Juillet 1942

Mercredi 1er Juillet  (S. Martial)

Forte brume le matin, le temps reste assez couvert jusqu’à midi ; ensuite journée tropicale. Henri va au bourg mais ne peut faire que la moitié de sa liste de commissions.

Je tire des plants de betteraves que nous mettons entre 2hrs et 5hrs Louis, Cric et moi. J’y ajoute encore une centaine de choux. S’ils prennent tous nous serons assez bien pourvus en cet article au début de l’hiver prochain.

Grosse déception par le courrier. Le "laissez-passer" est refusé à Henri, sous prétexte que le motif invoqué : « naissance d’un petit-fils » n’est pas suffisant. Il paraît que ce sont les autorités allemandes qui en ont jugé ainsi mais nous en doutons car il n’y a aucun écrit, même pas un timbre dans les parties du dossier réservées aux diverses Kommandantur. Nous pensons que nos aimables fonctionnaires de la Préfecture se sont dispensés de toute démarche auprès d’elles.

Eté à Kermuster avec Henri chercher le pain.

Jeudi 2 Juillet  (Visit. De N.-D.)

Anniversaire de notre mariage. 41 ans se sont écoulés depuis ce jour... Quels changements ! Non seulement la plupart de ceux qui m’entouraient est disparue, la jeunesse et les illusions se sont envolées mais c’est un bouleversement complet des conditions de l’existence et c’est général sur toute la terre. Je n’ai pas le temps de mélancoliser mais en travaillant, il est permis de se souvenir, de regretter. J’avoue pourtant que la vie laborieuse, même dure, qu’il nous faut mener maintenant me parait supérieure à bien des points de vue à celle d’autrefois. Ce qui me manque c’est la force pour m’y adapter et l’enthousiasme qui n’existe vraiment dans l’âme qu’aux années de jeunesse. A mon âge, on voit trop bien les choses comme elles sont.

Journée de fauchage. Cric et moi nous nous levons à 4hrs ½ du matin. Tout marche bien, le temps est favorable. Nos 7 faucheurs sont : Louis, Yves L’Hénoret, Tanguy Jégaden, Marcel Charles, Marcel Guégen et les 2 journaliers Jean Cudennece et Toudic.

Carte de Pierre. Colis Franz.

Vendredi 3 Juillet  (S. Anatole)

Francine qui a ses inconvénients, nous seconde pourtant beaucoup mieux que Jeannick. Elle cuisine moins bien mais elle est vive, exacte, moins étourdie et elle s’est bien tirée hier de son ouvrage. Naturellement, Cric et moi avions préparé les repas avec elle.

Dans l’après-midi je garde Françoise et c’est Annie qui est allée à Plougasnou pour le colis de Franz (beurre, 3 paquets de gâteaux, 3 paquets de pâtes, sucre, chocolat, pastilles Valda, tabac). Aujourd’hui, c’est plus calme qu’hier. L’ouvrage ne manque pas à chacun de nous. Cric fait le beurre à elle seule, ce qui occupe toute sa matinée.

Pendant ce temps je repique 200 poireaux et tire les plants de betteraves que nous mettons avec Louis entre 2hrs ½ et 5 ½  (8 lignes). Au milieu des 4 premières je mets une centaine de betteraves rouges.

Bruck reçoit le taureau le soir pendant que nous la gardons. Les Périou viennent chercher la génisse d’Ondine. Après dîner visite du jeune ménage Claude Charles qui partira lundi pour Paris. Annie fait 32 crêpes pour le dîner.

Samedi 4 Juillet  (Ste Berthe)

Nous n’avons jamais eu chance avec nos foins ; le temps qui était merveilleusement pur depuis un mois parait se gâter. Une pluie fine tombe à la fin de l’après-midi et dure au moins jusqu'au moment où nous allons nous coucher. Louis fauchant chez Pétronille, nous ne faisons rien dans les champs car nous jugeons préférable, à cause de l’atmosphère, de ne pas toucher aux foins.

Je termine le matin le buttage des haricots et commence à re préparer un peu de terre pour faire d’autres légumes. C’est dur de n’avoir personne pour jardiner. Henri s’occupe des tomates, ce qui l’absorbe entièrement ; Annie a son coin qui est très bien soigné mais dont les produits lui sont réservés et n’entrent pas dans la communauté.

Quelques petits rangements. Le soir, en gardant les vaches, je commence une robe au tricot pour moi. L’aurai-je terminée avant ma mort ?

Dimanche 5 Juillet  (Ste Zoé)

Mes craintes d’hier soir pour le temps diminuent. Le ciel, resté couvert toute la matinée, s’éclaircit et nous avons une belle après-midi. Soleil et brise ont pu sécher nos foins.

Messe de 8hrs à Plouezoc’h. Vu Yvonne de Kermadec. Sortie de Francine. Grâce à un échange de beurre contre de la graisse, nous pouvons faire des pommes de terre frites. Luxe et régal que nous n’avions pas eu depuis longtemps et qui est apprécié.

Jardiné, repiqué encore 200 poireaux. Riquet de Sypionsky avait demandé l’autorisation de faire danser dans la maison Jaouen et je la lui avais accordé pour ce dimanche ; il vient donc vers 4hrs et la séance dure jusqu’à 11hrs ¼. Beaucoup de monde. On se tient bien ; malgré tout je ne veux pas de la récidive chaque semaine et refuse pour dimanche prochain. Mr Prigent nous amène son petit Joseph.

Lundi 6 Juillet  (Ste  Lucie)

Notre nouveau domestique, âgé de 12 ans ½, sera plutôt un pensionnaire qu’un serviteur. Il nous aidera tout en s’amusant. Il parait être un petit garçon bien élevé, gentil mais, quoique l’impression première soit bonne, j’attends l’expérience pour formuler un jugement sur lui.

Le jeune ménage Charles a pris ce matin la route pour Paris. Jeannick que nous avons vue hier ne paraissait pas ravie de cette perspective. Henri a voyagé avec eux et Marguerite Jégaden dans le car Huet. Lui allait à Morlaix s’informer des conditions et horaires d’un voyage à Quimper. Il veut tenter encore l’obtention de son "Laissez-passer".

Cric, Joseph et moi, après la fabrication du beurre, allons arracher des mauvaises herbes qui ont envahi nos plants de betteraves. Dans l’après-midi nous commençons à étendre les foins avec Madame Salaün. Le soir, je repique une planche de bettes. En dépit de quelques nuages et de quelques gouttes d’eau, le temps se maintient.

Louis fauche au Moulin à Vent.

Mardi 7 Juillet  (S. Elie)

Nos deux dernières nuits ont été bien mauvaises. Le passage de nombreux avions britanniques, salués avec ampleur par la D.C.A allemande nous a empêchés de dormir de 1h à 5hrs du matin ; cela a chambardé presque sans arrêt.

Jardinage et foins nous occupent largement toute la première partie de la journée. Mais vers 17hrs, il se met à pleuvoir très fort et non seulement arrête nos travaux mais gâche aussi l’ouvrage fait. Malgré l’eau qui tombe il faut aller garder les vaches.

Henri est parti pour Quimper cet après-midi. Albert a pu obtenir son "Laissez-passer" et prendra dimanche son train pour Sisteron. Je l’envie et reconnais cependant qu’à l’heure actuelle mon devoir est ici où il y a trop à faire pour abandonner la pauvre Cricri malgré sa compétence et son dévouement.

Mercredi 8 Juillet  (S. Procope)

Journée bien occupée. Dès l’aube je suis au jardin, puis après le petit déjeuner et un brin de toilette je pars au bourg pour assister aux Services d’Emile Louis. Cela dure très longtemps, si longtemps que je sors de l’église pour faire différentes courses. Retour alors que tout mon petit monde a déjà déjeuné et il est en effervescence parce qu’une Compagnie d’Allemands est venue se reposer et pique niquer sur notre pelouse.

Mademoiselle Françoise est particulièrement agitée parce que l’officier lui a fait caresser un cheval et lui a donné des bonbons. Je mange quelque chose à la va vite et me mets à planter des haricots. Pendant que je suis absorbée, le père Salaün me tombe sur le dos et m’offre sa demi-journée. Je la prends et l’envoie étendre du fumier. Cricri fait seule les 2 corvées de pain pendant que je fabrique de la bière et tire des plants de betteraves. Gardé ensuite les vaches avec Joseph.

Henri rentre à 11hrs. Il est fourbu, ayant fait la route depuis Morlaix à pied, n’ayant rien mangé depuis midi et surtout il est désolé car il a échoué dans sa tentative.

Jeudi 9 Juillet  (S. Cyrille)

Le vieux ménage Salaün vient se proposer comme journaliers. Je l’accepte et nous pouvons mettre dans la matinée 17 rangées de betteraves. L’après-midi, on ramasse les foins sous un ciel très menaçant. Faute de fourche, je ne puis me livrer à cet exercice mais je ne chôme pas à la maison où je mets la bière en bouteille. Le temps d’en laver environ 80, de les remplir, de les boucher me mène jusqu’au retour tardif des faneurs pour goûter.

Wicktorya était de sortie : à Morlaix pour se faire photographier. Cette fantaisie l’a prise tout d’un coup, après avoir vu un assez joli portrait de Marguerite Jégaden et il a fallu qu’elle l’exécute sans tenir compte de la gêne que son absence nous apporte en ce moment de travail pressé. Cricri a donc dû traire et faire les étables  pendant que je suis allée garder les vaches.

Vendredi 10 Juillet (Ste Félicité)

Il a plu toute la nuit. Nos pauvres foins ! Dire que nous avions tenu à les faire de suite après les Jégaden qui ont toujours de la chance pour leurs travaux ! Notre déveine habituelle a été plus forte qu’elle et ils en souffrent comme nous car ils devaient rentrer demain. Comme l’eau n’a cessé de tomber que vers 3hrs de l’après-midi, ce projet est abandonné. J’avoue que cela m’arrange assez d’un côté car si nous étions de service chez nos voisins, nous étions d’autre part réquisitionnés pour les fortifications de la côte. Louis voulait aller chez les Jégaden, je craignais d’avoir des ennuis en n’obéissant pas à l’ordre envoyé par la mairie ; le mauvais temps arrange cette affaire.

Impossible de travailler au jardin ; je tricote pour Philippe. Lettre de Franz dans laquelle il nous souhaite St Henri et Ste Madeleine. Avec impatience je désire le retour de mon pauvre grand. Que ma Patronne céleste me le fasse rendre !

Samedi 11 Juillet  (Ste Benoîte)

Temps meilleur qu’hier. Ciel couvert et même assez menaçant une grande partie de la journée mais pas d’eau. Louis va faire la corvée de réquisition à Trégastel : transports de sable ; il aime mieux cela que ce qu’on lui faisait faire à Ruffelic les 2 dernières fois. Nous nous levons, Cric et moi, à 5hrs ¼ le matin pour donner à manger aux chevaux et lester Louis.

Cricri va le matin à Térénez pour ses Œuvres ; elle emmène Joseph avec elle. Henri va au bourg pour la boucherie ; Annie à Plouezoc’h, chez la modiste. Je garde Françoise en jardinant. Eclairci les bettes, repiqué une planche de ces mêmes légumes. Dans l’après-midi, Annie retourne à Corniou chercher une petite chèvre qu’elle a achetée le matin. Je mets une planche de haricots, Cricri s’occupe des foins ; son père va l’aider après le goûter. Je garde les vaches.

Une lettre de notre propriétaire de Boulogne nous annonce une augmentation de loyer.

Le taureau couvre Bihen.

Dimanche 12  Juillet  (S. Gualbert)

Nous allons à la messe deux par deux. Le Seigneur et Maître avec sa fille assistent à l’office matinal de Plouezoc’h. J’emmène Joseph avec moi à Kermuster, trouvant qu’il est bien d’y faire acte de présence et que nos pauvres pasteurs se dérangent tous les quinze jours pour nous rendre plus facile l’accomplissement de ce devoir religieux. Constaté que l’abbé Délasser change d’une manière si effrayante que cela ne peut être uniquement l’effet des restrictions, bien qu’il ait été gros mangeur. Est-il malade ? Annie et Wicktorya se rendent à la grand’messe de Plouezoc’h.

Naturellement j’hérite de Françoise une grande partie de la matinée et ne peux pas faire grand’chose avec elle ; je jardine un peu. Sarclé haricot verts. Visite du père de Joseph qui goûte avec nous. Eté à Kerdini pour différentes choses. Visité la maison neuve de Jaouen de Guernevez, leur ai demandé de me prendre du sel au Syndicat. Visite de Guégen qui me paie les 300frs de lande.

