Avril 1945

Dimanche 1er Avril (Pâques)

Nous nous accordons tous quelques satisfactions religieuses. Personne ne manque la messe, ce très saint jour et même Henri, ses fils, sa fille et Annie ont le bonheur de communier ensemble au premier office. Quant à moi, obligée de garder Michel, Alain et la maison pendant leur absence, je ne puis qu’assister à la Grand’Messe. Il y eut aussi des évènements matériels. Les enfants se sont amusés à chercher des œufs. Henri a reçu un livre : "Les Clefs du Royaume" par AJ Cronin et moi un fort joli sac provençal. Les quatre grands enfants ont trouvé chacun  50frs sous leur bol.

Menu du déjeuner : Filet d’anchois à la tomate – Rôti de bœuf pommes frites – Pommes meringuées – Café – Calvados. Le repas fut arrosé par une excellente bouteille de Chassagne Montrachet. Le soir nous avons eu : soupe au lait, pommes de terre plat des moissonneurs, salade de mes premières laitues avec des œufs durs, gâteau moka.

Lundi 2 Avril (Férié)

La fête continue mais…. Le travail aussi. Pas de journaliers. Il faut nous débrouiller pour tout faire nous-mêmes. Nous entamons pour le déjeuner un des jambons de mon dernier cochon. Je fais des tranches en sauce soit disant madère, c'est-à-dire au vin blanc sucré, un peu de calvados et des aromates. Ce mélange de guerre ne vaut pas le vin recommandé pour ce plat mais cela nous a paru excellent tout de même. Dans l’après-midi, les quatre grands vont goûter chez les Gaouyer. Ils y sont servis plantureusement et traités avec une grande affabilité.

Franz vend Mouchette (12000frs) à des cultivateurs de Plouezoc’h. Cela m’attriste un peu et me fait entrevoir la vraie débâcle de cette exploitation qui avait été dure et longue à monter et qui ensuite nous avait coûté bien des efforts et des peines à Cric et à moi pour la conserver pendant la captivité de Franz.

Mardi 3 Avril (St Richard)

Branle bas à 5hrs du matin. Comme l’heure est changée depuis hier, cela nous produit l’effet d’un lever en pleine nuit. Pierre part pour Quimper. Franz l’accompagne jusqu’à Morlaix et ramène ensuite les bicyclettes. Toudic et Yvonne Féat viennent Le travail est moins lourd pour Franz mais le mien s’en accroît plutôt. Il est vrai que Cricri le partage. Ce secours me ravit et me navre tout ensemble car si je suis heureuse de voir ma chérie je voudrais cependant qu’elle ne se fatigue pas.

Le facteur nous apporte une lettre de Paule qui nous ennuie beaucoup. Jean commençait la rougeole. Il est probable que ses frères passeront après lui. Paule seule et dans son état aurait pu se passer de cette épreuve.

Mercredi 4 Avril (St Isidore)

La vie reprend comme avant le passage de Pierre. Petit Michou ne semble pas dépaysé. Il s’amuse avec Françoise et les petits Martin. Certes il pense à son papa, à sa maman, à ses frères et à Sisteron mais sans aucune tristesse car il sait qu’il les reverra et croit que le « bientôt » qu’on lui a dit signifie « demain » A quatre ans, les notions que l’on a du temps et de l’espace sont encore vagues.

Avec Cric, j’explore les caisses du grenier pour trouver quelques morceaux d’étoffe pour lui refaire des vêtements car ma pauvre fille est très démunie. Je partage une coupe de calicot entre elle, Annie et paulette Goyau à destination de blouse. Trouvé aussi 2 tabliers pour Françoise.

Jeudi 5 Avril (Ste Irène)

Ayant invité les Martin à dîner pour fêter le retour de Monsieur Martin la cuisine nous a davantage absorbées aujourd’hui. En somme nous avons offert ce qu’on appelle ici un café en le faisant précéder d’une soupe confortable. La tarte emplie de crème pâtissière au kirsch, fabriquée par Cricri fut trouvé drôlement fameux par tous les convives.

Forcément ces agapes nous ont fait déroger à notre douce habitude de lecture tout en nous faisant coucher beaucoup plus tard. Mon mari qui est méthodique jusqu’à la manie en a été un peu contrarié.

Vendredi 6 Avril (St Célestin)

En ce moment, il y a ici une complication assommante pour moi : le changement d’heure qui a eu lieu il y a bientôt huit jours et auquel les uns se sont adoptés et les autres non. Naturellement Henri a mis sa montre et la pendule de la cuisine à l’heure officielle. Franz ne veut que le soleil pour marquer le temps. Quant à Annie, elle se base sur son réveil qu’elle remonte sans rien y changer depuis la naissance de son fils. Elle appelle cela « l’heure d’Alain ». A la longue, c’est devenu plus que fantaisiste. Alors chacun divise sa journée suivant son idée et pour les repas qui devraient nous réunir tous, je ne sais jamais que faire.

La génisse Brick a eu son premier veau, un mâle, ce matin.

Samedi 7 Avril (St Clotaire)

Le beau temps parait revenu. En somme il n’y a eu que le dimanche de Pâques et le lundi vraiment maussades, sombres et pluvieux. Déjà mardi matin, quand  Pierre est parti, la nuit était clairement enlunée et depuis il n’est pas tombé d’eau. Toudic et Yvonne Féat sont venus aujourd’hui car les Goyau sont au baptême du petit de chez Yves Salaün, celui qu’on prétend fils de Murla, l’espagnol.

Franz met quelques pommes de terre d’été. Il n’y aura point abondance mais si cela va normalement nous pourrons sans doute tenir jusqu’au moment de la récolte hivernale. Celle-ci commence à me préoccuper. Je suis d’un caractère trop inquiet.

Lettre de Pierre qui sait par Paule que la rougeole a fait son entrée aux Cordeliers.

Dimanche 8 Avril (Quasimodo)

Messe de 8hrs à Plouezoc’h. Communion.

Gros ennui, le tuyau du fourneau de cuisine s’effondre. Une partie en est complètement rongée par la rouille, il faut la remplacer. Je suis obligée de faire les repas à l’âtre. J’ai ce sport en horreur. Enfin ! nous vivons tant bien que mal mais c’est le premier jour et la perspective de la suite m’angoisse – peut-être plus que de mesure.

A part cet incident, journée calme  mais tellement morne ! Le dimanche est toujours pesant et cependant nous le passons comme les autres jours avec quelques corvées supplémentaires. Les cochons ne vont pas bien. J’espère cependant qu’ils se remettront de ce malaise. Franz conduit Françoise et Michel voir à Kerligot  deux petits moutons nés hier chez les Jégaden.

Lundi 9 Avril (Annonciation)

Je ne soupçonnais point à quel degré la privation de notre fourneau de cuisine pouvait être un empoisonnement de notre existence déjà passablement misérable. D’abord, c’était de la tiédeur dans une pièce et puis je dois avouer humblement que je ne sais pas du tout faire la cuisine à l’âtre. C’est très très difficile, tout en paraissant très simple. Avec ce feu direct, les choses brûlent vite. Si je veux modérer, elles ne cuisent point. Impossible de rien tenir au chaud, de laisser mijoter. Et puis quelle consommation de bois ; je suis obligée d’aller prendre tout le temps des fagots dans le tas et c’est bien dur à tirer.

Mardi 10 Avril (St Fulbert)

Le fond de l’air s’est adouci mais il y a beaucoup de vent aujourd’hui et ce peut être mauvais pour les arbres fruitiers. La floraison des poiriers s’achève et celle des pommiers commence.

Je débute ma journée par 3 lettres. L’une à un type du Léon qui nous a fait des propositions d’achat pour notre vieux brabant, les autres à Pierre et à Paule pour donner des nouvelles de leur Michou. Je termine aussi le 1er bas de la 2e paire. Ensuite cuisine. Henri part à Morlaix pour trouver des bouts de tuyaux permettant de réparer tant bien que mal notre fourneau. Il trouve quelque chose. On verra demain  si cela va.

L’abbé Dilasser vient bénir la maison. A la fin de l’après-midi, je vais voir Me Féat et nous ravitailler à Kermuster.

Mercredi 11 Avril (St Léon, pape)

Cricri et Michel vont déjeuner et passer la journée au Roc’hou. Quand ils sont partis, vers 11hrs ½ il faisait beau temps. 20 minutes après un violent orage éclatait subitement : Eclairs, tonnerre, ouragan de vent, pluie torrentielle. Ils étaient plus loin que Corniou, dans la montée, presque en haut. Rien pour s’abriter. Michel affolé hurlait. Ils ont été trempés et ils ont dû au Roc’hou emprunter des vêtements pendant que les leurs séchaient. A part cela, ils ont passé une agréable journée.

Franz emporte les veaux de Madelon et de Domino à la réquisition. Michel Fournis est mort ce matin et je vais à Keringuer jeter l’eau bénite dans l’après-midi. Ce pauvre garçon a bien souffert depuis plusieurs années. Il est très beau et distingué sur son lit de mort.

Jeudi 12 Avril (St Jules)

Très beau temps, presque de la chaleur ; les semences de blé et d’avoine mises le jour de l’arrivée des Sisteronnais ont levé et la terre commence à verdir sous elles. La végétation des arbres commence aussi, les bourgeons éclatent ; les oiseaux chantent, il y a de l’allégresse dans l’air. Mon Dieu, faites qu’elle pénètre dans mon âme !

Je puis jouir un peu de cette atmosphère en tricotant pendant une heure dans le jardin cet après-midi auprès de la voiture d’Alain. Je lâche un peu le bas de Pierre pour défricher un point tweed dont Cricri aurait envie pour un petit manteau. Hélas ! la laine nécessaire me manque.

