Juillet 1946

Lundi 1er Juillet (S. Martial)

Du beau temps ! Ce n’est pas trop tôt. La bombe atomique n’a parait-il produit que quelques dégâts locaux d’une importance bien moindre que les prévisions les moins terribles qui en étaient faites.

On met des betteraves dans des terres à Kerdiny, ce qui emploie la pauvre main d’œuvre dont nous disposons (les Allemands et Yvonne Féat). Cric hérite donc d’une grosse part du travail de ferme.

Nous nous étions couchés hier à 1hr ½ c'est-à-dire ce matin ; il est encore tard ce soir. Ce sont les grands travaux qui commencent. Du courage et de la force, mon Dieu !

Mardi 2 Juillet (Visit. N.-D.)

Anniversaire de notre mariage : 45 ans ! Nous le célébrons sans aucune pompe. Un verre de vin, une tasse de café sont nos seuls extras. Et le travail fut le même que les autres jours.

Une lettre de Pierre écrite avec toute la tendresse de ce fils chéri, nous aurait apporté beaucoup de bonheur si elle n’avait contenu en post scriptum une mauvaise nouvelle qui m’a douloureusement émue et à laquelle je pense tout le temps avec une vive inquiétude. En se baignant dans l’Odet, notre pauvre petit Jean s’est fait une coupure profonde dans un pied ; il a fallu le transporter dans une clinique, l’opérer de suite, lui faire une piqûre antitétanique. On l’a endormi mais le pauvre amour a dû souffrir quand même et est condamné à l’immobilité.

Mercredi 3 Juillet (S. Anatole)

Depuis dimanche c’est la grosse chaleur et comme le travail est mesuré au beau temps, nous sommes dans le coup de feu. Ce soir Franz est très, très fatigué et le brave Hans qui trime encore plus dur aux champs semble aussi n’en plus pouvoir.

A la maison, vie normale ; les deux enfants vont mieux mais leur mère persiste à prédire qu’ils couvent de terribles maladies. L’autre jour Françoise était tuberculeuse, aujourd’hui Alain commence une méningite. Ces pronostiques ne les empêchent pas de jouer et de se disputer. Je me tourmente d’avantage de notre Jean. Je lui ai écrit ce matin ainsi qu’à son père et je pense qu’ils ne nous laisseront pas longtemps sans nouvelles.

 Jeudi 4 Juillet (Sr Théodore)

Il y a eu en ce moment beaucoup de ventes, les gens cessent de faire de l’agriculture, soit qu’ils se retirent, soit qu’ils prennent un autre métier. C’était aujourd’hui celle des Bellec de Kerdiny : le fils part marin et la mère, âgée, aveugle, va vivre chez une parente. Les récoltes – sur pied – ont atteint des prix fous, extravagants. Les meubles n’ont pas été vendus sauf un pot de grès pour saler les porcs qui a été acheté par Franz (1100frs) ; cela fut trouvé très bon marché par les gens et mon fils lui-même a été satisfait de son acquisition. Les instruments de travail ont monté aussi d’une manière fantastique. Quant aux animaux, il faut compter 25.000 une vache !

La pensée de mon Jean me tracasse à longueur de journée. Le bon Monsieur Le Gros nous apporte des palourdes.

Vendredi 5 Juillet (Se Zoé)

Le vendredi est toujours un jour surchargé parce qu’il faut, à la même heure, que quelqu’un soit à la boucherie de Plougasnou et à celle de Plouezoc’h. Comme ce ne peut être la même personne, il y a d’abord discussion. Presque toujours, mon pauvre vieux mari remplit la plus longue et la plus dure corvée. Pour l’autre, Franz, Annie ou Cric en héritent suivant les cas mais la chose ne va généralement pas seule car tous ont leurs occupations particulières qu’ils ne veulent pas sacrifier.