Lundi 13 Juillet  (S. Eugène)

Dans les airs, nuit très agitée ; aucun mal pour nous si ce n’est une privation de sommeil. Jégaden rentre ses foins, Louis est mobilisé pour cette opération. Je sais bien que c’est à charge de revanche et que notre voisin nous aidera quand notre tour sera venu ; n’empêche qu’aujourd’hui l’ouvrage ne se fait pas au Mesgouëz et que l’indispensable travail retombe sur nos faibles bras à Cric et à moi.

Baratté. Ecrit à mes fils. Tricoté un peu pour Philippe. Fané de 2hrs à 5 ½. Goûter. Garde des vaches. Pierre Cudennec vient nous apporter le sel pour les foins.

Reçu lettre de Riquet Bonnal nous invitant à son mariage le 24. Il se montre très affectueux et voudrait nous avoir tous autour de lui ce grand jour. Ce n’est pas possible mais Henri va avancer son voyage pour assister à cette cérémonie de famille car Riquet est un allié et a été particulièrement adopté.

Mardi 14 Juillet  (Fête Nationale)

Rien de saillant à noter ; la fête nationale passe inaperçue pour nous dans le train train journalier ; celle de mon mari se traduit seulement par l’offre de quelques hortensias du jardin qui mettent une note gaie, presque de luxe dans la salle à manger et par la dégustation d’un peu de cassis d’avant guerre avec lequel nous trinquons à sa santé et à celle de nos autres Henri, particulièrement du cher aîné des Pierre.

Je me souviens aussi de mes Morts de ce nom : mon grand-père, mon frère et relis quelques pages du journal que le premier de ces Disparus a laissé afin de me sentir plus en communion avec lui.

A part ces choses, jardinage comme d’habitude. Secoué et ramassé les foins dans l’après-midi. Réponse à Riquet, écrit à sa mère, gardé les vaches, tricoté. Louis n’est pas allé chez Pétronille qui, à cause d’une averse nocturne, a renoncé à la rentrée de ses foins prévue pour ce jour. Cela nous retarde.

Mercredi 15 Juillet  (S. Henri).

Les cris de Wicktorya à 6hrs ½ me font regarder à la fenêtre et, sur notre pelouse, j’aperçois un grand renard emportant une de nos poules. Ce bandit vient à peu près chaque matin chercher sa proie. N’ayant aucun arme nous ne pouvons le tuer, pas même l’effrayer sérieusement. Nos imprécations l’ont mis en fuite et lui ont fait lâcher la volaille mais je crains qu’il revienne, sinon demain, dans quelques jours quand il aura oublié l’alerte.

Annie apprend à traire, elle a commencé dimanche et le métier qui lui parait dur commence à lui venir après quatre essais. Barattage le matin. Pétronille rentre ses foins. Louis y est occupé. Cricri, aidée par Me Salaün achève le ramassage des nôtres pendant que je cours pour le ravitaillement. Je réunis avec peine l’indispensable. J’achète 2 lapines chez Lucie mais elles sont trop petites. Les Clec’h de l’école me vendent 3 lapins de 6 mois avec lesquels mes gens de demain ne risquent pas de mourir d’inanition.

Carte de Pierre. Gardé les vaches. La génisse de Bihen sort.

Jeudi 16 Juillet  (N.D. du M. –C.

Quelle reconnaissance nous devons au Bon Dieu pour la rentrée de nos foins qui, malgré leur petite quantité, constituent un des éléments importants pour l’alimentation hivernale de nos bêtes. Le temps, très menaçant depuis la veille au soir, paraissait devoir se gâter tout à fait. On a commencé néanmoins et les 2 premières charretées ont pu revenir sans avatars mais une pluie fine comme de la rosée s’est mise à tomber pendant que les 2 suivantes, remplies, s’acheminaient vers la maison. Il a fallu les mettre sous le hangar, aller chercher des bâches, couvrir le tas.

Alors on a déjeuné car la pluie tombait plus fort et plus drue et nous pensions tous qu’il faudrait abandonner. Elle avait à peu près cessé quand nous sommes sortis de table mais le ciel restait très sombre. Au lieu de partir, les hommes ont décidé de faire la sieste et, pendant qu’ils dormaient, le vent s’est levé, a brusquement changé de direction, balayé les nuages et le soleil s’est montré. A leur réveil, mes 7 bonhommes ont pu reprendre leur ouvrage et tout était bien terminé à 20hrs.

Henri est allé au bourg pour un colis à Franz : 2 paq tabac, 2p cigarettes, beurre, pain d’épices, 1l ½ sucre, 3 paquets de biscuits, 1 casse-croûte, gâteaux secs, macaroni, amandes.

Vendredi 17 Juillet  (S. Esprat.)

Rentrée des foins au Moulin à Vent. C’est la fin pour notre équipe et il est temps car la moisson approche et nous avons encore beaucoup de betteraves et tous les rutabagas à planter. Yvonne Féat vient, elle fait une petite lessive le matin pour Henri et, dans l’après-midi, elle tire des plants de betteraves avec nous.

Je vais acheter de la viande chez les L’Hénoret qui ont tué un veau. Cela nous évitera une course au bourg mais ne constitue pas une économie car la tante Jeanne qui fait la marchande applique les prix de boucherie. Ensuite je porte le beurre chez les Clec’h et règle ma dette des 3 lapins. Ce jeune ménage est bien gentil, très complaisant. Mr Clec’h nous donne des plants de persil et m’en propose de fraisiers pour l’époque voulue. J’accepte car notre jardin est devenue la principale source de notre alimentation.

Lettre de François Prat.

Samedi 18 Juillet  (S. Camille)

Temps toujours couvert et froid, très anormal pour la saison. La végétation subit comme un arrêt. Je sème cependant du persil et des carottes. Déjeuner de bonne heure. Nous allons Annie, Cric, Françoise et moi à Morlaix pour les cadeaux de Monique et de Riquet. Annie trouve bien, moi pas. Tout atteint des prix exorbitants et il n’y a rien dans les magasins. Je suis très ennuyée, non pas pour notre nièce à laquelle nous pourrons donner une somme d’argent mais pour Riquet auquel nous ne pouvons offrir qu’un souvenir que je voudrais durable avec aussi un certain degré d’utilité.

Je m’aperçois que j’ai perdu la carte des textiles de Joseph Prigent, angoisse, recherches vaines. Acheté à Morlaix une petite crêpière de fonte.

Dimanche 19 Juillet  (S. Vincent de Paul)

Saint Antoine de Padoue m’exauce toujours. A la messe ce matin devant sa statue j’ai prié de tout mon cœur et, en rentrant à la maison, une des premières choses qui me tombe sous la main est la carte de textiles pour laquelle je me faisais tant de souci depuis 24 heures.

Journée terne, remplie par les corvées ménagères, culinaires, agricoles qui sont notre lot le dimanche et particulièrement ceux où la domestique de maison a congé complet. Toutefois la présence de Joseph nous soulage un peu pour la garde des vaches. Depuis hier, on le conduit aux pâtures et on l’y laisse seul ce qui nous donne plus de liberté. Mais on ne peut faire cela que lorsque le temps est assez frais pour que les bêtes soient calmes ; si elles étaient folles comme à certains jours, le pauvre gosse ne s’en tirerait pas.

Lundi 20 Juillet  (Ste Marguerite)

Fête de ma sœur, seule qui me reste de la chère famille d’autrefois. Pensées et prières pour elle, évocations des beaux souvenirs du passé.

Depuis le matin jusqu’à 16hrs ½ nous plantons des betteraves dans le champ de l’école avec l’aide de Lucie ; Madame Salaün vient aussi, mais peu avant la fin. Cette pièce de terre est achevée sauf quelques plants à remettre où il y a des manques. Je tâcherai de faire cela moi-même seule et le plus vite possible. Louis va préparer maintenant le champ du pigeonnier et j’espère qu’à la fin de cette semaine ou tout au début de l’autre nous n’aurons plus à penser aux betteraves ni aux rutas. Les moissons vont commencer bientôt et ce sera une autre histoire.

Lettre de Marie Aucher qui nous annonce le 3e mariage de Tony.

Mardi 21 Juillet  (S. Victor)

Henri va le matin à Trégastel vainement pour se faire payer les journées réquisitionnées ; Cricri y va également pour son Œuvre et moi je porte à Kermuster le beurre du ravitaillement général. Après-midi : un peu de jardinage et puis comptes et préparatifs du voyage d’Henri. Je porte avec lui sa valise à Kermuster. Elle est très lourde, contenant des pommes de terre et des haricots. Nous nous couchons d’assez bonne heure.

Louis a charroyé du fumier sur le champ du pigeonnier ; nous allons pouvoir bientôt le planter mais il est un peu tard pour y mettre des betteraves et, comme L’Hénoret nous propose des rutas et que les nôtres sont encore jeunes, nous allons sans doute prendre ceux du Moulin à vent pour achever cette semaine.

Mercredi 22 Juillet  (Ste Madeleine)

Lever avant 6 heures. Dernière main mise aux bagages d’Henri qui emporte quelques provisions. Je pars avec lui. Courses dans Morlaix, de plus en plus décevantes ; impossible d’y trouver surtout les choses les plus utiles, les plus courantes. La plupart des magasins n’ouvrent que quelques heures au cours de la journée ; certains restent même fermés jusqu’à ce qu’ils aient pu se réapprovisionner. Chez les antiquaires il y a encore quelques jolies choses mais elles atteignent des prix fous.

Je les trouve à table en rentrant à midi ½. Il y a Toudic et les Salaün. Cette extraordinaire richesse de main d’œuvre fait que le travail avance, terre griffonnée, fumier répandu, trèfle coupé pour faire du foin ; de 5hrs à 8hrs ½ le soir nous mettons une bonne partie des rutas tirés chez L’Hénoret le matin.

J’écris aux Pierre, à Me Preissac et à Madame Deux.

Jeudi 23 Juillet  (S. Apollinaire)

L’absence de mon mari change complètement ma vie. Je sais qu’il est heureux de cette petite échappée et voudrais moi aussi me sentir en vacances. Certes je retrouve un peu de personnalité quand il n’est pas là mais il me manque. Et pas seulement au moral, pour des choses matérielles aussi. Il assumait volontiers quelques corvées ou les partageait avec moi. Je suis obligée de demander à Cricri, déjà sur occupée, d’aller chercher le pain avec moi, ne pouvant en rapporter seule 35 livres et Annie me refusant la voiture de Françoise.

Jardinage. Course à Kermuster. Déjeuner. Préparé un colis pour Franz. Au bourg pour le faire achever (2 paquets de tabac, 2 ½ls pâtes, 2 ½ ls sucre, ½ l chocolat, 2 pains d’épices, 2 biscuits, 2 galettes, 1 Olibet, 1 casse-croûtes, 1 barre de potages Maggi, 1 boite de beurre). Il y a beaucoup cette fois. Dieu veuille que ce soit le dernier colis !

J’écris à Me Dupuis, à Marie Aucher et à François Prat. Yvonne fait une lessive.

Vendredi 24 Juillet  (Ste Christine)

Oublié de noter hier que j’étais allée faire inscrire Franz sur la liste des prisonniers réclamés plus spécialement par la Commune. Mr Mel qui se charge de cela m’a donné de bonnes paroles. Il appuie ma demande par cette mention : « Propriétaire exploitant de 35 hectares, étant le seul chez lui possédant connaissances et capacités agricoles ». Ne nous faisons pas d’illusions mais espérons, au moins pour avoir le courage de mener la tâche jusqu’au bout.

En tout cas notre journée a été bien employée et nous avons achevé la plantation des betteraves et des rutas. J’ai aussi semé des carottes, sarclé des haricots, tiré des échalotes et réparé les manques de choux qui s’étaient produits dans le champ de l’école. Il me reste à prier Dieu qu’Il bénisse ces travaux et les fasse fructifier. Nous allons manger au déjeuner du poisson envoyé à Cricri par la vieille Catherine Saout de Térénez qu’elle a aidée pour obtenir la retraite des Vieux Travailleurs. Jean Charles vient faire panser par C. un abcès qu’il a au cou.

Lettre d’Henri avec photos de Sisteron.

Samedi 25 Juillet  (S. Jacques le Majeur)

Nous partons de bonne heure à Plougasnou, Cricri et moi. En l’absence d’Henri il faut que je m’offre certaines corvées qu’il s’adjugeait, par exemple le ravitaillement en viande de boucherie. Je fais une longue queue chez Loisel pour n’obtenir qu’un assez mince morceau. Pendant cette attente ma fille s’occupe de ses affaires de prisonniers et, comme une de ses courses est à Tromelin, elle va en même temps toucher l’argent (1050frs) qui nous est dû pour les 3 journées réquisitionnées.