Enterrement de Michel Fournis. C’est Franz qui s’y rend. Il ne rentre qu’à minuit, ayant fait des marchés de génisses à sevrer, nous dit-il.

Vendredi 13 Avril (Ste Irma)

Belle journée claire et chaude. Les pommes de terre commencent à montrer leur nez. Il est aussi sorti 3 petits poussins sous l’une de nos couveuses. Nous trions des pommes de terre que Franz doit porter demain à la réquisition. Mr Martin nous aide. Il est gentil et complaisant comme sa femme. Vers le soir, on nous annonce que Roswelt* est mort subitement. Est-ce exact ? Ou bien est-ce un faux bruit comme il en court ici si souvent ? La nouvelle est importante et peut avoir des suites grandement bonnes ou mauvaises. Un vendredi 13 est date fatidique. Mais pas de superstition ! Laissons venir les évènements.

* je suppose qu’elle veut parler de Roosevelt !

Annie reçoit une lettre de sa mère lui annonçant son arrivée avec Arnaud jeudi prochain.

Samedi 14 Avril (St Tiburce)

Mon rôle de ce jour fut surtout celui de nourrice sèche d’Alain. Cela me change un peu du fourneau quoiqu’il ait cependant fallu que je ne l’abandonne pas complètement car paulette Goyau épluche les légumes, scie le bois, lave la vaisselle mais elle m’attend pour la confection des aliments.

Henri est allé à Plougasnou pour la boucherie et n’obtient qu’un tout petit morceau. Depuis plusieurs semaines déjà nos rations de viande sont très minimes. Il porte aussi un petit colis pour Marguerite contenant 1l200grs de lard et 1l200grs de haricots. Franz livre 920 kilos de pommes de terre à la réquisition.

Annie va le matin à Plouezoc’h et dans l’après-midi elle commence rangements et nettoyages pour l’installation de sa mère.

Dimanche 15 Avril (Ste Anastasie)

Messe matinale. Temps merveilleux. Chaleur estivale, ciel très bleu. Les pommiers ont l’air écrasés sous le poids de leurs fleurs et les autres arbres commencent à verdir. Au fond, malgré nos misères, j’aime la vie et sais apprécier toutes les beautés de la nature et les autres bonnes choses de notre vie terrestre. Ainsi, nous nous sommes offerts ce matin la réjouissance rare d’une boite de sardine à l’huile et d’un plat de pommes de terre frites. Que Dieu nous rende bientôt les facilités et les douceurs d’autrefois. Nous saurons mieux reconnaître sa bonté et lui faire action de grâce.

Mimi et Dridi de Kermadec viennent passer l’après-midi au Mesgouëz.

J’enlève la lapine que j’avais mise au mâle jeudi soir.

Lundi 16 Avril (Ste Odette)

Annie s’absorbe très nerveusement dans ses préparatifs de réception. J’hérite donc d’Alain presque toute la journée mais comme j’en partage la garde avec Cricri, cela peut aller et mon travail se fait quand même. Yvonne Féat fait la lessive des Franz, elle reste au lavoir presque jusqu’à 11 heures du soir. Nous dînons donc très tard et il est plus de minuit quand la vaisselle est terminée.

Chaque jour, quand je me couche très lasse, je pense : C’est fini ! demain je ne pourrai pas me lever ! Et quand l’aube revient je n’ai qu’une hâte sortir de mon lit et reprendre le collier de misères. Le terrible c’est qu’il s’alourdit toujours et que rien ne nous fait prévoir la moindre amélioration pour l’avenir. La perspective de ce qui nous attend ma décourage plus que la situation actuelle malgré ses duretés, car je cueille précieusement toutes les petites joies que j’y rencontre encore de ci de là.

Mardi 17 Avril (St Anicet)

Plein été ! La chaleur est même trop forte car nous n’y sommes pas habitués et elle nous fatigue tous. Je me sens la tête vide et les membres en coton. Il faut marcher cependant à la même allure que dans les jours froids. Ne nous plaignons pas. Au contraire remercions Dieu de cette bonne chose qu’est le feu naturel du Ciel pour les pauvres gens que nous sommes si privés de combustibles depuis des années.

Les pommiers semblent crouler sous le poids des pétales roses et blancs. Je n’ai jamais vu de floraison pareille. Cricri dit que notre verger semble un jardin japonais. Cette beauté l’enchante. Quant à Franz qui apprécie également le côté artistique du paysage, il voit surtout des ruisseaux de cidre et de calvados s’échappant de toutes ces  fleurs.

Mercredi 18 Avril (St Parfait)

Annie continue à s’agiter. Après avoir soupiré et surtout maugrée elle s’est déclarée ce soir à peu près mise au point pour accueillir sa mère et Arnaud. Depuis lundi j’ai donc beaucoup gardé petit Alain qui est toujours gentil mais devient assez fatiguant parce qu’il veut faire des tas de choses qu’il ignorait avant. Il faut le mettre par terre, le faire marcher, lui donner ce qu’il demande. Monsieur est vif et volontaire.

Franz a reçu la visite de quatre grands cultivateurs de l’Aube qui sont venus le consulter au sujet des chevaux bretons. Ces messieurs, tous gens du monde, cherchent 3000 bêtes pour leur région. Franz va les orienter.

La poule de l’étable a 6 poussins. Nous avons mis les 11 œufs qui restaient sous une autre poule.

Cricri déjeune au Roc’hou.

Jeudi 19 Avril (Ste Léontine)

Un peu de bousculade dans la matinée. Annie part chercher sa mère à Morlaix nous laissant ses enfants à lever et à faire manger. Heureusement, j’ai l’aide de Paulette Goyau, le déjeuner se trouve prêt normalement malgré la garde d’Alain. A midi ½ nos voyageurs arrivent. Je les trouve bien maigres. Henriette nous annonce le retour de Jean Chambellan.

Franz travaille sa terre d’orge avec Louis Salaün. Lettre de Paule disant qu’Henri, Yves et Philippe ont aussi la rougeole. Elle est sans nouvelles du Mesgouëz et s’inquiète de son Michou. Cricri et moi lui avions justement écrit aujourd’hui. Il faudra recommencer demain. Grosse chaleur, je termine le bas de Pierre et je mets une poule à couver.

Vendredi 20 Avril (St Théotime)

Nous trouvions 12 petits poussins sous la poule de la forge.

J’écris à Paule et à Kiki.

Arnaud, fatigué du voyage, a un peu de fièvre ; sa grand’mère le garde au lit toute la journée. Ce bonhomme est grand mais affreusement maigre et pâle ; il est nécessaire de le remonter au plus vite.

Encore le beau temps mais, vers le soir, subit rafraîchissement de l’atmosphère et apparition de quelques nuages. Louis Salaün vient et Franz travaille avec lui aux champs. Ils sèment un peu d‘orge et travaillent encore la terre destinée à recevoir les patates.

J’écris à Paule.

Samedi 21 Avril (St Anselme)

Service anniversaire de Me Salaün. Henri y assiste en allant au bourg le matin prendre la boucherie. Nous n’avons personne, sauf Me Martin qui vient complaisamment aider Cricri pour les traites. Pierre nous arrive vers midi ; nous sommes bien contents de le voir et d’apprendre qu’il a trouvé une chambre dans une maison très bien chez une Madame de Kérangal que connaissent un peu les Kermadec. Pour le reste c’est toujours plus que vague.

Je mets ma 2e lapine papillon dans la case du mâle.

Arnaud toujours fiévreux reste à la chambre. Cet enfant est vraiment en piètre état.

Dimanche 22 Avril (Ste Opportune)

Messe à Kermuster à laquelle Henri, cric et moi assistons. Les autres vont à la Grand’Messe de Plouezoc’h. Au repas de midi, nous souhaitons l’anniversaire de mon mari. Il n’aura ses 70 ans que le 25 mais Pierre nous a demandé de devancer la petite fête familiale afin d’y prendre part. Il offre à son père une boite machine à faire des cigarettes. Nous avons les mains vides. Cric trouve un brin de muguet dans le jardin.

Menu : potage viande aux pâtes - rôti de veau – pommes frites – salade de laitues. Une bonne bouteille de Chassagne Montrachet, une tasse de vrai café, une libation avec mon vieux rhum.

Pierre va au Roc’hou dans l’après-midi. Visite de Me Clech.

Lundi 23 Avril (St Georges)

L’adjoint de Pierre aux Eaux et Forêt de Quimper, Mr Janvier, vient le chercher en auto. Il déjeune au Mesgouëz et, naturellement, cela nous occasionne du remue-ménage car nous tenions à ce que notre accueil soit aussi aimable et…. confortable que possible. Au menu : Soupe de légumes – Saucisson et beurre – Rôti de veau – Purée de pommes de terre – Salade de laitues à la crème – Confiture d’abricot – Café – Calvados. – censure - Ce Monsieur est dans une moyenne honnête comme aspect, il parle un peu de tout. Il nous a dit être neveu du père Janvier (un frère de son père). – censure -

Toudic  nous apprend que Me Gaouyer a été piquée hier par une vipère.

Mardi 24 Avril (St Gaston)

Aujourd’hui, c’est Dridi de Kermadec qui vient partager notre repas de midi. Elle arrive de très bonne heure et s’installe auprès de nous dans la cuisine. Elle est bien gentille mais j’aurais préféré être seule pour faire mes tripotages. Nous nous en tirons cependant Cric et moi tout en soutenant une conversation animée. Ma fille fabrique 2 grandes tartes crème au kirsch et moi une sorte de cassoulet au jambon.