Visite assez longue d’un client nouveau, un certain Guérin du Diben, qui ne nous inspire qu’une confiance très relative. Il avoue lui-même avoir fait de l’espionnage pendant la guerre et Franz croit qu’il continue le métier vis-à-vis de nous pour le compte des nouveaux Maîtres. Il nous a raconté ses aventures. Visite aussi de Paulette Gayau, arrivée hier.

Samedi 6 Juillet (S. Tranquillin)

On fait aujourd’hui des charrois de fumier. Joseph Troadec est venu avec 2 chevaux. Il nous a raconté que son frère François a été piqué ces jours-ci par une vipère et que, malgré l’injection du sérum, il est encore fort mal en point. En fauchant hier chez Jégaden on y a, paraît-il, tué 7 serpents. La grosse chaleur qu’il fait à présent incite ces animaux à la promenade. Je les ai en horreur et vais trembler pour mes diables-amours quand ils seront ici à courir partout pieds nus dans le jardin et la campagne.

Bonnes nouvelles de Jean. On doit lui enlever mercredi les points de suture.

Le soir, après dîner, c'est-à-dire vers 11hrs nous allons prendre le café chez les Colléter. Pendaison de crémaillère. Ils nous reçoivent très gentiment et sont heureux et fiers de nous montrer leur installation. Nous nous couchons à 1hr du matin.

Dimanche 7 Juillet (S. Prosper)

Messe matinale à Plouezoc’h. Retour avec Yvonne de Kermadec qui, allant chercher des œufs au Bodillot, fait un long bout de route avec nous en bavardant. Au Roc’hou on est aussi sans service et on va se trouver nombreux car Zaza arrive demain matin avec sa nichée aussi belle que celle de Paule. Ronan doit aussi venir avec sa femme et ses enfants.

Journée assez calme. Franz court après des betteraves. Annie écoute sa T.S.F. Cricri, éreintée, se repose un peu. Henri et moi rangeons dans la salle de billard. L’humidité abîme nos livres te nos bibelots. C’est navrant. Ce que nous avons fait de nettoyage va disparaître dès que les pluies reviendront.

Le camarade prisonnier de nos Allemands leur apporte des lettres et dit que Hans va sans doute être bientôt rapatrié.

Lundi 8 Juillet (Se Virginie)

Pour remercier Cricri qui lui a récemment soigné des furoncles, Jean Colléter tient à nous donner sa journée de travail. Il est venu ce matin et Franz l’a employé à mettre des betteraves. Le champ de Parc Nevez se trouve terminé ce soir mais la tâche n’est pas achevée et Franz cherche d’autres plants. Mr Gaouyer lui a déjà donné tout ce qui lui restait et il est très difficile cette année d’en trouver. Un peu d’espoir du côté de Gourvil de Kervélégan.

On tue notre coq en vue de la réception Maudet et ma poule grise. Cela me fait un peu de peine. Mélancolie plus profonde d’avoir appris par une lettre de ma sœur la mort de notre vieille amie Juliette Machard survenue le 3 à 6hrs du matin. Et cependant la fin de cette pauvre existence d’une vraie loque abandonnée devrait être considérée comme une délivrance.

Mardi 9 Juillet (S. Ephrem)

Nous recevons les Maudet : Monsieur, le ménage d’Yves et ses 3 enfants. Ils villégiaturent au bord de la mer dans un village aux environs de Paimpol et sont venus nous faire une affectueuse visite. Naturellement étant prévenus nous les avions invités à déjeuner. Pendant 2 ou 3 heures au milieu de la journée j’ai presque revécu mon existence d’autrefois mais il a fallu payer cette satisfaction par beaucoup de souci et de travail. Enfin, comme tout a été convenable, nous devons être contents d’avoir reçu ces amis après une dizaine d’années de séparation. Monsieur Maudet qui a 75 ans m’a semblé plus jeune, plus alerte qu’autrefois, toujours l’homme correct, aux manières impeccables. Yves par contre un peu vieilli et calmé… femme et enfants (Annie, Loïc, Martine 7 ans 5 ans 3 ans) gentils.