Rencontré Henri de Preissac. Cherché vainement dans tous les magasins du bourg certains articles de ménage ; trouvé seulement 2 petites assiettes chez Me Réguer. Il n’y a plus rien nulle part, on doit rapporter son verre ou son bol cassé pour en obtenir un autre. Pour avoir un clou, il faut un bon matière qu’on va chercher à la Mairie.

Le temps se gâte, à partir de 2hrs de l’après-midi il tombe une petite pluie fine. Je cueille et j’épluche les premières bettes que nous mangeons au dîner. Gardé Françoise pendant que sa mère et Cric vont à Kerprigeant. Souhaité la fête d’Annie. Lettre d’Henri.

Dimanche 26 Juillet  (Ste Anne)

C’est la grande journée de prière pour les prisonniers. Nous assistons à la messe de 8hrs à Plouezoc’h. Mr Prigent de St Antoine, camarade de captivité de Franz dans son camp Oflag XIII A y fait la quête. Gardé Françoise pendant que sa mère va à la grand’messe. J’essaie de ranger un peu mais c’est impossible avec elle. Pas moyen non plus d’aller au jardin ; il tombe une bruine désagréable. Elle cesse vers midi pour reprendre vers 5hrs et durer, je crois, toute la nuit. Elle est bonne sans doute pour nos rutas plantés vendredi dans un sol néfaste aux céréales presque mures qu’on s’apprêtait à couper dès le commencement de cette semaine.

Laissant Françoise à Cric, nous allons, Annie et moi, à l’heure de prière pour les prisonniers. J’y mets tout mon cœur. On vient chercher Cricri pour panser Guillaume Gourville qui a failli se crever l’œil et qui a une longue et profonde coupure.

Visite du père de Joseph. J’écris à Henri. Nous nous couchons d’assez bonne heure.

Lundi 27 Juillet  (Ste Nathalie)

Légère amélioration atmosphérique. Le ciel reste nuageux mais, à part quelques ondées matinales, la pluie cesse. Baratté le matin, ensuite quelques rangements. Après le déjeuner jardinage, bataillé avec les tomates de mon mari qui ont pris une vigueur extraordinaire et ont rompu leurs liens ; elles sont embrouillées et couchées à terre. J’en démêle, relève et attache 24 aux tuteurs. Visite d’Yvonne qui vient chercher des plants de rutas chez nous pour les Madec. Goûter.

Puis nous sommes demandés : Louis, Cric et moi au Moulin à Vent pour l’avoine. C’est le commencement de la moisson. Le champ est détouré, la faucheuse marche. Louis est sur la machine avec François. Yves, Jeanne Marie, Cric et moi enlevons les gerbes. Nous dînons au Moulin. Crêpes.

Courrier intéressant. Lettres de Franz qui sera bientôt libéré. Sur la liste de 800, les autorités allemandes en ont admis 592. Il ne sait pas s’il est de ce nombre mais espère. Lettre d’Henri avec  photos de Sisteron. Carte de Pierre qui va peut-être se trouver désigné d’office pour un poste en France occupée.

Mardi 28 Juillet  (S. Nazaire)

Porté le beurre à Kermuster. Tiré l’ail. La récolte aurait été très belle faite quinze jours plus tôt. Nous sommes cependant à l’époque indiquée par mes livres de jardinage mais la saison est un peu anormale ; beaucoup de têtes commencent à pourrir et à germer. Chez Me Féat, cela fait la même chose. Je crois aussi avoir un peu trop enfoncé la semence dans la terre. Les têtes qui sont bonnes sont énormes. J’en ai plus de cent, cela nous suffira bien mais je ne pourrai pas me livrer aux générosités désirées.

Autres mauvaises perspectives : le doryphore pullulent dans nos champs de pommes de terre, celui de Kerdini surtout. Il faut y remédier. Lundi prochain il y a encore une réquisition de chevaux. Nous ne savons que décider car cette fois pourrons-nous conserver Isis et sans elle ?...

De 2hrs à 4hrs ½ nous allons travailler au Moulin à Vent. L’avoine y est terminée. Après le goûter, on commence chez nous. Annie y va à ma place pendant que je garde Françoise.

Lettre de Me Dupuis. Annie en reçoit une de sa mère qui lui demande du beurre pour avoir certaines choses. C’est la monnaie.

Mercredi 29 Juillet  (Ste Marthe)

Les envois de beurre sont interdits. Le facteur rapporte la boite qu’Annie avait expédiée la veille. Elle est désolée et cela se traduit par sa mauvaise humeur.

Anniversaire de la mort de Marie-Louise. Pensé à elle, prié pour elle. Ecrit à Paul.

Jardinage, sarclé et butté la 1ère planche de haricots verts, sarclé la 2e. Baratté, porté le beurre chez les Clec’h. Déjeuner à midi puis nous allons à Pen an Allée avec les L’Hénoret et Lucien, on met à terre le champ d’avoine. Il n’est pas assez mûr mais très couché ; c’est difficile à couper avec la faucheuse. C’est terminé à 5hrs. On goûte à la maison.

Cric et moi allons porter une livre de beurre chez les Féat et chercher du pain à Kermuster. Me Braouezec ne peut nos donner que 20 livres ; elle  n’a plus de farine et plusieurs boulangers du pays sont dans le même cas.

Après le dîner nous allons au café de fiançailles de Jean Marie Prigent.

Jeudi 30 Juillet  (S. Germain l’Auxerrois)

Le petit Joseph est encore un type extraordinaire. S’étant réveillé à 4hrs du matin, ce qui, parait-il, ne lui est jamais arrivé, il s’est cru malade, a fait un baroufle du diable et est descendu me trouver dans ma chambre en pleurant. Il a fallu que je monte pour qu’il consente à se recoucher et que je le veille jusqu’au petit jour.

Matinée de jardinage, puis avec Cricri je vais chez Eugénie prendre différentes choses. On déjeune d’assez bonne heure.

Les L’Hénoret, le père Salaün et Cric commencent à couper le blé. Annie va chez son coiffeur. Moi aussi je vais au bourg mais pour le renouvellement de nos cartes d’alimentation et l’envoi d’un colis à Franz : 1 boite de beurre, 1 boite de confitures, 3 paquets de tabac, 2 paquets de macaroni, 2 paquets de sucre, 2 paquets de gâteaux secs, 1 pain d’épices. Je vais aussi au Syndicat pour me procurer la drogue contre le doryphore. Retour pénible, la chaleur est torride et je suis chargée comme un baudet ayant un sac de 15ls de poudre en plus de mes autres bagages.

Lettre d’Henri.

Vendredi 31 Juillet  (S. Ignace de Loyola)

La température est de saison : pleine canicule. Certes il ne faut pas s’en plaindre, elle est favorable pour les récoltes mais dure pour ceux qui les moissonnent. Nous n’en aurons que plus de mérites. J’admire ma fille qui supporte tout dans ce métier pour lequel elle n’était pas faite et qui fait mieux en allant plus vite que les autres ouvrières agricoles que nous prenons. Cependant je dois noter que Lucie est assez expéditive.

Baratté. Je sème une planche de haricots. Ecrit à Henri. Après le déjeuner, pendant la sieste des salariés, nous nos offrons mes filles et moi, une "Callidena", c'est-à-dire une petite réjouissance, secrète, mystérieuse qui consiste en pêches à la crème. Nos pêches sont d’une splendeur inouïe et, en même temps, exquises.

On continue à couper le blé. Annie et Cricri vont au Roc’Hou. Nous manquons de pain.

Notes de Juillet

Je voudrais noter quelques bons mots de Françoise sur cette page libre pour en amuser son papa quand il sera de retour parmi nous. Cette petite a beaucoup de défauts, de mauvais instincts mais aussi de grandes qualités dont il faudra tirer parti ; elle est très intelligente et observatrice.

Aussi voyant le taureau uriner, elle me dit affolée : « Oh, grand’mère, le too il est malade, son pipi lui sort du ventre et pas du derrière. » et à sa tante elle recommande : « Soigne le bien tante Kiki, il ne faut pas lui laisser passer la nuit comme ça. »

L’autre jour nous parlions de Franz ensemble, Françoise prend un air mélancolique : « Pour me faire plaisir (elle aime beaucoup cette expression), maman me raconte que j’ai un papa mais moi je crois que c’est comme mon bébé frère et qu’il n’est as encore né mon papa. »

Nous étions seules sur la route vendredi matin, ma petite fille et moi, une mitrailleuse crépite ; Françoise a peur des « bombadements », elle saute : « Tu as entendu ce petit bruit, ce n’est pad moi qui l’ai fait ; dis si c’est toi grand-mère » - « Non, non, Françoise » mais je ne veux pas lui dire ce que c’est et elle reprend : « Alors c’est le petit Jésus, puisqu’il est partout. »

Août 1942

Samedi 1er Août  (S. Pierre aux Liens)

Départ pour le bourg de bonne heure le matin. Queues chez 2 bouchers pour nous et pour les Salaün, payé poudre contre doryphore (131frs50). Je trouve un pain de 5ls chez le Guen. Chaleur accablante, orageuse. Je relève des gerbes tout l’après-midi, aidée par joseph jusqu’au goûter, puis par Annie de 6hrs à 9hrs du soir. Nous achevons presque ; il ne restait peut-être que 5 ou 6 tas à faire mais à cause d’un puits près duquel Françoise jouait j’ai été prise de peur et j’ai abandonné.

Cricri est employée chez L’Hénoret pour lier. J’y ai aussi à mon compte Louis et Mr Salaün ce qui fait que nous remplissons plus (à mon avis) que notre engagement fournissant encore la faucheuse et les 2 juments. Je ne comprends donc rien à ce que Francine nous raconte que ceux du Moulin à Vent sont furieux après nous, que nous ne travaillons pas assez et qu’ils auraient bénéfice à faire leur moisson seuls.

Dimanche 2 Août  (S. Alphonse)

Messe de 8hrs à Plouezoc’h. Rencontré Mimi de Kermadec que je n’avais pas vue depuis deux ans et que je trouve bien changée. Elle a les cheveux tout gris, s’est émaciée beaucoup, en somme elle a vieilli de plusieurs années pendant cette maladie mais, chose incroyable, cela lui va très bien, elle est incomparablement mieux au point de vue physique. Il faut avouer qu’elle est devenue élégante et même coquette, elle est assez fardée mais cela ne lui enlève pas sa distinction, elle est très racée, presque séduisante.

Pas de Francine ; alors nous avons les tripotages culinaires sur les bras et, comme il faut en plus que Cric soigne les chevaux et ses bêtes, aille travailler (lier de l’avoine au Moulin) et prépare différentes choses pour la journée de demain, nos tâches sont lourdes. J’arrive tout de même à porter du beurre à Guégen Kerdini et à repiquer une planche de 200 poireaux. Visites d’Eugénie et de Pétronille qui admirent mon jardin.

Lundi 3 Août  (Inv. St Etienne)

Journée de tremblement. Obligés de présenter encore nos chevaux à Morlaix devant les réquisiteurs allemands, nous avions peur de voir partir Isis, notre seule bonne bête sur laquelle repose, non seulement l’avenir de la ferme, mais son existence. Nous en avons été quitte pour la peur plus la fatigue pour ma chère Cric, laquelle, levée à 4hrs du matin, a fait plus de 30kms à pied et est restée à attendre debout en tenant sa bête de 8hrs du matin à 11hrs ½ moment où elle est passée devant le jury. Mais elle était si heureuse de conserver ses deux juments. Contente aussi des marques de sympathie recueillies.

Quant à moi, j’ai profité de cette journée de trêve pour la moisson en jardinant avec ardeur. Sarclé et butté des haricots, préparé de la terre, repiqué des salades, arrangé quelques échalotes.

Ecrit à Henri et à Paul. De 18hrs à 21hrs, Yves L’Hénoret et Louis détournent un champ de blé qu’on pense couper demain.

Mardi 4 Août  (S. Dominique)

Quoique le temps soit assez brumeux et menaçant le matin, il se comporte de manière à nous permettre une grande journée de travail. J’avais pu réunir un personnel suffisant en convoquant même un de nos clients, Monsieur Hervé, un navigateur rentier. Ils en ont tous "mis un coup". Tout notre blé est coupé, lié, entassé. On a aussi lié à peu près la moitié de l’avoine.

