elle. Histoire de bicyclette crevée, paraît-il et de mauvais temps.

Ecrit au percepteur de Lannilis.

Domino reçoit le taureau.

Dimanche 20 Avril  (Quasimodo)

Messe de 8hrs ½ à Plouezoc’h. A partir de maintenant ce sera tous les dimanches à 8 heures. C’est un peu ennuyeux mais il commence à faire bien jour à 7hrs quand nous devrons partir. Cricri est obligée de n’aller qu’à la grand'messe à cause de l’absence de Jeannick. Vu Zaza de Kermadec et Md Prigent, femme d’un compagnon de captivité de Franz. Nous leur promettons des visites prochaines. Cartes à Paul et Pierre.

Tout l’après-midi, je garde les vaches. Il pleut, il vente, il fait très beau ; par moments, j’ai froid, à d’autres j’ai chaud. L’atmosphère change toutes les demi-heures. C’est le prix temps ! En rentrant il faut préparer le dîner comme j’avais déjà fait le déjeuner. Donc pas de répit. Ah ! les dimanches !!!!!

Cricri a encore plus à faire que moi car Wiktorya, seule domestique qui reste, observe le repos dominical.

Lundi 21 Avril  (S. Anselme)

Beau temps. Levée de bonne heure, je travaille au jardin. Semis des scorsonères dans la 4ème planche à partir du fond du jardin, c'est-à-dire après celle des betteraves rouges plates. Ensuite commencé à sarcler les choux.

Après le déjeuner nous nous habillons et tous (H. A. C. F. et moi) partons à Plouezoc’h. Visite à Md Prigent qui venait de recevoir une lettre de son mari, puis nous allons chez Abraham acheter différentes choses. Il n’y a guère de choix, tout est très cher mais c’est tout de même mieux approvisionné et plus avantageux qu’à Morlaix. Chez Troadec, je trouve 6 petites boîtes de conserves pour Franz.

Visite au Roc’Hou. Les Kermadec sont très aimables. Nous voyons Mr, Md, Zaza et les 3 enfants de cette dernière ; nous avons des nouvelles satisfaisantes de tous mais le Roc’hou si peuplé autrefois me paraît vide et triste. Mr de Kermadec s’occupe de Franz.

En rentrant je trouve les papiers du dossier envoyés par Albert ; je travaille dans la soirée. Carte de Pierre.

Mardi 22 Avril  (Se Opportune)

Encore très beau temps. Je continue le sarclage des choux. Dans la matinée, Françoise Bodeur m’envoie un superbe lieu qui fait notre déjeuner. Quoique au bord de la mer, nous n’avons jamais de poisson. Celui-là est un régal.

Cricri, Françoise et moi allons à Kermuster chercher le pain et de la farine pour faire des cakes pour Franz. Différentes courses. Commandé à Le Sault des couteaux pour échardonner. Impossible de trouver de tabac. Nos fumeurs sont navrés.

Dans l’après-midi, je vais au bourg. Je ne puis faire taper les feuilles de Franz à la machine à écrire mais craignant d’avoir trop de retard je les porte à la mairie ; on les légalise et j’expédie à la grâce de Dieu.

Jean et Guéguen sèment l’orge et le trèfle à Kerligot. Le soir très violents bombardements. Une bombe tombe sûrement assez près de nous.

Mercredi 23 Avril  (S. Georges)

La bombe que nous avons entendue hier est tombée sur la route à Ploujean démolissant de fond en comble le « bar des ailes », tuant le gardien de cette maison heureusement évacuée depuis quelques semaines. Les avions continuent à sillonner notre ciel avec une intensité accrue depuis qu’il est dégagé de nuages.

Je travaille au jardin ; Henri aussi ; Jean est occupé chez les Jégaden Kerdini pour compenser le travail de Marcel sur nos terres. Cricri et Yvonne vont toute la journée râteler les mauvaises herbes à Kerligot.

Dans l’après-midi, je garde les vaches. Tout à coup, je me sens soulevée, lancée dans les airs et je retombe lourdement à terre. C’est le taureau, venu derrière moi sans que je m’en aperçoive, qui m’a joué ce mauvais tour. Je ne sais si c’est par méchanceté ou par jeu mais je commence à en avoir peur. Je n’ai pas eu trop de mal heureusement.

Reçu une convocation de la mairie pour une distribution de vivres destinées aux prisonniers.

Jeudi 24 Avril  (S. Gaston)

Semé dans le jardin une autre planche de scorsonères (la 5ème  en partant du fond) puis la 6ème  (radis et carottes), dans la 7ème graines de melon. Pendant que je travaille au jardin, Jean vient me trouver et me donne son compte disant qu’il partira samedi. Aucun motif sérieux. Il nous reproche de n’avoir plus qu’une jument et de le faire travailler avec Michel Guéguen.

Dans l’après-midi, je vais à la mairie pour finir le colis de Franz et l’envoyer. Il contient les 2 gros cakes faits par Cricri, ½ livre de petits beurre, 1 boîte de dattes, 2 paquets de tabac, 2 petites boîtes de thon, 3 grandes boîtes de pâté, 2 paquets de sucre, 1 paquet de biscuits, ¼ de chocolat. Il ne pèse pas tout à fait les 5kgs mais les Dames de l’œuvre, tenant à partager les rares denrées dont elles disposent, n’auraient eu que du linge à pouvoir ajouter or Franz n’en demande pas. Le bureau doit être mieux approvisionné par la suite.

En rentrant je vais avec Cric voir Md Charles qui me demande de l’augmentation pour son fils.

Vendredi 25 Avril  (S. Marc)

Jean sème des betteraves.

Nous partons, Henri et moi, par le car de 8 heures pour Morlaix. C’est l’anniversaire de mon mari, ses 66 ans, je n’ai pu refuser de l’accompagner et puis le but principal de cette journée en ville était rudement intéressé. Nous avions rendez-vous avec Jean Roche, très nouvellement arrivé du camp de Nuremberg. Yvonne de Kermadec qui est gentille et dévouée avait préparé cette entrevue. Nous avons eu beaucoup de détails sur notre cher prisonnier, sur la vie qu’il mène là-bas. Jean Roche est sympathique, il a des sentiments élevés et je regrette qu’il n’ait vu Franz que la veille de son départ. Leurs blocs étaient loin l’un de l’autre ; ils s’ignoraient.

Déjeuner à La Tour d’Argent avec Yvonne. Menu confortable mais pour lequel il nous faut donner divers tickets : sardines, macédoine de légumes (à l’huile), maquereaux sauce aux câpres, pommes de terre bouillies, salade verte et gelée de pommes. Le tout arrosé d’excellent vin blanc.

Courses dans Morlaix. A l’Hôtel de Ville je porte encore des papiers à traduire en allemand pour Franz. Haymann nous envoie du Maté.

Samedi 26 Avril  (S. Marcellin)

L’Abbé Délasser vient bénir la maison.

Monsieur Salaün vient et comme un fait exprès il fait très vilain temps. Alors il nous fend du bois au lieu de travailler au jardin pour lequel j’avais cependant bien besoin de son aide. Je mets un peu de persil frisé dans la planche du persil commun.

Après le déjeuner, Jeannick part à Morlaix et moi à Plougasnou pour avoir une enveloppe de la mairie afin d’envoyer les certificats de Franz. J’écris à Mr de Rodellec, au Syndicat de Landerneau et je remercie Haymann pour le Maté. Un Allemand vient pour acheter du beurre, des œufs et... le reste. On lui vend un jeune coq 50frs. C’est le même Allemand que l’autre jour, presque un Lorrain qui habitait une grande ferme à 8kms de la frontière. Ses parents avaient 127 bêtes à cornes et 35 chevaux quand la guerre fuit déclarée.

Cricri met une poule à couver.

Dimanche 27 Avril  (S. Frédéric)

Nous apprenons que le père de Jeanne Balcon a été tué dans le bombardement du 14-15 avril. Il était à l’hôpital de Brest. Je vais à la messe de 8hrs à Plouezoc’h. Pas un gramme de viande à la boucherie. Je suis réduite à prendre 1kg d’os pour faire une soupe.

C’est le Pardon de St Antoine. Henri et Cricri y vont à la grand'messe. Ils y voient les Kermadec et apprennent que Md Le Marois est à Kérousien et compte venir nous voir au passage de retour.

Je garde les vaches sous la pluie. A 6hrs du soir, nous allons rendre visite aux Féat. Annie et Cricri achètent 3 petits lapins. Cela fait la joie de Françoise qui paraît aimer beaucoup les bêtes.

Les Léon viennent nous parler au sujet des fagots coupés et je demande à Michel Léon quelques journées pour le jardin.

Le soir, après dîner, Cricri, Wiktorya et moi faisons quelques pas sur la route jusqu’à Kervélégan. Wiktorya qui aimerait la ville n’apprécie pas le calme de cette campagne et déçue elle dit : « Pas même voir un sauvage ! » parce que nous n’avons rencontré personne.

Lundi 28 Avril  (S. Aimé)

Travaillé un peu au jardin car le temps est meilleur. Baratté le beurre. Eté avec Cricri et Françoise chercher du pain à Kermuster.

Dans l’après-midi, nous allons à Coasquerès voir une jument qu’on nous avait dit devoir être vendue. Les propriétaires ne sont pas décidés. L’homme, frère de Gourville, le mari de M. Olive Masson, est malade, nous ne pouvons guère lui parler mais il nous dit que lorsque ses travaux seront terminés, fin Mai, nous pourrons revenir  mais il demande 30000 de sa bête ce qui ma paraît abusif.

Raccommodé 2 torchons. Après dîner écossé des haricots.

Mardi 29 Avril  (S. Robert)

Au jardin toute la matinée. Dans la planche qui suit celle des carottes (du côté des échalotes) je mets d’autres carottes et des choux de Bruxelles ; dans la suivante, des endives.

Dans l’après-midi, visite de Mr de Kermadec, de Madame Le Marois, de Zaza, de René et Germaine Prévalée, goûter.

