Juillet 1941

Envoyé 2 paquets de 1kg à Franz.

Hélas ! l’accalmie a peu duré et la pluie est revenue détruisant notre beau travail de la veille. Lorsqu’elle aura cessé il faudra défaire les tas, étaler, retourner etc. Le matin, j’ai baratté, puis travaillé au jardin, semant carottes, radis et haricots. Ensuite j’ai couru après des plans de betteraves. Celles sur lesquelles je comptais me manquent. En les tirant les gens (Jègaden et Réguer) se sont aperçus qu’ils n’en avaient même pas leur suffisance. Bellec n’a pas pu  m’affirmer qu’ils en auraient mais l’espère. Je voulais aller chez Bescond à Kermuster mais transpercée par une averse j’ai dû rentrer à la maison.

Lettre d’Henri. Je lui écris aussi. Il essaie d’avoir une autorisation pour aller en France Libre voir les Paul et les Pierres. Le soir, au moment où nous allions nous mettre à table on vient chercher Cricri pour la petite Lévallan qui s’est entré une fourche dans le pied.

Samedi 19 Juillet  (S. Vinc. De Paul)

Tout le monde a ses nerfs aujourd’hui. Au Mesgouëz. Je ne sais comment cela finira car Mr Salaün, Yvonne et Jean qui se sont chamaillés ont déclaré tous les trois qu’ils ne voulaient plus travailler ensemble ici. Ce n’est vraiment pas le moment de perdre du temps ; nous sommes déjà terriblement en retard. Par surcroît de malheur, il pleut et tout ce qu’on devait faire aujourd’hui est remis.

Annie va le matin à Plougasnou pour ses affaires de succession, me laissant Françoise à garder. J’essaie de la sortir mais il fait trop mauvais temps. Après-midi consacrée à la chasse au doryphore et à celles des plants de betteraves. Je ne rentre qu’à 8hrs ½ ayant tué un bon nombre de sales insectes et m’étant assurée d’environ 12000 pieds de betteraves et de rutas. Mais je suis trempée. Nos pauvres foins me causent bien de l’inquiétude.

Dimanche 20 Juillet  (Se Marguerite)

Messe de 8hrs à Plouezoc’h. Rencontré le ménage Prévallée. André a terriblement maigri et Zaza songe à repartir avec lui pour qu’il souffre moins matériellement. Le pauvre n’ayant pas le temps de faire la queue à Paris se nourrit à peine. Rencontré aussi l’Aspirant Prigent qui fut camarade de captivité de Franz depuis le premier jour, l’accompagnant dans toutes ses étapes. Il vient d’être libéré comme "ancien combattant de 1914". Ce qu’il nous dit me fait plaisir. Il viendra nous voir et nous saurons encore d’autres détails sur notre cher prisonnier.

Dans l’après-midi, Annie, Cricri et Françoise vont à Kerprigeant. Les de Preissac paraissent très contents de les voir et les reçoivent avec une gentillesse qui les touche. Je reste de garde à la maison. Il ne vient personne et je profite de cette tranquillité anormale pour écrire, lire, tricoter. Ensuite je garde les vaches jusqu’à 9hrs ½. Jeannick ne nous fait dîner qu’à 11 heures !

Lundi 21 Juillet  (S. Victor)

Le soleil brille. Mes énervés de Samedi se sont calmés et tous se trouvent sous les armes : fourches et râteaux dès la première heure pour aller aux foins. Le père Salaün qui, en partant, avait dit : « qu’on ne le reverrait pas de si tôt » ne fait aucune allusion à sa dispute avec Jean. Ce dernier d’ailleurs est absent, il rentre les foins chez Pétronille. On tourne et retourne ; on défait et refait les tas dans toutes les prairies ; la journée y passe pour Cricri, Claude, le père Salaün et Yvonne. Moi je n’y consacre que le temps qui s’écoule entre le déjeuner et le goûter car le matin je barrate et vais à la chasse aux doryphores et le soir après 6hrs je garde les vaches qui sont très excitées et me font courir.

Reçu une avalanche de lettres en l’honneur de ma fête. Vœux de mon époux, de mes enfants, de mes beaux-frères et de mes nièces. C’est le petit Henri quia  écrit pour Briançon. Amour chéri, grand’mère conservera précieusement ta première carte !

Mardi 22 Juillet  (Se Madeleine)

Que ma céleste Patronne me protège et veille sur tous ceux qui m’ont été donnés. Lettre de ma pauvre chère Kiki, bien affectueuse. Vœux de mes 3 filles d’ici. Quelques belles roses du jardin. Nombreuses libations… Car c’est la rentrée des foins, il y a Mr Charles, Mr Salaün, Marcel Guégan, Emile Jégaden, les femmes Charles, Pierrick Léon, et tous ceux d’ici. Pour ces gens, il n’y a pas de fête sans un peu de saoulerie. Mon rôle de patronne est donc de verser à boire doublement : en l’honneur de ma Sainte et en celui du tas de foins. Tout marche bien. Le temps nous est favorable. On en prend à son aise, hélas ! Car la provision n’est pas grande. 8 charretées seulement dont il n’y a que 2 assez fortes. Les autres me semblent d’une petite moyenne. C’est à peu près ce que nous avons eu l’an dernier. Comme ils sont assez nombreux pour cette maigre récolte, je vais aux Doryphores avec le petit Charles. Nous en trouvons encore beaucoup. Le soir Jeannick a ses nerfs mais tout s’arrange et le repas est très gai.

Mercredi 23 Juillet  (S. Apollinaire)

On rentre les foins du Moulin à Vent. Cela paralyse un peu notre travail car les journaliers sont réquisitionnés là-bas. Nous allons chercher les pieds de betteraves promis. Ils sont moins nombreux que je ne les attendais : 5000 dans la vallée de Corniou, 2000 chez Bescond. Nous allons aux Doryphores, Yvonne Cric et moi. A 3, la corvée est moins longue. Il ne nous faut guère que 2 heures pour inspecter tout le champ.

Eté chercher des œufs chez Maria Dosset Réguer. Elle m’en donne une douzaine pour une livre de beurre et me demande de continuer l’échange tant que faire se pourra de part et d’autre car cela l’arrange et moi aussi. D’ailleurs ce mode de paiement se pratique de plus en plus par ici. Henri de Preissac racontait dimanche à mes filles qu’avec son beurre il achetait de la viande à peu près autant qu’il voulait.

Jeudi 24 Juillet  (Se Christine)

Journée de charroi de fumier sur notre terre destinée aux betteraves. Un peu de flottement au début, puis cela marche bien avec le concours des attelages de Pétronille et des Jégaden Kerdini. On transporte 21 bonnes charges.

Lettre de Franz à Annie. Cette dernière a la migraine et est de fort mauvaise humeur. Lettre d’Henri qui est toujours à paris dans l’attente de sa permission pour la France Libre.

Dans l’après-midi je tricote un peu pour ma pauvre Cric occupée à épandre le fumier. Vers 2hrs ½ on voit passer 20 avions britanniques et quelques instants après le bombardement a commencé. Cela a dû être formidable ! Où ? Probablement sur Brest.

Le soir drame de "mon Rouleau". L’aimable pochard, couché dans le jardin se fait écraser par Cric. On le panse, on le met dans le foin. Cela dure jusqu’à 2hrs du matin.

Vendredi 25 Juillet  (S. Christophe)

Malgré le coucher tardif ou plutôt matinal, lever à l’aube, presque avant, à 5hrs, ce qui n’en fait que 4 au soleil. On s’aperçoit un peu déjà du raccourcissement des jours. Je n’aime pas du tout l’heure allemande ; elle est illogique pour ce pays-ci mais, pour ne pas faire de mauvais esprit je m’y conforme tandis que beaucoup de gens conservent l’heure française (qui n’est plus car la France libre vient d’adopter l’autre).

Journée très remplie par la mise en place d’environ 10.000 plants de betteraves. J’y travaille avec les autres jusqu’à 5hrs de l’après-midi. Ensuite je garde les vaches pour laisser Yvonne, plus alerte, continuer. Le journal ne dit rien du bombardement d’hier mais les racontars arrivent. Il paraît que cela fut atroce ; la ville a été pilonnée pendant 2 heures. Il y aurait de nombreux morts et blessés. Cela ne m’étonnerait pas en raison du charivari entendu d’ici.

Lettres d’Henri et de Briançon. Bien mauvaises nouvelles de la pauvre M.L.

Samedi 26 Juillet  (Se Anne)

Un léger espoir de récupérer Franz dans quelques jours me donne du courage pour continuer la dure existence actuelle. Henri me dit dans sa lettre, reçue hier, qu’il est allé au Ministère de l’Agriculture où il a appris que 50.000 agriculteurs seraient libérés après les catégories qu’on lâche en ce moment.

2ème journée de betteraves. On achève de fumer le matin. Je vais à Plougasnou pour la boucherie. Queue d’une heure. Déjeuner. Et puis au travail. Le 1er Park Normand est terminé à 9hrs du soir. Notre semis a mieux donné qu’on ne pensait et puis les Cudennec de Kerdini nous ont envoyé beaucoup de plants.

Hier, il est arrivé 2 accidents dans notre voisinage. Le père Prigent du Verne s’est cassé une épaule et un des fils Bellec de Kermuster s’est empalé sur une fourche. Ce dernier est dans un état grave. Les journaux ne disent toujours rien du bombardement d’avant-hier. Le soir, à 9hrs, réception d’un télégramme de Paul.

Dimanche 27 Juillet  (Se Nathalie)

Messe de 8hrs à Plouezoc’h. Pas de viande. Rencontré Y. de Kermadec. Jeannick est de sortie, nous sommes donc de service et la journée n’a aucun charme. Visite de Jaouen avec une de ses voisines qui me supplie de lui vendre une vache. Je résiste. Jaouen a meilleure mine, ce n’est plus le cadavre revenu il y a quelques mois, il pourra bientôt recommencer à travailler. Il nous raconte le dernier bombardement de Brest dont il a eu les échos lui aussi. Il y aurait 400 morts, beaucoup de blessés, une partie de la ville détruite et… les journaux de Brest n’en disent pas le moindre mot.