Après le déjeuner, j’ai un instant de répit. Je me donne à moi-même le prétexte de l’obligation de recevoir mieux Dridi que le matin et laisse la vaisselle en panne pour rester au salon en tricotant. J’ai commencé hier des gants pour Françoise. C’est un ouvrage assez ennuyeux et délicat. Henri va prendre des nouvelles de Me Gaouyer qu’il trouve déjà à demi remise de son accident de dimanche.

Lettres de Paule, Henri, Jean, Yves, Albert, Paul et Kiki.

Mercredi 25 Avril (St Marc)

Journée moins bousculée parce qu’il y a moins de monde à la maison mais encore plus désagréable peut-être parce que le temps s’est gâté. Il pleut. Annie et sa mère vont courir les fermes pour y chercher du beurre et des œufs à l’intention de leurs Parisiens, Cricri fait des visites à ses familles de prisonniers, je dois donc garder les enfants et ils m’en font voir. Ils sont tous batailleurs et, en s’aimant bien je crois, ne font que se disputer et même s’envoyer des coups. Michel est particulièrement désobéissant. J’ai du les garder dans la cuisine pendant les averses ; il y avait de quoi devenir folle. Néanmoins, j’ai terminé le soir les gants de Françoise.

Domino a été servie.

Jeudi 26 Avril (St Clet)

Moins de pluie qu’hier mais ciel gros menaçant. Beaucoup ici sont enrhumés, en particulier les 4 enfants mais il est impossible de les garder dans la maison. Arnaud est délicat, sa grand’mère le couve. Cricri passa la journée au Roc’hou dont elle revient avec des tas d’histoires à nous raconter.

De son côté Franz apprend le retour de quelques prisonniers de son camp ; il va les voir pour avoir des nouvelles de Roger, de Christian et de ses autres camarades. Menou lui dit que Roger doit être déjà en France mais qu’un autre groupe de jeunes dont faisait partie Christian avait été replié.

Les journaux annonce que Pétain s’achemine vers la France.

Franz livre la génisse pie rouge de Frileuse aux Jégaden Kerligot.

Vendredi 27 Avril (St Frédéric)

Les évènements sensationnels sont rares dans notre vie. Ce soir j’en ai un à noter. Une lettre de Paris annonce à Henriette la délivrance de Jean Chiny dont on était sans nouvelles depuis près d’un an. On savait seulement qu’il était dans un camp de répression près de Weimar, le plus terrible d’Allemagne. Il vit encore mais est en mauvais état après 6 mois de bagne. Il a pu écrire le 15 avril, aussitôt sorti de son enfer et sa lettre, très émouvante, dont on nous a envoyé copie, est rapidement arrivée par avion. Il pense être ramené en France vers le 10 ou le 15 mai. Nous sommes très heureux mais aussi très attristés à la pensée es souffrances endurées par ce brave garçon.

J’écris à Kiki, à Pierre et à Paule. Je commence des gants au coton pour Françoise.

Samedi 28 Avril (St Fernand)

Franz a bien Toudic aujourd’hui mais déveine ! un vent du Nord très violent empêche de semer le trèfle dont les graines sont si petites et légères. Me Goyau malade depuis jeudi ne vient pas. Yvonne Féat est toujours retenue auprès de sa mère, il n’y a que Paulette qui donne quelques coups de main à la ferme.

On parle beaucoup des élections de demain. Il est difficile de nous arranger tous afin que chacun remplisse ses devoirs religieux et civils sans que le travail en souffre trop et avec la garde des 3 enfants qui ne doivent pas être sacrifiés.

Toudic a tué ce matin un petit porc (au Verne) qui tournait mal comme le dernier nôtre. Cela va nous procurer un peu de viande car les boucheries sont maintenant bien pauvres dans leurs distributions.

Dimanche 29 Avril (St Robert)

Journée mémorable du premier vote des femmes en France. Qu’est-ce que cela donnera. J’avoue à la honte de mon sexe que je n’en attends pas grand bien. Elles n’auront pas plus de discernement que les hommes et se laisseront beaucoup plus influencer par les petits détails des programmes. Ainsi la promesse de l’établissement d’un W-C au bourg suffit à faire voter ultra rouge de très braves femmes. On verra demain ce que cela donnera. Pour notre commune le résultat n’est guère douteux. Nous avons mis nos bulletins dans l’urne, à l’exception d’Henri et d’Henriette, inscrits ailleurs.

Franz passe la journée à soigner les bêtes malades chez deux cultivateurs et c’est la pauvre Cric qui hérite de toutes celles d’ici. Tâche bien dure !

Lundi 30 Avril (St Ludovic)

Nous avons terminé hier soir la lecture des "Clefs du Royaume". Ce livre nous a vivement intéressés car il contient des choses très émouvantes et l’étude d’un caractère de prêtre missionnaire attachant et curieux mais beaucoup de choses y sont cependant déplaisantes et même semblent fausses.

Il fait de plus en plus froid. Nous sommes tous frigorifiés et nous nous réfugions dans la cuisine comme en hiver. Il tombe de la grêle et même par moment averses de neige.

Cricri va au service de Michel Fournis et fait quelques courses au bourg. Elle en rapporte le journal où nous lisons le résultat des élections de la région. Elles sont plutôt très rouges. La liste d’extrême gauche a passé toute entière à Plougasnou. Le télégramme annonce aussi que Mussolini a été fusillé avec les autres chefs fascistes par les Italiens.

Mai 1945

Mardi 1er Mai (Fête du Travail)

Au lieu de nous réveiller sous le muguet nous trouvons ce matin la terre couverte de neige. C’est terrifiant de songer à nos fleurs d’arbres fruitiers et surtout à nos jeunes plants de pommes de terre et de tomate sous ce linceul blanc. Enfin ! Sue la Volonté de Dieu soit faite pour cela…. Comme pour le reste !

Un télégramme nous annonce l’arrivée de Jean Chiny à Paris dimanche soir. C’est une grande joie !

Je termine les gants de Françoise. Franz va porter le blé à Kermuster pour notre échange de pain. Nous touchons un peu de farine et le soir Yvonne Féat nous fait d’excellents crêpes. Henri commence la lecture du "Maréchal de Tourville et son temps" par Lavarande.

Mercredi 2 Mai (St Athanase)

Peut-être fait-il un peu moins froid qu’hier, la température reste basse mais entre les nuages le soleil reparaît parfois et il est bon. Le père Cudennec de Ker Hervé à Kerdini sème la fin du trèfle et Franz en est bien content. Il n’y a plus que pour les pommes de terre que nous sommes en retard. Espérons tout de même qu’il sera possible d’en mettre au moins pour ma consommation de la maison. De plus en plus je me rends compte que nos seules forces ne suffisent pas au travail des terres que nous avons. Et il ne faut plus songer à trouver de la main d’œuvre. Les résultats des élections prouvent que la France est devenue très communiste ; tous aspirent à la jouissance matérielle et ce n’est pas dans le métier d’agriculteur qu’on trouve repos et amusement.

Jeudi 3 Mai (Inv. Ste Croix)

Même atmosphère peu réjouissante. Avec cela nouvelles difficultés domestiques. Me Goyau, fatiguée physiquement et nerveusement, se froisse d’une observation que Franz prétend avoir fait avec la plus grande douceur et ménagement et part sur le champ, très en colère. Reviendra-t-elle ? Serons-nous privés de notre seule aide ?

Lettre de Pierre qui est toujours à la recherche d’un logement  même provisoire pour héberger sa grande famille mais qui se plairait assez à Quimper sans cette difficulté.

Dans toute la France, les élections municipales semblent avoir été d’extrême gauche. Les plus blancs des élus sont socialistes ; la majorité abore l’étiquette de communistes mais savent-ils exactement ce qu’est le communisme ?

Vendredi 4 Mai (Ste Monique)

Journée grise, pluvieuse à la fin de l’après-midi mais température un peu moins basse. L’affaire Goyau s’arrange un peu. Paulette vient remplacer sa mère. Nos enrhumés se calfeutrent dans leurs chambres où il y a du feu. Nous ne voyons Henriette, Annie et Arnaud que pour les repas. Françoise et Michou qu’on ne peut guère enchaîner promènent leurs rhumes à la ferme et dans le jardin mais Cricri les tient un peu tranquilles dans la matinée en les faisant écrire à chacun 4 lettres aux enfants de Sisteron. J’écris moi-même à Paule.

Franz vend à Cloarec, le marchand de choux-fleurs, le tiers du tas de fumier pour 10000 francs. Henri et moi allons à Guergonnan pour chercher des haricots destinés à Albert. Vague espoir chez tonton Lomic.

Samedi 5 Mai (St Pie V)

Une bande de jeunes a parcouru notre quartier cette nuit en hurlant l’internationale. C’était sa manière de célébrer la prise de Berlin par les Russes. – censure - Cela prouve que tout le pays est très excité et qu’on peut s’attendre à de véritables excès dès que la guerre sera terminée. Annie mourait de peur et parlait de quitter le Mesgouëz avec ses enfants.

Me Goyau nous boude encore mais Paulette est venue la remplacer. Lettre de kiki, toujours sans nouvelles de Roger. Cela m’inquiète aussi car d’après Menou, il devrait être revenu depuis un certain temps car il avait quitté le IV D avant lui.

Dimanche 6 Mai (St Jean P.L.)

Il fait beaucoup plus doux mais il pleuviote le matin et c’est assez ennuyeux d’aller à la Messe. Henri et moi, nous y rendons à 8hrs et Cric à 11. Personne pour le travail de ferme que Franz, aidé par sa sœur, doit accomplir seul. Il est très fatigué, ses ulcères aux jambes le font beaucoup souffrir ; j’ai un cafard monstre en voyant son état et en songeant aussi à notre retard dans les champs.