Je vais ensuite chez Pétronille. Parlé à Md Charles au sujet de Jean. Elle me demande 400frs pour son fils mais veut que je m’entende avec ce dernier car, dit-elle, « c’est un garçon trop intelligent pour rester paysan » et elle ne souhaite pas qu’il continue dès que la situation politique lui permettra de faire autre chose. Ce n’est donc qu’un pis aller pour lui. Pour nous aussi.

Mercredi 30 Avril  (S. Maxime)

Temps de chien. Les vaches n’ont plus rien à manger à l’étable et dehors elles ne trouvent pas grand’chose. On est obligé de les sortir tout de même dès le matin.

Nous allons à Kermuster Henri, Cric, Françoise et moi pour voir une autre jument signalée chez Bellec. Elle est vendue depuis la veille au soir : 16100frs, elle avait 15 ans. Chez Le Sault, nous payons des fils de fer barbelés mais Jégaden qui les a emportés dans sa voiture veut garder 2 rouleaux pour lui et un pour L’Hénoret. Il ne nous en reste donc que 2. Je dois à Jégaden de la semence de pommes de terre « Abondance de Mai » dont son fils m’a apporté 6 sacs ce matin.

Reçu une longue lettre de Franz du 16 Avril. Visite de 2 Allemands qui viennent chercher du beurre et des œufs. Nous ne pouvons leur vendre ce dernier article, j’ai trop de mal déjà à le trouver pour Germaine. A grand’peine, j’en ai récolté 7 douzaines que je vais envoyer.

Henri va rendre visite au Roc’Hou.

Mai 1941

1er Mai  (S. Jacq. S. Ph.)

Eté voir une jument chez un Jean Réguer de l’autre côté de Kermuster. Elle ne sera à vendre que dans 3 semaines. Trouvé 2 douz. d’œufs chez ces gens.

En rentrant écrit à Franz mais le facteur ne passe pas ; c’est jour férié. Les cars sont supprimés.

Chez Me Jégaden du Mur pour obtenir 500 livres de foin. Le poulain est sevré depuis hier soir.

Chez les Prigent cherché vainement des œufs. A Madagascar, même échec. J’aurais voulu trouver d’un seul coup les 2 douz. demandées et en avoir terminé. Mais autre histoire, j’essaie l’emballage et n’y parviens pas, boîtes trop petites, caisse trop grande, je change et rechange. Alors, dégoûtée, je remets à demain et vais travailler un peu au jardin. Semi des graines de potiron.

Je garde Françoise et vais avec elle à Corniou demander des petits pois introuvables. Pour ne pas revenir bredouille, j’achète un peu de confiture et de chicorée.

Le soir, pas de lumière. Coucher de bonne heure.

Vendredi 2 Mai  (S. Athanase)

Brouillard et même pluie fine dans la matinée. Monsieur Charles vient. Il s’emploie à aller chercher le foin chez Me Jégaden qui nous donne 1000 livre au lieu de 500 accordées et qui nous en propose encore parce que 200 chevaux allemands sont arrivés à Plougasnou et qu’elle craint que son foin soit réquisitionné. Elle préfère qu’il nous serve.

Eté à Pen An Land avec Henri, Cricri et Françoise pour chercher de la paille, des betteraves, une jument et des œufs. Rien trouvé que 6 œufs chez Férec Ker à Groas. Le Sault avait vendu depuis la veille toutes ses betteraves disponibles.

Dans l’après-midi, jardinage puis je suis allé avec ma fidèle Cric payer mes dettes au Mur et à Madagascar.

Reçu réponse de Mr de Rodellec et de nouveaux papiers pour Franz. Bien que ce soient les mêmes que ceux fournis au Ministère, je vais recommencer ces formalités. Il ne faut rien négliger.

Samedi 3 Mai  (Inv. de Se Croix)

Henri et moi allons au bourg le matin pour différentes courses dont la principale est la légalisation du nouveau dossier que je constitue pour envoyer à Landerneau. Longue pose à la mairie où il y a affluence de gens pour différentes choses. C’est fou ce qu’on demande comme formalités maintenant. On ne peut rien vendre, rien acheter, rien semer maintenant sans avoir une autorisation ou sans le déclarer. Ce serait même comique si ce n’était pas si triste.

Dans l’après-midi, j’achève la préparation du dossier de Franz par deux lettres qui n’avaient pas besoin du visa du Maire. Puis je mets des betteraves rouges dans un coin de terre préparée par Wiktorya J’aide Henri à cueillir les asperges. Henri, François et moi allons ensemble à Kermuster chercher farine et tabac. Ce dernier manque partout.

Dimanche 4 Mai  (Se Monique)

Messe de 8hrs à Plouezoc’h. A la boucherie, j’obtiens un petit morceau de veau sur lequel il y  a peut-être 400grs de viande pour 16frs. Depuis 3 semaines c’est tout ce que nous avons pu nous procurer. Heureusement nous avons du porc à la maison. Avec nos pommes de terre, nous ne mourrons pas de faim mais je m’inquiète du sort des gens des villes. La situation devient très grave.

Jeannick est de sortie. Cuisine.

Dans l’après-midi gardé les vaches, puis de nouveau cuisine. Nous mangeons avec recueillement les premières asperges. N’étant que 5 à table nous en avons suffisamment et elles sont excellentes. Henri qui s’y est donné beaucoup de mal pour les cultiver paraît très content.

Lundi 5 Mai  (C. S. Augustin)

Journée assez calme. Sarclé des pommes de terre toute la journée, dérangée seulement par les allées et venues de gens qui viennent demander à acheter quelque chose, n’importe quoi, pour manger : du beurre, des œufs, des poulets, du lard. Nous promettons (à contre cœur) un coq aux Salaün pour leur enfants de Paris qui crèvent de faim. Il y a les clients ordinaires du beurre. Il paraît que les anciens : Térénez et le facteur ne sont pas contents d’avoir eu si peu. Il faut partager un peu d’abord ; je tâcherai de leur explique et puis de leur faire comprendre que nous avons beaucoup moins de vaches que du temps de Franz.

Reçu une lettre du capitaine Georges Lognon, un camarade de captivité de Franz qui nous donne encore des détails sur lui. Annie est très nerveuse et a une prise de bec avec son beau-père.

Nous vendons un bout d’orme à Mr Tousse.

Isis refuse l’étalon.

Mardi 6 Mai  (S. Paul P. L.)

Levée à 6hrs ½. Je conduis Henri au car à Kermuster pour l’aider à porter les colis d’œufs. Je fais souder par Le Sault une boîte de beurre qu’Annie envoie à sa famille. Pendant ce temps, le forgeron me parle des évènements et de la politique. Cela m’ennuie car il a des idées erronées et pourtant il raisonne bien mais a un point de départ tellement faux que tout s’en suit.

Jusqu’à présent dans notre coin la grande majorité reste fidèle à l’Angleterre, à la franc-maçonnerie, à la juiverie. On ne se rend pas compte que rien n’était prêt pour la guerre, ni les hommes, ni les choses ; on aime mieux dire que nous avons été trahis. Et naturellement on accuse ceux qui ont le pouvoir en main.

Je rapporte du pain, il est plus noir et sec que jamais. J’achève le sarclage des pommes de terre nouvelles qui sont maintenant toutes bien sorties. Les rep-to-date commencent à se montrer. Malheureusement plusieurs ont eu des pousses endommagées par la gelée. Je mets des graines de cornichons.

Lettre d’Albert. Carte de Paule.

Mercredi 7 Mai  (S. Stanislas)

Le potager particulier d’Annie, bien exposé, donne déjà des résultats. Ses carottes, ses navets et surtout ses petits pois viennent en abondance. Avec Yvonne nous jardinons. Après les potirons, semés il y a 3 ou 4 jours, j’ai 2 planches : concombres – cornichons, puis une ainsi composée : 1ère ligne, betteraves – 2ème et 3ème , endives – 4ème et 5ème, poireaux. La 5ème planche est toute en carottes. J’y ai mis quelques semences nouvelles et tout un vieux paquet retrouvé dans un placard. Cela donnera ce que pourra.

En fin d’après-midi, Cricri et moi recommençons la chasse aux juments. Allons à Goursaliou chez Me LeBreton (Marie Bescond. Nous plairait assez… mais 30000 !) Retournons chez Réguer ; il nous fait sa vieille jument 17000. Ce serait abordable mais d’autres inconvénients !

Nous subissons une grande baisse de température ; ce sont, je crois : « Les Saints de Glaces » que nous traversons. Nos pommes de terre sont un peu touchées. Jean qui travaille cette semaine chez les Jégaden Kerdini est de mauvaise humeur.

Jeudi 8 Mai  (S. Désiré)

Préparé 1 colis de 5kgs pour Franz. Grâce à Yvonne de Kermadec je puis lui mettre 1 grande boîte de confiture, 1 grande boîte de pâté, 1 boîte de rillettes, ½ l de chocolat et 10 viandox. J’y ajoute 1 cake fait par Cricri, ¼ petits beurres, 1 boîte de petits pois, 1 boîte de maquereaux u vin blanc et 4 paquets de tabac. Annie y met 2 caramels. Elle fait envoyer de Paris un autre paquet.

Mr Salaün vient préparer la terre pour les haricots. Je sème des choux en escalier sur une toute petite bande de terrain ; 1er étage : choux fleurs, 2ème étage : choux de Bruxelles, 3ème étage : choux de Milan.

Après le déjeuner, je pars à Plougasnou avec Wiktorya Porté colis de Franz et fait compléter à la Mairie celui d’Albert Guélou pour lequel l’œuvre me donne gratis un paquet de sucre, un  de tabac, un de cigarettes. Il a donc un gentil colis avec ma boîte de pâté de porc, celle de sardines, 3 tablettes de chocolat et un paquet de biscuits.

Le castreur opère notre pauvre porc.

Vendredi 9 Mai  (S. Grégoire N.)