A la fin de l’après-midi, je garde les vaches qui sont à peu près sages ce qui me permet de lire un peu, chose bien rare maintenant. Mon esprit s’endort dans la vie que je mène. Je ne pense plus qu’à mon travail, aux choses matérielles.

Lundi 28 Juillet  (S. Nazaire)

Je suis réveillée par un bombardement assez proche à… je ne sais pas quelle heure de la nuit. Cela n’a pas duré longtemps.

Baratté le matin. Mis la frênette en bouteilles, puis fait de la bière.

Après avoir écrit à Henri, à Paul et à Paule, je pars pour Plougasnou. Rencontré sur la route notre Allemand, client du beurre, revenu de sa permission de 12 jours dans son pays. Chose bizarre, il semble presque content d’avoir retrouvé la Bretagne. Peut-être a-t-il craint son envoi en Russie ! Il a appris là-bas la mort de 4 camarades tués en URSS. Il paraît qu’il y a de nombreux morts d’un côté et de l’autre.

A la Poste, mon affaire de télégramme s’arrange facilement. Je vais à la Mairie déclarer mon Doryphore. Vu Md Le vaillant dont le gendre a été blessé jeudi (fracture du crâne). Ils étaient 6 dans le bureau d’enregistrement, 4 ont été tués nets. Il y a 350 morts dans la population civile. On ne connaît

Mardi 29 Juillet  (Se Marthe)

28 J. (suite) pas le nombre des Allemands tués mais il y en a sans doute aussi. Car l’Arsenal a été particulièrement visé et ils y travaillaient à monter 20 sous-marins dont les pièces détachées étaient arrivées d’Allemagne. Il y avait 80 avions britanniques, venues par diverses routes, qui se sont trouvés en même temps pour lâcher leurs bombes. Ce fut quelque chose de fantastique dans l’horreur, paraît-il. Les journaux n’en disent rien mais la 3ème page de la Dépêche est remplie par les avis mortuaires de gens décédés le 24 Juillet.

Phono.

28 J. Les jours raccourcissent. Je ne puis me lever qu’à 6hrs ½ maintenant pour faire quelque chose sans allumer. Ecrit à Albert. Eté& à Corniou et chez Bellec pour des plants de betteraves, puis à Kermuster pour le tabac et du pain ; tiré des échalotes ; mis en bouteilles la bière faite hier. Reçu lettre d’Henri qui m’annonce son départ pour Gap. Carte de Pierre, mon colis est arrivé à Briançon.

Mercredi 30 Juillet  (S. Abdon)

Il est tombé quelques gouttes d’eau hier soir, vers 11 heures. Cela a fait du bien mais n’est pas suffisant pour hâter la germination des graines semées et la reprise des plants. Néanmoins je repique quelques salades et mets 2 petites planches de haricots. Baratté le matin, puis je suis allée chez Maria Dossal et chez Eugénie. De 2hrs ½ à 5hrs planté des betteraves. Nous avons achevé ce qui nous restait. Mais il faudra chercher encore avant de passer aux rutas.

Ecrit à Kiki, à Mr de Preissac, aux Pierre, au Crédit Lyonnais. Ce dernier me demande de certifier sous serment que je ne suis pas juive avant de me rembourses des titres sortis. Je crois que les Israélites n’ont pas la vie facile en France maintenant. Pauvre Hedmann, si gentil !

Reçu une lettre de Mimie Prat. Ils vont tous bien à Ivry. Il paraît que les enfants sont très sages et ne donnent aucune fatigue à leur mère.

Gardé les vaches. Guégen vient chercher son Calvados.

Jeudi 31 Juillet  (S. Ignace de Loyola)

Vers 9hrs ½, le télégramme nous annonçant que notre chère Marie-Louise a cessé de souffrir mardi soir nous est remis. C’est Cricri qui me l’apporte au jardin et bien qu’il soit attendu ce coup m’assomme. J’éprouve une sensation de vide, un vague malaise physique… mais je ne réalise pas encore très bien et, tout en me rendant compte que cette disparition sera affreuse le jour où nous serons réunis, à l’heure actuelle je n’ai pas une douleur aiguë ; je pense surtout à elle si vivante et au pauvre Paul, pas à moi qui perds cependant une vraie sœur…

Henri ne l’aura pas revue c'est-à-dire qu’il n’aura eu aucun dernier contact avec son âme. Peut-être était-elle encore sur son lit de mort quand il est arrivé ce matin vers 11hrs. L’enterrement doit avoir lieu demain. Pour moi, impossible de partir, je n’arriverais pas.

Hélas ! il faut que la vie continue ; malgré cette lourde peine, je dois travailler comme les autres jours. Je mets les derniers haricots dans le jardin ; nous courrons mais vainement pour trouver des plants de rutabagas. Je vais avec Cricri remercier les gens qui nous ont donné des betteraves. Grâce aux

Notes de Juillet

(suite) Prigent de Kerdini et surtout à leurs voisins, les Cudennec de Ker Hervé, nous avons pu mettre environ 20.000 betteraves en comptant bien entendu ce que nous avions chez nous et ce que j’ai acheté chez Bescond (2000) et chez les gens de Corniou (3000). Impossible d’en trouver d’autres. Il serait d’ailleurs trop tard. Nous avons encore de quoi faire une ligne ou deux en arrachant les dernières trop petites samedi dernier ; elles se sont un peu développées et demain nous irons les tirer avant de commencer les rutas.

Loisel vient chercher le veau de Brück. Il fait 150 livres et nous rapporte 750frs. Je n’ai jamais vendu un veau aussi cher. Ah ! si Franz était là ! nous pourrions gagner un peu d’argent en ce moment. Mais avec notre personnel, encore plus ignorant et moins courageux que nous, mon ambition est seulement de nous maintenir à flot. J’achète 20 livres d’échalotes à Md Féat pour la semence de l’été prochain (60frs)

Août 1941

Vendredi 1er Août  (S. Pier. Aux L.)

Visite de l’aspirant Prigent

Ma pensée est à Gap. C’est précisément l’anniversaire du mariage des pauvres Paul. J’écris une carte. Reçu une lettre d’Henri, informé de notre malheur en même temps que moi. Son départ a été retardé par des formalités. En même temps un mot de Pierre qui me tourmente beaucoup au sujet de Paule. La radio a révélé une tache suspecte. Le médecin affirme que le mal n’est pas grand mais qu’il faut le surveiller de près et condamne Paule au repos absolu et les Pierre auraient besoin d’aide, de secours et nous ne pouvons aller à eux ; nous sommes bouclés ici.

Donc journée assez cafardeuse. Je vais avec Yvonne au doryphore dans l’après-midi ; après le goûter dans la vallée de Kerniou avec Françoise pour payer des plants de betteraves. Les gens refusent encore mon argent mais ceux-là d’une façon quoi ne me plaît pas.

Le fils Bellec meurt vers 5hrs du soir. Cela impressionne tout le quartier. Cric et moi allons jeter de l’eau bénite.

Samedi 2 Août  (S. Alphonse)

Levée de bonne heure, je pars à Plougasnou mais rencontre sur la route le mari d’Eugénie qui se rend au bourg et m’offre de monter à côté de lui dans sa carriole. J’accepte sans vergogne. 3 heures de queue à la boucherie mais j’en suis récompensée car j’obtiens un bon pot au feu et un gros rôti de veau. Depuis le 1er avril nos n’avions pas vu telle abondance. Courses. Retour à pied.

Déjeuner à la hâte puis départ pour l’enterrement Bellec. Le pauvre garçon a beaucoup souffert depuis le moment de son terrible accident jusqu’à la fin. Je ne puis même y penser sans frémir et je vois que tout le voisinage est très impressionné. Il paraît que c’est le quatrième qui s’empale dans le canton depuis le commencement de l’année. On lui fait les plus belles cérémonies possibles. Beaucoup de monde, beaucoup de couronnes et de fleurs.

Retour à pied avec Md Jégaden Kerdinis et Marie-Josèphe Bellec.

Lettre d’Henri datée d’hier à Paris ; il n’est pas encore à Gap.

Dimanche 3 Août  (S. Geoffroy)

Anniversaire de notre petit Jean.

Messe de 8hrs à Plouezoc’h. Là aussi j’ai de la viande. Parlé à plusieurs personnes de connaissance au sujet des plants de rutas. Je vais même en demander dans une ferme et n’en trouve nulle part. Gardé Françoise pendant qu’Annie va à la grand’messe. Je vais avec elle et Cric chercher du pain à Kermuster ; rencontré Bescond, il nous mène voir ce qui reste de plants aux Bellec. Ce sera chose à traiter demain.

Dans l’après-midi, souffrant des jambes, je m’étends une heure environ avec un livre : l’histoire de France de Bainville que je commence. Pendant ce temps, Claude et Jean dénichent la vieille voiture de Flora, la nettoient un peu, y attellent Mignonne et vont, dans cet équipage, faire un tour. Ils descendent jusqu’à St Antoine et reviennent par Kermuster. Ils font sensation dans le pays et s’amusent beaucoup. En dépit des ordonnances allemandes il y a bal à Corniou. C’est la bande à Lucie qui le mène. Pourvu que ces bêtes ne nous coûtent pas trop cher ! Visite du Commandant Troadec. Gardé les vaches.

Lundi 4 Août  (S. Dominique)

Temps couvert toute la journée. La brume tombe ; par moment le crachin est assez fort. Baratté le matin. Nous avons 15l ½ de beurre. C’est le record de cette année. Depuis que le veau de Brück est sevré nous avons une augmentation sensible de lait.

Toute la maisonnée est encore nerveuse. J’ai remarqué que tous les lundi cela marchait mal. Cependant après le déjeuner nous commençons à couper l’avoine. On tâtonne un peu, la faucheuse ne fonctionne pas bien. Dès que cela marche à peu près, il faut s’arrêter car c’est l’heure d’aller goûter. Impossible de reprendre après car il pleut un peu trop. Il n’y a même pas la moitié de la petite pièce du Méjou de l’école à terre. Rien n’est lié car il faut que l’herbe qui se trouve entre les épis sèche.