J’aurais bien voulu régaler ce braves gens. Hélas ! nous sommes plus que jamais rationnés, le pain nous manque. Notre boulangerie est fermée depuis samedi, celles de Plouezoc’h le sont aussi. A Plougasnou, les 3 boulangers ont encore un peu de farine mais ne font qu’une seule fournée par jour, réservée à ceux qui sont inscrits chez eux. Je tenterai cependant d’y trouver quelque chose demain. En attendant, je les bourre de pommes de terre. Heureusement Potin m’avait apporté le matin un beau congre de 5kgs 300 que nous avons mangé en matelote. Après cela, un coup de Calvados, fruit très rare et précieux aussi, a réjoui mes bonhommes.

Lettres d’Henri et de Mimi Strybos.

Mercredi 5 Août  (S. Félix)

Mariage de Jean Marie Prigent. Il se fait à Garlan, ce qui m’a permis de m’en dispenser en invoquant notre manque de moyens de locomotion. J’ai d’ailleurs donné mon cadeau (100frs) à peu près comme si quelqu’un de nous prenait part au repas afin de ne pas mécontenter ces proches voisins qui sont gentils.

Journée plus calme au point de vue agricole, bien employée tout de même. Louis et Mr Salaün rentrent de la litière pour les bêtes. De 2hrs à 5hrs on lie l’avoine de Pen an Allée (Lucie, 2 L’Hénoret et Cricri). Je vais le soir avec ma fille relever les gerbes. Ainsi le blé et l’avoine sont moissonnés chez nous ; il reste une grosse journée de froment à faire au Moulin et puis on s’attaquera à l’orge qui est, malheureusement, toute couchée et qu’il faudra faucher à la main.

Le matin je suis allé à Plougasnou chercher du pain et reviens fatiguée mais contente avec un chargement de 20 livres. Au début de l’après-midi, je mets en bouteilles la bière faite lundi soir.

Jeudi 6 Août (Transfig. De N. –S.)

Mon anniversaire.

Lever à 4hrs du matin. Cric donne à manger aux chevaux, trait une vache, prépare le déjeuner et les repas que doit emporter Louis. Ce dernier n’arrive qu’à 6hrs ½ au lieu de 5hrs ½ ne s’étant pas réveillé. Il aura eu grand retard pour se présenter à Rufellic et on m’a dit à la Mairie que les Allemands étaient devenus très sévères pour ces réquisitions à cause de la mauvaise volonté des gens. Je suis donc inquiète. Si Louis est attrapé il ne voudra plus y aller ; or il m’a été impossible de me faire dégrever.

Pour nous cette trêve aurait pu être reposante et fructueuse cependant si nous n’avions pas eu notre chérie terrible à garder tout l’après-midi, Annie ayant rendez-vous à 13hrs chez son coiffeur pour une indéfrisable. Avec Françoise on ne peut rien faire... De plus, bien de dérangements (surtout des gens qui viennent demander du beurre, clients et passants). Isabelle, la cuisinière d’extras, vient pour louer la maison Jaouen ; les Allemands du poste voisin d’observation du ciel apportent bonbons et cigarettes.

Nous préparons des bettes pour le soir. Je m’occupe aussi des échalotes. Lettre d’Henri qui nous apprend que Franz est parmi les 592.

Vendredi 7 Août (S. Gaétan)

L’affaire de Louis s’est bien passée hier car l’heure de présentation était encore 8hrs comme les autres fois et non 7 comme l’avait prétendu des gens... bien informés ; il a donc pu répondre à l’appel mais naturellement il nous est revenu une heure plus tard. L’ennuyeux est qu’il manquait encore 3 charrettes et que ce manque de discipline et d’obéissance sera puni et risque d’atteindre les innocents avec les coupables.

Aujourd’hui on achève le blé chez les L’Hénoret. Cricri y est toute la journée. Jeanne Marie leur fait la fameuse bouille d’avoine bretonne et ils la mangent à la façon traditionnelle, tous assis par terre autour du grand chaudron et y trempent leurs cuillers. C’est un peu ragoûtant. Heureusement Jeanne Marie a eu la bonne idée, sous un prétexte quelconque, de servir ma fille à part, dans une assiette.

A la maison je ne fais pas grand’chose, ayant eu à garder Françoise du matin au soir. Je parviens tout de même à ramasser quelques échalotes, à écrire à Henri et à répondre à Mimi Strybos.

Samedi 8 Août (S. Justin

Un petit accident étant arrivé hier à Lucie chez L’Hénoret (elle s’est foulé un pied) Francine est allée aujourd’hui avec elle à Morlaix chez la rebouteuse. Nous avons donc eu son travail à faire du matin jusqu’au soir. En disant « nous » je ne parle pas exactement car c’est Cricri qui a assumé presque entièrement la tâche à elle seule.

Le matin il m’a fallu aller au bourg pour le ravitaillement. A la boucherie j’obtiens à peu près ce que je veux mais pour le pain : rien, rien, rien. Cependant j’ai fait les 3 boulangers. Chez le Guen, pas un pouce de farine ; chez Masson, je faisais la queue depuis un moment et il n’y avait plus qu’une douzaine de personnes à passer avant moi quand la patronne a paru sur le seuil de sa porte pour annoncer que le dernier pain venait d’être donné ; chez Moriou, l’ultime fournée devait sortir deux heures plus tard et être réservée aux seuls inscrits ; alors inutile d’attendre. Mais ayant rencontré les Maistre dans la queue je bavarde un instant avec elles. Annie Trouve 2 pains dans l’après-midi à Plouezoc’h.

Lettre de Riquet remettant son arrivée à lundi.

Dimanche 9 Août (S. Vitrice)

Journée relativement calme qui aurait pu être bien utile au rangement de la maison si je n’avais eu à m’occuper de Françoise presque sans trêve. Dès mon retour de Kermuster, où Cric, Joseph et moi avions assisté à la messe, Annie m’a remis sa fille entre les bras pour aller s’habiller et partir elle aussi à l’office. Elle est rentrée à 1h, a déjeuné et est allé faire sa sieste jusqu’à 4hrs ½.

Pendant ce temps nous avons eu la visite de 2 Allemands, nos voisins. Il y a un d’entre eux, un boucher viennois, qui parle assez bien le français et qui parait très bon garçon. Il aime et gâte Françoise qu’il appelle Franciska et à laquelle il apporte toujours des bonbons quand il vient chercher du beurre. Après le départ des Allemands, goûter ; Annie s’enferme dan son appartement pour ranger ses affaires mais Cricri me garde un peu la terrible chérie, ce qui me permet de mettre un peu d’ordre dans les miennes jusqu'à dîner servi plus tôt que de coutume car Francine va le soir à la kermesse de Plouezoc’h.

Lundi 10 Août  (S. Laurent)

Il m’a fallu toute la matinée pour sarcler une planche de carottes. Après le déjeuner je me suis occupée des échalotes et pour achever cette dernière tache, il ne me faut plus que 2hrs à peu près. J’aurais bien aimé la terminer mais le facteur m’a remis une lettre de mon mari, obligé d’avancer son retour de 24hrs pour avoir une place dans le train. Il y avait quelques rangements et nettoyages à faire dans notre chambre et je m’y suis consacrée jusqu’à l’arrivée du jeune ménage Riquet Bonnal. Lui n’a pas changé, physiquement du moins. C’est un joli et sympathique garçon. Elle est très gentille, simple, affable, un peu étrange cependant. Comme elle n’a que 18 ans, elle se formera encore.

On coupe un peu d’orge à Kerdini mais le temps n’est pas très favorable et on doit interrompre après le goûter à cause du crachin qui tombe. Yves L’Hénoret, réquisitionné par les Allemands, ne peut nous aider mais François vient et Jeanne Marie fait aussi quelques heures.

Mardi 11 Août  (Ste Suzanne)

Matinée très occupée, tellement que je me mets presque en retard pour aller porter le beurre de réquisition et attendre l’arrivée d’Henri à Kermuster. C’est lui qui y est avant nous mais de quelques secondes seulement car nous voyons le car s’arrêter alors que nous n’avions même plus cent mètres à faire. Mon mari nous revient en bon état, sans doute content de nous retrouver mais très satisfait aussi de sa petite fugue.

Déjeuner gai ; les Riquet ont beaucoup d’entrain. Après ils s’en vont tous à la recherche de pain et ont la chance d’en rapporter. Je prépare des bettes pour le dîner en leur absence et trie quelques échalotes. Cloarec m’achète 4 charretées de fumier (600frs). Je les lui vends surtout pour conserver ses bonnes grâces car j’aurais préféré les garder pour nos terres mais il en avait un besoin urgent pour mettre ses choux. On achève de couper l’orge et pour nous c’est le maout de la moisson.

Mercredi 12 Août  (Ste Claire)

Bien que nous ayons célébré hier soir avec du calvados la tombée du dernier épi, il reste à faucher chez L’Hénoret et je suis bien contrariée de ne pouvoir, à cause de l’accident de Lucie, leur fournir plus de main-d’œuvre. C’est le dernier jour des Riquet, il faut que nous nous en occupions. Comme ravitaillement cela n’est pas brillant mais peut suffire jusqu’à demain. C’est malheureux d’en être réduits là et de ne pas oser tenter de retenir ce si gentil ménage.

Toute la bande va dans l’après-midi à Kerprigeant. Les Bonnal poussent ensuite jusqu’à Loquirec. Pendant que je suis seule au Mesgouëz, je fais un peu de jardinage (sarclé des carottes) Quand Henri rentre, je vais avec lui à Pen an Allée pour relever des tas d’avoine qui se sont effondrés. Louis travaille chez L’Hénoret.

Jeudi 13 Août (S. Hippolyte)

Lever à 6hrs. Le temps est sombre, il crachine. Ce n’est plus que le très petit jour. On sent, hélas ! venir l’automne et la pensée de la mauvaise saison avec son cortège de duretés est peu réjouissante. Le voyage de noce des Riquet est terminé. Ils prennent le petit-déjeuner avec nous et puis, à 7hrs ½, ils enfourchent leurs bicyclettes et prennent la route de Morlaix pour s’embarquer dans le train de Paris de 9hrs 10.

Dans l’après-midi, Louis et Cricri vont couper l’orge chez les L’Hénoret. On termine assez tard, ma fille ne rentre qu’à 22hrs et comme Louis est reparti directement chez lui, elle a encore à soigner les chevaux en plus de ses poules et lapins.

Pour moi, dans la matinée, je fais une boite pour le colis de Franz (en coupant et cousant de vieux bouts de cartons) et 4 boutons pour le tailleur de Cric. Gardé Françoise tout l’après-midi pendant qu’Annie va au bourg faire expédier au nom de Franz le 2e don de la séance des Chapeaux verts auquel nous joignons 1l de beurre (1l de sucre, 1 sachet de café, 2 paquets d’Olibet, 1 pain d’épices, 1 boite de sardines, ½ l de chocolat, 1 pq de mousseline, 1 paquet de tabac, 2 cigarettes, 1 réconfort, 1 sachet pour laver le linge).

Vendredi 14 Août (S. Eusèbe)

Encore de la pluie. C’est navrant pour la récolte qui s’annonçait belle et qui s’abîme dans les champs. Baratté un peu le matin. Henri va au bourg chercher la viande de la semaine. A cause de la fête de demain la distribution a été avancée de 24hrs. Je vais à Kermuster pour avoir du pain et j’ai non seulement la chance d’en rapporter 10 livres mais aussi l’espoir de voir bientôt la fin de cette situation. On commence à recevoir de la farine nouvelle. Je tombe au milieu d’une scène entre la boulangère et Françoise Troadec de Kergouner. Elles sont très excitées toutes les deux et me mettent au courant de leur affaire.

Louis va chercher du goémon avec  Mr Gaouyer. Après le goûter nous relevons des tas de blé à Kerdini. Visite de Pétronille qui me demande de l’essence que je recevrai de la mairie pour mon battage car il ne lui manque que 5 litres pour avoir la quantité nécessaire au sien.

Arrivée du premier agriculteur libéré par la Relève. Souhaite la fête de Cricri. Pensé à nos Marie vivantes ou défuntes. Tricoté ceinture tailleur Cric.

Samedi 15 Août (Assomption)

Messe à 8hrs à Plouezoc’h. Henri se confesse et communie. Cric et moi ne le pouvons pas après des attentes vaines aux confessionnaux du vicaire d’abord et du recteur ensuite. J’en suis un peu navrée mais m’en console avec cette pensée : Si c’est tant pis pour nous, c’est tant mieux pour la grande cause : le relèvement de la France. Cette influence indique un retour aux pratiques religieuses et j’espère que Plouezoc’h n’est pas la seule commune de France à y revenir.