Le vent du Nord continue. Monsieur Salaün vient. Cricri met des œufs à couver (15 dont 6 viennent de chez Jégaden Kerligot) Je repique quelques laitues.

Dans l’après-midi, nous nous mettons en route Cric, Françoise et moi pour aller voir une jument signalée chez Quéré à Ker Cadiou mais Me Troadec, rencontrée par un heureux hasard, nous en dissuade. Cette bête, nous dit-elle, a au moins 18 ans. De plus elle a eu des crapauds dans les pieds.

Chez les Troadec la situation s’améliore ; ils ont trouvé une pouliche, touchent une somme ce près de 2000frs par mois pour leurs 9 enfants ; enfin leur ouvrage se fait, grâce à leurs parents et amis. Que Dieu nous aide, nous qui n’avons personne dans ce pays !

Carte de Paul. Marie-Louise ne se rétablit pas. Il semble s’inquiéter beaucoup.

Samedi 10 Mai  (Se Solange)

Même temps, aigre mais sec. Les pommiers ouvrent leurs fleurs. La saison est très en retard cette année. Les Jégaden Kerdini sèment leur orge. Ils leur en manquent un peu ; ils viennent nous emprunter 60kgs. Ils rendront cela plus tard. Le défilé des pauvres affamés quémandeurs continue. Etant nous-mêmes excessivement réduits, je ne puis rien vendre. Cependant je cède à Yvonne Féat 1kg de lard. Autrefois, j’aimais tant à donner, c’était une si grande joie. Maintenant c’est à contre cœur que je vends quelque chose et je suis honteuse de me l’avouer à moi-même, c’est souvent avec l’arrière pensée que je puis avoir à demander aussi que je cède aux prières des gens. Dureté de l’époque que nous traversons ! Je crains de ne pouvoir donner le nécessaire à ceux qui m’entourent.

Avec Yvonne je mets dans la matinée 3 livres de haricots blancs. Cela fait déjà quelque chose en vue de l’hiver prochain.

Dimanche 11 Mai  (Fête Jeanne d’Arc)

Messe de 8hrs à Plouezoc’h. La boucherie nous donne un tout petit morceau de veau, très mal placé, horriblement cher. C’est dans la poitrine ; on ne peut en faire qu’une blanquette mais cela nous régale tout de même. Nous allons chercher des œufs chez le boulanger. Il nous en donne 13 pour mettre à couver. Nous avons cette année bien de la malchance avec nos couvées. Wiktorya s’est avisée hier de déranger les poules qui avaient des œufs sous elle pour les mieux installer en vue des naissances proches. Cela a fait un bel imbroglio et je crains bien les résultats. Cette Polonaise, têtue comme 10000 Bretonnes et veut tout faire à la mode de son pays, qui, à l’en croire, est promise à un Monsieur Renaud de Térénez.

Visite de Maria Réguer (Dossal) avec sa fille. Françoise est ravie et le soir, dans sa prière, elle dit d’elle-même : « Petit Jésus donnez bébé à « Fafasse »

Lundi 12 Mai  (S. Achille)

Le beurre est maintenant à 16frs 50 la livre.

Vers minuit des avions se sont mitraillés au-dessus de la maison. La température a remonté et le vent du nord est tombé.

Vers 11hrs du matin, Yvonne Féat apprend la mort de sa belle-sœur et nous quitte presque immédiatement pour partir à Paris. Nous avons donc beaucoup à faire toute la journée d’autant plus que Jean n’est pas à la ferme et que Jeannick qui a encore passé la nuit dehors n’est guère à son affaire, pas d’attaque.

Cricri met des œufs à couver sur les œufs de Menoa. Elle a des visites de malades et de blessés, mais ne peut rien faire au pied de Me Salaün qui a eu une crise de rhumatismes déformants. Elle panse Mr Charles (main écorchée).

Carte de Franz du 29 Avril. A mots ouverts, il nous demande si nous souffrons de l’Occupation. C’est bien tourné et cela nous amuse. Lettres de Boulogne qui annoncent la naissance, le 9 Mai, d’un petit garçon chez les Olivier Prat. Tout va bien.

Après le dîner, Henri, Cric et moi allons à Kerdini pour des questions de travail.

Mardi 13 Mai  (S. Servais)

Porté 1 livre de beurre pour la Réquisition.

Michel Léon vient pour bêcher le jardin. Il me retourne un assez grand bout de terre mais sans l’effriter et le préparer ; il reste encore beaucoup d’ouvrage dessus avant de pouvoir repiquer les légumes et semer. Je sarcle un peu les pommes de terre mais Françoise qui reste toute la matinée près de moi fait quelques dégâts en voulant aider « tan mère ».

Ecrit des cartes familiales aux Paul et aux Pierre. Bientôt nous pourrons écrire plus librement. Un accord franc-allemand a été conclu et nous aurons des cartes postales de 7 lignes sans le formulaire usité depuis près x’un an qui devenait bien fastidieux. Elles ont cours depuis hier mais Plougasnou n’en a pas encore reçu. Le facteur doit nous en emporter dès qu’elles paraîtront.

Tricoté un peu en gardant les vaches. Terminé les manches du tailleur ce Cricri. J’ai mis un mois à les faire.

Avant le dîner, nous allons, Annie, Françoise et moi, chez Maria Dossal chercher une douzaine d’œufs.

Mercredi 14 Mai  (S. Pacôme)

Beau temps mais brume assez forte le matin ; cela m’inquiète beaucoup pour nos pommes de terre d’été et pour les fleurs de pommiers qui sont en pleine floraison. Dans notre métier on ne peut jamais se sentir en sécurité. Les poussins qui devaient naître dimanche ont eu du retard. Les derniers ne sont éclos que d’hier soir (le 24ème jour). Ils sont 10. Espérons que nous aurons plus de chance avec cette couvée. Mais Wiktorya est assommante, elle est toujours à les tripoter voulant faire des élevages « à la polonaise ». A peine nés, elle les a presque trempés dans l’eau pour les faire boire.

Nous avons aussi d’autres déboires avec nos travaux. Les Jégaden Kerdini en prennent trop à leur aise maintenant que l’ouvrage est fait chez eux ; ils ne nous aident pas comme ils devraient et je vais être obligée de décommander ma journée de pommes de terre qui devait avoir lieu vendredi. La terre n’est pas encore fumée.

Reçu une carte de Pierre. Annie apprend par sa mère que notre nouveau neveu s’appelle Thierry.

Jeudi 15 Mai  (Se Denise)

Cric a mis hier soir des œufs sous une couveuse ; il y en a 8 qui viennent de la ferme Réguer Dossal.

Nous préparons la journée des pommes de terre qui peut encore avoir lieu demain si on en met un coup. Les Jégaden Kerdini se réhabilitent en venant à 3. Marcel aide Jean à charroyer le fumier (18) tandis que sa belle-mère, sa femme et Lucie l’étendent. Ici, je prépare la semence avec Me Charles et Cric aide les charretiers à charger les voitures. Pendant les intervalles, elle raccommode le beau pantalon d’Yves Jégaden qui a un accroc formidable. Hélas ! nos pommes de terre tirent vers leur fin ; nous n’avons même pas de quoi ensemencer tout Park-Nevez, ce qui reste peut encore faire une quinzaine de jours pour la nourriture mais ce n’est pas bon pour reproduire, me dit-on. Heureusement je trouve 200 livres au Verne. Ce n’est pas suffisant. Il faudra sans doute se démener demain pour en avoir ailleurs.

Vendredi 16 Mai  (S. Honoré)

Importante journée des pommes de terre. Nous sommes en retard de 9 jours sur l’année dernière mais c’est déjà très bien vu la mauvaise saison. Dans quelques fermes environnantes, ce travail reste encore à faire ; les autres ne l’ont fait que tout récemment.

Pour aller vite et que la terre soit bien préparée tout de même, il a fallu prendre un grand moyen. Une défonceuse, 3 chevaux et 2 hommes sont venus de chez Jégaden. Notre aide Marcel Guéguen, un bradant et sa jument ont prêté main forte à Jean et à Isis. Enfin toute la famille Charles, Mr Salaün, Me Jégaden Kerdini et Thérèse, Lucie ou François plantaient. Cela a très bien marché. Il ne reste plus qu’à obtenir que Dieu bénisse ce travail ; et le fasse fructifier.

Nous avons tout Park-Nevez (environ 40 ares). Il y est entré 1000 livres de semence dont 450 « Abondance de mai » et de 500 à 600 de « Belges Ordinaires »

Samedi 17 Mai  (S. Pascal)

Plus de calme. Yvonne est de retour et nous débarrasse de l’ouvrage de ferme. Elle nous raconte la disette qui règne à paris. Cricri peut raccommoder tranquillement le pantalon d’Yves Jégaden. Cela lui prend toute la journée. Mon principal ouvrage est de sarcler les pommes de terre. Les premières sont en état d’être butées maintenant et les « rep-to-date » bien sorties déjà. La 3ème espèce (celle de Le Sault) commence à montrer quelque pousse de-ci de-là. Henri arrose les haricots car la sécheresse est trop grande. Entre temps, j’achève le petit picot au crochet destiné à garnir une robe pour Françoise.

Dimanche 18 Mai  (Se Juliette)

Messe de 8hrs à Plouezoc’h. Vu Yvonne de Kermadec. Réglé avec elle mes dettes pour le dernier colis de Franz. Courses. Je n’ai à la boucherie qu’une tête de veau et un petit bout de foie pour Françoise.

Programme ordinaire de nos journées de garde. Le soir, nous avons pour la 3ème fois des asperges du jardin. Elles sont excellentes, nous nous en régalons mais ne seraient guère présentables à cause de leurs courtes tiges. Il faudra essayer de remédier à cet inconvénient dû au peu de profondeur des griffes et à la dureté du sol.