La question "pommes de terre" est angoissante. Si nous n’en avons pas, comme elles consistent le fond de notre nourriture, de quoi vivrons-nous ? En ce moment déjà l’alimentation d’une maison comme la nôtre est très difficile. Les bouchers ne donnent plus que des rations très réduites, les légumes manquent. Nous avons terminé les choux-fleurs du jardin hier.

Diablesse a été servie.

Lundi 7 Mai (Rogations)

Depuis deux jours nous attendions d’un moment à l’autre la signature de l’armistice entre les Allemands et les Alliés. Il parait que c’est fait depuis 2hrs cet après-midi mais ce n’est que demain, à 8hrs30 que tous les carillons de France se mettront en branle pour annoncer officiellement ce grand évènement à la Nation. Pas de commentaires ! Un cauchemar se termine ; il est bien à craindre que nous entrions dans un autre. Lequel ? Les négociations et les règlements de compte seront difficiles. Enfin ! dans notre incertitude et notre impuissance, il n’y a qu’à remettre nos personnes, âmes et corps, ainsi que nos biens entre les mains de Dieu. Que sa Volonté Sainte soit faite !

Louis Salaün et Yvonne Féat sont venus ; ils ont aidé Franz à travailler la terre de Kerligot. Grosse chaleur. Cricri déjeune au Roc’hou.

Mardi 8 Mai (St Désiré)

Franz qui est allé hier soir à une réunion de prisonniers ne rentre qu’à minuit et nous bavardons avec lui jusqu’à 1hr ½ du matin. Les cloches ont dû sonner aux clochers de Plougasnou et de Plouezoc’h mais je ne les ai guère entendues. Pierre nous a fait la bonne surprise de nous arriver pour le déjeuner et passer les 3 jours de congé au milieu de nous. Malgré cette joie et le bonheur de savoir la guerre enfin terminée, ou du moins suspendue, ce jour fut très assombri par deux aventures.

D’abord une lettre d’Albert, écrite le 2 Mai aux Vans, nous apprend que notre cher Paul était mourant à cette date. Qu’est-il devenu depuis ? Ensuite Franz est très inquiété par la malveillance de plusieurs personnes qui cherchent à nous causer les plus grands malheurs en nous accusant injustement de véritables crimes. Les questions politiques ont maintenant une importance énorme.

Mercredi 9 Mai (St Grégoire)

Sans aucun fait nouveau, je continue à être très angoissée Hélas ! il ne suffit pas d’avoir la certitude de notre innocence, il faut la prouver aux autres et, quand les gens sont de parti pris, on n’y parvient pas si facilement que cela. Il parait que nous sommes entourés d’ennemis….. politiques. Et cependant nous n’en avons jamais fait de politique, pas plus à cette génération qu’aux précédentes.

Visite de Mr de Kermadec auquel nous racontons nos ennuis. Journée chargée car, la fête continuant, nous n’avons personne pour nous aider. Pierre grogne parce que nous nous occupons d’un tas de choses terre à terre au lieu de parler avec lui de sujets plus relevés. Il constate et plaint notre déchéance. Monsieur étant nerveux me saboule un peu. Il ne se doute pas du désir que j’aurais d’une autre vie !

Jeudi 10 Mai (Ascension)

Orage qui me fait craindre de ne pouvoir aller ce matin à l’église. Subitement, à 7hrs5 la pluie cesse de tomber. Comme j’étais toute habillée je n’ai eu que mon chapeau et mon manteau à prendre et je suis allée avec Henri et Pierre à la messe basse. Franz, Annie et Cric ont assisté au grand office.

Cette fête n’a pas été très gaie pour nous qui sommes inquiets pour Paul et au sujet de Franz. Très préoccupée aussi du sort de Pierre qui, malgré d’actives démarches depuis plus d’un mois, n’a pas encore déniché de logement pour sa famille et perd un peu l’espoir d’en trouver un possible. Il nous quitte vers 4hrs pour aller prendre à Morlaix l’expresse de Paris. Avec correspondance à landerneau, il doit arriver à Quimper ce soir vers 9hrs ½. Il voyagera sans doute avec Yvonne de Kermadec.

Vendredi 11 Mai (St Mamert)

.Cricri passe la journée au Roc’hou. Cela devient maintenant pour elle une douce habitude d’aller chaque semaine se retremper dans ce milieu intelligent et animé. Elle y apprend des tas de petites histoires qu’elle nous raconte au retour pour nous informer ou nous distraire nous aussi.

Franz va à Morlaix consulter Maître Coursin ; il déjeune chez Masson, va voir son caporal d’ordinaire, rentré depuis quelques jours et lui aussi passe une bonne journée qui lui change un peu les idées. Ici, rien d’anormal, le train-train ordinaire. Nous sommes déçus par les courriers ; après 3 jours d’interruption, nous espérions recevoir des nouvelles et nous n’en avons aucune. Nous sommes particulièrement anxieux de savoir ce qui se passe aux Vans depuis le 2 Mai.

Samedi 12 Mai (Ste Flavie)

.Soulagement immense du côté de Paul. Il est sauvé ! Trois lettres d’Albert nous ont été remises en même temps cet après-midi. Actions de Grâces montent vers Dieu.

Monsieur Gaouyer vient aider Franz. Ils transportent du fumier à Kerligot. Grosse chaleur orageuse. C’est Cricri qui va le matin à Plougasnou pour la boucherie. Elle ne rapporte que très peu de viande et cela dépasse encore, parait-il, la ration à laquelle nous avons droit. Il me semble que l’existence va devenir encore plus rude matériellement. Si au moins on avait la douceur de sentir l’union se refaire entre les peuples et surtout entre tous les Français !

Cric rapporte du bourg un colis pour Franz, le dernier colis de prisonnier. Me Riou liquide son stock.

Dimanche 13 Mai (Fête de Jeanne d’Arc)

Messe à Kermuster. Je ne sais ce que l’abbé Dilasser dit dans son sermon fait en breton mais ce devait être quelque chose de très intéressant car il y a mis une véhémence extraordinaire.

Retour du mari de Pétronille. Henri, Franz et Cric vont féliciter les Clech et trinquer avec eux. Deux paysans de Cléder viennent acheter notre vieux brabant (4000frs). Ils déjeunent avec nous. En plus de l’ouvrage de ferme, Franz a plusieurs choses importantes à faire aujourd’hui. Il s’occupe de la réquisition de nos bêtes à cornes qui seront livrées mercredi prochain. Hélas ! même sur ce point, il se heurte à des questions politiques. Notre conseil municipal, très socialiste, se montre mal disposé pour ceux qu’ils appellent les "Gens du Château" sans connaître nos sentiments véritables.

Lundi 14 Mai (St Boniface)

Quelques instants dans l’après-midi je tiens une aiguille, chose assez rare maintenant pour la noter. Tant bien que mal je fais un sac pour y enfermer les haricots d’Albert (9 livres à 20frs) achetés chez Tonton Lomied à Guergonnan. Nous préparons le colis et aussi l’envoi d’1 kilo de beurre à Paule. La confection des paquets m’est devenue bien difficile. D’abord la matière nécessaire : papier, carton, ficelle manque ; ensuite, mes mains presque paralysées par les rhumatismes articulaires sont lentes et maladroites.

Franz  dit ce soir que son travail s’est avance dans les champs et que si tout va bien d’ici là on pourra mettre quelques pommes de terre jeudi. Il a eu aujourd’hui Toudic et Yvonne Féat. Je constate la naissance de petits lapins. Dieu veuille leur conserver vie.

Mardi 15 Mai (Ste Denise)

Henri part de bonne heure pour faire l’expédition des colis d’Albert et de Paule, à Morlaix, par le chemin de fer ; il en profite pour se faire couper les cheveux et faire différentes courses – sans succès d’ailleurs. Malgré l’armistice, les marchandises ne reviennent pas ; les commerçants disent même qu’ils n’ont jamais été aussi démunis mais partout on cherche à vous donner espoir et patience.

Franz plante quelques haricots noirs. Je suis désolée de n’avoir pas le moindre instant cette année pour m’occuper du jardin.

Lettres de Pierre et de Kiki, toujours sans nouvelles de Roger et bien inquiète, la pauvre.

Alain est très enrhumé mais mignon comme un amour et marche presque seul, comprend beaucoup de choses et commence à jaser drôlement.

Mercredi 16 Mai (St Honoré)

Franz aidé par Toudic conduit à Lanmeur notre taureau Anoutroun et la jeune vache Fleurette qui ont été réquisitionnés. Ces impôts sont une très lourde charge. Nous perdons à peu près 15000frs dans cette affaire et c’est la ruine du cheptel français que les lois devraient protéger ! Il n’y a qu’à se soumettre en pensant que nous pourrions  avoir d’autres épreuves plus cruelles que celles-là dans le triste temps que nous traversons.

Une lettre de Monique apporte aujourd’hui une très angoissante nouvelle. Jean Chiny très malade a été hospitalisé au Val de Grâce. On craint le typhus. Le pauvre garçon, déjà bien démoli par 9 mois dans terrible camp de Buchenwald pourra-t-il résister ? Il ne me sort pas de l’esprit. Prions pour lui.

Jeudi 17 Mai (St Pascal)

Enfin, nous avons des pommes de terre en…. Espérance pour l’hiver prochain. Franz ayant pu réunir quelques personnes a fait étendre le fumier et préparer les semences dans la matinée et, de 15 heures à 21 heures, on a planté. Certes, même en admettant que tout aille au mieux et que le doryphore qui pullule cette année épargne nos pommes de terre, nous en aurons très peu, juste le nécessaire pour nourrir la maison. Il ne faut pas songer à élever des porcs ; quant au ravitaillement ? ….. Franz se débrouillera. Il me semble que l’exploitation Mesgouëz agonise, cela me fait de la peine mais je ne dois rien dire parce que nous avons tout remis entre les mains de Franz et qu’il ne supporterait aucun avis.