Mercredi 10 Juillet (7 Frères M.)

.Anniversaire de la mort de Madame Morize II.

La vie est vraiment trop dure en ce moment au Mesgouëz. Nous en crèverons tous. Manque de sommeil surtout. On ne rentre des champs qu’après 10hrs du soir et il y a encore au moins une demi-heure de travail à faire à la ferme. On ne se met à table qu’à 10hrs ½ et notre vaisselle n’est jamais terminée avant minuit. Il faut être debout à l’aube pour recommencer. Il y a des nuits, beaucoup de nuits, où je ne passe que 5 heures dans mon lit. Pour moi, c’est moins important que pour Cricri et les Allemands qui font les travaux de force et je me sens quand même éreintée.

On a mis des betteraves aujourd’hui. Franz est content. Il dit avoir regagné le temps qui avait été perdu pendant la longue période de pluie. Maintenant les gens se plaignent presque de la chaleur et de la sécheresse.

Jeudi 11 Juillet (Tr. St. Benoît)

Anniversaire de la mort de la mère d’Henri. Je l’ai connue mais jamais elle ne fut ma belle-mère et les relations de nos familles étaient alors espacées. J’en ai donc beaucoup moins de souvenirs que de la 2ème femme de mon beau-père.

Lettre de Pierre qui nous apprend encore un accident. C’est lui qui en est la victime cette fois. A une kermesse dimanche dernier à se livrant à une attraction d’adresse, il est tombé malencontreusement et s’est contusionné la cage thoracique de façon telle qu’il lui a fallu prendre le lit et faire venir le médecin. Celui-ce espère qu’il n’a rien de grave mais a ordonné 10 jours de repos.

Vente de récoltes, d’animaux, et d’outils au Guerveur que les Férec vont abandonner à la St Michel. Franz y va. Les prix sont moins exagérés.

Vendredi 12 Juillet (S. Honeste)

Anniversaire de la naissance de Maman. Ce mois de Juillet est pour nous rempli de tristes souvenirs mais aussi de fêtes. Ma mauvaise mémoire, très affaiblie encore depuis quelques mois, y est encore fidèle heureusement.

Visite des enfants Martin arrivés hier en vacances. Le pays est envahi par les touristes. Cricri qui est allée au bourg cet après-midi pour la boucherie, se demande comment tout ce monde est parvenu à se loger. Je m’inquiète surtout de la façon dont il se ravitaille. Cela doit diminuer encore les ressources restreintes de notre région et nous aurions grand besoin d’y recourir avec le prochain débarquement des Pierre. Nous voici au moins assuré d’un peu d’aide ; pendant la quinzaine qu’ils passeront ici, j’aurai Yvette Salaün mais la question ravitaillement est affolante.

Samedi 13 Juillet (S. Anaclet)

Avec bien du mal, entre les occupations normales de la journée, nous parvenons, Henri, Cric et moi à préparer le logement de la chère bande quimpéroise. Elle ne nous arrive que très tard. Dix heures avaient sonné au clocher de Plouezoc’h depuis quelques minutes et nous commencions à nous inquiéter lorsque l’auto s’est signalée. Il en est sorti tout notre monde, y compris Thaïs qui est une chienne adulte maintenant mais il était arrivé une série de mésaventures aux voyageurs : accidents, pannes et, comme le pauvre Pierre, encore très meurtri, ne peut guère se mouvoir facilement, beaucoup de temps avait été perdu. Six heures d’un tel voyage avaient bien fatigué et énervé père, mère, enfants.

Dimanche 14 Juillet (Fête Nationale)

Nous souhaitons ensemble au déjeuner les fêtes des Henri et celle d’Alain qui est, paraît-il, le 16.

En me réveillant, ennuyeuse surprise de constater que le temps si clair des jours précédents s’était assombri. Brume épaisse qui vers 9 heures s’est changée en pluie fine. Heureusement cela n’a pas duré, le soleil a percé le nuage et l’après-midi a ressemblé à ceux que nous avons depuis le commencement du mois.