Après avoir gardé les vaches, j’ai un peu de répit le soir et garde Françoise. Ma petite-fille est un amour ; elle me prodigue les marques d’affection les plus touchantes. Ainsi elle me prend la main  pendant que nous nous promenons ensemble et dit avec un sérieux comique : « Fafasse tient tan mère pour pas que tan mère tombe. Il tombe quelques gouttes de pluie au crépuscule.

Lundi 19 Mai  (Rogations)

Anniversaire de la mort de mon frère Louis. Je me souviens et je prie.

Toujours pas d’eau malgré un ciel plus nuageux. Partout on en désire. Sinon ce sera comme l’an passé. Pas de foin, un grain petit, ridé, une paille courte et cassante. Les semences ne lèvent pas.

Le matin, avec Yvonne, je mets encore un kilo de haricots blancs ronds au jardin. Maintenant j’en ai planté 7 livres ainsi réparties : les 3 premières viennent du voisin des Féat et les 4 autres ont été achetés simplement chez Eugénie.

Je vais avec Françoise payer mes dettes au verne et à Madagascar. Prix inégaux. Le Verne est plus cher et me compte ma semence de pommes de terre 60frs le sac. Chez les Jégaden ce n’est que 56frs. Pour le travail, on me demande de faire rendre par Jean et Isis.

Sarclé des pommes de terre. Les rep-to-date sont toutes sorties maintenant.

Aucun courrier. Rien que le journal.

Vers le soir été chez Marie Dossal chercher des œufs. Cricri les met aussitôt à couver.

Mardi 20 Mai  (S. Bernardin)

Mr Salaün et Michel Léon viennent bêcher dans le jardin. Jean me donne encore son comte sous le prétexte qu’on le fait travailler 2 fermes parce qu’il rend aux Jégaden Kerdini les journées qu’ils nous donnent. Ce garçon est terrible. Avec lui, jamais je ne puis me sentir en sécurité pour le travail, il ne fait que ce qu’il veut et prend un méchant plaisir à me taquiner. C’est malheureux car il est intelligent et serait aussi parfait que possible s’il faisait quelque effort. Mais il a été élevé comme cela. Sa mère dit elle-même qu’elle n’a jamais voulu contrarier ses enfants en leur commandant quoique ce soit.

On va chercher encore un peu de foin chez Me Jégaden du Mur. Eté à Kermuster avec Annie, Cric et Françoise chercher du pain et du tabac.

Il naît 5 petits poussins. Placé en terre 1kg de haricots Soissons.

Mercredi 21 Mai  (Se Gisèle)

Pas grand’chose à signaler sur ce journal de bord si ce n’est la mise des premiers flageolets (environ 1kg ½ de semence provenant de notre récolte 1940) Pour les haricots nous ne sommes pas en retard puisqu’ils doivent être plantés du 10 Mai au 10 Juin quand on doit les réserver en sacs. Encore 2, 3 ou même 4 séance de cet exercice et nous procèderons aux semis pour la consommation de l’été.

Vers le soir, une petite pluie fine tombe pendant une heure. Arrêtée dans le sarclage des pommes de terre, je commence le devant de la jaquette de Cricri ; quelques rangs de tricot seulement car on dîne un peu plus tôt.

Jeudi 22 Mai  (Ascension)

Le brouillard, la pluie. Nous n’y étions plus habitués, on a beau savoir que cet ennui est pour le bien des récoltes on trouve cela triste et vilain. Acceptons ce mal nécessaire avec reconnaissance.

Messe à 8hrs à Plouezoc’h. Francine Bodeur nous donne un énorme lieu.

Dans l’après-midi, visite d’Yvonne, de Zaza et des enfants Prévallé. Elles nous apprennent une affreuse nouvelle : Michel de Miniac a été tué à Toulon le 15, jour anniversaire de la mort de son beau-frère Charles de Preissac. Il a été écrasé par un camion. Paulette ne le sait pas encore ; elle est à Paris pour faire opérer son petit hervé. Nous sommes bouleversés. Michel était très sympathique et puis nos pauvres amis de Kerprigent sont trop éprouvés !!!

Je vais payer les 275 livres de foin prises avant-hier au Mur, puis chez les Jégaden de Kerdini. Un acheteur vient avec François Grall voir, notre poulain. Henri et Cric vont examiner la jument des Réguer

Vendredi 23 Mai  (S. Didier)

Meilleur temps ; quelques averses le matin. La pauvre petite Françoise est navrée de ne pouvoir aller au jardin ; elle va d’une porte à l’autre, disant : « Fafasse veut voir si pleut aussi de ce côté là ».

Henri, Annie et cric vont à Kerprigent voir les pauvres Henri qui s’y trouvent seuls et bien tristes. En gardant la petite je puis seulement écosser quelques haricots.

Dans l’après-midi, je nettoie un peu mes planches de semis. L’eau a fait du bien, les graines lèvent mais les mauvaises herbes ont aussi bien prospéré. On commence à voir poindre quelques haricots.

Reçu 2 cartes de Briançon : les premières de 7 lignes libres. Hélas ! elles nous confirment le mauvais état de Marie-Louise. Comme elle a le cœur fatigué, les docteurs conseillent de quitter Briançon.

Vers 6hrs Cric, Françoise, Jean et moi allons acheter la jument Réguer 16000frs. Elle a 15 ou 26 ans mais est, dit-on, très travailleuse.

Samedi 24 Mai  (Se Angèle)

Journée assez morne. Nos travaux extérieurs sont contrariés par la pluie. Je ne fais guère plus d’une heure au jardin, encore à plusieurs reprises. Entre temps, je prépare des flageolets. Pour la semence et tricote un peu au devant de jaquette pour Cricri.

Aucun courrier en dehors du journal et d’une lettre de sa mère pour Annie. Les œufs envoyés à Boulogne sont bien arrivés. Nous lisons le message de l’amiral Darlan aux Français. Je ne discute pas la politique de notre gouvernement. Il faut obéir. Maos… Mais… ne va-t-elle pas nous mettre vraiment en guerre avec l’Angleterre et peut-être l’Amérique ? C’est hélas à craindre. Il ne nous manquerait plus que cela !!! Que Dieu ait pitié de la pauvre France ! Après avoir lu hier un avis dans la Dépêche, je perds l’espoir de retrouver bientôt mon Franz et je suis assez cafardeuse.

Dimanche 25 Mai  (S. Urbain)

La mort de Michel de Miniac, l’atmosphère humide et grise, la pense que le retour du prisonnier peut encore beaucoup tarder, les craintes que nous donnent la santé de Marie-Louise, la séparation avec les Pierre et les mille tracas domestiques du Mesgouëz font que cette fête des Mères célébrée aujourd’hui ne me paraît pas du tout faite pour moi.

Nous allons Henri, Cric et moi à la messe de 8hrs à Plouezoc’h. On nous donne ç la boucherie un morceau de veau un peu plus copieux que les dimanches précédents. J’ai pour 47frs de viande mais cela ne pèse pas lourd tout de même et ne peut faire encore qu’une blanquette que nos affamés dévorent presque entière en un repas.

Il pleut sans discontinuité de midi à 18hrs. Nous allons voir me Salaün qui est alitée. Son cas me paraît grave. Cricri va s’en occuper, la soigner, lui porter à manger. C’est encore une complication. Henri et moi faisons une visite de condoléances à Me Féat qui me donne 4 boutures de chrysanthèmes. Nous mangeons des asperges (4ème fois).

Lundi 26 Mai  (S. Phil. De N.)

Cricri met à couver des œufs Fournis Guéguen Nous nous changeons en batraciens. Après avoir tant désiré la pluie, tous les paysans soupirent après le retour du soleil. Les travaux sont interrompus partout.

Jean Réguer vient livrer le matin la nouvelle jument. Elle est baie, une postière pas très grande mais courageuse et forte, doue mais n’admettant guère les corrections, paraît-il ; elle répond au nom de mignonne ; elle est trop âgée pour qu’on le lui change. Espérons qu’elle fera bien notre affaire.

Lettre de Madeleine Sandrin qui m’annonce la vente très prochaine de la Chaussée du Pont. Encore un souci ! Que faire de tout ce mobilier, précieux souvenir de famille. Il faut se détacher de tout à l’heure actuelle.

Eté 2 fois à Kermuster pour chercher du pain.

Mardi 27 Mai  (S. Ildebert)

Mr Salaün vient mais il pleut trop pour qu’il travaille au jardin. Il fend du bois. Jean conduit les 2 juments à Kéricut. Isis refuse. Mignonne aussi.

Ecrit une carte postale aux Paul. La poste me renvoie les 2 dernières adressées aux Pierre. Elles sont in admises, parce qu’elles ont de l’ancien modèle. Nous avons décidément une censure très sévère dans la région.

L’événement saillant du jour est le bombardement du champ d’aviation par les Britanniques. A 17hrs, nous étions dans la cuisine, lorsque les avions ont passé très bas au-dessus du Mesgouëz. On dit qu’ils étaient 15 (Jean n’en a compté que 9) Ils allaient vite mais silencieusement Ils ont lancé une dizaine de bombes, paraît-il. La maison était secouée, les vitres tremblaient. De la chambre de Pierre, nous avons vu des colonnes de fumée noire et la fuite de quelques avions pris en chasse, entendu les mitrailleuses et la sirène de Morlaix. On parle de 15 morts et de 36 blessés ?

Lettre de Franz 8 Mai.

Mercredi 28 Mai  (S. Germain)

Le temps paraît devoir s’améliorer. La pluie (si elle cesse) aurait fait grand bien. L’herbe a poussé, mes premiers haricots, mis le 10 Mai, lèvent.

Toute la nuit, patrouilles dans le ciel. A 3hrs du matin, leur chahut me réveille en sursaut mais j’ignore ce qui a pu se passer. On continue à raconter le bombardement d’hier avec plus de détails, vrais ou imaginaires ? François Brasnéger n’est pas touché, un gros obus est tombé près de lui. Il l'a ramassé et le montre fièrement.

Claude Charles et Jospic viennent en journée. Ils rentrent du bois avec Jean. Notre tas monte mais me paraît assez mal fait.