Nouvelles de Jean Chiny. Etat stationnaire.

Vendredi 18 Mai (St Venant)

Le courrier de Paris manque aujourd’hui ; nous ne savons donc rien de Jean Chiny et notre anxiété est accrue. Henriette est visiblement très tourmentée mais parle peu. Il faut malgré notre inquiétude prendre part aux réjouissances des voisins de retour. François Moal est rentré hier et ce soir il y a eu "un café" au Verne. Henri te les Franz y sont allés. En plus de ma fatigue et de la sombre pensée qui me poursuit au sujet de notre neveu j’ai eu ce soir deux fortes contrariétés.

D’abord une altercation entre Franz et Paulette qui peut avoir de graves conséquences ; ensuite Michou que Cricri avait conduit hier chez le coiffeur pour qu’il soit gentil pour les fêtes, s’est amusé à se couper les cheveux en cachette et s’est défiguré pour plusieurs mois. Que dira Pierre demain.

Samedi 19 Mai (St Yves)

Anniversaire de la mort de mon frère Louis et fête du 3e numéro des Pierre. Souvenirs et prières. Nouvelles un peu meilleures de Jean Chiny. Il ne faut pas le croire hors de danger écrit Monique, mais la fièvre étant descendu à 39°8 c’est quand même un bon signe. Pierre nous arrive pour déjeuner. Il passera 48 heures au Mesgouëz. Hier soir, Michou a fait une grosse bêtise. Cric l’avait conduit se faire couper les cheveux au Moulin à Vent et il a voulu jouer au coiffeur sur sa propre tête ; il s’est bien arrangé. Enfin ! Pierre n’a pas été trop mécontent et cela s’arrangera.

On apprend qu’Emile Jégaden est retrouvé ; on dit même qu’il est à Paris. Le bonheur de ses parents doit être immense mais la pensée d’Yves et d’Yvonne leur est peut-être encore plus douloureuse.

Dimanche 20 Mai (Pentecôte)

Messe de 8hrs à Plouezoc’h. Henri, Pierre et moi y communions. Annie et Cric vont à la grand’messe. On chante un Te Deum pour la victoire de nos alliés dont nous nous attribuons une petite part – plus ou moins méritée. On chante aussi un Libera pour les victimes de la guerre. Ronan de Kermadec est en permission au Roc’hou. Cela fait, je crois, 6 ans qu’il n’était pas venu ici et n’avait pas vu sa famille. Dans l’après-midi mon mari et Pierre vont au Roc’hou. Me de Kermadec a une crise de colibacillose et est au lit. Toutes les filles sont à Paris pour assister à la Première Communion de René Prévallée. Il n’y a que Mr de Kermadec, Ronan et tante Anne de Rodellec.

Le temps n’est pas beau aujourd’hui. Averses courtes mais nombreuses et fortes. Paulette Martin fait sa Première Communion.

Lundi 21 Mai (Férié)

La fête continue pour ceux qui sont classés "travailleurs" et…. Nous avons tout l’ouvrage sur nos seuls bras… D’ailleurs il est à craindre que ce soit la même chose les autres jours car Paulette Goyau est venue m’annoncer que désormais sa mère et elle iraient chez nos voisins à tour de rôle au moins la moitié de la semaine et que si cela ne nous plaisait point Me Goyau donnerait 2j à Jégaden, 2 à Jaouen et 2 à L’Hénoret comme ils le désiraient. Il ne nous resterait donc rien. Paulette m’a donné les raisons de ce revirement. La véritable est qu’on nous suppose des opinions politiques différentes de celles de notre entourage, « Chez vous, nous sommes des domestiques, chez les autres nous nous sentons des amis ».

Nous donnons 100frs à Paulette Martin pour qu’elle se choisisse à Paris un souvenir de Première Communion. Pierre nous quitte vers 15hrs par un temps affreux. J’ai souci de son retour à Quimper.

Mardi 22 Mai (Ste Julie)

Fête de ma belle-mère. Henri s’en souvient et me le rappelle. Je perds beaucoup la mémoire et sens avec regret que je m’amoindris intellectuellement comme physiquement. Acceptons tout avec résignation et confiance dans un renouveau qui sera éternel.

Henriette et Arnaud nous quittent le matin. Les voyages sont horriblement compliqués maintenant. Henri va les mettre à Morlaix dans le train de Paris. Ils étaient debout dans un couloir archi-bondé mais il est probable qu’il se sera fait quelques vides en cours de route.

Cric et moi rangeons et nettoyons un peu dans la matinée. Visite de Ronan et de Charles de Kermadec. Nous n’avions pas vu le premier depuis 1936. Il a beaucoup mûri mais est resté sympathique. Il nous a montré les photographies de sa femme et de ses enfants. Comme le temps passe. Echange de quelques pensées mélancoliques.

Mercredi 23 Mai (St Didier)

Temps triste. Aucun courrier. Nous sommes anxieux de Paul et de Jean Chiny. Annie a le cafard, ce qui est naturel à cause du départ de sa mère mais elle le déverse en mauvaise humeur sur nous, sur le Mesgouëz, sur les gens et les choses d’ici, ce qui est moins juste. Il faut avouer cependant que nous traversons une crise de déveine. Nous sommes tous fatigués, l’ouvrage est trop lourd.

Me Goyau vient cependant aujourd’hui ce qui allège notre tâche et me permet d’écrire à Pierre et de terminer une paire de socquettes bleu foncé commencée pour Cricri depuis une quinzaine de jours.

Nous apprenons vers 9hrs du soir qu’Emile Jégaden vient d’arriver chez ses parents.

Jeudi 24 Mai (St Donatien)

Pas grand-chose à noter. Deux faits saillants dans une journée morne.

Lettre de Monique nous rassurant sur son beau-frère. La crise aiguë est passé, il y a maintenant beaucoup d’espoir mais la convalescence sera très longue et nécessitera de grands soins.

Visite aux Jégaden pour les féliciter du retour d’Emile. Etant donnés les affreux soupçons qu’ils ont eu à notre égard, notre situation était délicate en cette circonstance. Nous avons voulu faire comme si nous ignorions l’opposition de leurs idées à celles qu’ils nous supposent et agir avec désinvolture comme nous l’avons fait avec nos autres voisins dans le même cas. Nous sommes donc tous allés exprimer nos félicitations qui sont sincères.

Vendredi 25 Mai (St Urbain)

Levée de très bonne heure, je puis écrire à Paul, à Paule et à Monique avant de préparer le petit déjeuner.

Aucune journalière. Il nous faut donc faire du travail de ferme en supplément de  nos besognes ménagères. On s’en tire mais non sans fatigue et sans énervement.

Aucun courrier. Paul et Roger me préoccupent vivement.

Franz continue à semer ses haricots ; je suis navrée de ne pouvoir en mettre aussi car ce serait une ressource pour l’hiver prochain que je prévois dur où que nous soyons.

Gardé Alain une partie de l’après-midi pendant qu’Annie fait queue à la boucherie de Plouezoc’h.

Visite de Me Boubennec qui dîne avec nous et nous promet une journée par semaine : le mardi. Envoyé 3lvs de haricots secs à Kiki.

Samedi 26 Mai (St Philippe)

Henri va comme d’habitude à la boucherie et il en rapporte 3 petits beefsteaks. Il parait que cela dépasse même de quelques grammes la ration à laquelle nous avons droit. Donc, rien à dire mais il est permis de penser que c’est maigre….. Heureusement Annie avait obtenu hier un morceau plus conséquent à Plouezoc’h et comme on avait abattu un veau au Verne j’ai pu de ce côté avoir encore quelque chose. Mais ce sont des coups du hasard et les prévisions Loisel sont bien sombres. Il a eu tant d’ennuis et d’amendes qu’il respectera désormais les règlements qui sont durs. Nous ne pouvons plus nous attendre à des largesses de sa part.

Guillaume Charles étant arrivé hier soir nous allons le voir. Garçon énigmatique qui ne raconte rien de son odyssée. Il parait que Jeannick attend un deuxième bébé. Lettre de Paul.

Dimanche 27 Mai (Trinité)

Messe à Kermuster. Je m’y traîne en bénissant le Ciel de s’être mis à ma portée aujourd’hui car mes très mauvaises jambes auraient eu grande peine à me conduire jusqu’à Plouezoc’h. Hélas ! l’abbé Dilasser nous prévient que dans quinze jours, il n’y aura point d’office à la petite chapelle.

Toudic vient tuer la petite truie qui ne pouvait pas manger à cause d’un aplatissement des cornets du nez, dit Franz. Elle ne pèse guère, peut-être, 60 ou 70 livres et est toute maigre. Je ne sais ce que les Franz vont en faire : la vendre, la saler ?.... Dans le premier cas, je m’inscris acquéreur pour quelques livres de viande.

Encore une discussion pénible au sujet des haricots. Franz qui s’est emparé de la majeure partie du potager me déclare qu’il ne cultive que pour son seul ménage.

Lundi 28 Mai (St Olivier)

Aucune aide. La situation devient de plus en plus angoissante car nous sommes tous au bout de nos forces. Toudic débite notre petit porc. Franz en vend quelques morceaux aux voisins. Nous ne conservons que les jambons et les abats que nous commençons à mettre en pâtés. La fabrication du boudin et du pâté de foie sont une surcharge au travail journalier et je puis seulement prendre le loisir de griffonner quelques lignes à mon beau-frère Paul au cours d’une journée commencée à 6 heures et terminée à plus de minuit.