Reçu enfin les feuilles d’assurance sociales de Jean et de Jeannick. Annie reçoit une lettre de sa mère qui lui propose une bicyclette. Je crois qu’elle va la demander. Eté le soir à Kermuster chercher du sucre de raisins. Commencé de la frênette. Wiktorya me dit que Brück a eu le taureau ?

Mardi 5 Août  (S. Abel)

Porté 1 livre de beurre pour la Réquisition toujours à 14.50. Malheureusement, l’impuissance, ou pour mieux dire, la mauvaise volonté des paysans de la région s’accentue ; il y a de moins en moins de beurre apporté, les gens le vendent 17 et 18, parfois même 20frs aux clients qui viennent le chercher.

Le matin, nous tirons et plantons 4 lignes de rutas, seule production de notre semence cette année Encore les plants sont-ils petits et faibles, je doute un peu de leur reprise. Dans l’après-midi nous continuons la coupe de  l’avoine, achevons le champ de l’école mais la faucheuse ne marche pas bien et, après le goûter, nous portons, Cricri et moi les lames à Kermuster pour faire changer 4 dents. Nous prenons le tabac de la semaine, 2 pains à la boulangerie et allons chez Bellec quêter des plants de rutas.

Cartes de Paul et de Pierre. Lettres d’Albert, de Kiki et de Mr de Preissac.

Mercredi 6 Août  (Transfiguration)

Anniversaire de ma naissance. J’ai 64 ans aujourd’hui. Pensées et prières pour mes parents. Souvenirs du beau temps d’autrefois.

Baratté le matin. Mis la frênette en bouteilles. Eté chez Maria Dossal porter du beurre et chercher des œufs. Il vient encore des gens me demander du bois, du beurre. Je suis obligée de refuser. Cependant on donne 2 litres de lait entier par jour pour les petits enfants des Salaün venus en villégiature. Ils sont tellement maigres que j’en ai pitié.

Ecrit à Mr de Preissac, à Albert, aux Pierre. Reçu une nouvelle lettre de notre agent d’assurances qui m’ennuie bien. Les Charles n’accepteront pas le règlement de cette affaire tel que la Compagnie le fait ; il faut que je proteste.

On achève de couper l’avoine. Hélas ! elle est toute par terre lorsque la pluie commence à tomber. Petit accident à la faucheuse.

Jeudi 7 Août  (S. Gaëtan)

Gardé Françoise toute la matinée. Pendant que sa mère repasse. Heureusement elle se tient assez tranquille et je puis faire un peu de crochet pour Cricri qui m’a demandé une encolure et des dépassants de manches pour une chemise de deuil.

Ecrit à Henri et à Mr de Preissac.

Comme il avait plu une partie de la nuit, on ne peut pas travailler aux champs de bonne heure mais on s’y met aussitôt après le déjeuner. Yves et Jeanne-Marie l’Hénoret viennent nous aider se joignant à Mr Salaün, Jean, Claude, Lucie, Yvonne et Cricri. Cela marche bien. On fauche les 2 pièces de Kerdini, terminant même assez tôt.

Annie reçoit une lettre de Franz. Je touche un mandat de 2.977frs envoyé par lui. Son petit pécule de captivité commence à grossir mais il pense qu’il devra rendre quelque chose dessus.

Vendredi 8 Août  (S. Justin)

Rien ne marche bien. Il pleut presque toute la journée.

Visite de Md Féat.

Nouvelle lettre de Mr de Preissac qui m’ennuie bien. Nos gens ne sont assurés que pour les anciens tarifs. Or, comme ils ont doublé depuis un an, je dois verser à Mr Charles la moitié de l’indemnité qui lui est due, l’assurance donne seulement l’autre c'est-à-dire 10frs sur 20. Dans ce cas j’ai 110frs seulement de frais mais il peut survenir des accidents plus onéreux. Il faut réviser nos polices. J’aurais désiré que ce soit Franz qui discute plutôt que moi ou même son père ; ignorants des questions rurales, nous risquons de nous laisser trop influencer par l’aimable agent de la Mutuelle du Mans.

Annie ne peut plus compter sur la bicyclette. On coupe du blé : quelques gerbes seulement pour détourer le champ.

Samedi 9 Août  (Se Clarisse)

Partie de bonne heure à Plougasnou, j’en reviens vers 1h rapportant un peu de viande pour le déjeuner. Différentes courses au bourg avec, presque partout, le même résultat négatif. Pas de vin, pas de cidre, pas de houblon, pas de feuilles de frêne, pas de vaseline, ni pellicules pour photos, ni fruits, ni chicorée. A la mairie on refuse même de m’inscrire pour l’essence de battage disant que ce serait de l’encre perdue.

Temps très couvert mais sans pluie ; un peu de crachin seulement. On peut dans l’après-midi couper le blé de la majeure partie d’un champ de l’école ; le reste devra être fait à la faux. Mais nous ne sommes pas assez nombreux derrière la faucheuse. Ceux sur qui nous comptions ont fait défaut. Les l’Hénoret seuls sont venus.

Je dois aller garder les vaches pour laisser Yvonne au champ. Ensuite je vais chercher du pain à Kermuster pour le dîner.

Carte du pauvre Paul écrite entre la mort et l’enterrement de Marie-Louise.

Dimanche 10 Août  (S. Laurent)

Messe de 8hrs à Plouezoc’h. Vu Yvonne qui me remet quelques petites choses pour Franz. Rien à la boucherie. Les Cars ne peuvent plus servir leurs clients qu’une fois tous les 15 jours. J’ai bien fait de n’inscrire que 2 cartes chez eux. Les Loisel sont tellement bien ravitaillés que je les soupçonne de faire de la contrebande. Mais ce n’est pas mon affaire ; je n’en veux rien savoir. La seule chose qui m’importe c’est que je suis obligée de faire tous les samedis matins 12kms à pied par n’importe quel temps et de faire la queue pendant plusieurs heures. Et puis la viande de boucherie atteint maintenant des prix presque prohibitifs pour certaines bourses, dont la nôtre. Le porc tué le 15 Avril est terminé moins 3 morceaux dans le saloir et 2 andouilles dans les quelles je n’ai pas confiance.

Journée sans Jeannick. Donc tripotages, lavages, cuisine. Ce qui me fatigue le plus c’est de scier le bois. Claude m’aide. Gardé les vaches en tricotant un peu.

Lundi 11 Août  (Se Suzanne)

Journée manquée. Nous espérions terminer la moisson du blé, ou du moins bien l’avancer. Les gens retenus à cet effet étaient sous les armes dès 8hrs ½ du matin ; il a fallu les renvoyer parce qu’il pleuvait trop. L’eau est tombée presque sans interruption jusqu’à 3hrs de l’après-midi. Puis l’averse a cessé et le soleil a même daigné se montrer vers 6hrs. Mais impossible de rien faire de sérieux.

J’ai sarclé des carottes. Hélas ! l’humidité et surtout la brume  ont ravagé nos tomates. Henri qui s’est donné tant de mal pour elles ne trouvera que des faisceaux de branches pourries. J’en suis désolée, d’abord en pensant à sa déception et puis je comptais sur ce légume fruit pour nous revigorer. Je vais essayer de compenser un peu en forçant les salades. J’en ai repiqué quelques-unes, semé d’autres et je pense semer encore dans quelques jours.

Mardi 12 Août  (Se Claire)

Bien meilleur temps. Quelques gouttes d’eau à l’extrême matin mais dès 8hrs ½ le soleil se montre et nous pouvons nous mettre à l’ouvrage. Je dis : nous c’est peu exact car je suis surtout occupée par des besognes à côté de la moisson proprement dite ; il n’y a que le soir, entre 9hrs ½ et 10hrs, que j’aide à faire les tas.

Le matin je cours tout Kerdini pour trouver des lieurs ou des lieuses. Peine inutile ! Tout le monde est pris car la mauvaise journée d’hier ayant été nulle pour le travail, il faut regagner le temps perdu. Lucie est chez les Prigent qui coupent aussi. Marie-Joseph Bellec est partie en journée. On coupe chez les Léon. Quant aux Jégaden qui coupent pour eux-mêmes et tout seules ils auraient pu venir et nous leur aurions rendu cela. Mais il faut toujours faire passer leur travail avant le nôtre et, comme nous ne voulons pas le quitter, ils s’abstiennent. C’est ennuyeux d’autant qu’ils paraissent fâchés contre nous. Jean a peut-être dit ou fait quelque chose. Eté 2 fois à Kermuster pour chercher du pain. Gardé les vaches.

Lettre de Franz à Cricri.

Mercredi 13 Août  (S. Hippolyte)

Encore un peu d’eau pendant la nuit mais il est possible de se mettre à l’ouvrage après 9hrs du matin. C’est chez l’Hénoret qu’on opère maintenant. Je lui envoie la faucheuse avec Isis, le père Salaün, Jean, Claude, Yvonne et Cricri, ce qui fait qu’en une seule journée j’ai rendu le travail fourni par sa famille mais nous continuons selon nos moyens jusqu’à ce que son blé soit tout à fait coupé.

Le matin je vais chercher mes œufs et porter du beurre chez Maria Dossal, puis voir des petits cochons chez Kervellec et acheter des plants de choux chez Cloarec. Je rentre et trouve mes gens à table.

Après le déjeuner, planté mes choux. On vient chercher la jument « Mignonne » pour Pétronille. Longue visite de Mr de Kermadec qui ne part que lorsqu’on m’appelle pour garder les vaches.

2 missives d’Henri ensemble : une carte de Gap écrite le 2 août, jour de son arrivée et un mot g=bref qui m’annonce son retour pour demain vers 11hrs.

Jeudi 14 Août  (S. J.M. Vian.)

Je me réveille en entendant la pluie dégouliner des toits. C’est peu réjouissant pour la reprise de contact d’Henri avec la Bretagne… et ses habitants. Mais ce n’est pas seulement ennuyeux, c’est désastreux pour les récoltes. Le déluge se prolonge toute la journée sans interruption et avec une densité encore plus grande dans l’après-midi que le matin.