Annie va à la grand’messe suivie de la cérémonie du prélèvement de 2 cuillerées de terre qui doivent, mélangées à la même dose de terre offerte par chacune des communes de la Patrie, être donnée au Maréchal en signe d’Union.

Je garde Françoise. Temps bien triste qui s’arrange un peu après le déjeuner et me permets de faire un tour de jardin en enlevant les mauvaises herbes. Le soir, Henri et moi, accompagnés de Françoise, relevons encore des tas de blé. A la maison, nous trouvons le boucher de Vienne qui aide Francine à la cuisine.

Dimanche 16 Août (S. Roch)

Henri, Joseph et moi allons à Plouezoc’h pour l’office matinal, tandis que Cric, ayant un rendez-vous à 10hrs pour ses Oeuvres, à la mairie de Plougasnou, se dirige vers le clocher de notre paroisse. Elle en revient pleine de zèle pour une besogne qui lui a été confiée sans se rendre bien compte, je crois, des difficultés, des fatigues et peut-être des déboires qui en découleront. Je ne veux pas souffler froid sur son enthousiasme, je garde ce souci pour moi et l’aiderai de tout mon pouvoir pour l’organisation de son comptoir à cette kermesse. Elle n’aura lieu heureusement que le 13 Septembre. J’espère que la moisson sera terminée.

La pluie tombe jusqu’à 14 heures. Francine est de sortie. Il y a donc les repas et la vaisselle à faire. J’ai peu de temps libre. Je l’emploie dans le jardin. Après le goûter je garde les vaches en faisant quelques ragées de tricot sur ma robe commencée depuis bien longtemps déjà et dont j’ai à peine fait la moitié du premier lé de la jupe.

Lundi 17 Août  (S. Alexis)

Dès le matin, on revoit le soleil qui, depuis une semaine, ne s’était guère montré. Cela nous donne ainsi qu’à tous nos voisins un coup de fouet subit pour achever les moissons qui n’avaient marché qu’au ralenti la semaine dernière et avaient même été suspendues les derniers jours à cause de la pluie.

De 7hrs ½ à 9hrs je cours pour organiser notre journée. Partout on travaille avec ardeur et j’ai bien du mal à réunir l’équipe nécessaire. Enfin les Gourvil me cèdent Toudic, j’ai Petite Anne de Kergouner. Avec les L’Hénoret et nous cela peut aller et on rentre presque tout le blé. Mais on travaille jusqu’à 23 heures. Il faut reconduire ensuite Francine et Petite Anne chez elles.

Naturellement avec le va et vient occasionné par la tâche importante à la ferme, je ne puis presque rien faire d’autre. En plusieurs reprises j’arrive à sarcler une planche de haricots.

Mardi 18 Août  (Ste Hélène)

C’est la rentée du blé et de l’avoine au Moulin à Vent et c’est par conséquent le calme à la maison. Calme autant qu’il peut y en avoir au Mesgouëz où ce sont d’incessantes allées et venues. Rien que pour avoir du pain, Henri, Cricri, Francine et moi, nous allons 2 fois à Kermuster. Nous allons aussi chez Fournis à Guergonnan pour retenir un couple de porcelets qu’on ira chercher la semaine prochaine (1300frs). Nous embauchons Yvonne Féat pour demain. Nous nous informons au sujet du battage car nous avions entendu dire que la machine de Grascos allait venir par ici ces jours-ci. C’est exact ; il faudra qu’on aille à Plougasnou nous inscrire.

Le soir nous allons au Verne demander un homme pour remplacer Toudic chez les Gourville afin de rendre notre journée d’hier. C’est convenu et payé pour demain. Courses après Me Charles, retenue aussi pour demain. Eté porter un pain chez les Troadec qui m’en avaient prêté un hier. Lettre de Franz.

Mercredi 19 Août  (S. Louis, év.)

Journée déplorable. Il pleut presque sans arrêt depuis le mati jusqu’à 5hrs du soir. Tous les travaux sont suspendus et notre retard s’accentue. J’en suis d’autant plus terrifiée que nous apprenons que la machine à battre du Grascos va venir le soir chez Lévollan. Cricri part à Plougasnou nous faire inscrire. Nous sommes acceptés un peu en surnombre. Il se peut que nous battions bientôt. Rien n’est prêt.

Yvonne Féat vient heureusement. Avec elle je mets de la bière en bouteilles et raccommode des sacs pour le blé. Quand la pluie a cessé nous retirons quelques pommes de terre. Annie fait une bonne tarte aux pommes pour le soir. Je signale ce fait pour indiquer que ce fruit est prématuré cette année (quoique pas encore très mûr).

Il y a  eu un débarquement anglais dans le Nord, vers Dieppe, dit-on. Alors les mauvais bougres d’ici ont eu maille à partir avec les Allemands, cela amène du grabuge dans le pays.

Jeudi 20 Août (S. Bernard)

Il fallait s’y attendre, la punition suit vite. Le Finistère est condamné jusqu’à nouvel ordre au couvre feu à 21hrs30 au lieu de 23hrs30. Cela sera bien gênant en cette période de travaux intenses et urgents. Ma matinée se passe en courses pour m’assurer le pain du battage. J’y réussis grâce à Me Jégaden et à la complaisance de Me Braouézec.

On coupe et on lie une petite bande d’orge qui est restée debout. J’ai Me Charles et Yvonne et le temps quoique menaçant (et nous offrant même 3 ou quatre averses au cours de la journée) permet quand même un travail intense. Les femmes ont dans l’après-midi des tâches d’hommes dont elles se tirent avec courage. Notre récolte est imposante à voir.

A 6hrs ½ on vient m’annoncer qu’on battra chez nous le lendemain soir. Affolée je vais chez Lévollan, je lui déclare que nous avons au moins 30 grosses charges de céréales. Alors François Marie Troadec se met à rire : « Je croyais que vous aviez une toute petite ferme et qu’il nous suffirait de 3 heures ! » Notre exploitation est maintenant parmi les plus belles de ce coin. Henri porte un colis pour Franz.

Vendredi 21 Août (Ste Jeanne)

Temps déplorable. Le matin Louis, aidé par Monsieur Gaouyer, rentre la fin de notre avoine mais la pluie se met à tomber et n’arrête guère jusqu’au soir. Alors les hommes scient du bois, nettoient les greniers pour préparer le battage qui aura lieu lundi prochain. La grosse machine a commencé ce matin chez Lévollan.

Il arrive un petit accident à Marcel Prigent du Verne (une dent de fourche entrée sous un ongle). Malgré la pluie la machine n’arrête pas. Lucien vient nous prévenir que nous trouverons de la viande chez lui demain. C’est un gros souci de moins. Courses chez Eugénie. Mr Salaün remplace Louis au battage. Je fais de la bière et rince les bouteilles. Raccommodé aussi les toiles et les sacs qui nous seront nécessaires lundi.

Samedi 22 Août (S. Symphorien)

.Journée bien agitée et fatigante. Francine ne paraît qu’à 8hrs du soir étant allée à Morlaix se faire faire une indéfrisable. Le matin, Henri et Cric vont au bourg, l’un pour notre ravitaillement et l’autre pour l’organisation de sa kermesse du 13 septembre. Je dois donc, après être allée chez les Troadec, me livrer à la préparation du déjeuner, ensuite vaisselle.

Le temps est bien meilleur et permet d’avancer le travail. Je porte le goûter dans le Méjou de l’école. On retourne toute l’orge et on commence à lier. Mr Charles remplace Louis au battage du Verne. Il arrive encore un accident. Cette fois c’est Jean Prigent qui se fait écraser un pied par la machine. On appelle Cricri pour le premier pansement mais on fait aussi venir le docteur Le Roux. Il croit d’abord être obligé de couper puis il tente de reformer un doigt avec les lambeaux de chair.

Dimanche 23 Août (S. Privat)

Le jour se lève tristement, tout enveloppé de brumes. Je m’inquiète en songeant à l’énorme besogne qu’il nous reste à faire avant demain. Petit à petit, le ciel s’éclaircit et nous avons une journée tout à fait favorable à nos travaux si bien qu’ils sont achevés juste à point. La dernière charretée d’orge rentrait par la gauche tandis que par la droite on venait nous prévenir d’aller dans une demi heure chercher la machine chez Pétronille où le battage se terminait.

Chez nous on avait fait un effort immense ; des gens complaisants : les Salaün, Mr Gaouyer, Louise Breton, Tanguy Breton et Lucie nous avaient aidés. Même Annie était allée lier et Françoise faisait les tas. Ici ma tâche avait été lourde aussi. Courses, préparatifs, cuisine. Francine ne s’était montrée que par intermittence, plus occupée du bal qui se donnait à la métairie que de notre battage. J’ai dû éplucher seule tous les légumes moins les carottes que j’ai confiées à Me Salaün.

Messe à Kermuster. Visite de Me de Scipionsky.

Lundi 24 Août  (S. Barthélémy)

Notre battage. Journée d’agitation. En résumé tout est bien et mon cœur est rempli de reconnaissance pour le Bon Dieu. Mais je dois avouer que nous n’avons jamais eu pareil aria ! D’abord cette machine à vapeur nécessite plus de personnel et des opérations plus compliquées pour l’alimentation de la chaudière et du foyer. Et puis les autres années nous avions le temps de nous y préparer. On voyait venir les choses d’assez loin. Nous avions aussi plus de service à la maison, on trouvait plus facilement des journaliers. Et surtout j’avais des provisions d’une quantité de choses, on pouvait acheter.

Enfin ! les difficultés ont été vaincues grâce à la Providence qui m’a envoyé presque miraculeusement pain, viande, boisson et... du soleil. Les repas n’ont pas été ce qu’ils étaient les autres années mais suffisamment confortables et bons. Je ne le dirai à personne mais je suis non seulement contente mais un peu fière de m’en être tirée comme cela. Avec mes filles le service était bien fait. La récolte est très belle.

Mardi 25 Août  (S. Louis, roi)

Journée lamentable. Pas un rayon de soleil, pluie du matin au soir. Mon ouvrage étant surtout dans la maison qui a été mise sens dessus dessous, ce temps ne me gêne pas beaucoup personnellement. Il y a toute la vaisselle à faire et à ranger. J’en profite pour regarder différentes choses dans mes placards et m’aperçois qu’il faudrait bien un nettoyage à fond ! Depuis 2 ans, nous vivons dans un état de presse continue, on prend les choses en courant, on ne les remet pas à leurs places, elles traînent et se salissent.

Louis est absent toute la journée car on bat quand même chez les Gourville sous les averses. Avec les interruptions forcées, ce battage qui aurait dû être court s’éternise. A 10hrs du soir, la nuit tombée, nous entendons encore la machine ronfler, siffler.

Visites de Mes Périou et Braouézec de Kersaint pour me demander de leur prêter du blé.

Mercredi 26 Août  (S. Zéphyrin)

Les gens de la batteuse viennent le matin inspecter la récolte pour faire leur déclaration. Comme partout, ils s’arrangent pour marquer un peu moins afin que nous n’ayons aucune surprise désagréable et même que nous puissions conserver un peu de blé ou de farine pour nos besoins personnels. Les hommes Périou et Braouézec viennent chercher chacun leur quintal de blé. Ils me le rendront dès leur battage. On pèse aussi ce que je dois à Me Jégaden. Je vais au Verne avec Françoise prendre des nouvelles de Jean.

Ecrit à Pierre et à Riquet.

Tiré quelques pommes de terre de 3 mois pour la semence. Nous allons prendre les petits porcs chez Fournis. Je goûte chez les Féat, ensuite je vais chez les Bretons, chez les Clec’h régler les journées de dimanche. Je retiens des pommes à "Tonton Lomic" (s’il en a de trop pour lui), je paie ma dette à Eugénie, vais chez Pétronille pour quelques questions. Passé au tarare avec Louis les déchets du battage pour les poules, été le soir chez Lucien avec Cric.

Jeudi 27 Août (S. Césaire)

Ah ! qu’il fait bon vivre après le battage. Le travail ne manque certes pas mais on sent un tel poids de moins qu’on a l’impression d’être en vacances. La matinée se passe pour moi en rangements, en raccommodages de sacs ; j’en fais aussi 2 neufs. J’écris à Me Le Marois et à Michèle Morize.

L’après-midi je vais au bourg avec Henri pour l’établissement de ma carte d’identité, le renouvellement de nos tickets d’alimentation et un colis à Franz : beurre, 2 paquets de tabac, 2 paquets de galettes Délicieuse, 1 paquet de biscuit réconfort, 1 paquet de gâteaux basques, ½ l de sucre, ½ l de pâtes, 1 pain d’épices, papier à dessin. Rencontré Henri de Preissac. Le laissez-passer a été refusé à Guitic ; elle a été très malade et Paulette de Miniac a failli mourir d’intoxication.