Au matin, j’ai constaté la présence d’une nichée de lapins. Elle est bien mal placée et court grand danger. A la garde de Dieu ! Je ne veux plus tenir à rien. Le rôle d’épave est le mien désormais.

Nous achevons le soir la lecture du livre de Mougie : "Ci-devant" sur les évènements 193961940.

Mardi 29 Mai (St Maxime)

Me Boubennec vient et nous apporte 4 grosses araignées de mer. Elles sont monstrueuses de taille et nous sommes obligés de les cuire en 2 fois n’ayant aucun récipient assez grand pour les contenir. La vieille Catherine s’est mise avec Madame Boubennec pour nous offrir ce cadeau. En revanche, Annie donne un peu de porc frais.

Départ des Martin. Certes, les enfants faisaient quelques dégâts et commettaient bien des bêtises avec Françoise, mais nous perdons beaucoup avec leur mère qui était d’une complaisance rare et nous a rendu tant de services depuis deux ans et demi. Tout s’effondre autour de nous. Courage quand même !

Henri commence le soir la lecture de "la Seule France" par Charles Mauras. Encore une chose d’histoire actuelle.

Mercredi 30 Mai (St Ferdinand)

Nous avons Me Goyau qui devient du fruit rare pour nous. Depuis les altercations entre Franz et paulette, elle a cessé le service presque quotidien qu’elle accomplissait autour de nos vaches ; elle ne vient plus qu’en journalière. Elle est souvent chez les Jégaden et va également au Moulin à Vent et au Guernevez. Il parait que François Cudennec, l’ex-amoureux de Wictorya, est très malade ; il a quelque chose dabs le nez qui le fait horriblement souffrir et met sa vie en danger.

Malgré la présence de Me Goyau nous n’avons guère de repos ni même le loisir de nous occuper de nos affaires personnelles. Je fais le pâté de tête et Cricri passe presque toute sa journée à l’épluchage des araignées de mer dont nous avons pour le soir un plat énorme et délicieux.

Jeudi 31 Mai (Fête-Dieu)

Un mois qui s’achève. Je n’en ai pas bon souvenir ; il a été dur pour nous : angoisses données par Paul et Jean Chiny – grandes inquiétudes au sujet de Franz – mauvaises santés, cafard, énervement des uns et des autres – soucis causés par la marche des choses, tristesse et même dégoût devant la manière dont la masse accueille et fête la fion des hostilités qu’on appelle : »La Victoire » alors que nous sommes parmi les vaincus de cette affreuse guerre dont nous sortons meurtris et ruinés. On n’aspire plus qu’à jouir, à retrouver le confort et l’amusement.

Me Féat est très malade et pas d’Yvonne. Pas de Me Goyau non plus. Annie va chez Nicol au château de Guerrand pour essayer d’avoir de la laine et  nous avons Alain à garder une bonne partie de l’après-midi. Je suis exténuée le soir.

Juin 1945

Vendredi 1er Juin (St Pamphile)

Meilleur temps qu’hier, seulement quelques gouttes d’eau à deux ou trois reprises. Il parait qu’à cette époque un peu d’humidité est bonne pour les cultures, qu’elle est même nécessaire. Ne nous plaignons donc pas des nuages.

Nous entreprenons, Henri et moi, de nettoyer un petit carré de terrain laissé libre par Me Martin afin d’y mettre quelques haricots. Peut-être y arriverons-nous encore en temps opportun mais la saison s’avance et avec l’ouvrage qui nous incombe chaque jour, le loisir nous est mesuré au compte-gouttes.

Avec Cricri je monte au 2e chercher des couches pour le futur bébé des Pierre. Nous explorons en vain jusqu’au fond de la grande malle grise et finalement nous en retrouvons 17 dans la commode des Pierre. Nous attendions la visite des Albert qui ne viennent pas. Gardé Alain pendant qu’Annie va au bourg.

Samedi 2 Juin (Ste Emilie)

Annie a pu facilement faire hier soir ses placements sur les livrets de Caisse d’épargne mais aujourd’hui la pauvre Cricri a du courir toute la journée de Plougasnou à Plouezoc’h pour ne réussir qu’à moitié et c’est lundi matin que commence l’échange des billets. Nous en avons encore une certaine quantité : quelle opération assommante et quel piège cache-t-elle ?

Aujourd’hui, les contrariétés ont plu sur nous. La dernière fut la visite du Maire escorté de 4 membres de son Conseil Municipal pour nous demander de faire don à la Commune de notre allée. Il est probable que si nous refusons ce cadeau il nous sera pris par une expropriation. A côté de nos multiples ennuis, une grande joie : René Serdet annonce à Henri qu’il a reçu une lettre de Roger datée du 27 Avril, libéré par les Russes, sain et sauf. J’écris de suite à Kiki.

Dimanche 3 Juin (Ste Clotilde)

Rencontré Yvonne de K à la messe matinale. Sa mère ne va pas bien, est toujours alitée et elle passe son congé en garde malade pendant que ses deux sœurs sont toujours à Paris chez Zaza.

Passé la journée en tripotages culinaires pour gens et bêtes. Comme distraction, fait des comptes et classé des billets de banque. Henri doit aller demain les échanger à Morlaix.

Nous espérions la visite de Pierre ; il n’est pas venu mais alors nous espérons cette joie pour dimanche prochain. C’est aujourd’hui la fête des mères. Mes petits-enfants viennent me la souhaiter avec un bouquet. Les roses commencent dans le jardin. Hélas ! je n’ai guère le temps de m’occuper de fleurs pas même celui de les regarder. Je garde donc mon bouquet dans la cuisine. Comme cela je les vois, je les respire.

Lundi 4 Juin (Ste Emma)

L’échange des billets a commencé ce matin et doit durer jusqu’au 15. Henri part de bonne heure pour Morlaix et à la chance de passer rapidement au Crédit Lyonnais avec le n° 9. Contre nos beaux grands billets on lui donne de petits bouts de papier qui ne nous ont pas l’air de présenter grand’chose. Mais comme il faut en passer par là, soumettons-nous sans maugréer. Il peu y avoir de plus terribles calomnies que la perte de cet argent.

Nos affaires extérieures ne vont pas mieux que les intérieures et voici que notre gouvernement semble ne pas s’entendre avec ses Alliés pour le règlement des comptes. Pourvu que la guerre ne reprenne pas. Avec quoi, la ferions-nous ?

Mardi 5 Juin (Ste Florence)

Me Boubennec qui devait venir aujourd’hui, amenant ave elle une travailleuse, ne parait pas. Franz est déçu et comme Me Goyau s’occupe aujourd’hui de ses affaires personnelles, nous avons du surmenage. On s’en tire tout de même, dans les champs avec l’aide gracieuse du bon Monsieur Gaouyer et à la maison en "mettant un coup", Cricri et moi.

Henri va au bourg dans l’après-midi mais ne peut accomplir tout ce qu’il voulait y faire. Maire absent, magasins fermés etc. Je suis un peu inquiète de tout ce qu’il nous rapporte sur les évènements et les mentalités actuelles. Il prévoit des jours encore plus durs que ceux que nous avons vécus.

Je mets enfin nos premiers haricots (12 lignes). Lettre de Paule qui a aussi de grands embarras.

Mercredi 6 Juin (St Claude)

Anniversaire de ma Première Communion et du mariage Sandrin. Je me souviens de ces deux époques la plus douce et la plus brillante de ma vie. Quelle différence avec la période que nous traversons.

Me Goyau vient dans l’après-midi seulement mais cela nous soulage quand même. Franz en profite pour aller faire une randonnée à Plouezoc’h. Il y trouve différentes choses et fait des marchés. Il aura des sabots contre du beurre, du cidre contre de l’avoine, et 20 livres de sel. Il voit différentes personnes entre lesquelles – parmi beaucoup de mécontents – il trouve quelques optimistes.

Le temps est lamentable, journée sombre avec pluie fine tout l’après-midi. Je peux tricoter un peu et comme je commence une paire de socquettes avec de la grosse laine et de grosses aiguilles j’ai la satisfaction de voir ce soir mon ouvrage assez avancé.

Jeudi 7 Juin (St Lié)

Le mauvais temps m’avait empêché hier de continuer la plantation des haricots, je l’ai reprise aujourd’hui durant les quelques moments que j’ai pu – à grand’peine – rendre libres. Je me lève à 6hrs le matin et jardine avant de préparer le petit déjeuner. La vaisselle du repas de midi est terminée à 4hrs, je reprends la tranche pendant une heure avant de préparer le goûter ; entre celui-ci et la fabrication du dîner j’ai encore quelques minutes disponibles.

Aujourd’hui j’ai porté tout mon effort sur les haricots car nous arrivons à la limite indiquée sur les livres de jardinage pour la plantation de ces légumes destinés à être mangés secs.

Dans la matinée je garde les vaches et mon tricot s’en ressent heureusement. En résumé bonne journée de travail mais la santé de Franz me tourmente.

Vendredi 8 Juin (St Médard)

Franz et Cricri partent de très bonne heure à Morlaix et ne font la queue que pendant 2 heures environ au Crédit Lyonnais pour l’échange des derniers billets qui restaient au Mesgouëz. C’est très raisonnable après ce qui se passe à Plougasnou. Voici 3 jours que Me Goyau postule. Elle a pu enfin obtenir un  numéro hier. C’est le 178 avec lequel il se pourrait qu’elle ne passe que demain  soir et elle attend devant la poste. Heureusement le temps est meilleur. Aujourd’hui la St Médard est sans pluie, elle est même assez brillante.