Nous allons néanmoins, Annie, Cricri, Françoise et moi, au devant d’Henri à Kermuster. On ne peut rien faire au dehors, même pas sortir les vaches, le soir. Nous restons donc à parler du voyage d’Henri, de ceux qu’il a vus à Paris, à Boulogne, à Gap, à Briançon. Il nous dit des détails sur les derniers jours et les derniers instants de Marie-Louise, sur l’état et les projets de Paul. Il nous raconte ce que font les petits, nous montre des photographies récentes. Je suis bien tourmentée de la santé de Paule. Elle est séparée des enfants et fait une cure de repos dans la montagne.

Vendredi 15 Août  (Assomption)

La pluie continue, très forte jusqu’à midi, devient du crachin et cesse vers 3hrs. Nous allons Henri, Cric et moi à la messe de 8hrs à Plouezoc’h. En rentrant je baratte et Cricri prépare le beurre car Yvonne est absente. Nous souhaitons la fête de Cricri. Comme distraction, Henri fait marcher le phono qu’il m’a donné. Il passe des disques qu’il a rapportés du Pérou. Nous entendons donc un peu de musique. A signaler quelques disques de couleur locale, ceux qui font entendre des duos ou trios de quéna et de harpe péruvienne. Dire que ce soit très beau serait bien exagéré mais c’est curieux, évocateur et me plaît. Egalement entendre des guitares hawaiiennes.

Nous sommes désoeuvrés, assez tristes et soucieux et c’est une détente pour moi d’aller garder les vaches quoique Françoise veuille m’accompagner et nécessite une surveillance. Petite Diablesse passe entre les jambes du taureau.

Samedi 16 Août  (S. Roch)

Légère amélioration atmosphérique. On peut couper du blé au Moulin à Vent entre 14hrs et 17hrs. Mais le dernier champ n’était qu’à moitié quand la pluie a recommencé avec une violence telle qu’il a fallu tout abandonner.

Personnellement ma matinée se passe au bourg : séance hebdomadaire pour obtenir un peu de viande. J’obtiens à peu près satisfaction à la boucherie, sauf en ce qui concerne les prix de plus en plus effarants. Dans les autres magasins, vide complet. Le Guen m’avoue qu’il ne compte plus recevoir de cidre avant celui de la récolte 1942. Cette année, il n’y a plus de pommes non seulement dans le Finistère mais dans toute la Bretagne.

Je sème une planche de navets avec au bout un petit carré de chicorée frisée et une planche de choux pour l’été prochain. Gardé les vaches en faisant du crocher pour Cric.

Dimanche 17 Août  (Ste Elise)

Messe de 8hrs à Plouezoc’h. Gardé Françoise pendant que sa mère est à la grand’messe. Un peu de jardinage. Ecrit une carte postale à Pierre. Je trouve une demi heure après le déjeuner pour lire quelques pages de l’Histoire de France par Jacques Bainville. Le livre m’intéresse et cela me fait plaisir aussi parce je sais que mon Pierrot fait actuellement la même lecture.

Henri va faire une visite au Roc’Hou.

De 2hrs à 5hrs, les gens d’ici (y compris Cricri et Claude) vont au Moulin à Vent achever le fauchage du blé. Ils y goûtent. Ensuite Claude qui doit partir demain matin prépare son bagage. Je vais garder les vaches, elels sont sages. On commence à sevrer le veau de Frileuse né le 29 Juin. J’ai envie d’appeler cette petite bête Pierrette. Elel est jolie, très forte pour ses 7 semaines et si elle tient de sa mère sera une exvcellente laitière.

Lundi 18 Août  (Ste Hélène)

Levée à 6hrs, je réveille Henri, Cricri et Claude. Ce dernier partait pour Paris et mon mari la conduit jusqu’à Morlaix ayant quelques courses à y faire pour son compte mais impossible de monter dans le car plein à craquer. Nous les voyons revenir.

Matinée passable employée surtout à baratter. Mille petits dérangements. Nous préparons un colis de 1kg pour Franz avec ce qu’Yvonne de K m’a procuré l’autre dimanche. On ne peut pas tout y mettre mais j’ajoute 1 de mes paquets de tabac. Il a donc 2 paquets de gris, 1 paquet de cigarettes de troupe, 1 paquet de biscuits, 1 petit pain d’épice, ½ livre de chocolat.

Pendant le déjeuner le déluge recommence. Les journaliers s’en vont, abandonnant encore la moisson. Le père Salaün et l’aveugle Féat restent. Ce dernier scie du bois pour Annie.

Lettre de Franz transmise par le Capitaine Tessier libéré. Je vais le soir avec Henri chercher du pain à Kermuster. Rencontré diverses personnes. Fait de la bière.

Mardi 19 Août  (S. Eudes)

Même temps qu’hier : matinée passable avec des éclaircies ensoleillées qui nous font espérer qu nos pauvres céréales pourront être sauvées mais dès midi la pluie reprend et tombe comme sous les tropiques. Michel Léon me dit que de mémoire d’homme un pareil mois d’août ne s’est pas vu en Bretagne.

Henri et Claude prennent le car de 13hrs30 à Plouezoc’h. Mon neveu filleul paraît avoir le cafard de quitter le Mesgouëz. Nous sommes nous-mêmes tristes de le voir partir. Les fins de vacances sont toujours mélancoliques et puis cette atmosphère lugubre crée une ambiance pénible.

Je me secoue en repiquant des poireaux. Je croyais avoir beaucoup de plants et j’ai du mal à en trouver 400 ; il me faut prendre des fils. J’espère qu’ils prendront tout de même mais je doute qu’ils soient assez gros avant l’hiver. Il va falloir commencer les semis pour le printemps.

Courrier assez volumineux. Nouvelles de Briançon.

Mercredi 20 Août  (S. Bernard)

Il ne tombe qu’une seule averse vers 11hrs. Elle suffit à entraver le travail projeté. C’est un vrai désastre. La paille pourrit, les grains germent… Nous faisons ce que nous pouvons pour enrayer le mal. On tourne et retourne l’avoine couchée sur le sol ; on défait et refait des tas de blé. Le soir après 6hrs, on coupe un peu d’orge.

Pour mon compte je baratte le matin, je vais porter du beurre et chercher des œufs chez les Réguer en emmenant Françoise. J’achète la plantation de la 4ème planche de poireaux (j’en ai un peu plus de 400), je vais chercher de l’orge à griller pour remplacer le café chez les Colléter (de l’école), 1fr la livre. J’inspecte les champs d’avoine et de blé, je garde les vaches. Journée bien remplie mais pas fatigante.

Lettre de Madeleine Sandrin. Lettre de Franz à Annie. Lettre d’un autre compagnon de captivité : Aridon, directeur d’école à Plouvin.

Le veau de Frileuse nous donne bien du mal à sevrer.

Jeudi 21 Août  (Ste Charles Ch.)

Pas de grosses pluies aujourd’hui mais un crachin qui dure sans interruption depuis le matin jusqu’au soir, entravant tout travail au dehors. C’est lamentable et tourne vraiment à la catastrophe, pour la 7ème région du moins car il parait qu’en Beauce, la moisson faite il y a 3 semaines, l’a été dans de bien meilleures conditions.

Sans être désoeuvrée, je trainaille un peu de cafard dû à l’inquiétude où je suis sur le sort de nos céréales et aussi à plusieurs contrariées provoqués par le manque de zèle et les exigences de notre personnel. Jeannick a un service qui dépasse la mesure de la fantaisie qu »elle y apportait déjà. Les Charles réclament encore de l’augmentation pour Jean. Wicktorya se repose sur ses lauriers polonais ; quant à Yvonne qui travaille plus que les autres, elle nous parait avoir des idées bien submersives…

Longue visite d’Hubert Le Marois de passage au Roc’Hou. C’est un vrai Normand comme caractère et il s’en vante ! A part cela, il manifeste de bons sentiments et de la raison.

Vendredi 22 Août  (S. Symphorien)

Pour la première fois depuis longtemps, il ne pleut point. On respire plus à l’aise. Dès 10hrs du matin on commence à couper l’orge bien qu’elle soit encore assez mouillée. Elle est toute à terre pour l’heure du goûter, pas liée naturellement. Ensuite on retourne notre pauvre avoine coupée depuis le 4. Elle est noire, égrenée mais pas complètement perdue, me dit-on. Si le temps se remettait on en sauverait quelque chose. C’est la nouvelle lune, un peu d’espoir malgré un ciel très nuageux.

Je sarcle un peu ma plate bande d’endives et celles de carottes d’hiver et m’occupe du séchage des échalotes. Dans la matinée, j’avais baratté puis gardé Françoise, Annie étant allée au bourg. En promenant ma petite fille, j’ai poussé jusqu’à Kermuster pour acheter de la graine de trèfle rouge 15 livres à 10frs chez Fustec. L’an dernier, j’avais payé 5frs50. Donc le prix a doublé. Il en est de même pour tout !

Le soir gardé les vaches. Henri va à Kerprigeant. Lettre de Claude.

Samedi 23 Août  (Ste Sidonie)

Eté au bourg le matin. Fait la queue pendant 2hrs ¼ pour ne rien avoir que des déchets. Rencontré Annie Maistre. La pluie me surprend au retour, très peu après Pomplencoat ; elle dure tout l’après-midi. Couverte d’un vieux manteau, je travaille quand même un peu au jardin, nettoyant une planche sur laquelle je sème à la volée 2 vieux paquets de choux "Quintal d’Auvergne" et 1 paquet (nouveau celui-là) de choux "Cœur de Bœuf de la Nalle". Il viendra ce qui viendra.

Je répond à Claude, tricote environ 20 minutes et lis une dizaine de pages de l’Histoire de France.

Dimanche 24 Août  (S. Barthélemy)

Messe de 8hrs à Plouezoc’h. Charles de Kermadec (dit Tatou) nous annonce que son frère Ronan s’est fiancé dernièrement à Oran à Melle Hélène Rossi. Jeannick est de sortie ; par conséquent nous sommes de cuisine et le fourneau ayant des dégâts, il est, parait-il, impossible de l’allumer. Il faut faire nos repas à l’âtre et je ne suis pas experte dans ce sport.