Après mon retour à la maison, je vais chez Me Jégaden du Mur pour lui parler de différentes choses et au Verne où je retrouve Cricri et Françoise. Lettre de Franz à Annie.

Vendredi 28 Août (S. Augustin)

Henri part à Morlaix par le car du matin pour faire timbrer ma carte d’identité et l’envoyer à Albert. Moi je suis reprise par mon jardin bien négligé depuis quinze jours et dans lequel la pluie a favorisé le développement des mauvaises herbes. Je sarcle et je prépare aussi de la terre dans laquelle je sème le soir des scaroles et des radis.

Je baratte le matin. Cricri va l’après-midi à un rendez-vous avec toutes les organisations de la kermesse. Elle s’y intéresse beaucoup ; je crois même que cela l’amuse assez en dépit du souci et de la fatigue que cela lui donne. Elle apprécie maintenant la famille loin qu’elle jugeait autrefois très province sans attrait.

A la fin de l’après-midi, Henri et moi, allons à Kermuster chercher du pain. Bavardé avec la boulangère qui vient d’avoir un procès verbal pour avoir aidé un peu illégalement des gens dans l’embarras.

Samedi 29 Août (S. Médéric)

En allant au bourg pour la boucherie, Henri passe remettre à la Mairie un billet de 100frs que j’avais trouvé jeudi sur la route. S’il n’est pas réclamé, il parait qu’il nous appartiendra dans un an et un jour.

Le temps est assez beau mais pendant 2hrs environ, au cœur de l’après-midi, il y a un orage : vent, pluie, tonnerre, éclairs. Cela gêne mais n’empêche pas le battage au Moulin de Corniou.

Cricri fait une tournée pour sa kermesse tandis que je jardine, sarclant des salades et préparant de la terre pour d’autres semis. Nous prêtons Isis pour la demi-journée à Lévollan. Il n’avait pas voulu être payé du sac de pommes de terre donné lorsque nous en manquions, préférant un échange qu’il ne pouvait pas déterminer à ce moment là. Il fut bien inspiré car la dernière réquisition lui ayant pris une de ses bêtes, il est forcé d’en emprunter une seconde pour certains travaux. Nous ne faisons donc que payer notre dette. Je cueille et prépare des bettes pour ce soir.

Dimanche 30 Août (S. Fiacre)

Messe de 8hrs à Plouezoc’h. Vu Mimi de Kermadec. Revenus avec elle par St Antoine pour l’aider à porter une malle vide en bavardant.

Journée fastidieuse de tripotages culinaires étant donnée l’absence de Francine. Gardé Françoise pendant que sa mère va à la grand’messe. Wicktorya est d’une humeur de dogue, à croire qu’elle est un peu folle. Cueilli et préparé des haricots verts pour le dîner. Ce sont les seconds, ils sont très bons mais nous n’en aurons pas la même abondance que l’été dernier. Je les ai mis trop tard. De plus ceux qui sont destinés à consommer secs me semblent malades. Je crains que cette récolte (qui a aussi son importance) soit franchement mauvaise cette année. Ne gémissons pas : les céréales sont belles, c’est le principal.

Il y a en ce moment dans notre société de battage une question brûlante, celle de l’essence. On s’y dispute la faible quantité allouée par la commune. Ceux qui battent avec notre système veulent se l’adjuger, les autres réclament leur part. Je vais pour cela au Verne et chez les Réguer.

Lundi 31 Août  (S. Aristide)

Le mois s’achève mal par une journée sombre et pluvieuse. On commence à battre le matin chez les Réguer mais vers 10hrs ½ on est obligé d’interrompre et Louis nous revient. Malheureusement Cric était allée chercher du trèfle à Kerligot en son absence et me rentre toute trempée.

Je baratte, c’est assez long car il y a beaucoup de beurre cette fois, plus de 15 livres. Annie et Wicktorya continuent à être en état de surexcitation nerveuse bien désagréable pour leur entourage. Je cherche à ne pas m’en laisser impressionner en les fuyant le plus possible.

Au jardin, je sème des choux pour le commencement de l’été prochain. Il aurait fallu faire cette opération aux alentours du 20 Août, dit mon livre de jardinage ; j’ai donc un peu de retard mais à l’époque prescrite nous étions vraiment trop bousculés. Dans l’après-midi nous

Notes d’Août

mettons du blé en sacs pour le ravitaillement général et nous les pesons ; nous en préparons 30 de 50kgs ce qui nous fait 15 quintaux prêts à livrer au premier instant de liberté. Il faudrait que ce soit avant le 10 septembre pour toucher la prime de 25frs au quintal qui est donnée pour la prompte livraison. Notre battage à vapeur nous coûtera assez cher pour que je ne néglige aucun moyen de faire entrer un peu d’argent dans la caisse.

Notre récolte est vraiment bonne mais nous ne saurons vraiment son poids que lorsqu’elle aura passé sur la bascule ; je n’ai pas le coup d’œil assez sûr en cette matière pour oser avancer un chiffre et je vois que les expérimentés se trompent aussi bien souvent.

Avant le dîner, Annie, Cric, Françoise et moi allons chez Eugénie prendre la fin de notre épicerie du mois d’Août. Nous y rencontrons le père Salaün. On bavarde, on gémit sur le temps ; on nous félicite de notre chance. Gloire à Dieu !

Septembre 1942

Mardi 1er Septembre (S. Leu)

Septembre n’est pas plus brillant qu’Août du moins à son aurore. Il crachine presque toute la journée. Cependant les battages se font, nous entendons trois machines ronfler aux alentours. Henri, Cric et moi allons à Kermuster le matin ; nous en rapportons quelques livres de blé qui nous donnerons de la farine en attendant que nous puissions nous en procurer d’autre. La boulangère croit que nos cartes marquées d’un C vont nous donner droit à une livre de pain par jour. Si cela est, Cric et moi pourrons économiser un peu pour acheter de temps à autre un kilo de farine. Ce sera précieux.

J’essaie de faire des crêpes le soir. Je ne réussis pas bien mais il faudra persévérer car Francine n’a aucune disposition pour la cuisine, il ne faut pas compter sur elle. Ramassé quelques fruits tombés, cueilli de cornichons, tiré des pommes de terre pour semence, tricoté un peu. Henri va au bourg porter un colis de 20 œufs pour Franz.

Mercredi 2 Septembre (S. Antonin)

Le temps qui joue un grand rôle dans notre existence actuelle, qui la gouverne presque, permet, avec quelques interruptions, d’opérer le battage dans une des fermes Oléron. C’en est toujours une de moins mais cette année les choses traînent et nous aurions besoin d’en être sortis pour accomplir certains travaux en retard. Nous aurions déjà dû semer le trèfle rouge et les navets Turneps. Or, aucun bout de terre n’est préparé et je commence à trembler pour la nourriture de nos bêtes au petit printemps si l’hiver est long.

Annie fait des confitures mures et pommes qui me paraissent bien réussies. Je vais maintenant avoir la permission d’en faire un peu. Naturellement petite Françoise doit passer avant tout mais sa maman est exagérée quand elle prétend que nous accaparons pour la communauté ; je fais exprès au contraire de lui laisser toujours la priorité. Il faut ensuite penser aux autres...

Ecrit à Kiki, Jardiné.

Jeudi 3 Septembre (S. Merry)

Tous nos projets sont déjoués par les caprices de l’atmosphère. Elle était en si mauvais état en début de la journée que Mr Salaün qui m’avait promis de venir travailler au jardin s’en est abstenu et que Louis n’était pas parti au battage. Vers 10hrs la pluie ayant cessé, les Oléron sont venus prévenir qu’ils mettaient la machine en marche.

Annie, Cric, Françoise et moi courrons les fermes environnantes ; ma fille s’occupe de ramasser des denrées pour son comptoir de la kermesse ; Annie et moi cherchons des prunes pour faire des confitures. Nous n’avons guère de chance, Cric ne peut arriver à dénicher un cochon, n’obtient pas de beurre mais la promesse d’un coq, de quelques œufs et de carottes. Moi je rapporte seulement des artichauts ; il n’y a plus de prunes ni à Kerlavarec, ni à Rocheland, ni chez les Oléron. A me souvenir de ces 3 fermes pour l’an prochain.

Henri va passer l’après-midi à Morlaix. Cric continue ses randonnées. Je vais au bourg, colis de Franz : beurre, 3 pains d’épices, ½ l de gâteaux secs, 1 l de sucre, 2 gdes tablettes de chocolat, 2 paquets de tabac.

Vendredi 4 Septembre (S. Lazare)

Hier soir nous avons été bien tourmenté au sujet de nos juments confiées à Mr Gaouyer. La nuit était tombée depuis longtemps, la pluie dégringolait en torrents lorsqu’à 10hrs ½ Cric s’est décidée à aller voir au Pante ce qui se passait. Elle a rencontré en route Gaouyer et les bêtes. Aucun accident mais, s’étant trompé sur l’heure de la marée et ne voulant pas revenir à vide, le brave homme s’était attardé ! N’empêche que cette aventure me rend encore moins disposée à prêter les juments.

Le temps est bien meilleur, sans être sûr. Il y a interruption dan les battages, la pluie d’hier soir a empêché d’installer la machine à Kériou. Louis en profite pour aller livrer nos 15 premiers quintaux de blé au Syndicat. Cricri est toute la journée en courses de quête pour la kermesse. Elle est accompagnée de Jeannick Gourville de Ty Nevez et déjeune même chez elle (crêpes excellentes). De mon côté je passe une partie de ma matinée dehors : courses chez Eugénie, chez Gourvil, chez les Touze (retenu 15ls de trèfle rouge). Rapporté le pain de Kermuster. Après-midi employée à tirer des pommes de terre et à cueillir des mures pour confitures.

Samedi 5 Septembre (S. Bertin)

Grande amélioration du temps. Il tombe une seule averse mais subite et corsée à la fin de l’après-midi. On bat chez Kériou et chez Kervellec dans notre voisinage. Notre Compagnie (il me semble qu’il l’appelle Sentier par ici) aura bientôt terminé. Il ne restera plus que les Bellec. On dit qu’ils deviennent mabouls, surtout le frère.

Je fais mes confitures juste la même quantité qu’Annie ; elles sont bonnes. Cricri a beaucoup de soucis et de travail à cause de la kermesse qui approche et pour laquelle l’organisation manque. Ma pauvre fille est obligée d’aller tous les jours à Plougasnou et de faire la quête dans toutes les fermes d’un secteur très étendu. A peu près toutes donneront mais d’une manière générale ce sera avec parcimonie. Les oeufs et le beurre sont bien difficiles à décrocher ; elle obtient plutôt des légumes, surtout des carottes et des échalotes. Cricri porte une livre de beurre à Me Louis qui lui donne des tomates.

Dimanche 6 Septembre (S. Onésiphore)

Messe de 8hrs à Plouezoc’h. Vu Yvonne de K. Revenus avec elle jusqu’à St Antoine. Visite du père de Joseph. Visite de 2 jeunes filles qui s’occupent de la pâtisserie à la kermesse et qui veulent accaparer pour ce comptoir le beurre et les œufs que Cric a pu obtenir dans les fermes. Ma fille proteste mais surtout, je crois après le départ de ces personnes exigeantes, elle a dû leur céder une grande partie de son ramassage car elle dit maintenant qu’elle n’aurait plus que quelques carottes et quelques échalotes à vendre. Il va falloir arranger cela en allant trouver Me Le Guen, la Mairesse qui est grande Directrice de la kermesse.

Je tire des pommes de terre pour semence mais j’ai beau aller lentement avec précaution, mon croc ou ma tranche les touche souvent et les rende impropres à l’usage auquel je les destine. De plus j’en trouve beaucoup de pourries, de rongées par les bêtes ou piquées par les vers, ce qui fait que mes tas ne montent guère. Jaouen, de visite à la maison, dîne avec nous.

Lundi 7 Septembre  (S. Cloud)

Le beau temps parait s’installer, la campagne reprend son air de fête, les machines ronflent de tous les côtés. En résumé final, les moissons qui ont paru très menacées vont se faire dans d’assez bonnes conditions. Seule l’orge a souffert dans certaines fermes qui s’étaient mises en retard pour la couper ; elle est restée près d’un mois étendue sur terre, la paille en est presque nulle et le grain a noirci, quand il n’a pas pourri, germé, fermenté. On dit que malgré ces petites avaries locales la récolte est superbe dans le pays.