Visite de Zaza avec quatre de ses enfants. C’est une vraie foire au Mesgouëz. Il faut nous habituer au mouvement et au bruit que fait une bande de huit enfants déchaînés. Je tremble toujours qu’ils se fassent du mal par leur brusquerie entre eux et leurs inventions diaboliques. Jean et Alain sont plus doux.

Lundi 15 Juillet (S. Henri)

Les foins ! Franz s’est entendu cette année avec Toudic qui a formé une petite équipe et qui lui a fait cela à forfait (1000frs). Il trouve que c’est plus simple n’ayant pas de faucheurs à chercher mais pour nous la charge est la même puisqu’il faut nourrir les gens. Yvette Salaün vient et nous aide beaucoup. Tout se passe donc bien. Mais comme il faut toujours quelques nuages, deux ennuis à noter.

Le premier, le plus grand, c’est la santé de Françoise. Elle a encore eu 397 aujourd’hui, sans motif apparent et je vois que les autres commencent à s’inquiéter comme moi de l’état de cette chère petite.

Et puis, à partir de 5hrs, il s’est mis à pleuvoir e les enfants de Pierre qui étaient allés à Samson avec leur mère sont rentrés trempés.

Visites de Me Martin et de Paulette Gayau.

Mardi 16 Juillet (N.-D. M.-C.)

Pierre nous quitte dans la matinée. Le pauvre est encore bien éclopé et nous sommes ennuyé de le voir s’en aller aussi peu libre de ses mouvements avec une auto très capricieuse. Franz s’en va jusqu’à Plouezoc’h avec lui. Il règle la pension de Françoise et téléphone à Morlaix du Roc’hou pour avoir un docteur. Ne pouvant avoir le docteur Martin en vacances, on lui envoie L’Hénoret, un tout jeune. Celui-ci qui se spécialise dans les soins aux enfants ne trouve rien de grave à Françoise mais lui donne quand même un traitement pour la fortifier. Elle reste au lit toute la journée ; il pleut et les autres petits ne savent trop que faire ; ils vont tour à tour tenir compagnie à leur cousine, les grands lisent et trouvent dans la bibliothèque d’ici beaucoup de choses qui les passionnent.

Mercredi 17 Juillet (S. Espérat.)

Journée meilleure car les brimes se dissipent vers midi et de suite, après le déjeuner, les enfants de Pierre peuvent partir à Samson avec leur mère. Ils s’y amusent beaucoup et rentrent tard, ravis de ces quelques heures de grand barbotage. Yves est gentiment resté avec Françoise qu’on n’avait pas osé laisser faire une aussi grande course et affronter le soleil et l’air très vif de cette plage. Ils ont été très sages, jouant dans le jardin.

Ayant Yvette, Cric et moi avons pu, de 3hrs à 5hrs, rester tranquillement assises, des travaux de couture ou de tricot entre les mains. Bonne chose devenue bien rare que je note avec plaisir.

Yvonne Féat fait une lessive pour Annie. Paule reçoit une lettre de Pierre bien rentré à Quimper.

Jeudi 18 Juillet (S. Thomas d’A.)

Hélas ! nuages et pluie. La partie combinée par le car du jeudi qui aurait pu déposer tout notre petit monde sans fatigue à  ne peut être accomplie. Les garçons grognent, Paule est très nerveuse et exhale sa mauvaise humeur contre le climat breton et les incommodités du Mesgouëz. C’est un charivari intense dans la maison toute la matinée. L’après-midi s’éclaire un peu et les enfants peuvent jouir du jardin. Ils y font une tente et se livrent à la chasse aux grenouilles. Naturellement ils se salissent, ils se trempent les pieds, en courant dans les herbes mouillées et les mères se lamentent car les vêtements et les chaussures sont introuvables et hors prix à notre triste époque. Il y a donc une série de catastrophes et de gronderies. Pour moi, une cuvette et mes lunettes cassées.