Annie mène sa fille à la mer dans l’après-midi. Visite d’Henri de Preissac venu voir la petite génisse d’Ondine, il la retient. Celle de Frileuse est terrible à sevrer ; depuis 9 jours elle n’a pas encore appris à boire.

Je garde les vaches de 6hrs à 9hrs du soir. En rentrant, je suis malade. Crise d’entérite et coup de froid. Cela dure toute la nuit. Gros orage, tonnerre et pluie. Je crains qu’on ne puisse rien sauver de nos pauvres céréales.

Lundi 25 Août  (S. Louis, roi)

L’orage de la nuit n’a pas rétabli le temps ; il pleuvote presque sans interruption. Baratté le matin, puis gardé Françoise. Annie ne se lève pas de la journée, elle dit qu’elle a une congestion pulmonaire et devient tuberculeuse. Comme elle n’a pas du tout de fièvre, je ne m’en inquiète pas. Mais cette pauvre Annie est atteinte d’un autre mal : elle ne peut entendre parler d’une maladie sans s’imaginer qu’elle l’a aussi. Je suis persuadée que de savoir Paule souffrante, séparée de ses enfants, faisant une cure de repos, lui trotte en tête, excite son imagination. Jeannick prend cette petite crise très au sérieux, met des ventouses, porte les repas au lit, se constitue infirmière cerbère, m’interdisant même d’entrer dans l’appartement pour ne pas fatiguer la malade qui, fraîche et souriante, lit et travaille.

Je repique quelques endives. Henri cueille des haricots verts. C’est la 6ème fois que nous en mangeons du jardin et il en a vendu 2 fois aux Féat.

Mardi 26 Août  (S. Zéphirin)

Phénomène d’une journée sans pluie. Porté 1 livre de beurre à la Réquisition (15frs). Quoique Annie soit levée, je garde Françoise une bonne partie de la matinée pendant qu’Yvonne fait ses lavages.

On déjeune de bonne heure car Henri part à Morlaix demander une traduction allemande. Albert nous ayant écrit que, par une amie de la masseuse de Germaine, on pouvait tenter quelque chose même sans avoir vraiment confiance, nous ne voulons pas négliger quoique ce soit.

Carte du pauvre Paul, bien triste mais si chrétienne ! Carte de Pierre, meilleures nouvelles de Paule qui me sont un immense soulagement.

Dans l’après-midi Cricri, Yvonne et Jean vont couper de l’orge et le lier chez les l’Hénoret ; ils y goûtent et dînent. Je garde les vaches le soir. Pétronille vient nous demander de lui prêter la faucheuse demain. La Préfecture nous accorde 25kgs de carbure. Henri commande de la tourbe.

Mercredi 27 Août  (S. Armand)

Temps très menaçant, vent très mal piqué mais pas d’eau. La journée d’hier ayant assez bien séché, on tourne l’avoine et on la lie. Nous défaisons et refaisons les tas de blé. Certes le dommage est déjà grand mais… il pourrait être pire et nous encore à remercier Dieu. « Donnez-nous notre pain quotidien » est la prière que j’ai dans le cœur et souvent sur les lèvres tandis que je me livre à ce travail du séchage des gerbes. Françoise m’aide. Cela l’amuse beaucoup de jeter les petites meules par terre ; elle est très forte.

Lettre de Kiki me rassurant sur sa santé mais peu réjouissante sur le chapitre de la vie à Paris. Les restrictions, les grandes privations et la misère prévues pour l’hiver prochain ont fait grandir l’esprit révolutionnaire. Malgré sa sévérité contre le parti communiste le Gouvernement serait débordé si les Allemands n’étaient pas là. L’occupation nous sauve de la guerre civile et des troubles sanglants mais l’heure n’en viendra-t-elle pas quand même ?

Gardé les vaches. Frileuse prend le taureau.

Jeudi 28 Août  (S. Augustin)

Le phénomène heureux de 2 journées sans pluie en ce mois d’Août 1941 ne s’est pas prolongé. Quatre averses seulement, ni très longues, ni très fortes hélas ! suffisantes pour entraver le travail. Impossible de lier l’orge, on se contente de la retourner mais les tas de blé ne sont pas transpercés. Enfin, petit à petit, la moisson se fait chez nous comme chez les autres ; on parle de rentrer les gerbes dès le début de la semaine prochaine et de commencer les battages mercredi… pour ceux qui ont de l’essence. Ils sont 4 ou 5 à posséder cette précieuse denrée dans notre compagnie.

Je passe la matinée à courir de ferme en ferme pour m’informer mais tous ont la même réponse : « C’est un reste. » Je sais que ce n’est pas vrai. Il faut aussi que j’en trouve et recommencerai la chasse demain.

Carte de Franz à Annie. On sent qu’il espère une libération pas trop lointaine. Henri et moi allons à Plougasnou pour lui envoyer un colis. Hélas ! le Secours National est bien démuni. Je ne peux avoir que 1 pain d’épices, 4 paquets de biscuits, 4 paquets de chocolat, 2 de sucre, 1 paquet de tabac, 1 boîte de cacao. J’y rajoute 1 tabac et le Secours me

Vendredi 29 Août  (Déc. S ; J.-B.)

(suite 28) me donne un livre : "La Justice de Paix" par René Benjamin. Cela est maigre. Il n’y a plus de conserve.

(29) – Mes semences de navets et de choux qui avaient merveilleusement germées, abondantes et rapides, sont dévorées. Il n’y a plus rien sur mes plants. Encore deux averses dans la matinée qui retardent la mise à l’ouvrage. Ce n’est que vers 3hrs de l’après-midi qu’on peut se mettre à lier l’orge. Ils sont 6 à Kerligot qui travaillent avec zèle jusqu’à 9hrs ½ du soir et viennent à bout de ce grand champ.

Pour mon compte, baratté et fait de la bière dans la matinée. Eu la visite d’Henri de Preissac qui venait chercher la génisse d’Ondine. Il pensait l’emporter dans sa petite remorque de bicyclette. Impossible. Ensuite je coirs pour de l’essence. Promesses vagues. Je serai fixée au milieu de la semaine prochaine. Le soir, gardé les vaches.

Dîner tardif. Pendant que Cric reconduit Yvonne, Henri et moi raccompagnons Lucie qui meurt de peur (malgré son âge de révolutionnaire) dès qu’il fait nuit.

Samedi 30 Août  (S. Fiacre)

Il a encore plu toute la nuit. Quelle calamité ! Mais l’après-midi laisse un peu d’espoir, je me raccroche aux moindres indices pouvant annoncer une amélioration de l’atmosphère.

Comme tous les samedis, je vais à Plougasnou le matin pour en ramener quelques victuailles. Je ramène un assez beau morceau de bœuf et des oignons splendides d’une taille telle que je n’en ai jamais vue. Rencontré Jeanne Périou.

Henri et Jean vont conduire le veau d’Ondin à Kerprigeant. Il fait 85 kilos ; j’en suis ravie mais très étonnée. On ne peut rien faire dans les champs ; tout est trop mouillé mais je travaille un peu au jardin nettoyant des planches qui ont déjà servi pour les rendre capables d’autre culture. Henri cueille encore des haricots verts : 5 livres pour nous et 6 pour les Féat ; cela sur 3 planches seulement. Nos plantations ont bien donné. Je crains qu’il n’en soit pas de même pour les suivantes, mal venues à cause de l’humidité.

Dimanche 31 Août  (S. Aristide)

Messe de 8hrs à Plouezoc’h. Forte brume qui se dissipe peu à peu. Nous revoyons enfin le ciel bleu ! Peut-être allons-nous entrer dans une belle période ? Hélas ! elle vient trop tard ; d’importants dégâts ont été faits. Et puis, malgré le grand soleil, certaines fraîcheurs de l’air annoncent l’approche de l’automne. Je ne crois pasque les betteraves et pommes de terre puissent atteindre leurs volumes normaux. Quant aux fruits, n’en parlons pas, les arbres sont vides chez nous comme ailleurs. Quelques poires seulement dans les espaliers.

Pas de viande à Plouezoc’h.

Je lis quelques pages de Mauriac. Cricri fait de l’aquarelle. Henri met des poires en sacs ; je sème quelques navets et des poireaux dans un coin de terre préparé hier. Grande activité et même grand chahut dans le ciel tout l’après-midi. Des masses d’avions. On entend mugir les sirènes.

Gardé les vaches en crochetant pour Annie. Ecrit à Paule.

Septembre 1941

Lundi 1er Septembre  (S. Auguste)

Moins de clarté rayonnante qu’hier mais le ciel se voile par moment ; je n’en puis pas moins noter une belle journée. Espérons que le mois qui s’ouvre tiendra cette promesse et nous dédommagera du précédent vraiment anormal. Je parle beaucoup du temps parce qu’il a une importance énorme dans la vie que nous menons. On peut dire que c’est lui qui commande. Il est impossible d’établir un programme quelconque de l’emploi de nos journées sans en tenir compte. Et ce n’est pas seulement parce que l’humeur des gens de la campagne s’en ressent, ni qu’ils ont peur de s’exposer aux intempéries, la terre ne peut être travaillée que dans telles ou telles conditions de sécheresse ou d’humidité.

Les céréales qui nous occupent surtout pendant cette période exigent aussi certaines conditions atmosphériques pour être manipulées. La question du séchage est primordiale et nous donne cette année grand souci et grand mal.

Donc il fait beau, grande agitation au Mesgouëz et dans son entourage. Le matin on défait tous les tas de blé dans tous les champs. Jean va dans l’après-midi rentrer la moisson chez Pétronille. Yvonne et Cric vont lier l’orge au Moulin. Vers le soir, on refait tous les tas. Après le dîner, ceux d’ici, augmentés de Jeannick et d’Annie, retournent aider les L’Hénoret et travaillent jusqu’à minuit passé. Passant directement de chez eux chez nous, sans emprunter aucun pouce de terrain qui ne soit aux uns ou aux autres, ils ne redoutent pas la Pétronille mais je suis quand même inquiète… Henri et moi sommes aussi très occupés de notre côté.