Baratté le matin puis aidé Louis à remplir 20 sacs de blé, 9 sacs d’orge et 3 d’avoine qu’il porte dans l’après-midi au Syndicat. Nous avons maintenant livré tout ce qui nous était demandé. Il en reste encore, en trop grande abondance. Cricri et moi allons aussi à Plougasnou au sujet de la kermesse. Les difficultés rencontrées paraissent s’aplanir ; Me Le Guen nous rend courage.

Mardi 8 Septembre (Nativité de N. –D.)

Il y a eu du grabuge dans l’air cette nuit. Il y a longtemps, un mois peut-être, que cela ne nous était pas arrivé d’être réveillé en sursaut par les détonations. J’ai constaté avec plaisir que je ne m’en étais pas déshabituée et que ce chambard ne m’émeut guère. Bravoure ? Je ne crois pas. Indifférence plutôt. Peut-être même un sens qui me manque : celui de la peur ou qui s’est atrophié avec l’âge.

La journée est calme ; le fameux débarquement anglo-américain dont on nous menace depuis un an de s’effectue pas encore sur notre côté. Cricri passe toute la journée en tournée de quête avec Eugénie Kervellec cette fois et l’amène déjeuner et goûter au Mesgouëz. Louis porte du blé à Tromelin pour les crêpes de la kermesse. Je vais à Kermuster pour le beurre de la réquisition ; je prends chez Me Touze 15ls de graines trèfle rouge à 13frs50 la livre et commande une planche à hacher ; je vais chez les Réguer prendre mon essence du battage (3 litres)

Mercredi 9 Septembre (S. Omer)

Impression d’automne : brume et fraîcheur matinales. L’atmosphère s’éclaircit et s’attiédit petit à petit mais on sent quand même que l’été agonise. C’est mélancolique et même un peu angoissant car l’hiver sera forcément dur dans les conditions inconfortables où nous sommes.

Grâce au père Salaün j’achève ma récolte de pommes de terre d’été pour semence. Il faut avouer qu’il a été non seulement plus expéditif que moi mais aussi beaucoup plus adroit. Il esquinte peut-être 3 tubercules sur 100, tandis que j’en abîme à peu près 30.

A Kermuster, Henri et moi ne trouvons pas de pain ; la boulangère manque encore de farine. Visite du Grand Duc (un charmant jeune homme, Hervé Estien) pour des questions de kermesse. Visite de Pierre Loin, très sympathique aussi. Lettre de Franz à Annie. On bat au Moulin à Vent. Louis y va.

Jeudi 10 Septembre (Ste Pulchérie)

Les choses ne marchent pas aujourd’hui comme nous l’aurions voulu. Une série de contrariétés, petites ou grandes, nous assaille. Cricri passe tout l’après-midi au bourg avec ses 2 aides (Kervellec et Prigent) pour essayer d’arranger son comptoir, les ouvriers n’arrivent avec le matériel qu’à 7hrs du soir ; elle est obligée d’y retourner demain. De plus les gens ne s’entendent pas ; les organisateurs sont dévoués, actifs mais brouillons ; ils ont rêvé trop beau sans tenir compte des possibilités. Les costumes sont arrivés, ce sont des oripeaux de théâtre, même de carnaval. Cric prétend qu’avec le sien elle a plus l’air d’une chienlit que d’une Fouénantaise.

Annie qui n’a pas dormi est d’une humeur terrible ; elle me laisse Françoise à garder pour se reposer et la petite entrave tous mes travaux. Le soir il y a une violente altercation entre Annie et son beau-père. Cricri s’en mêle. N’ayant pas d’étiquette nous ne pouvons envoyer de colis à Franz.

Vendredi 11 Septembre (S. Hyacinthe)

Encore une journée d’agitation. De l’aube jusqu’à minuit bien passé, Cricri s’occupe de sa kermesse. Henri et moi l’aidons dans sa tourné de ramassage à Kerdini car, dans ce coin, on lui a donné des choses lourdes en encombrantes, surtout des pommes de terre pour les frites qui ont toujours beaucoup de succès. D’une manière générale les gens sont généreux et aimables. Ensuite, je vais seule porter la farine aux crêpières. Chez les Kervellec, on m’en prend 7ls ½, au Verne 10 livres, au Mur 5 livres. Les Gourville de Ty Nevez tâcheront d’employer 7ls ½. Après le dîner Cric porte 7ls à Jeanne Marie L’Hénoret. J’aurais encore de la farine à pouvoir distribuer ; les Kériou et Maria Réguer seraient disposer à opérer mais il faudrait encore fournir le beurre et cette denrée nous est donnée avec trop de parcimonie. Cric veut en avoir un peu à son étalage. Nous barattons jusqu’à minuit.

Samedi 12 Septembre (S. séraphin)

Que noter aujourd’hui à part les allées et venues dans les fermes et la séance d’emballage. Cette dernière opération fut assez compliquée à cause du grand nombre d’œufs et du manque de cartons, de caisse, de papier. Nous avons fini par les mettre dans les grands paniers de la ferme avec du foin. Que Dieu les protège !

Cricri part ensuite avec Louis dans la carriole Jégaden pour porter au bourg tous les fruits de ses quêtes. Ils sont variés et très abondants mai, hélas ! tous ne garniront pas son comptoir. Son beurre est réquisitionné par avance par le pâtissier qui en doit 28 livres au Ravitaillement général et qui doit les rendre lundi. Il a emprunté aussi 100 œufs qu’on prélève avant tout sur ce que ma fille apporte ; les pommes de terre vont au rayon des frites, les fruits en ont un spécial. Enfin les volailles te les lapins sont réservés pour la loterie ou le lapinodrome.

Les Loin retienne Cric à dîner ; elle ne rentre qu’à 22hrs, je m’inquiétais.

Dimanche 13 Septembre (S. Maurille)

Le temps s’est malheureusement gâté ; il a même plu pendant ¾ d’heure à peu près, au début de la kermesse, juste au moment de l’ouverture avec le cortège de la Reine Anne, en costumes du Moyen Age. Malgré ce sérieux ennui, ce fut réussi. L’impression était belle et forte ; les costumes du Roi, de la Reine et de leur Cour étaient bien des choses de théâtre mais de qualité splendide qui produisaient leur effet dans le beau décor que la nature leur donnait. Le reste du cortège était surtout habillé de vêtements reliques de familles bretonnes ; il y avait des merveilles.

Ils s’y mêlaient quelques déguisements qui passaient dans l’ensemble, ajoutant encore à son chatoiement. Quant à la vente, objet principal de l’affaire, ce fut de la folie ; on s’arrachait les choses. Les enchères dépassant toute limite ont produit peut-être la plus grosse somme. Henri a vu un paquet de cigarettes ordinaires adjugé à 130frs. Henri de Preissac a payé une tablette de chocolat 150frs etc. etc. ...

Lundi 14 Septembre  (Exalt. Ste Croix)

Il m’est impossible de noter tout ce que je voudrais retenir de cette kermesse qui demeurera fameuse dans les souvenirs de Plougasnou. Je donnerai peut-être des chiffres précis quand je les connaîtrai. Cricri avait, parait-il, à ses pieds un grand panier de ferme où les billets étaient entassés à pleins bords, elle n’a pu compter que jusqu’à 25.000frs en le remettant le soir à Me Le Guen. Un sous-lieutenant allemand disait à une jeune fille : « Mademoiselle, vous voyez que la France est encore très riche. » Henri de Preissac a fait quelques folies à la vente aux enchères, notamment l’achat d’un paquet de tabac qu’il nous a donné pour Franz.

Nous barattons ce matin car il faut recommencer la vie ordinaire, le déjeuner est servi assez tôt et nous partons au bourg, Cric et moi, pour ranger chez Me Le Guen et reprendre nos affaires. Nous retrouvons presque tout. Il ne me manque que 6 bouteilles et Cric a, je le crains, perdu son couteau ; gentil goûter (copieux, coquet et succulent) chez les Loin.

Visite à Me Le Guen. Rencontre au retour de Mrs Olivier et Mager. Vente au bourg des derniers légumes (275frs)

Mardi 15 Septembre (S. Nicomède)

Annie ne se lève pas de la journée, elle se dit très malade. Comme elle exagère toujours dans ce sens, je ne m’affole pas et pense intérieurement que sa soi-disant angine n’est qu’un léger mal de gorge, prétexte pour s’octroyer une journée de repos. Nous avons donc la garde de Françoise du matin jusqu’au soir. Elle est heureusement moins terrible qu’à l’ordinaire. Je puis travailler un peu au jardin avec elle, semant des laitues de Trémont pour le printemps et des poireaux. Je fais aussi mon second bocal de cornichons.

Cricri porte le beurre pour la réquisition. Après le goûter, nous allons chez les Féat retenir Yvonne pour 2 journées de lessive et lui demander de garder Françoise dimanche afin que nous puissions aller tous les 4 ensemble à Plougasnou à la séance théâtrale donnée pour les prisonniers. Louis sème le trèfle rouge dans le champ de la carrière et les navets dans la parcelle devant Bellec à Kerdini.

Mercredi 16 Septembre (S. Cyprien)

Le jour se lève avec éclat et cela met de la joie dans l’âme car depuis dimanche le ciel était bas et bien gris. Mais le matin et le soir sont assez frais ; on sent la venue de l’automne. Je suis contente que graines de trèfle et navets soient en terre. Maintenant il va falloir passer à la récolte de pommes de terre ; j’aimerai qu’elle soit faite avant mon départ pour ne pas laisser cette corvée à Cricri.

J’aurais une masse de choses à faire. Malheureusement Annie se prélasse encore dans son lit et, me trouvant obligée de courir derrière Françoise toute la journée sans la perdre des yeux, je ne puis prendre aucune autre occupation. Avec ma petite fille je puis seulement baratté le matin, porter le beurre chez les Clec’h et chez les Gourville, couper les 4 planches de poireaux qui montaient trop.

Cricri va au bourg avec Madeleine Thomas, elle fait aussi une visite à Me Le Guen. Le soir, elle fait le pansement de Jean Prigent. Cette affaire est longue.

Jeudi 17 Septembre (S. Lambert)

Nous sommes navrés parce que n’ayant aucune étiquette il nous a été impossible d’envoyer un colis à Franz et voilà que ce soir à 6hrs, alors qu’il était trop tard, le facteur nous en remet 3. Le pauvre Franz va rester 3 semaines sans rien recevoir. Annie se lève, cela n’empêche pas Françoise d’être beaucoup avec nous, surtout avec Cricri, assez libre, qui l’amuse en lui racontant des histoires de la Bible et en lui faisant organiser une « kémesse pour les pisonniés ».

Je puis jardiner assez tranquillement et nettoie les planches de poireaux coupés hier. Ma matinée s’était passée en cuisine parce que nos vicaires, faisant leur tournée de quête, devaient déjeuner au Mesgouëz et que nous voulions leur offrir un repas simple mais convenable. J’avais acheté pour cela un lapin à Cricri et j’en ai fait un bon civet. Le soir Me Martin vient nous demander d’habiter la maison Jaouen. Je la lui loue au mois.

Cartes de Pierre et de Paul.

Vendredi 18 Septembre (Ste Sophie)

Beaucoup de petites occupations pas trop transcendantes se partagent mon temps. Je raccommode très longuement une chemise de nuit à Henri ; j’écris assez copieusement à Kiki, je cueille et prépare des haricots verts, je partage de la farine entre 4 personnes qui m’en réclament ; j’aide Annie, et c’est chose très compliquée à préparer un colis pour Franz : 1l de beurre, 1 cake, 10 œufs, 1 paquet de pâtes, 1 paquet de riz, 2 paquets de tabac, 1 paquet de cigarettes, 1 rouleau de papier à dessin.

De plus je suis très dérangée par des visites. La plupart sont des clients pour le beurre mais j’ai aussi des demandes de bois, d’œufs. Me Gaouyer vient voir si Louis sera libre demain, Henri de Preissac nous apporte du carbure et... de la gaîté. Il goûte avec nous. Je vais avec Henri à Kermuster porter le colis de Franz et chercher le pain. On bat aujourd’hui dans les familles de Louis, il ne vient pas et Cric fait son ouvrage. Le battage commence chez Jégaden.

Samedi 19 Septembre (S. Janvier)

Wicktorya part avant le jour pour Morlaix, laissant tout son travail aux bras de Cricri. Ma fille est heureusement au courant et fort énergique mais je suis désolée de la voir faire toujours la servante de tous. Henri va au bourg : corvée de boucherie. Il nous rapporte 4 places pour la séance théâtrale de demain, au profit des prisonniers.