Vendredi 19 Juillet (S. Vinc. de P.)

Temps très incertain. Beaucoup de nuages mais seulement quelques ondées fines et courtes. Dans l’après-midi, Henri et Cric vont aux boucheries, Paule au Roc’hou avec 4 de ses enfants. Franz plante des rutabagas, Annie commence les rangements de son appartement en vue de l’arrivée de Monique et moi je surveille les petits qu’on m’a laissés tout en tricotant un peu. Je ne suis pas fâchée de ce rôle qui me permet d’avancer un peu les ouvrages commencés il y a plusieurs semaines déjà et qui restent en panne trop souvent. Il y en a 4 en cours, inachevés pour diverses raisons : la veste de dentelle de Cric (non cousue ni bordée), le corset de Françoise (même état), mon corsage jaune et une jaquette grise dont le corps est tricoté mais à laquelle il faut encore des manches. Pendant les averses je joue aux dominos avec les enfants.

Samedi 20 Juillet (Se Marguerite)

Franz vend un cochon à Loisel. Fête de la pauvre Kiki. Nous pensons à elle et sa filleule va dans la matinée à Plouezoc’h spécialement pour aller faire une prière devant un tabernacle à son intension.

Les enfants (au complet cette fois) passent avec leurs mères une excellente après-midi à Samson. Ils en reviennent ravis, s’étant baignés et surtout parce qu’ils rapportaient une bonne pêche de crabes dont la capture les avait prodigieusement amusés. Je suis contente de voir que le craintif Henri prend un peu d’assurance et ose se livrer à des exercices dont il aurait eu grand peur il y a seulement quelques mois.

Cric et moi allons essayer chez Hélène Prigent. Les arrangements qu’elle me fait me rendront service, je pense, mais ce ne sont pas eux qui me feront paraître élégante.

Dimanche 21 Juillet (S. Victor)

Grand regret de ne pouvoir assister à la messe ce matin. Paule me laisse Marie-France à garder pendant qu’elle assiste à l’office matinal et je suis prise ensuite par les préparatifs du déjeuner. J’en suis navrée car c’est la fête de ma grand’mère paternelle et j’aurais aimé prier pour elle aujourd’hui dans une église. Je me console en pensant que les prières de Paule auront été plus agréables à Dieu que les miennes. On me souhaite ma fête, je suis ensevelie sous les hortensias.

Nous étions au milieu du déjeuner quand une moto s’arrête devant la maison. Il en descend un grand jeune homme inconnu.  C’est le Contrôleur laitier. Il doit rester 24 heures, examiner 2 traites et viendra ainsi tous les mois. Il n’est pas désagréable, ce monsieur, mais il apporte encore quelques perturbations et un supplément de travail.

Lundi 22 Juillet (Se Madeleine)

Temps gris et crachin, pas de véritable pluie mais quand même bien défavorable pour nos foins qui sont étalés depuis samedi sur les prairies et ne sèchent pas. Atmosphère aussi ennuyeuse pour les enfants qu’on ne peut retenir à la maison, qui vont au jardin, en reviennent mouillés, transportant avec eux des blocs de boue. Et puis ils se chamaillent et se battent comme jamais aujourd’hui. Yves, Françoise et Michel se mettent contre Henri. Jean s’isole avec un livre. Philippe et Alain s’entendent mieux mais touchent à tout et il ne faut pas les perdre de vue. Paula va chez le cordonnier de Plouezoc’h pour faire recoudre les sandales d’Henri et nous confie sa fille.

Visites de Mr Gaouyer, de Mr et de Me Martin. Nous retenons encore 3 sacs de pommes de terre au premier de ces aimables visiteurs.

Mardi 23 Juillet (S. Apolinaire)

Temps merveilleux dont les enfants profitent avec leur turbulente allégresse. Paule et Marie-France vont déjeuner au Roc’hou et ensuite ma belle fille part avec Zaza passer l’après-midi à Morlaix chez sa tante Anne de Rodellec. Les 3 grands garçons vont jouer dans l’après-midi avec la bande de louveteaux qui campe au Roc’hou ; les deux plus petits restent avec Françoise et barbotent à cœur joie dans l’auge qu’ils ont remplie d’eau.