Les enfants voient Mr et Me de Preissac et Mimi de Kermadec. Ils nous rapportent donc des nouvelles de nos amis. Claude Vieillard est libéré, ayant échappé de peu à la fusillade. Yvonne de Kermadec a une congestion pulmonaire. Mr de Preissac tombe doucement dans le gâtisme.

Gardé les vaches le soir. Terminé mes socquettes noires.

Samedi 9 Juin (Ste Pélagie)

Pierre qui nous avait annoncé son arrivée pour ce soir, assez tard, nous a fait l’immense surprise de paraître aux environs de midi et de partager notre déjeuner. Je ne le dirais pas à Paule mais je trouve que le célibat lui va bien. Il a bonne mine, bien meilleure qu’en arrivant de Sisteron, me parait avoir engraissé, est moins nerveux. J’imagine qu’il vit dans une atmosphère plus calme et qu’il s’alimente mieux. Chez lui, il se prive pour laisser aux autres, j’en suis sûre. Au restaurant il absorbe tout ce qu’on lui sert et il parait que les rations sont assez copieuses.

Je suis contente de le posséder quelques heures ; malheureusement personne aujourd’hui pour nous aider et le pauvre garçon reste à la cuisine pour me voir, va chercher de la litière pour accompagner Franz, scie du bois avec son père etc. Bonne et longue soirée. Commencé des socquettes pour Michel.

Dimanche 10 Juin (St Landry)

Mon bel inspecteur des Eaux et Forêts nous conduit, son père et moi, en auto à la messe basse de Plouezoc’h. Il y avait bien longtemps que je n’avis pas eu ce luxe de rouler dans une voiture particulière, j’en ai beaucoup joui et remercié Dieu. Comme bien des gens j’aimerai retrouver la vie douce et facile d’autrefois ; je me résigne - mais difficilement – aux misères actuelles. Il est vrai cependant que notre sort est encore meilleur que celui d’une masse de gens. Mon mari et mes fils prétendent qu’il va devenir plus dur l’hiver prochain.

Franz, Annie, Cricri et les 2 petits vont à la Grand’Messe qui est suivie d’une procession. En somme j’ai gardé beaucoup Alain aujourd’hui car après l’avoir eu toute la journée, je l’ai encore eu de 17hrs à 20hrs ½ pendant qu’Annie faisait des crêpes. Il est très mignon mais ce n’est pas facile de  faire son ouvrage en le gardant.

Lundi11 Juin (St Barnabé)

Matinée un peu bousculée par la préparation du déjeuner que Franz et Pierre avaient demandé plus tôt afin de pouvoir faire ensemble une visite à Morlaix avant que le forestier reprenne sa tournée. Ici la journée est un peu mélancolique, même morose. D’abord, St Barnabé est nuageux et assez humide, ensuite Annie allant à Plougasnou pour ses affaires, j’hérite de son rôle auprès d’Alain.

Le temps ne me permettant pas de la garder au jardin, nous passons l’après-midi dans la cuisien où les deux autres viennent chahuter. Françoise et Michel sont très turbulents et braillards. Je suis heureuse de leur voir vie ardente mais j’avoue que cela me fatigue beaucoup et que leur contact prolongé m’étourdit au point de me causer un véritable malaise physique.

J’ai pu tricoter et j’ai achevé la paire de socquettes de Michel.

Mardi 12 Juin (St Guy)

Me Boubennec et une autre femme de Térénez viennent au secours du Mesgouëz. Elles font une lessive pour Annie et ramassent des herbes à Kerligot ce qui fait que le soir les Franz se déclarent satisfaits. Je le suis aussi car l’obligation de faire dîner un peu plus tôt ces personnes qui ont une grande heure de marche pour regagner leurs domiciles fait que notre ouvrage se termine avant luit close. Quelques minutes de causerie dans la pénombre et nous sommes au lit avant minuit, ce qui est très rare.

Dans l’après-midi, Henri, Cricri et les 2 petits vont au bourg avec la charrette pour chercher de l’essence et du vin. Ils rapportent bien la première (10 litres à 12frs) mais il n’y avait plus de vin chez Le Guen. On nous y remet seulement 1l de cognac à 205frs.

Mercredi 13 Juin (St Antoine de Padoue)

Pas grand-chose à noter ce soir. En somme les journées sont toutes les mêmes pour moi. L’épluchage des pommes de terre y mange beaucoup d’un temps dont j’aimerais disposer pour d’autres occupations plus intéressantes, du moins de mon goût. A signaler seulement qu’aujourd’hui j’ai pelé des pommes de terre nouvelles récoltées dans le jardin de Me Martin laissant de côté nos vieilles patates.

Déjà dimanche, en l’honneur de Pierre, nous nous étions offerts cette petite douceur mais c’est un luxe dont il ne faut pas abuser en ce moment. Nous devons économiser la récolte d’été qui sera maigre dans notre jardin. D’ailleurs, ici, je ne crois pas qu’elle soit encore arrivée à maturité.

Reçu lettres de Kiki, de Paul et de Madame Martin.

Mr et Mme Martin – 34, Rue Danton – Issy-Les-Moulineaux

Jeudi 14 Juin (St Rufin)

Grande chasse au sanglier. Franz part à 6hrs du matin pour le rendez-vous donné et ne revient qu’à 21 heures ayant déambulé toute la journée, faisant une cinquantaine de kilomètres pour ne voir que les traces fraîches de ces bêtes de bonne taille. Il est content tout de même mais esquinté. Je trouve cette randonnée folle vu l’état de ses jambes mais je n’ose rien dire.

Fait un peu de jardinage aujourd’hui, repiqué des plants de choux fleurs et mis 3 planches de haricots verts dans le jardin Martin. Les 4 premières lignes sont de graines pie noires, les 5 suivantes sont des noires qui ne m’inspirent qu’une demi-confiance, étant un peu moisées.

Vendredi 15 Juin (St Modeste)

L’échange des billets se termine aujourd’hui. Cette opération dont le véritable but est resté un mystère a produit beaucoup de perturbations durant out le commencement de ce mois. Les affaires ont été paralysées. Nous allons sans doute rentrés dabs une ère plus normale. Je ne sais si ce sont les troubles financiers qui ont agi sur les nerfs de ma belle-fille mais ils ont été particulièrement irritables aujourd’hui. Comme elle s’était plainte de palpitations du cœur, j’ai baratté à sa place ce matin et cela m’a mis en retard pour la préparation du déjeuner. Drame à la suite duquel, Annie déclare qu’elle fera désormais sa cuisine à part dans la maison Martin.

Les haricots semés le 5 commencent seulement à se montrer.

Samedi 16 Juin (St Cyr)

Les haricots continuent à sortir. J’en suis contente car ils me semblent lever abondants et vigoureux.

Depuis jeudi, Me Goyau se plaint de douleurs dans les mains et ne peut pas traire. C’est la pauvre Cricri qui s’offre cette corvée matin et soir. J’en suis désolé et son père en est furieux. D’autant plus que cela mécontente Franz contre Me Goyau qui demande de l’augmentation précisément dans un moment où son travail diminue. Il faut quand même en passer par là et il vaudrait mieux que tous le fassent avec bonne humeur.

Cricri va dans l’après-midi faire une visite au Roc’hou. Les Kermadec ont aussi des ennuis de domestiques et de plus, chez eux, les santés sont mauvaises. Me de Kermadec est toujours souffrante et Yvonne alitée avec congestion et point pleurétique.

Dimanche 17 Juin (St Avit)

Messe matinale à Plouezoc’h pour Henri et moi. Grand office pour Cricri et pour les autres héla ! abstention. Cette existence ne peut pas durer. Il faut que nous trouvions moyen d’en sortir, de pouvoir au moins nous détacher de temps en temps de la chaîne. Nous avions songé à Marie Le Bris. Elle est venue ce soir avec Me Boubennec et serait heureuse de venir ici. Mais il y a bien des obstacles. La pauvre fille est obligée de s’occuper de sa mère paralysée et de ses deux enfants dont le plus petit a juste l’âge d’Alain. Elle ne peut donner tout son temps et, d’un autre côté, il faudrait que nous  nous engagions à employer toutes ses heures libres.

J’ai pu lire quelques instants cet après-midi. Cricri m’a prêté "La Vie en face" par Jean des Vignes Rouges, livre d’actualité, réconfortant.

Lundi 18 Juin (St Florent)

Journée d’été, claire et chaude mais avec cette légèreté de l’air dont on est favorisé en climat maritime. Je butte les haricots mis par Me Martin. Il est à craindre qu’ils restent chétifs mais ce qu’ils donneront sera toujours quelque chose qui grossira la maigre récolte que j’attends des nôtres.

Lettre de Pierre. Je lui écris. Nous écrivons aussi à notre petit Jean pour sa fête.

Me Goyau parait décider à partir pour Paris au début de la semaine prochaine. Ce serait encore une grande complication pour nous. La mauvaise humeur d’Annie se prolonge mais avec quelques éclaircies. Alain devient plus difficile à garder parce que plus fort, il commence à se lever seul et voudrait qu’on le lâche. Nous avons peur de mauvaises chutes ; il ne faut plus le quitter des yeux.

Mardi 19 Juin (St Ger. S. Prot.)