Je jardine un peu le matin en gardant Françoise. L’après-midi est assez calme, ce qui me permet de tricoter, opération dont je me suis bien déshabituée. Je vais très lentement ayant les mains lourdes, comme gonflées. Cela me fatigue et, chose incroyable, m’ennuie presque. Il faudra s’y remettre, c’est l’occupation.

Visites de deux quémandeuses de beurre. L’une est la grosse Catherine Povie, femme Etienne, une voisine qui n’a guère besoin de graisse. Le pouvant par hasard, nous lui vendons 1 livre. Visite de l’Autrichien qui a 38 ans aujourd’hui.

Dimanche 20 Septembre (S. Eustache)

Le jour se lève tard maintenant et je constate un grand recul avec dimanche dernier, je pars à la messe dans une aube grisâtre et pense avec ennui que bientôt, avec ma si mauvaise vue, je ne pourrai plus m’aventurer seule pour aller à l’office matinal. Or Henri et Cric, partent toujours à la dernière minute, ce que je n’aime pas.

Nous déjeunons de bonne heure pour aller au bourg où la séance commence à 2hrs. Tout le personnel se dispersant pour les réjouissances dominicales, Henri reste de garde à la maison. J’aurais voulu qu’il parte avec nos filles mais il trouve que je dois faire acte de présence au bourg, comme châtelaine !!! et mère de prisonnier.

Vente aux enchères. Je ne mets que sur un balai que je n’obtiens pas. Ensuite veillée bretonne, sorte de revue des chants et danse d’autrefois. Intéressant, gentil mais un peu long et monotone ; jolis costumes. Tirage de la tombola.

Lundi 21 Septembre  (S. Mathieu)

Cette maison est pire qu’un moulin. Non seulement les portes en sont grandes ouvertes de jour comme de nuit mais les gens y vont et viennent comme chez eux. Aujourd’hui particulièrement nous n’avons pas eu de trêves entre les visites. Le défilé a commencé à 9hrs ½, avec Yvonne Féat, puis Me Tromeur puis François Cras, clients pour le beurre. Comme je barattais encore et qu’il pleuvait à torrents, ce monde, augmenté d’Annie, de Françoise et de Wicktorya a fait salon dans la laiterie jusqu’à la cloche du déjeuner.

Nous sortions de table quand "Mon Rouleau" est arrivé dans un état d’ivresse manifeste. L’Autrichien de Kermuster s’est amené à son tour. C’est un très gentil et correct garçon mais l’autre exagérait et je craignais que cela tourne mal. Heureusement Ildebert ne s’est pas éternisé comme il fait d’habitude et nous avons pu envoyer Lavenant se coucher près du tas de paille.

Me Martin vient pour du bois. Braouézec Périou pour rapporter le blé, les Chosec, Troadec, Prigent, l’Espagnole, Mr Hervé, Cazoulat viennent chercher leur beurre et bavardent longuement. Enfin visite de Jeannick, ex-Cras, qui ne part  qu’à la nuit close.

Mardi 22 Septembre (S. Maurice)

Hier lettre de Franz à Annie dans laquelle le cher prisonnier parait avoir confiance dans un prochain retour. Carte de Paule. Lettre de Suzanne Prat. Je n’avais pu noter le courrier à cause de l’abondance des allées et venues que j’ai voulu enregistrer. Je ne pose guère à la maison aujourd’hui. Tout de suite, après avoir donné le linge à Yvonne, venue faire une lessive je pars au bourg prendre un laissez-passer pour envoyer du blé (7 quintaux ½) que Louis porte au Syndicat l’après-midi avec un fût vide (le n° 253) qu’il rend aux Le Guen.

Je vais aussi chercher le lot gagné par Annie à la tombola de dimanche. C’est une robe en tricot pour enfant. Nous la croyons malheureusement trop étroite et trop courte pour faire une chaude combinaison de dessous à Françoise. Différentes courses. Quand je rentre, en retard, on me dit que Jeanne Marie L’Hénoret est venue me prévenir qu’il y avait vente mobilière à Plouezoc’h et que j’y trouverai un billic. Je pars avec Annie. Tout monte follement à cette vente et le billic en avait été enlevé. Annie achète quelques bricoles.

Mercredi 23 Septembre (Ste Thècle)

L’été est mort sans avoir beaucoup vécu. L’atmosphère commence dans une atmosphère sombre et humide, d’une mélancolie profonde et qui gêne tous nos travaux. Je demande à Louis de mettre un peu d’ordre et de propreté dans le cellier et de préparer le pressoir en vue de la fabrication d’un peu de cidre, si possible cette année. De plus, Lucie étant venue se servir de fagots dans nos garennes, je m’occupe de liquider la fin du bois. Il restait 2 charretées. L’une est portée chez les Clec’h de l’école, l’autre réservée pour Me Martin qui habitera cet hiver la maison Jaouen.

Nous sommes obligés de dire à 2 clientes de beurre que c’est fini pour cette année ; le lait diminue ; Cricri a promis à Jeannick de lui donner à emporter ce qui serait disponible vendredi soir ; elle doit en réserver 1kg pour le frère d’Yvonne qui repart à Paris et m’en donner le plus possible pour les Albert et les Pierre. Jeannick vient nous faire des crêpes et dîne avec nous.

Jeudi 24 Septembre (S. Gérard)

Dans la matinée je prépare un colis pour les Pierre. Henri se sépare en leur faveur de sa précieuse boite à bougies. Il espère qu’il espère la récupérer. Je puis y mettre 31 œufs, un peu de farine, 1 cake fait par Cricri et des pommes. Dans l’après-midi, nous tentons, Cric et moi d’aller à Morlaix. Le car Huet passe plein à craquer et ne nous prend pas. Le car Hamonou que nous attendons ensuite ne vient pas. Grande perte de temps.

Je repique quelques scaroles et nous repartons à Kermuster chercher du pain et réparer le colis des Pierre qui avait été abîmé par la pluie. Nous allons ensuite au Verne, Cric y panse le doigt de Jean et moi je règle les journées de battage de Jeanne (12j à 25frs = 300frs). Ensuite nous allons chez Eugénie.

Pendant toutes nos allées et venues Henri s’est rendu au bourg. Il fait envoyer à Franz le don des sportifs auquel il joint 1 paquet de tabac et ½ livre de beurre ; il fait renouveler nos tickets d’alimentation, s’occupe des impôts et va toucher à Trégastel la journée du 6 Août (315frs). Nous manquons la visite de Me Loin.

Vendredi 25 Septembre (S. Firmin)

Baratté, lavé des bouteilles, commencé la préparation de la bière. Depuis 15 jours nous ne buvions que de l’eau. Hier Hortense a prévenu Henri qu’il lui était arrivé du sucre de raisins. Alors mon mari qui n’apprécie pas le régime aquatique est parti ce matin au bourg muni d’un récipient pour en rapporter. Il en a pris 2kgs. Hélas ! le prix a doublé depuis l’année dernière !

Aussitôt après le déjeuner je pars à l’enterrement de Me X (mère de Mes Prigent et Jégaden du Verne) qui a lieu à St Jean du Doigt. La cérémonie se termine à 4hrs et je fais des visites à nos anciennes connaissances du bourg Mes Parent, Dizès et Forjonel. Elles ont toutes bien changé, j’ai du mal à les reconnaître et je constate facilement qu’elles ont la même impression à mon sujet. Je suis néanmoins reçue avec beaucoup de cordialité surtout chez la dernière qui me sert un plantureux et excellent goûter.

Albert m’envoie mon laissez passer.

Samedi 26 Septembre (Ste Justine)

La plus triste journée que nous ayons eu depuis longtemps ici. La pluie tombe en déluge surtout à partir de midi et nous renoncer encore une fois au voyage de Morlaix. Henri est allé cependant au bourg pour nous avoir un peu de viande. Nous passons l’après midi serrés autour du fourneau de cuisine, il fait froid et nous n’avons que ce feu là.

Yvonne fait le repassage des deux lessives de la semaine. Je commence à préparer mon bagage en vue du voyage à Sisteron, c'est-à-dire que je regarde ce que j’aurais à emporter comme linge et vêtements car il est impossible de songer à acheter quoique ce soit. Je réunis le strict nécessaire mais ce sont de vieilles choses qui ont besoin de réparations.

Henri persiste à vouloir mon départ le 5 Octobre même s’il n’a pas son laissez-passer. Lettre de ranz à Annie et carte de lui pour son père et Françoise.

Dimanche 27 Septembre (SS Côme et Damien)

Sortie de Francine. A part l’assistance à la messe de 8 heures, mon temps se passe dans la cuisine à fricoter. Je m’applique à faire dans ce cas un peu mieux que notre "cordon bleu" ordinaire qui nous sert à certains jours des pâtées que Wicktorya déclare dédaignement n’être que « soupes à cochons ». Mais les moyens du bord sont bien réduits !...

Plusieurs visites. On vient nous demander du bois et du blé. Mr Prigent vient chercher Joseph. Ce dernier va nous manquer. Il était doux et facile à vivre mais peut-être pas assez attachant à cause de son caractère d’enfant gâté devant lequel le cercle de famille était en admiration. Tel que, il nous a rendu des services cet été et je crois qu’il en a tiré lui-même profit ; il part engraissé, avec bonne mine et a sûrement appris bien des choses utiles. Je lui donne 100frs pour qu’il s’achète un souvenir de ses vacances au Mesgouëz. Me Matin entre dans la maison Jaouen.

Lundi 28 Septembre  (S. Wenceslas)

Le temps en en voie d’amélioration. La journée d’hier s’est passée sous pluie et le jour s’est levé ce matin avec éclat. Le ciel s’est assombri dans l’après-midi et vers le soir il crachinait assez fort ; espérons sortir bientôt de cette mauvaise phase. Pendant que Cric fait le beurre je garde les vaches. Elles sont d’une sagesse parfaite et me donnent 3 heures d’un véritable repos. Je vais reprendre l’habitude de tricoter si j’ai quelques séances de ce genre ; j’avoue cependant regretter Joseph qui me permettait d’agir plus utilement, je crois, pour la maison et la communauté.

Dans l’après-midi je lave et fais des rangements. Mr Salaün et Louis arrachent des fanes et les mauvaises herbes du terrain de pommes de terre. Quelques visites, surtout des clients de beurre. Me martin vient pour des arrangements, les Salaün me paient leur terme. Mr Gaouyer m’apporte des plants de choux.

Mardi 29 Septembre (S. Michel)

De nouveau le déluge ! Nous devions, Henri, Cric et moi aller à Morlaix. Réveil matinal. Mon mari part seul sous les trombes d’eau et revient n’ayant pas été pris par le car. C’est désespérant. Nous sommes prisonniers ici et je me demande comment je pourrai atteindre Sisteron avec toutes les difficultés qu’il me faudra vaincre.

Henri part et revient à pied de Morlaix dans l’après-midi. Il me rapporte un billet de "secondes" pour le mardi 6 octobre. Encore heureux de l’avoir obtenu ! Il ne restait plus une seule place en "Troisième" et 4 seulement en "Secondes". Il aurait encore fallu remettre d’un jour. Tout est à réorganiser pour Paris où mon autre billet a déjà été pris. L’espoir de revoir les Pierre est un peu plus proche cependant.

J’ai rangé le matin et gardé les vaches de 13 à 18 heures. Elles m’ont fait des misères cette fois. Ensuite je vais avec Cric à Corniou pour faire réajuster à ma taille mon manteau beaucoup trop large par Jeannick Cazoulat. Louis va à la grève avec Gaouyer.

Mercredi 30 Septembre (S. Jérôme)

Mr Gaouyer vient aider Louis pour achever la préparation du terrain dont on doit extraire nos pommes de terre. Comme la journée se passe sans trop de pluie et que mon départ est fixé, nous décidons qu’on fera une journée samedi. Il faudrait trouver une douzaine de personnes ; cela sera difficile car partout on cherche des gens pour ce même travail que le mauvais temps ne cesse de contrarier.

Le matin, je garde les vaches pendant que Cricri fait du beurre. Yvonne vient et commence une 3ème lessive. Si elle peut être menée jusqu’au séchage complet, je serai tranquille ; il n’y aura plus de linge sale à traîner. A mon retour je ferai laver tous les sacs et toiles du battage.

Visite d’Henri de Preissac qui nous raconte avec gestes et grimaces son aventure du parachute avec détonateur. Me Féat m’envoie un superbe potiron et Me Clec’h de l’école, venant me payer son bois et son blé, m’apporte de belles tomates.