Annie est de mauvaise humeur ne trouvant plus de tabac. Nouvelle lettre de Franz, du 14 mai. Il s’entend bien avec Roger. J’écris des lettres de condoléances à Marie Aucher qui a perdu sa belle-mère, à Paulette de Miniac, au fils Féat et je réponds à Madeleine Sandrin.

Jeannick est de sortie, pour ses affaires de famille. Nous sommes donc de service de 8hrs du matin à 8hrs du soir. Cricri voit le docteur pour Me Salaün. C’est bien la gangrène.

Jeudi 29 Mai  (S. Maximin)

Les promesses salaires d’hier matin n’ont guère duré. La pluie ne tombe plus à jet continu mais les averses sont fréquentes et drues. Impossible de travailler la boue des champs et celle du jardin. Nous devons nous contenter d’arracher à la main des mauvaises herbes trop envahissantes. La même équipe qu’hier continue la rentrée des fagots. Notre tas est imposant. Malgré sa longueur et sa largeur, je crois qu’on ne peut pas le faire monter plus haut. Pour le reste il faudra faire un petit tas. Malheureusement on va réquisitionner et cette provision faite pour 2 ans risque de ne pas nous suffire en fin de compte.

Dans l’après-midi, Annie, Françoise et moi allons à Plougasnou. Envoyé un colis de 5kgs à Franz : Pain d’épices, une boîte de petits pois, une grande boîte de sardines, un paquet de maté et 8 viandox d’ici. De l’œuvre : 1 grande boîte de pâté, 1 boîte de confiture, 2 paquets de biscuits, 2 paquets de sucre, ½ livre de chocolat, 1 paquet de tabac. Payé 3 demi barriques de cidre chez Leguen. Fait différentes courses. On ne trouve plus rien dans les magasins du bourg. Rencontré Henri de Preissac. Détails sur mort de Michel.

Vendredi 30 Mai  (S. Ferdinand)

Il fait vraiment beau aujourd’hui ; les premières heures de la matinée ont été encore un peu brumeuses mais le soleil a percé l’écran vers 10 heures et chauffe. Malheureusement nous ne pouvons profiter de ce temps favorable  pour travailler au jardin. Yvonne ne vient pas parce que, chez sa mère, on plante les pommes de terre ; alors Cric et moi devons nous partager les besognes. Je baratte, ma fille trait, soigne les bêtes et malaxe le beurre.

Dans l’après-midi je vais à Plougasnou avec Wiktorya pour le renouvellement de sa carte d’étrangère. C’est assez compliqué et assez coûteux. Elle retourne seule au Mesgouëz pendant que je vais faire une visite aux Ménez, parents d’un camarade de captivité de Franz. Ces gens sont bien installés dans une ancienne ferme arrangée en cottage, au-dessus de la plage de Plougasnou. De leur jardin on jouit d’une vue splendide. Ils sont très aimables avec moi, me donnent des fleurs et des boutures de thym.

Jean voiture du bois pour les Jégaden Kerdini.

Samedi 31 Mai  (Se Pétronille)

Nous prenons, Henri et moi, le car de 8hrs à Kermuster pour aller à Morlaix.

Je change mes pièces d’argent contre des billets au Crédit Lyonnais mais rien à faire pour celle de 5frs. Différents achats. On trouve de moins en moins les choses dont on aurait besoin et particulièrement les denrées alimentaires. Les halles sont entièrement vides. Pas un morceau de beurre, pas un œuf, pas une volaille. Quelques légumes seulement sur la place ou chez les revendeurs mais à quels prix ! Vu aussi des cerises à 50frs le kilo. Nous achetons des plants de tomate, de choux et de chrysanthèmes. Impossible de prendre le bain projeté, l’établissement est fermé pour cause de réparations. Nous déjeunons à la Tour d’Argent où les prix ont augmenté tandis que les portions ont diminué. Rencontré Mr de Preissac.

Repris le car de 3hrs. En arrivant ici goûter puis jardinage. Visite d’Alain.

Mr Salaün et Claude Charles coupent de la litière.

Notes de Mai

Petite Françoise devient bien amusante (quand elle n’est pas insupportable !) Elle est intelligente, éveillée, débrouillarde, excessivement active. Elle commence à bien se faire comprendre et a des mots d’enfants qui nous font rire. Voyant Isis satisfaire un besoin de la nature, elle demande à Cricri : « Pourquoi Isis n’a pas de culotte ? » L’autre jour, en sarclant, je m’écris : « Ah ! j’ai fait une bêtise ! » Aussitôt Fafasse de me dire : « Alors pan pan tan mère et en pénitence ». Elle émiette de la terre dans le cœur de mes jeunes laitues. Je la gronde, elle s’excuse : « Fafasse donne à manger aux petites salades de tan mère » Son ours, son « Nono » est sa grande passion, elle singe avec lui toutes les manières de sa maman avec elle, le mettant au coin ou le cajolant tour à tour : « Enfin, Nono, la paix ! Je veux la paix ! » Et puis : « Ah ! il a encore les mains sales ! Je n’en peux plus » Le pauvre en voit souvent d’assez dures.

Juin 1941

Dimanche 1er Juin  (Pentecôte)

Le ciel reste couvert toute la journée ; il ne pleut pas mais cette fête de la lumière et du feu est sombre. C’est pis pour nous qu’un jour comme les autres car Jeannick est de sortie ; Jean et Yvonne ne viennent pas. Cric doit s’appliquer l’ouvrage des deux derniers ; Wiktorya s’obstine à ne pas lever le petit doigt à part ses besognes quotidiennes. Elle m’aide aussi à remplacer la cuisinière. Aussi la pauvre petite est éreintée le soir. Sa malade lui occasionne des allées et venues supplémentaires.

Nous allons à la messe de 8hrs. Pas un morceau de viande pour nous à la boucherie. Md Cars coupe sur son morceau de veau à elle une escalope pesant à peu près 30grs pour Françoise. Vu Md de Kermadec… J’achète des haricots chez Marie Marec.

Dans l’après-midi gardé les vaches. Visite de Julien pour achat de litière. Nous n’en avons pas à vendre. Un voisin (Morvan de Rostand) vient voir notre poulain. Jeannick nous dit que son frère a été grièvement blessé en ramassant Vendredi soir un engin anglais qui lui a éclaté dans la main. Fleurette prend le taureau.

Lundi 2 Juin  (Se Blandine)

Encore un jour férié mais, sauf Jean qui s’octroie congé de sa propre autorité, notre personnel est à son poste. Je puis donc faire une journée de jardinage complète. Il ne pleut pas mais le soleil est absent, il fait presque froid. Je sarcle mes planches de semis. Que de déboires ! La germination ne s’est pas faite pendant la période de sécheresse, ensuite les pluies sont venues, tout a levé ; alors ce sont les limaces qui ont paru, dévorant tous les jeunes plants. Il faudra s’accommoder de ce qui reste et re semer. Il faut une grande patience te une forte dose de persévérance en agriculture.

On vient encore me demander du bois ; je promets 2 charretées à un inconnu du Diben mais je refuse au sacristain de Plouezoc’h qui voulait 2 châtaigniers comme bois d’œuvre. Je n’abattrai les arbres du jardin que contrainte et forcée ; malheureusement cela peut arriver l’hiver prochain. Une première vague de réquisition doit passer ce mois-ci. Les pommes de terre vont nous manquer dans trois ou quatre jours.

Mardi 3 Juin  (Se Clotilde)

Réquisition du beurre : 1kg à 14,50. Mis 100 œufs en conserves dans un procédé trouvé samedi à Morlaix : le Patole. Je les ai payés 20frs la douzaine aux Féat et 18frs à Marie Réguer Ces prix sont fantastiques en rapport avec ceux d’autrefois, même ceux de l’an dernier où, à cette époque, les œufs valaient environ 4frs la douzaine. Encore j’ai eu beaucoup de mal à me procurer cette denrée que les Allemands et les gens de Morlaix viennent acheter dans les fermes. Hélas ! toutes nos couvées ratent. Wiktorya y est pour quelque chose mais il y a aussi la déveine. Les œufs de chez Menou qui devaient éclore aujourd’hui ont été abandonnés dimanche par la couveuse. On les a trouvés froids avec de beaux petits poussins noirs morts dedans.

Assez beau temps. Journée de jardinage. Le père Salaün vient. Nous sarclons les pommes de terre du potager. C’est l’ouvrage le plus urgent. A 5hrs violent orage qui fait tout lâcher. L’eau tombe en trombes et la terre va se trouver hors d’état d’être travaillée pendant 2 ou 3 jours. Les paysans commencent à s’inquiéter pour les récoltes. Cricri me trouve 2 sacs de pommes de terre à Kergouner

Mercredi 4 Juin  (Se Emma)

Le matin nos juments sont menées à Kéricut. Isis refuse et Mignonne prend.

Grosse brume toute la journée surtout le soir mais pas de vraie pluie et température plus douce. Henri et moi, ne pouvant avoir ce qu’il faudrait pour sulfater les pommes de terre, les saupoudrons avec un produit inconnu : la mari barine, trouvé chez Troadec. Espérons qu’il sera efficace.

Une personne qui habite Boulogne et qui repart demain vient nous supplier de lui vendre 1l de beurre. Elle a fait 11 fermes sans en obtenir un gramme. Cricri se laisse toucher.

Je continue mes sarclages. Notre jardin est envahi par les mauvaises herbes et l’humidité leur fait prendre un développement extraordinaire. Elle nuit par contre à mes haricots dont beaucoup ont pourri en terre.

Le soir, avant dîner, je vais à Kerdini parler aux Jégaden et à Lucie. Marcel Prigent du Vergne vient à 10hrs du soir chercher Cricri pour soigner la petite Marinette Moal atteinte d’une broncho-pneumonie. Annie et moi reconduisons Yvonne.