Les femmes de Térénez viennent et cela permet à Franz d’avancer un peu le travail dans les champs. Il est désespéré devant le retard qui se grossit de jour en jour car il n’est pas possible qu’il s’en tire tout seul et personne ne vient à son aide à part Louis Salaün qui lui donne à peu près une journée par semaine et le bon Monsieur Gaouyer qu’on voit paraître dans les cas les plus urgents. Madame Goyau n’est qu’à demi fidèle. Des malaises, des affaires personnelles, ou même des fantaisies lui font faire de fréquentes abstentions. Ses deux filles sont arrivées de Paris pour 3 jours. Nous allons en être privé durant ce temps mais elle renoncera sans doute à son voyage, au moins pour ce mois-ci.

Gris orage dans l’après-midi.

Mercredi 20 Juin (St Sylvère)

Le Bon Dieu nous envoie Yvonne Féat pour remplacer Me Goyau. Il vient toujours à notre secours. Par conte Annie qui va à Térénez apprend que Marie Le Bris qui semblait décidée à entrer dans la maison Jaouen et à consacrer tout son temps libre au Mesgouëz ne viendra point. Sa mère qui n’est pas commode en décide autrement et pourtant c’était elle qui semblait, il y a huit jours, très désireuse de voir sa fille prendre une place fixe au lieu d’aller travailler à l’heure d’ici ou de là. Déception pour nous ! Je m’en console en pensant que cette solution présentait beaucoup de mauvais côtés.

Le temps reste un peu sombre mais ne parait pas trop détraqué par l’orage d’hier. Nos pommes de terre d’été sont malades. Franz rapporte une nichée de 6 petits canards sauvages abandonnés.

Jeudi 21 Juin (Eté)

Les poussins canard avaient été adoptés par une de nos poules mais fous d’indépendance, ils se sont évadés. C’étaient des amours de bestioles dont Françoise et Michel se promettaient beaucoup d’amusement.

A l’aube je sarcle mes premiers haricots. Ils viennent bien mais je ne sais quels animaux les maltraitent à leur sortie de terre, limaces, taupes ou merles. Ce sont ces derniers que j’accuse des ravages faits dans les petits pois. Ils ne nous en laisseront pas une gousse, ils ont mangé toutes  nos fraises et s’attaquent maintenant aux pêches.

Lettre de Pierre. Nouveaux ennuis, complications. Notre cher petit Jean a été malade, ou plutôt a eu un accident qui a beaucoup affolé sa mère. Michou ne pourra pas aller à Laval comme nous le pensions pendant notre voyage à paris. Il faut aviser.

Terminé la lecture de "la Seule France" et de "La Vie en face".

Vendredi 22 Juin (St Alban)

Anniversaire de mon frère Emmanuel. 16 mois du petit Alain qui prononce pour la première fois le nom de Jésus.

Me Goyau vient à 18 heures seulement alors que ses filles étaient parties dès le matin et que nous l’espérions pour la journée. Elle garde les vaches le soir, c’est toujours appréciable mais hélas ! pas suffisant car Franz et Cric sont au bout de leurs forces. J’ai le cafard. Cette situation ne peut durer. Rien ne nous réussit en ce moment ; les calamités, grandes ou petites, pleuvent sur nous de tous côtés. Voilà que notre dernier cochon doit être abattu sur le champ comme les deux précédents. Franz court pour trouver du sel et un boucher. C’est René Féat qui vient à 6hrs ce soir et qui opère.

Henri commence la lecture à haute voix de "Les murs sont bons" par Henri Bordeaux et moi une paire de socquettes blanches pour Cric.

Samedi 23 Juin (St Félix)

Encore une lourde journée. C’est le Pardon de St Jean, Me Goyau y va et je suis obligée de garder les vaches le soir. Elles sont heureusement très sages ; il y a suffisamment d’herbe dans la pâture et l’atmosphère, rafraîchie par les orages, est légère.

Une lettre d’Albert nous apprend que Christian Sandrin est revenu. Sa mère doit être heureuse et je m’unis à son bonheur. Albert nous dit aussi que Michèle s’est présentée cette semaine au baccalauréat mais qu’il n’a pas beaucoup d’espoir dans la réussite ; elle va probablement se faire opérer de l’appendicite. Enfin il nous informe d’un accident bien triste. Notre ami, Me Quentin, renversée à Paris par un cycliste, a dû subir l’amputation d’une jambe.

Le porc est débité le matin en vitesse, les saucissons et le pâté de foie fabriqués. René Féat est un peu plus cher que les autres mais opère mieux et fait plus de choses.

Dimanche 24 Juin (Nat. de S. Jean-Baptiste)

Messe à Kermuster. Nous prenons notre épicerie du mois chez Marguerite Fustec qui est vraiment très gentille et bonne fournisseuse. Naturellement elle ne peut point donner ce qu’elle n’a pas et le ravitaillement est toujours très pauvre. Léger progrès à notre : nous revoyons un  peu le savon, matière dont nous avons été entièrement privés pendant plusieurs mois.

Personne pour nous seconder dans le travail. On s’en tire mais Franz manque la messe hélas ! et Cric se déclare surmenée, à bout de courage. On espère l’arrivée de prisonniers allemands comme ouvriers agricoles. Franz a fait une demande ; si cette dernière chance nous échappe, c’est fini ; il n’y aura qu’à laisser tout choir et à aller nous-mêmes travailler chez les autres. Franz met du virus Pasteur.

Lundi 25 Juin (St Prosper)

Aidé par Clade Roy, Franz fauche la grande parcelle de Pen an Allée et est très satisfait de sa journée. Me Goyau va consulter un docteur qui lui découvre une assez forte tension artérielle, lui ordonne un régime et lui prescrit le repos. Pas de traite, pas de travaux dans les champs surtout au soleil, pas d’effort. Elle doit quand même mener une vie active et peut accomplir les ouvrages de maison et garder les vaches. Elle se met à notre disposition pour cela mais ce n’est point ce que Franz attend d’elle et moi-même je ne veux pas voir la pauvre Cric être obligée de se livrer aux plus dures corvées de la ferme. Trouver quelqu’un pour remplacer Me Goyau est impossible.

Nous découvrons 2 poules qui couvent.

Mardi 26 Juin (Ste Héloïse)

Encore une bonne journée de travail, grâce à  l’équipe Boubennec. Il nous arrive 3 femmes de Térénez qui ramassent les herbes, épandent le fumier et même commencent à planter des betteraves à Kerligot. Grâce à ce secours, à celui de louis Salaün, d’Yvonne Féat et de Claude, aides intermittentes et pas très sûres mais que Dieu nous envoie quand même à point, le travail arrive à se faire. Certes, semant peu, plantant peu, nous ne pouvons pas espérer récolter beaucoup cette année.

D’ailleurs Franz et Annie ne cherchent qu’une chose : produire en quantité suffisante pour leur ménage pendant quelques mois, dans l’attente de jours meilleurs. De leur côté, Henri et Cri, rêvent de quitter ce bled et de rentrer à Paris dans un cercle plus intellectuel et vivant.

Mercredi 27 Juin (Ste Adèle)

Quand le soir tombe nous sommes tous fourbus car nous n’arrêtons ni les uns ni les autres. Les occupations se suivent en s’enchaînant et il survient souvent des dérangements imprévus.

Lettre de Pierre qui nous annonce sa visite à la fin de cette semaine.

Quête pour les monuments qui vont être élevés aux Morts de Plougasnou sur les lieux des fusillades.

Franz charroie du fumier pour sa terre de betteraves. Les enfants l’accompagnent et c’est un grand amusement pour eux de revenir dans la charrette vide. Je termine la première socquette de Cric mais héla ! elle n’est plus blanche. Etant obligée de la faire en surveillant ma cuisine et touchant toutes sortes de choses elle est d’un gris tirant sur le noir.

Jeudi 28 Juin (St Irénée)

Ecris à Madeleine Granger pour la mort de son fils. Mr Deholo et Claude Roy viennent. Epandage du fumier à Kerligot et plantation  d’environ 5000 betteraves. Matinée occupée par la visite de René Prigent avec un acheteur pour Ultima. Franz vend cette bête 69000. Cric la regrette, elle était belle et douce.

Annie Troadec se blesse au pied, on vient chercher Cricri pour la panser. Pendant qu’elle opère, Soizic lui raconte toutes sortes d’histoires. Faire part annonçant la naissance d’un second fils (Yves) de Riquet Bonnal. Je commence le soir la 2e socquette de Cricri.

Vendredi 29 Juin (St Pierre S. Paul)

Beaucoup d’agitation aujourd’hui. Franz cherche à en faire le plus possible avant notre départ pour Paris, il voudrait avoir fait les foins et planté les betteraves. Il a eu louis Salaün et ils en ont mis un rude coup tous les deux non seulement à Kerligot mais aussi à Pen an Allée.

C’est la vente de Me Jégaden du Mur. Annie et moi nous y allons. J’achète une grande échelle mais, par timidité, je rate un grand pot de grès pour saler les porcs. Visite du Capitaine et de Madame Albert, Cric vient nous chercher à la vente, ce qui me contrarie un peu car je désirais me rendre compte des prix actuels.

Samedi 30 Juin (St Martial)

Pierre déjeune au Roc’hou et nous arrive ensuite de bonne heure. Franz qui est allé à Morlaix le matin pour constater à la foire le prix des petits porcs (6000frs le couple) accompagne son frère chez les Nicol où le forestier avait une inspection des bois à faire. Ils vont ensuite chez l’ordonnance de Franz Le Mel à Garlan, rentré depuis 15 jours. Réception cordiale, enthousiasme même et très très arrosée. Ils reviennent assez tard.

Au dîner nous souhaitons la fête de Pierre, avec quelques heures de retard. Il y avait beaucoup d’années que nous n’avions pas eu ce bonheur et je bénis le voisinage relatif que nous avons actuellement. J’espère qu’il se prolongera. Pierre parait aimer sa nouvelle garnison.