Baratté le beurre le matin. Couru après des porcelets. Ceux des Kervellec sont tous vendus. Je rapporte seulement 2 adresses et des plants de choux fleurs.

Carte de Pierre qui nous annonce sa nomination à Sisteron. Nous en sommes à la fois heureux et tristes. Briançon est si beau, si attachant !

Gardé les vaches. Mangé encore 6ls de haricots verts du jardin.

Mardi 2 Septembre  (S

Temps splendide qui favorise notre rentrée de la moisson, du blé et de l’avoine du moins car l’orge ne se met en grosse meule qu’à la dernière minute. On peu commencer dès 10hrs du matin (8hrs au soleil), la rosée s’évaporant vite. Le travail a bien été organisé ; nous avons 3 charrettes à 2  chevaux et un personnel suffisant, pas trop nombreux. Il est vrai que Cricri et Yvonne travaillent comme des hommes et Md Charles aussi. Ce n’est terminé qu’à 9hrs ½ du soir, par un beau clair de lune. Ce n’est pas que la récolte soit très abondante mais les champs sont si loin ! On perd forcément beaucoup de grain. Nos gerbes coupées depuis longtemps ont été trop manipulées. Il le fallait pour le séchage.

Tout se passe bien. Les repas sont à peu près à l’heure et bons malgré la pénurie en toutes choses. Mon morceau de viande de samedi a été le plat de résistance du matin avec des carottes et des pommes de terre. Le soir nous avions de très beaux artichauts, une bouille d’orge et du fromage.

Gardé les vaches. Eté à Kermuster.

Mercredi 3 Septembre  (Ste Sabine)

Vers 10hrs du matin, un express nous apporte un télégramme mis hier soir par Albert. Il s’agit de faire partir au plus vite un nouveau dossier pour la libération de Franz. C’est l’affaire dominante de cette journée.

Jeannick nous rend bien service. Elle part à Morlaix sur une bicyclette Jégaden et s’y débrouille à merveille. L’interprète malade est en congé chez elle, rue de Brest. Nous avons la traduction vers 5hrs seulement. Jeannick repart aussitôt à Plougasnou et fait légaliser les papiers que nous avons préparés. A 6hrs tout est fini et le pli porté à la poste. Mais nous avons eu bien peur de manquer le coche. Cela donnera-t-il des résultats ? En tout cas nous aurons fait tout le possible.

Jean rentre l’avoine et le blé au Moulin. Yvonne et Cric ramènent une charretée d’orge pour faire la litière sous le tas de paille. Cric roule et herse le champ du pigeonnier pour y semer du trèfle rouge.

Toute la soirée et une partie de la nuit bombardements intenses. Le taureau se détache. La pauvre Cric fait une corrida jusqu’à 3hrs du matin.

Jeudi 4 Septembre  (S

Cricri aidé par Yvonne continue son travail dans le champ du pigeonnier puis rentre encore une charrette de litière. Je mets de la bière en bouteilles puis je vais porter le beurre et chercher des œufs chez les Réguer-Dossal. Je cours aussi à la recherche d’un lapin mâle. Pas de chance ! Partout où je vais il est arrivé des aventures. Au Verne, le lapin qu’on m’avait signalé a été volé il y a 3 jours. Chez les Oléron il a été mangé. On me dit d’aller voir à Kerligot.

Après-midi tranquille pour moi. Malgré tout ce que j’aurais à faire dans le potager impossible de travailler à cause de la température cuisante et accablante. C’est peut-être le jour le plus chaud de l’année. Je tricote un peu, vais et viens dans la maison.

Henri écrit à Albert. Yvonne et Cric vont de 2hrs ½ jusqu’au soir lier l’orge chez L’Hénoret. Elles y goûtent et dînent. Je garde les vaches qui m’en font voir. Elles sont affalées par la chaleur et les moustiques.

Vendredi 5 Septembre  (S. Bertin)

Baratté le matin. Discussions pour le beurre. Ici chacun a ses clients préférés et, quand il va falloir en supprimer, il y aura des drames. Les battages commencent. Notre mécanique marche chez Pétronille et la nouvelle machine à vapeur fait ses débuts chez Jégaden. Mais cela ne va bien nulle part. Le grain trop humide ne passe pas dans la première de ces batteuses. Quant à l’autre, ses propriétaires la déclarent parfaite mais c’est le charbon qui est défectueux. Ils sont obligés d’y renoncer et d’employer du bois. Néanmoins, l’ouvrage se fait… avec plus de lenteur. Le moteur ronfle chez Pétronille jusqu’à 11hrs du soir ; il commence à pleuvoir. Pluie toute la nuit ensuite.

Bonne journée de jardinage. Je repique des choux et des endives.

Une génisse qui s’est cassée une patte a été abattue chez Bellec. J’y vais acheter de la viande. C’est horriblement cher. Le pot au feu est à 14frs la livre. Vrai marché noir mais c’est l’usage du pays d’aller chez les voisins qui ont eu "le malheur".

Samedi 6 Septembre  (Ste Eve)

On bat chez Jégaden et au Verne. Les récoltes y sont importantes et belles en dépit des avatars de la saison. Jean étant demandé par nos plus proches voisins auxquels nous devons des journées je suis obligée d’envoyer Yvonne suivre à sa place notre mécanique chez les Prigent. Il faut donc la remplacer ici et une partie de son ouvrage tombant sur les bras de Wicktorya, celle-ci est de mauvaise humeur.

Je vais à Plougasnou le matin. J’obtiens 10 litres de vin pour mon battage ou plutôt promesse de 10 litres car je ne puis les rapporter mais à quel prix ! (18frs50). La vie devient impossible. Le soir pendant que je garde les vaches j’ai 2 visites au champ. La première est celle d’un cousin de Pétronille à laquelle Cricri avait promis un de nos cochons et qui vient s’entendre avec moi à ce sujet, et l’autre celle d’une réfugiée du Havre qui me relance pour avoir une charretée de bois. Elle est accompagnée par son mari, un mulâtre presque nègre de la Martinique, qui parait déjà claquer de froid et me fait pitié ? Je ferai le possible.

Dimanche 7 Septembre  (S. Cloud)

Messe de 8hrs à Plouezoc’h. Il fait presque nuit maintenant quand nous partons. D’ailleurs le soleil ne se montre pas de la journée mais il ne pleut pas, le vent est bien piqué et la température assez élevée tombant cependant beaucoup vers le soir. Impression d’automne. Journée de corvées ménagères à cause de la sortie de Jeannick. Entre temps, je jardine un peu, repiquant une douzaine de scaroles et sarclant quelques mauvaises herbes. Nous avons maintenant pas mal de légumes au jardin : carottes, radis noirs, concombres, salades, haricots verts surtout. Henri a calculé que nous en avions bien mangé déjà une trentaine de livres et qu’il en a cueilli 20 livres pour les Féat. Et ceci sur 3 planches seulement ! Il est vraie qu’elles sont presque épuisées, qu’elles étaient aussi les mieux venues et qu’à partir de maintenant la saison sera moins favorable à la floraison des autres planche.

N’ayant pu trouver de cartes familiales au bourg, nous n’écrivons pads les bulletins hebdomadaires aux Pierre et à Paul.

Gardé les vaches.

Lundi 8 Septembre  (La Nativité)

La barattée du matin me parait fantastiquement longue et fatigante par un temps lourd mais comme elle me donne 13 livres ½ de beurre, je ne m’en plains pas. Il est vrai que Wicktorya a fait encore des siennes en mettant la crème de la veille malgré tout ce qu’on lui a dit et redit. D’abord cela produit une certaine perte ; ensuite, cela provoque des perturbations dans le service des clients. Je tâcherai d’arranger les choses.

La question brûlante du jour est celle de l’essence. Aurons-nous ce qu’il faut pour battre ? En ce moment j’ai pu obtenir 40 litres. Je retournerai 2 fois chez les Prigent du Verne pour convenir avec eux de notre battage. Nous le ferons en début de la semaine prochaine. Ils ont bien un bon de 35 litres pour la Compagnie mais ne détiennent pas encore la précieuse denrée et ne peuvent m’en assurer ma part. Ils me conseillent donc d’essayer de m’en procurer encore 5 litres pour ne pas risquer de rester en panne. Je vois aussi qu’ils essayent de garder intacts les 35 litres pour une autre ferme qu’on tirera au sort.

Mardi 9 Septembre  (S. Omer)

Anniversaire de la mort de mon frère Henri qui fut ma première grande douleur. J’ai oublié bien des choses qui se sont passées depuis ce 9 septembre 1896, même de très récentes mais je me souviens de ce jour comme si je venais de la vivre, comme si j’y étais encore… En fermant les yeux, je reviens de la chambre, ses tentures, ses meubles et surtout le cher compagnon de mon enfance… Il faut secouer ces pensées pour agir. Notre fin de semaine sera surchargée ; peut-être aurons-nous le battage ?

Nous portons les tuyaux du fourneau à réparer chez Le Sault. Nous ramenons 35 litres d’essence. C’est déjà bien, presque inespéré mais pas suffisant. C’est le battage au Moulin à Vent. Jean y va tandis qu’Yvonne se rend à sa place chez les Oléron. Henri tente d’aller à Morlaix. Impossible ! Il n’y a pas de car Merrer bien que ce soit le jour, faute d’essence. Je fais de la bière pour le battage ;

Cartes de Paul et de Pierre. Paul va bien mieux.

Mercredi 10 Septembre  (Ste Pulchérie)

Henri prend le courrier du matin pour Morlaix ; il rentre pour déjeuner, rassuré au sujet de la tourbe et du carbure. Nous ne les tenons pas encore mais les promesses sont sérieuses. Je mets de la bière en bouteilles (76), je baratte (9ls ½ de beurre), je raccommode des sacs pour le battage et garde les vaches le soir.

Cricri et Jean rentent l’orge (4 charretées). Mr Salaün vient l’après-midi couper la litière pour mettre sous le tas de paille, Jeannick se livre à quelques nettoyages, bref on commence à préparer la grande journée « le plus beau jour de ma vie », comme dit mon Pierrot pour me taquiner. Yvonne va battre au Moulin à eau de la Vallée de Corniou.