Jeudi 5 Juin  (S. Claude)

Malgré une menace continuelle, le temps se maintient sans pluie et la terre sèche un peu. Jeannick se coupe au pouce de la main droite. Cela ne paraît pas grave mais saigne beaucoup. A la vue du sang elle s’évanouit. En revenant à elle, elle est prise de vomissements. Alors, elle va se coucher et je suis obligée de faire son ouvrage pendant qu’elle se repose un peu.

En dehors de cela je travaille au jardin. Le matin, Cricri laboure avec Jean. Dans l’après-midi elle va échardonner avec Yvonne le champ d’avoine du Méjou de l’école.

Lettre de Franz du 22 Mai, adressée à son père et à moi. Nous y trouvons quelques motifs d’espérer son retour. Ah ! que nous le désirons pour lui d’abord, ensuite pour nous. Mais je crains que le pauvre ne trouve ici une vie encore moins confortable et sûrement plus sévère que celle qu’il mène en captivité.

Pour l’alimentation, nous allons essayer de constituer quelques réserves.

Cricri soigne ses 2 malades.

Vendredi 6 Juin  (S. Norbert)

Mr Salaün vient. Je l’emploie au sarclage des pommes de terre qui sont dans un état affreux. Yvonne nous aide aussi une grande partie de la journée et nous avons presque terminé. Pour que notre soi-disant femme de ménage travaille au jardin, je baratte à sa place le matin.

Jean part livrer deux charrettes de bois au Diben avec les 2 juments et son frère Claude. Cricri continue à aller 2 fois chez Md Salaün et 2 fois au Verne. Pour Marinette, comme ce n’est que passager, c’est bien pour la pauvre vieille dont l’état actuel a plutôt tendance à empirer qu’à s’améliorer et peut-être amener la fin ; j souhaite vivement que la famille prenne une décision, qu’elle soit hospitalisée si les siens ne peuvent s’établir près d’elle pour la soigner. Elle ne parle que breton, nous ne pouvons pas lui tenir compagnie. . Cricri la panse et lui porte à manger. C’est l’essentiel mais ce n’est pas gai pour elle.

Nous remettons quelques œufs de chez Menou (9) sous une poule.

Samedi 7 Juin  (S. Lié)

Rien ne réussit en ce moment. Les quelques haricots qui consentent à sortir de terre sont aussitôt dévorés, les choux le sont aussi. On se croit revenu au temps des plaies d’Egypte. Je me demandais hier si ce n’était pas les Anglais qui nous les lancent en survolant la région car je lisais dans la Dépêche un article que les plaques incendiaires qu’ils jettent de leurs avions et que nous avons vu tomber le 27 Mai. On parle aussi du doryphore. Je connais cette sale bête pour lui avoir déjà fait la chasse l’an dernier. Je n’en ai pas trouvé jusqu’à présent. Il ne vient d’ailleurs qu’avec les chaleurs et ce n’est point le cas.

Pluie fine mais tenace toute la matinée. Ne pouvant travailler au jardin, je tricote un peu. Dans l’après-midi, amélioration atmosphérique. Grande quantité d’avions dans le ciel.

Une couvée de 9 poussins dont quelques uns provenance Réguer, voit le jour.

Dimanche 8 Juin  (Trinité)

Départ à 7hrs pour messe matinale à Plouezoc’h. Rencontré Yvonne de Kermadec. Appris la mort de Pierre de Roquefeuille. Encore pas de viande à la boucherie. Cela fait 3 semaines que nous sommes réduits à notre seul lard.

Temps meilleur, belles éclaircies mais souvent le ciel est envahi par des nuages et il tombe quelques gouttes. Journée dure pour Cric qui remplace à la fois Jean, Yvonne, Wiktorya, Jeannick, tous en ballade et qui a en plus ses 5 visites de malades à faire. Je ne sais comment elle a pu s’en tirer ? Le soir la pauvre était fourbue. Annie est allée avec les deux bonnes et Françoise passer l’après-midi à la mer, sur la plage de Samson. Le site n’a guère plu à notre Polonaise qui n’aime que les lieux civilisés et m’a dit en rentrant : « Pas beaucoup de gens, pas des maisons, pas des bateaux, rien que de l’eau ! »

Je garde les vaches en tricotant. Visite de François et d’Yffic Grall.

Lundi 9 Juin  (S. Félicien)

Monsieur Salaün vient mais cela n’avance pas beaucoup l’ouvrage du jardin parce que de violentes ondées l’interrompent. De 2 à 4, il va échardonner avec Yvonne ; ils terminent le champ d’avoine du Méjou de l’école. Je tricote à la jaquette de Cric et me laisse toucher par une acheteuse de bois qui a perdu 2 fils à la guerre et en a un très malade ; je lui promets 2 charrettes que Jean lui livrera demain (c’est une de ses tantes). Maintenant c’est fini à part les perches d’Yvonne, je ne veux plus rien vendre.

Le facteur nous donne des nouvelles bien pénibles. Les Anglais feraient marcher contre la Syrie les troupes françaises rebelles et celles que nous avons là-bas les laisseraient entrer sans lutter. L’alternative est affreuse j’en conviens mais ce serait désastreux pour l’avenir de la France. Heureusement que c’est la radio anglaise qui,propage ces nouvelles ; elles sont peut-être fausses ou du moins exagérées. Ici, c’est la guerre civile, entre les esprits seulement… en attendant l’autre.

Mardi 10 Juin  (S. Edgard)

Par moments, je sens le découragement m’envahir. Il y a de grandes causes à cela ; il y en a aussi d’infimes dont la multiplicité m’écrase. Ainsi l’abondance anormale cette année de minuscules limaces qui dévorent la végétation dès qu’elle sort de terre est un fléau contre lequel je ne puis lutter. Les pommes de terre, elles-mêmes, sont très attaquées. Ces bestioles sortent la nuite et se terrent le jour. Il faut quand même planter, semer, repiquer sans relâche, de manière à avoir au moins quelque chose.

Je passe la matinée à décortiquer avec Jean 8 très belles araignées de mer que notre cliente de Térénez Md Tromeur nous a données. C’est un beau cadeau que les connaisseurs estiment 64frs étant donné le prix du poisson cette année.

A 1h de l’après-midi, Brüch vêle. C’est malheureusement un petit taureau. Il est beau, bien fort. Ce soir la vache n’ayant pas encore délivrée, je m’inquiète un peu. Cric a un nouveau malade, Claude Charles, qu’il faut badigeonner pour un abcès dans la gorge. Annie reçoit une lettre de Franz (29 mai)

Mercredi 11 Juin  (S. Barnabé)

La petite Marinette va mieux, elle est sauvée et l’infirmière du Mesgouëz va pouvoir la laisser mais elle doit continuer ses visites bi journalières aux 2 autres. Il faut même qu’elle aille 4 fois chez les Charles aujourd’hui. Nous allons aussi prendre des nouvelles de ce pauvre diable de Jospic qui a une fluxion de poitrine et Cric va voir Md Fournis en crise aiguë d’asthme.

Je baratte et travaille au jardin le matin. On défonce une partie de Park Normand pour y mettre des betteraves. L’Hénoret vient avec 2 chevaux et Marcel Guéguen avec le sien, cela nous fait 5 juments. Mr Salaün échardonne avec Yvonne un champ d’avoine, Cric et moi nettoyons un peu le champ de blé du pigeonnier mais les céréales sont trop hautes.

François Féat de Roc an Dour vient voir notre poulain ; il lui plaît et il l’achète 12.000. On le lui livrera dès que possible.

On dîne à 11hrs du soir (heure allemande) parce que nos travailleurs veulent avoir terminé la pièce de terre et qu’ils sont interrompus une heure par une grosse averse.

La couvée (19 mai) sort 10 poussins.

Jeudi 12 Juin  (Fête-Dieu)

Hier soir, j’ai semé 2 planches de carottes et une de radis et salades romaines. Remis aussi quelques scorsonères aux endroits manquants. Aujourd’hui journée nulle pour le jardinage et les travaux agricoles. La terre est de la boue. Alors Mr Salaün ne vient pas et Jean va livrer le poulain à Plouezoc’h.

J’envoie le colis de Franz : 1 gde boîte de poissons à la tomate, 1 pain d’épice, 1 paquet de maté, 3 paquets de tabac, 3 paquets de cigarettes, 5 paquets de biscuits, 4 paquets de chocolat, 6 petites boîtes de pâté, 1 paquet de sucre. Je paie les engrais et l’assurance de la nouvelle jument. Je règle aussi ma dernière ½ barrique de cidre. Chez Delepine je vois les premières fraises et j’en achète un petit panier pour Françoise.

Le soir, énervement à la maison. Le dîner est en retard. Yvonne te Wiktorya se chamaillent. Jean revient à 9hrs1/2 et doit encore aller chercher du trèfle. Enfin le père Charles s’amène à 11hrs complètement ivre. Il reste à palabrer jusqu’à 1h du matin. Nous avons du mal à nous en débarrasser. Il faut le reconduire jusqu’à la route.

Vendredi 13 Juin  (S. Ant. De P.)

Beau temps toute la journée. Je baratte pour avancer Yvonne, puis je vais à Kermuster pour faire réparer un soc de charrue. Après le déjeuner, jardinage. Mis des flageolets en terre et remis des haricots blancs aux manques des premiers semés qui ne sont guère brillants ; partout c’est la même chose ; ils n’ont pas levé et ce qui a daigné sortir de terre a été dévoré aussitôt par les limaces ; beaucoup de personnes recommencent leurs plantations. Je préfère laisser ce qui est et en faire de nouvelles, c’est encore plus sûr.

Les malades de Cricri vont mieux, même le dernier, ce terrible Jospic qu’on a tant de mal à soigner ; elle abandonne Claude Charles, remis sur pied. Je vais voir Md Charles pour régler la journée de son mari d’hier.

Carte de Paul. Marie-Louise, transportée à Gap, est toujours bien fatiguée.

Les deux juments, menées à Kéricut, refusent.

Samedi 14 Juin  (S. Rufin)

Temps couvert mais pas d’eau, la saison est quand même bien anormale ; on est en retard d’un grand mois pour tout et on se demande avec inquiétude ce que seront les récoltes. Henri part à Morlaix par le premier car.  Mr Salaün vient. Je jardine toute la journée, sarclant les premiers haricots. Il ne faut pas se décourager. Henri me rapporte aussi 25 plants de tomates que nous mettons en place immédiatement.

Visite de Md Jaouen, venue me demander un certificat pour obtenir la pension des vieux travailleurs. Visite d’Alain qui me console un peu me disant que partout les jardins sont dévastés en ce moment mais pourront encore donner des produits sui le temps s’améliore et que chez nous c’est encore mieux qu’à bien d’autres endroits. Les champs de Kerdini, nettoyés par Mr Salaün, Yvonne Cricri, Lucie et François Braouëzec ont été terminés ce soir. Jean sème les rutas.

Dimanche 15 Juin  (S. Modeste)

Basse messe de 8hrs à Plouezoc’h. Il crachine. Rencontré Zaza qui nos donne de meilleures nouvelles de son frère Charles, lequel a fait jeudi une terrible chute de bicyclette. Il a une clavicule cassée et souffre encore beaucoup de la tête mais comme il aurait pu se tuer, ce n’est qu’un demi mal.

Les bombes tombées dans la nuit de Vendredi à Samedi ont effondré 2 maisons à Morlaix. D’ici on a bien entendu les avions et la D.C.A. mais sauf Annie (dans notre entourage) personne n’avait repéré dans ce vacarme le son des bombes. On commence à être habitué aux bombardements et, quand ils sont un peu lointains, nous n’y faisons même plus attention.

Journée de service pour moi, Jeannick étant en congé et Cricri invitée chez les Féat pour manger les premières pommes de terre nouvelles et la première salade (à l’huile !) Annie et moi allons la rechercher. Nous goûtons là-bas. Françoise est ravie. Pris en passant des nouvelles de Md Fourins.

Je garde les vaches de 5hrs1/2 à 8hrs1/2. Puis dîner. Appris la mort de Jean Martin (cette semaine).

Lundi 16 Juin  (S. Cyr)

Belle et bonne journée. Le travail avance. Mr Salaün vient mais je ne puis l’employer au jardin que pendant la matinée car je l’envoie avec Yvonne et Jeannick commencer le nettoyage du champ d’orge de Kerligot. Ce morceau de terre est envahi par les chardons. Je ne sais si nous en viendrons à bout. Cric continue l’arrachage de l’oseille sauvage dans le champ du pigeonnier et moi le sarclage des haricots. Je mets 10 lignes de haricots rouges et 7 de noirs et répare les manques dans un des premiers carrés de flageolets.

Henri va au bourg  pour de nouvelles démarches en vue de la libération de Franz. Je baratte le beurre. Le facteur apporte 2.8900frs envoyés par le prisonnier qui fait d’assez belles économies et aurait désiré que je les emploie à lui acheter un peu de terre, chose qui me parait introuvable.

Bihen prend le taureau.

Visite de Pétronille et de Marguerite Moal du Vern. Ecrit aux Paul et à notre petit Jean.

Mardi 17 Juin  (S. Jérémie)

La grosse chaleur est venue subitement après cet interminable hiver. Il faut commencer le travail de très bonne heure pour ne pas trop souffrir et bien avancé son ouvrage. Le père Salaün s’y met avant le petit déjeuner. C’est un brave homme de l’ancienne école paysanne, ne redoutant pas l’effort ; malheureusement c’est un terrible buveur ; il s’ingurgite au moins 8 litres de cidre dans la journée. Celui que nous avons actuellement ne lui trouble pas le cerveau ; notre bourse seule s’en ressent et peut-être aussi… sa vessie.

Ecrit à Md Prigent de Plouezoc’h nos condoléances pour la mort de Jean Martin. Ecrit aussi à Md Le Marois. Fait avec Cricri et Françoise une visite aux Troadec de Kergouner. Lucien va mieux ; il marche avec des b équilles mais je n’aime pas l’aspect de ses plaies. Reçu une carte de Paul (état de ML stationnaire) et une lettre de Suzanne Prat qui me demande de recevoir Claude pendant un mois cet été.

Mercredi 18 Juin  (Se Léonie)

Hier j’ai terminé le semis des haricots destinés à être mangés en secs et même j’ai mis la première planche de ceux que nous consommerons verts ; j’ai aussi aidé Henri à planter des tomates. Notre potager commence à prendre l’air d’un jardin maraîcher. Je n’appréciais pas beaucoup cela autrefois ; cette année cela m’enchante.

Mr Salaün a buté les pommes de terre dont la semence a été achetée chez Le Sault. Dans les autres, les premières fleurs paraissent mais nous serons obligés d’en acheter encore quelques vieilles pour faire la soudure. C’est terrible d’avoir tant de monde à nourrir en ce temps de misère !

La couvée Fournis est éclose ; il n’y a que 4 poussins. Sûrement Wiktorya est encore passée par là !

Encore une journée de travaux agricoles sous la grosse chaleur accablante. Nous sarclons les betteraves Md Charles, Mr Salaün, Yvonne, Jeannick, moi et même Wiktorya (pendant 3hrs cette dernière) Nous avançons bien mais ne terminons pas. Jean et Claude, aidés par Cric coupent du trèfle pour faire du foin et ressèment des rutas.

Jeudi 19 Juin  (S.. Gervais)

Toute la nuit le canon tonne, nous empêchant de dormir ; il y a un poste de D.C.A. tout près d’ici, et comme beaucoup d’avions circulent quand il fait beau, cela ronfle, vrombit, éclate  presque sans interruption ! Il se peut que ce soit de la vraie guerre, ou bien des exercices. Nous n’en savons et n’en saurons rien sans doute car ces "Messieurs" n’ont pas de compte à nous rendre et il n’y aura guère à croire dans les bobards qui vont circuler au sujet du chahut de cette nuit.

Les Jégaden de Madagascar, nos plus proches voisins, ont ramassé 2 gros éclats d’obus tombés chez eux.

On achève ici le sarclage des betteraves et on continue un peu l’échardonnage de Kerligot.

Visite de Jeanne Grall qui goûte avec nous. Avec Monsieur Salaün, je vide tous les tonneaux de cidre ; nous emplissons une demi-barrique de lie avec laquelle nous ferons faire du calvados. Chez les Jégaden – Kerdini, je trouverai sans doute quelques plants de betteraves mais il faut encore en chercher d’autres. Le soir, je garde les vaches.

Vendredi 20 Juin  (S. Raoul)

Il n’y a plus de pommes de terre ni cidre dans la maison, je cours après ces denrées. Par complaisances, les voisins me vendent quelques précieux tubercules pour nous permettre de faire la soudure avec ceux que nous pourrons tirer dans une dizaine de jours. Mais impossible d’obtenir de la boisson sauf du vin à 12frs le litre. Pas de journalier aujourd’hui à part Yvonne Féat avec laquelle je sarcle des haricots. Je baratte le matin. Jean va à Kéricut avec Mignonne qui refuse

Henri écrit à Paul et à Pierre pour leurs fêtes. Il va au Roc'Hou prendre des nouvelles de Tatou qui est à peu près remis. Là aussi il est tombé des éclats d’obus l’autre nuit ; Trodibon en a reçu également et je suis sûre que le Mesgouëz a été servi mais nous n’avons pas eu le temps de chercher. Je réponds à Suzanne Prat pour accepter Claude bien que je ne sache comment le nourrir.

Samedi 21 Juin  (Eté)

Chaleur accablante. Je sarcle toute la matinée mais m’arrête ensuite. Je tricote un peu pour Cricri après le déjeuner. Mes nouveaux haricots lèvent bien ; ceux que j’ai remis dans les premiers carrés se montrent aussi. J’ai bien fait de réparer les manques. Je garde les vaches de 18hrs à 21hrs ½. Françoise veut venir avec moi, alors sa mère l’accompagne et je l’ai ai une bonne heure au champ avec moi. En rentrant, comme le dîner n’est pas encore prêt, j’aide Henri à planter 20 pieds de tomate. Cela nous en fait maintenant 65 en place mais cela aurait dû avoir lieu un mois plus tôt et nous en avons encore une vingtaine à mettre.

Une de nos juments est prêtée aux Jégaden – Kerdini ; en échange, Marcel nous donnera une journée pour les charrois de fumier.

Reçu une lettre de Md Le Marois ; elle est parvenue à faire passer quelques victuailles aux Pierre mais elle a des moyens que j’ignore et que nous n’avons pas. J’aurais pourtant bien désiré leur envoyer quelque chose.

Dimanche 22 Juin  (S. Paulin)

Messe à 8hrs à Plouezoc’h. Rien pour nous à la boucherie. Rencontré Zaza. Temps d’orage. Le tonnerre gronde dès le matin mais la pluie ne commence à tomber sérieusement que vers 10hrs ½. Les averses se succèdent jusqu’à 3hrs de l’après-midi, puis le temps reste sombre mais les nuages gardent leur eau.

Nous allons, Cric et moi, à la recherche de plants de betteraves. Chasse infructueuse. Les Prigent de Kerdini, auxquels nous nous adressons en premier lieu ont déjà promis à ceux du Nervir. Le père Dunff prétend que sa pièce fait beaucoup d’effet mais que, lorsqu’il aura pris ce qu’il lui faut, il ne restera rien parce qu’elle est trop clairsemée ; les Léon se sont arrangés avec les Bellec ; etc. …

Je garde les vaches le soir, ce qui me permet de tricoter un peu. Je termine presque une paire de socquettes de coton blanc commencée pour Cricri il y a plus de huit jours. Après le dîner, quelques pas sur la route avec Henri et nos deux filles.