Nous apprenons que les Gourville de Kervélégan vont aussi avoir de l’essence. Alors Cric et Jean ne veulent pas les laisser passer devant nous craignant un changement de temps qui menace. Nous approchons de l’équinoxe.

Jeudi 11 Septembre  (S. Hyacinthe)

Sortie de mon lit de très bonne heure, je suis prise dans la bousculade dès le lever du jour car il est décidé que le battage aura lieu demain à moins que le temps ou quelque accident y fasse opposition. Cela me contrarie beaucoup car rien n’est prêt ni à la maison, ni à la ferme. De plus, c’est un vendredi. Je n’ai rien à donner que de la volaille pour nourriture, au moins 45 personnes. Il faut que je me résigne à servir de la viande car dans les circonstances actuelles je n’ai pas le droit de retarder le battage des autres, ni de sacrifier le nôtre, pas même de le risquer.

Cricri nettoie un peu la ferme car Jean est à la mécanique chez les Fournis. Henri et moi allons à Kermuster le matin chercher le reste d’essence et les tuyaux du fourneau. Une histoire de vaches perdues nous fait perdre au moins 2 heures dans l’après-midi. Puis Annie, Françoise et moi allons au bourg en charrette conduite par Mr Salaün chercher le vin. Je garde les vaches. On vient poser la machine.

Vendredi 12 Septembre  (S. Raphaël)

Battage. Tout se passe très bien mais à cause du manque de préparation produit par l’avance apportée brusquement à cette opération, il a fallu que nous en mettions un rude coup. Nous ne nous sommes couchées hier qu’à 1hr ½ du matin et à 5hrs nous étions sur pieds. Pas un arrêt au cours de la journée et même le matin ce fut plus que de l’agitation autour du fourneau et des foyers de l’âtre.

Les repas ont été prêts exactement et bons. Naturellement avec des moyens très réduits ; 6 volailles ont passé de la basse cour à la marmite. Emprunté 3 livres ½ de porc à Md Jégaden du mur. Pris le dernier morceau de lard du cochon tué le 15 avril. On a servi les 3 repas dehors. Ce fut terminé de bonne heure vers 21hrs. Rien n’est rangé. Je n’ai pas encore examiné la récolte mais tout en la sachant médiocre, je suis contente et remercie Dieu de tout mon cœur.

Samedi 13 Septembre  (S. Maurille)

Je ne quitte ma chambre qu’à 8hrs du matin, chose qui ne m’était pas arrivée depuis bien longtemps. L’énervement contenu de la veille, la joie d’en avoir fini de la moisson, de la savoir à l’abri et peut-être aussi l’excès de fatigue m’ont empêchée de dormir. Je me sens donc assez vaseuse mais dissipe vite cette impression en partant au bourg avec Henri.

A la boucherie, on ne me donne que les 125grs par personne auxquels nous avons droit. Cela devient très strict et je n’aurais rien pu avoir pour le battage. Donc pas à regretter. A la mairie, Mr Le vaillant nous rassure sur un bobard qui avait couru la veille d’une punition disciplinaire infligée à Plougasnou ; elle est pour Morlaix seulement.

Après-midi employé à ranger le matériel du battage. Visites aux Jégaden et à Pétronille pour rendre les objets empruntés et remercier.

Lettre de Franz à Annie. Il va changer de camp.

Dimanche 14 Septembre  (Ex. de Ste Croix)

Canonnade durant une bonne partie de la nuit, plus violente vers 2hrs du matin. Impossible de dormir. Chose curieuse, aucun bruit d’avions. S’agirait-il seulement d’exercices de tirs nocturnes ? L’opinion publique est qu’il y a eu un bombardement aux environs. Mais où ? …

Messe de 8hrs à Plouezoc’h. Vu Yvonne. Le mariage de Ronan est fixé au 20 de ce mois. Boucherie, boulangerie. Je garde Françoise la fin de la matinée pendant que sa mère s’habille et va à la grand’messe.

Après-midi : visite aux Jégaden ; félicitations pour le mariage de Vincent, payé mes dettes, demandé du regain à couper pour mes chevaux, commandé des pommes de terre, retenu 2 couples de porcelets. Visite à Md Féat ; acheté 2 petits lapins ; demandé un mâle pour la fin de la semaine prochaine ; retenu plants de choux et de salades de Pâques. Md Tromeur de Térénez m’envoie d’excellents mulets par son frère qui tire des souches. Je garde les vaches. Bombardements.

Lundi 15 Septembre  (S. Alfred)

Mon barattage est exceptionnellement long. Il dure 3 heures moins 10 minutes, c'est-à-dire presque toute la matinée. Je sème de la laitue de Trémont pour le printemps et repique quelques salades de Scaroles. Jean et Cricri commencent à préparer de la terre pour semer su seigle tandis que je cours les fermes pour trouver de la semence. Il y en a à Kermuster chez Bescond. Il ne veut pas en vendre mais consent à m’en échanger 25 kilos contre 30 d’orge. Rendu des bidons d’essence. Il en manque 1, il y a eu des erreurs et cela m’occasionne encore des allées et venues. Mais, petit à petit, l’ordre se rétablit et le battage 1941 tourne à l’état de souvenir.

Répondu à Suzanne Prat. Ecrit aux Pierre, écrit aux Ménez de la part de Franz. En somme journée bien remplie mais sans agitation, comme je les aimerais toutes.

Mardi 16 Septembre  (Ste Edith)

On sème le seigle. Je m’informe pour de la semence d’avoine. Rendu des bidons. Continué rangements. Semé graines d’oignons.

Yvonne ne vient pas. Gardé les vaches. Tricoté un peu, commencé la 1ère manche de mon petit manteau noir.

Lettre d’Albert. Je lui écris. Porté 1 livre de beurre pour la réquisition : prix 15frs. Prêté 2 bidons d’essence vides à Marie Olive Gourville.

Un pêcheur vient nous apporter un congre pesant 7kgs500. Nous le payons 60frs. Le prix courant est, parait-il, 10frs la livre.

Mercredi 17 Septembre  (S

Barattage : 10 livres de beurre. Malgré cela, nous n’arrivons pas à satisfaire ceux qui viennent demander. Yvonne est trop gourmande, elle voudrait en ce moment rafler toute la production au profit de ses frères venus au pays chercher des provisions. Et elle est toujours à parler de partage, d’égalité.

Au fond, elle a raison, je pense comme elle : ceux qui nous sont chers passent avant les inconnus mais si je note cela c’est bien pour me prouver que ces prétendus justes, ces communistes n’ont pas la vraie charité ; ils sont tout aussi égoïstes que ceux qu’ils appellent « les Jouisseurs ».

On bat chez les Bellec Yves L’Hénoret me dit que nous devons avoir environ 30 quintaux de blé et me donne quelques conseils.

Repiqué des scaroles. Le beau temps continue, grand soleil mais le fond de l’air est assez frais et donne l’impression d’automne.

Jeudi 18 Septembre  (Ste Sophie)

.Nous nous levons très tôt. Henri part à Morlaix chercher du carbure. Il en rapporte 10kgs seulement au lieu de 20. On lui en donnera encore 7kgs500 mais il paraît que le commerçant a le droit de prélever 10% sur le poids octroyé par la Préfecture. ! Admettons pour cette matière très périssable mais je suis bien sûre que d’autres grattent avec et dans des proportions encore plus fortes sur les rations de leurs clients. Au fond tout parait organisé, règlementé, égalisé et personne n’accepte la discipline ; on continue comme par le passé le régime des faveurs.

Eté au devant d’Henri à Kermuster pour l’aider à porter ses paquets. Annie prend le car de 1h avec Françoise pour faire des emplettes en ville. Henri et moi partons au bourg. Mis un colis de 5kgs pour Franz : 1 gros cake fait par Cricri, 1 gros pain d’épices fait par Annie, 1 paquet de tabac, 1 savon de toilette. Le Secours National me fournit en plus : 4 paquets de biscuits, 4 paquets de chocolat, 2 paquets de sucre, 1 paquet de cacao, 1 paquet de tabac.

Visite au recteur. Les messes pour Marie-Louise commenceront lundi et se termineront le 30, jour de la Ste Thérèse.

Vendredi 19 Septembre  (S. Gustave)

Baratté (9 livres). L’Allemand qui n’était pas venu depuis 15 jours car je lui avais dit que nous étions en moisson, avions le battage et beaucoup de travailleurs à nourrir, est revenu. Je tiens à ce qu’on lui donne 1livre de beurre bien que je sente du mécontentement chez Yvonne. Cette dernière a eu 6lvs ½ dans la semaine, c’est cependant assez large part ! Il est vrai qu’ils sont actuellement chez 11 chez les Féat ; repiqué des scaroles ; retirer les premiers haricots à conserver en secs pour l’hiver. Notre jardin nous donne beaucoup depuis quelques temps. Nous avons déjà eu près d’une centaine de livres de haricots verts, la récolte des secs ne sera pas trop mauvaise, je crois, malgré les avatars du début. Nous avons quelques carottes, des concombres très souvent, des radis noirs et des salades plus que nous ne pouvons en manger. J’ai cueilli aujourd’hui des bettes. Il s’en annonce plusieurs plats.

Reçu une lettre d’Harteweld.

Samedi 20 Septembre  (S

A Plougasnou le matin pour le ravitaillement. J’en reviens chargé comme une bourrique car j’ai trouvé du sucre de raisins et de belles carottes. Rencontré Henri de Preissac qui me dit que le retour des hommes âgés de plus de 35 ans est très probable. Cela me donne de l’espoir et du courage. On bat chez Lévollan. Il n’y a plus que Kériou à faire et, s’ils ne peuvent avoir de l’essence au début de la semaine prochaine, ils battront à la vapeur dans cette ferme. La nouvelle machine Jégaden a terminé ce soir le tour de sa Compagnie et, comme elle est obligée de travailler au moins 45 jours elle va commencer par les environs les plus immédiats.

Repiqué encore une planche de scaroles. Le soir Wicktorya est malade. Nous courons après les vaches à nuit bien close.