Lundi 23 Juin  (S. Jacob)

Pardon de St Jean. Notre paisible quartier est en rumeur car presque tous y vont prier… regarder… et surtout… se montrer. On arbore ses nouvelles plus belles toilettes d’été et comme cette année elles sont faites la plupart de rafistolages, de pièces et de morceaux, l’effet doit être d’une élégance folle ; j’en ai les échos par Annie et Cricri qui s’y rendent avec Françoise. Cette dernière a surtout vu le petit mouton de St Jean.

Pour moi, je baratte le matin et jardine ensuite sans désemparer malgré un fort mal de gorge et un accès de fièvre. Nous mettons nos dernières tomates. Il y en a 80 dans l’espace préparé mais il en reste une douzaine dans le châssis, il serait malheureux de les perdre.

Les journaux nous apprennent les graves évènements d’hier. A l’aube, le 22, l’Allemagne te la Russie se sont lancées l’une contre l’autre. C’est effroyable ! Toute l’Europe est en guerre. Comme on dit, nous vivons les heures les plus tragiques que le monde ait traversées jusqu’ici.

Mardi 14 Juin  (S Jean-Bap.)

Pensé à mon petit Jean chéri.

Porté 1l de beurre pour la réquisition (14hrs30). Henri est allé hier matin à Plougasnou pour retirer à la mairie nos bons de vêtements et faire établir sa carte d’identité. Il est parti aujourd’hui à Morlaix acheter le timbre nécessaire. A la poste, on nous que, contrairement à ce qu'avait été annoncé par les journaux, les colis pour la France libre ne sont pas admis. Je renonce donc à un envoi prémédité aux Pierre.

Eté à Kermuster chercher du pain. Semé quelques graines de salade. Rangements. Je trouve un peu de laine défaite ou à détricoter pour fabriquer des chaussettes que nous mettrons l’hiver prochain dans nos sabots ou dans nos lits. Ce ne sera pas très esthétique mais, par le temps qui court il ne faut pas être difficile.

Yvonne étant de sortie, je garde les vaches le soir en commençant une paire de socquettes pour ma fille. Au champ, visite d’Annie, entraînée par Françoise, qui aime beaucoup garder les vaches, puis celle d’Henri, retour de Morlaix. Après dîner quelques pas sur la route. Eté chez Bellec demander des plants de betteraves.

Mercredi 25 Juin  (S. Prosper)

A 1h du matin bombardement intense mais court (8 ou 10 minutes seulement). Nous sommes bien réveillés dans la maison mais chacun reste chez soi. On s’habitue. Grosse brume toute la matinée. Depuis un mois, nous sommes hélas ! à ce régime qu’on dit très mauvais pour les futures récoltes. Les paysans annoncent qu’il n’y aura pas de pommes cette année et que la "rouille" commence à attaquer l’avoine.

Henri et moi allons dans la matinée à Kerdini inspecter nos pommes de terre. Nous ne trouvons aucun doryphore mais les plants sont encore très petits et la sale bête a le temps de s’y mettre. Nous en profitons pour visiter les autres champs. Nous les trouvons tous très beaux et très propres. Aussi, en rentrant, distribuions-nous des compliments à ceux qui les ont travaillés et nettoyés. Il reste encore à échardonner dans le champ de Kerdini et la tâche y est si lourde que faute de temps et de main d’œuvre on sera sans doute obligé d’y renoncer et de couper tout un bout en vert pour empêcher la graine des chardons de se répandre.

Je baratte le matin, jardine dans l’après-midi et garde les vaches le soir.

Jeudi 26 Juin  (S. Maxent)

Temps moins orageux, chaleur moins accablante. Malheureusement je n’en puis guère profiter pour mes travaux de jardinage. Le frère aveugle d’Yvonne a une angine, elle ne vient pas le matin. Je vais avec Henri prendre des nouvelles. Nous allons acheter un couple de porcelets de 5 semaines chez Fournis Guergonnou (1260frs). C’est affreux mais je suis obligée d’en passer par là ! Ensuite, bous allons prendre 8 litres de cidre chez Le Sault à Kermuster (4frs le litre !).

Déjeuner de bonne heure car Annie part pour Morlaix. Je garde Françoise tout l’après-midi en essayant de tricoter un peu. Avec de vieilles laines ayant déjà servi et de petits restes, je commence à nous faire des socquettes pour l’hiver. Ce ne sera pas beau, mal fait ; c’est le seul ouvrage possible en gardant les vaches ou ma petite fille.

Jeannick part vers 5hrs pour se faire faire une plaque d’identité à Plouezoc’h. A 7hrs, on nous la ramène en voiture. Elle a fait une chute de bicyclette et s’est donné une entorse. Nous voilà bien avec cette nouvelle complication !

Vendredi 27 Juin  (S. Fernand)

Marie-Olive Toudic vient voir le pied de Jeannick et le lui masse malgré ses hurlements. J’espère que ce ne sera pas grave, ni long. Le docteur Le Roux coupe les doigts de pied de Md Salaün avec ses ciseaux tout simplement et déclare qu’elle va bien mieux, peut remarcher maintenant et n’a plus besoin d’un pansement par jour. Cela allège la tâche de Cric qui a un autre malade, le fils Féat dont elle va badigeonner la gorge.

Je baratte le matin, puis garde Françoise pendant que sa mère lui fait des gâteaux secs. Nous utilisons du sucre de raisin pour certaines pâtisseries, notamment pour le pain d’épices qui est ainsi presqu’aussi bon qu’avec du miel.

La chaleur est si forte que je ne puis sarcler après le déjeuner et tricote un bon bout de temps, ce qui ne m’était guère arrivé depuis le retour de la belle saison. J’achève le tailleur de Cric, commencé le 25 Novembre dernier. Yvonne fait une  lessive. Je garde les vaches avec Françoise pour qui cela est une grande partie de plaisir.

Pas d’autre courrier que le journal qui relate les succès allemands en Russie.

Samedi 28 Juin  (S. Irénée)

Avec Henri et Françoise je vais dans la matinée chercher du cidre à Kermuster. Dans l’après-midi, échardonné un peu à Kerligot puis gardé les vaches.

Frileuse se sépare des autres et va se cacher dans les fourrés. C’est un signe de vêlage proche mais comme je ne me soucie pas qu’elle nous joue le même tour qu’Ondine l’an dernier nous la cherchons assez longuement et finissons par la trouver. D’ailleurs elle donne son veau pendant la nuit vers 3hrs ½ du matin. Cricri la veille. C’est la 5ème nuit qu’elle passe près de cette vache. La pauvre fille a bien du mal et ne peut se coucher un peu qu’à 5hrs ½ du matin. Je veille aussi jusqu’à cette heure là mais dans des conditions plus confortables.

Lettre de Franz à Annie et 2 cartes de Pierre. Le soir Annie nous fait peur avec une hémorragie. J’espère que ce ne sera pas grave. Eu des nouvelles de Lucien Troadec qu’on a radiographié. Résultats peu satisfaisants. L’os est en mauvais état et les plaies extérieures pas belles du tout.

Dimanche 29 Juin  (S. Pier. S. Paul)

Fête de deux chers absents. Je prie de tout mon cœur pour eux à la basse messe. Vu Yvonne et Zaza. La chaleur continue. Nous sommes aussi fatiguées par la nuit blanche que nous venons de passer à cause du vêlage de Frileuse ; Annie est aussi assez patraque sans être inquiétante. Jeannick est de sortie mais à cause de son pied elle ne part que l’après-midi et s’occupe du déjeuner pendant que je garde Françoise. Jean, de moins en moins zélé, ne paraît pas à la maison après 9hrs du matin, laissant les soins des chevaux à la pauvre Cricri. Wiktorya est de triste humeur comme trous les dimanches ; elle paraît sentir davantage son isolement des jours-là. Pour l’oublier elle se couche et dort au lieu de nous aider. Bref ce soi-disant jour de repos est plus lourd que les ordinaires. J’ai le cafard en gardant les vaches et c’est une chose bien rare pour moi.

Visite de Prigent du Nervic qui apporte l’argent de l’assurance de la jument morte.

Lundi 30 Juin  (S. Martial)

Combien je préfère les jours comme celui-ci malgré une activité aussi grande peut-être mais partagée par notre entourage. Barattage le matin. Dès que j’ai eu terminé le beurre, départ avec Henri, Cricri et Yvonne pour aller chercher les petits cochons à Guergonnou. Visite aux Féat dont j’admire les légumes. Tout pousse merveilleusement bien chez eux. Notre bande se sépare. Cricri et Yvonne emportent les porcelets tandis que mon mari et moi allons à Kermuster chercher du cidre.

Retour, déjeuner, repos d’une heure pendant lequel j’achève une lettre commencée pour Suzanne Prat, pèse les rations de sucre pour Juillet et puis, avec Mr Salaün et Yvonne, je pars à Kerligot continuer le travail d’Hercule entrepris. Nous goûtons sur les lieux et ne revenons qu’à 9hrs ½ pour dîner. Au retour, passé chez les Toudic pour demander une journalière. Ni mère, ni fille ne peuvent venir en ce moment.

Note de Juin

Les évènements paraissent être favorables aux Allemands. Ils avancent en Russie, battant les armées soviétiques. D’autre part, notre héroïque armée de Syrie contient la poussée anglaise. Je dis pour tout cela : « il paraît, car je ne lis qu’un journal », la "Dépêche" qui, censurée sévèrement, ne laisse filtrer que ce que nos maîtres veulent bien faire paraître à notre connaissance.

Ceux qui écoutent la radio anglaise ou soi-disant anglaise racontent les choses d’une manière bien différentes. Il se forme malheureusement 2 courants opposés d’opinion dans le pays. Les uns sont pour l’Allemagne, l’ennemi d’autrefois qui propose "la Collaboration" pour l’établissement d’un ordre nouveau en Europe ; les autres sont pour l’ex-alliée qui nous tape dessus actuellement et veut ramener l’ancien régime. On nous promet de nous pendre, de nous fusiller si l’Angleterre gagne. Ce sont des perspectives peu agréables, mais qui ne m’empêchent pas de désirer le bien de la France, de quel côté qu’il soit.