Dimanche 21 Septembre  (S. Mathieu)

Dimanche comme tous ceux qui sont, les sorties réglementaires de Jeannick. Il se trouve un peu plus compliqué encore par la santé de Wicktorya que Cricri aide à traire les vaches et à donner les repas des bêtes si bien que ma pauvre fille ne peut aller à la messe.

Henri et moi y allons, à 8hrs, à Plouezoc’h, comme d’habitude. Vu Mr de Kermadec, Yvonne et Tatou. Rie appris de sensationnel. Temps superbe. Jusqu’au déjeuner nous n’arrêtons pas. Après-midi assez calme. Les filles de Léon, le bourrelier, viennent nous demander de nous inscrire comme clients de leur père. Le soir gardé les vaches en tricotant un peu.

Lundi 22 Septembre  (S. Maurice)

Nous vivons en ce moment  la plus belle période de l’été. Malheureusement elle vient un peu tard. Toutefois pour les betteraves ce grand soleil est très favorable, dit-on, et si la chaleur se prolongeait une quinzaine de jours elles grossiraient sensiblement. Elles sont encore bien misérables et partout on s’inquiète pour la nourriture du bétail cet hiver.

Baratté ce matin. Le beurre commence à diminuer un peu. Il va falloir bientôt lâcher quelques clients. Mais lesquels ? Ils sont tous bien gentils pour nous. Une des dernières venues : Francine Bodeur m’a encore envoyé un cadeau aujourd’hui : 6 beaux maquereaux.

Les Jégaden sont revenus ce soir de leur voyage à Paris, ramenant les mariés de jeudi : Vincent et sa femme.

Notre dernier battage a eu lieu. C’est le maout chez Kériou. Toutes les fermes de notre Compagnie ont eu de l’essence.

Mardi 23 Septembre  (Automne)

Henri tente d’aller à Morlaix le matin. Le car de 8hrs lui file devant le nez sas s’arrêter à la station de Kermuster car il est archi bondé de gens et de marchandises. Chose qui me parait mal faite mais qui nous sert en l’occasion : il y a une autre voiture dans l’après-midi, celle de Merrer à Plouezoc’h et mon mari peut quand même faire le tour en ville projeté. Les propriétaires de car auraient dû s’entendre, ne pas nous sevrer complètement de communication les dimanches, lundis, mercredis et vendredis pour nous gâter les mardis, jeudis et samedis.

Je bêche un peu dans le jardin et sème des choux fleurs sous châssis. Annie sème des épinards. Je lui donne les graines que j’avais achetées pour moi. On arrange un peu le tas de paille, non comme je le demandais, à la manière normande, mais à l’idée de Jean qui devient de plus en plus Monsieur J’Ordonne.

Répondu à Harteweld, mis une carte postale à Pierre.

La vache Fleurette est malade. Crise très aiguë d’entérite. Nous lui fabriquons une tisane d’orge et de foin (recette d’Yves L’Hénoret)

Mercredi 24 Septembre  (Ste Célestine)

Mon barattage de ce matin me donne 11 livres de beurre. C’est beau et cependant cela  ne parvient pas à satisfaire tous nos clients et les amateurs de la maison. A chaque fournée se sont des discussions dont j’ai horreur. Si je donne au dehors, ceux d’ici protestent, disant qu’ils doivent être servis les premiers ; si je garde largement, Henri me fait le reproche de prodigalité, de gâchis même et me rappelle mon devoir de solidarité. Bref le beurre occasionne toujours des mécontents.

Fleurette va un peu mieux mais on la soigne encore. Mr Salaün vient et me prépare un peu de terre. Nous rentrons, Henri et moi, les haricots blancs arrachés il y a 3 jours et nous retirons de terre une bonne partie des flageolets. Je mets aussi de la bière en bouteilles (85). Le soir je tricote un peu et termine la première manche de mon manteau noir.

Lettre de Suzanne Prat-Le Doyen. Yvonne fait une petite lessive.

Jeudi 25 Septembre  (S. Firmin)

Jardiné le matin, gardé Françoise puis porté le beurre chez les Réguer. Au Verne payé les journées de battage de Joseph (12 à 20 = 240frs). Ils étaient tous occupés à déjeuner. On m’offre une crêpe exquise et un cidre parfait en me donnant des renseignements pour me procurer de la farine première qualité. Mis la fin de la bière en bouteilles (16). Recommencé à jardiner, planter des choux, semer des épinards. Mes salades de Trémont lèvent mais Françoise les a piétinées et passablement abîmées.

Nous allons prendre 2 couples de porcelets à Madagascar (1.800). Ils ont environ 5 semaines et sont beaux. C’était une première portée de 7. Les Jégaden en conservent 2. Pétronille en a pris 1 et j’ai le reste. Guéguen de Cornaland vient voir Fleurette. On continue le même traitement. Reçu étiquette pour colis de Franz. Il a  changé de camp. Il est maintenant aux environs de Dresde.

Vendredi 26 Septembre  (S

Hier j’ai appris que le père Charles qui était soi-disant très anglophile et Gaulliste s’était fait embaucher par les Allemands. Cela nous prive du seul journalier que nous avions à notre disposition car le père Salaün est bien usé, mais je suis bien contente en ce sens que les opinions de la famille Charles vont s’améliorer. On nous traitait de « boches » dans ce milieu parce que je vends presque chaque semaine une livre de beurre à un soldat qui me la payait 18frs et même 20 depuis hier…

Arrivée de la tourbe : 6m cubes pour 2.010frs. Cela me parait de la terre  sèche et ne me donne pas grande confiance pour notre chauffage de l’hiver. On verse le camion dans la cour. Henri et moi passons toute la journée à rentrer la tourbe. Cricri nous aide un peu. Mr Salaün continue à couper de la litière, Jean à déchaumer. Yvonne va tirer les premières pommes de terre (1 sac) d’hiver pour nos cochons qui n’ont plus rien à manger dans le jardin.

Fleurette est toujours malade et commence à m’inquiéter sérieusement. Je décide de demander le vétérinaire.

Envoyé 1 colis de 1kg à Franz. Pain d’épices fait par Annie auquel je joins 2 boîtes de pâté et 2 paquets de tabac.

Samedi 27 Septembre  (S. Côme)

Eté au bourg dans la matinée. On ne peut plus téléphoner des cabines publiques et les abonnés, à part quelques rares autorisés ne peuvent se servir de leurs appareils que pour l’étendue de la commune. A Plougasnou, le boulanger Moreau et le maire sont autorisés. Je vais donc chez ce dernier pour demander à Baron de venir voir Fleurette.

A la mairie prise des coupons de ravitaillement pour Octobre. Boucherie, différentes courses. Le frère de baron vient au début de l’après-midi et nous rassure un peu pour notre vache. Rentré quelques haricots. La pluie tombe, interrompant ce travail.

Lettre de Franz, lettres d’Albert et de Claude Prat. Il faut faire de nouvelles démarches pour notre prisonnier. Je vais chez Pétronille rendre un bidon d’essence et prendre divers renseignements.

Dimanche 28 Septembre  (Ste Clémentine)

Messe de 8hrs à Plouezoc’h avec Cric. Henri va à Plougasnou assister à celle qui se dit pour Marie-Louise et fait faire à la mairie le certificat demandé pour Franz. J’écris aussi au service départemental. Gradé Françoise. Après-midi jardinage.

Vers 3hrs ½ combats d’avions juste au-dessus de nous. Habileté extraordinaire des pilotes. Les appareils courent presque à ras du sol, circulant entre les arbres avec une vitesse prodigieuse. C’est fantastique à voir et nous rappellent les chasses aux perdreaux. Fantastiques aussi à entendre avec le bruit des moteurs, le crépitement des mitrailleuses, le canon qui tire, les obus qui éclatent. Il y a 4 Anglais RAF. L’un passe complètement couché sur l’aile à une douzaine de mètres au-dessus de ma tête entre notre pommier et la tourelle des WC. Wicktorya en tombe assise par terre.

Le soir café chez les Jégaden en l’honneur des nouveaux mariés. Brillante réception intime pour les temps actuels. Nous étions 17 à table dans la salle à manger et 10 dans la cuisine. Menu copieux. Vins et liqueurs parfaits. Grande animation et bonne tenue.

Lundi 29 Septembre  (S. Michel)

Bombardement intense pendant la nuit, en particulier à 3hrs moins ¼. J’entends les éclats d’obus tomber tout autour de nous. En crépitant dans les feuillages. L’un d’entre eux doit même être de bonne taille car il fait grand bruit.

Baratté le matin ; désagréable surprise : le beurre diminue beaucoup. Plusieurs clients doivent s’en retourner avec des assiettes vides. Le temps est lourd et menaçant. Je m’occupe encore de la récolte des haricots.

Eté au Moulin à Vent pour demander aux L’Hénoret qui vont demain au bourg de me rapporter 5 litres de vin auxquels nous avons droit, parait-il avec des coupons de Juillet. Jeanne-Marie me donne quelques plants de laitue d’hiver. Pendant que je les repique, bombardements, mitrailleuses, avions, obus tout le fourbis. Henri est de très méchante humeur.

Mardi 30 Septembre  (S. Jérôme)

Levée à 6hrs ¼. Partie vers 7hrs pour assister à la messe de 8hrs à Plougasnou, la dernière de la neuvaine que nous avons fait dire pour Marie-Louise. Différentes courses au bourg. A peine rentrée, je reçois la visite des 2 vicaires. Nous connaissions tous l’Abbé Délasser mais celui qui remplace l’Abbé Guyader, tué à la guerre, est un inconnu. Il est jeune et parait très gentil mais fort timide. Je leur donne l’offrande (50frs à chacun) et les invite à déjeuner. Impromptu assez réussi malgré nos faibles moyens.

Après-midi tiré et rentré des haricots. Vers le soir je suis allé avec Annie et Françoise à Kermuster. Boulangerie et Le Sault. Mr Salaün coupe de la litière. Sa femme vient m’apporter leur st Michel (location de la maison 150frs). Cueilli quelques poires.

Cartes de Franz, de Pierre et de Paul. Cric achète au pêcheur qui passe une roussette de 8 livres ½ qu’elle paye 64 francs.