Je reçois 3 bonnes lettres de fête des chers fidèles : Albert, Kiki et Marie Aucher. Visite du chef de district de Lanmeur accompagné de Cudennec Kerho pour nous réquisitionner du lait. On voulait en prendre 30 litres par jour. Franz obtient de n’en donner que 10 litres. Cela rapportera bien mais nous privera de la meilleure ressource alimentaire.

Mercredi 24 Juillet (Se Christine)

Je réponds à Paul et à kiki. Nous sommes fatiguées, Annie, Cric et moi. La première reste étendue mais les 2 autres n’ayant pas les mêmes précautions à prendre mènent leur vie ordinaire. Un peu de calme dans l’après-midi. Paule mène la bande turbulente à Samson, nous ne gardons qu’Alain qui est sage. Franz combine sa rentrée des foins pour demain.

Visite des enfants Martin, désolés de ne pas trouver Françoise au Mesgouëz. Visites des clients de beurre : Clech, Le Gros, Réguer. Sans être aussi brillante qu’hier, l’atmosphère est assez douce mais hélas ! les pluies et les coups brusques de chaleur ont nui aux tomates. Franz les dit fichues. Il les traite à l’élione, sans grand espoir de les sauver.

Jeudi 25 Juillet (S. Jacques)

Rentrée des foins. Temps qui convient mais récolte piteuse, la moindre que Franz ait jamais faite ici. Il n’y a que 4 charrettées et de qualité médiocre. Aussi n’a-t-il pas affluence de travailleurs pour opérer. Il a juste Jean Colléter et François L’Hénoret ajoutés aux 2 Allemands pour l’aider. Mais il veut respecter les traditions et offrir un assez bon repas. Ma dernière lapine en fait les frais. Elle pèse 5ls ½ une fois dépouillée et vidée ; j’y joins un gros morceau de lard coupé en tranches.

C’est bizarre mais je me sens un peu désorientée de ne plus avoir à soigner de lapins et je me suis surprise tantôt à cueillir des herbes comme je le faisais chaque jour depuis 6 ans. Franz n’est pas indulgent pour moi. Il ne me tolère aucun amusement pas même un intérêt quelconque.

Les enfants vont à .

Vendredi 26 Juillet (Se Anne)

Nous fêtons la Ste Anne.

Aujourd’hui rentrée des fagots ou du moins d’une partie. C’est la bonne Providence Gaouyer qui aide Franz et les allemands dans cette corvée. Corvée pas pour tout le monde. Les enfants (compris Alain) s’amusent royalement. Ils montent dans les charrettes vides pour aller au bois, y jouent pendant l’emplissage et reviennent à pied en batifolant encore. Il faut reconnaître que ces pauvres petits gars ne sont pas difficiles et s’enthousiasment pour tout. J’espère qu’ils auront bon souvenir de leurs vacances au Mesgouëz et que leur fin d’été sera aussi très joyeuse.

Ils seront trimballés de Quimper au Huelgoat, du Huelgoat à Laval, de Laval en Normandie, puis retour à Laval, encore un petit séjour ici avant la rentrée le 1er Octobre. Tel est le programme.

Arrivée de Pierre avec Roman pour dîner. Après le repas, les Pierre, leur ami et les 3 grands vont au Roc’hou assister au feu de camp des louveteaux.

Samedi 27 Juillet (S. Pantaléon)

Arrivée de Monique. Nous sommes 19. Jean couche dans le salon d’Annie. Tout le monde est campé plus ou moins bien mais a, je le crois du moins, son nécessaire et me semble satisfait.

Roman est gentil, aimable, discret. C’est un garçon bien élevé d’abord. Et puis, les terribles épreuves par lesquelles il a passé lui ont fait comprendre beaucoup de choses et le rendent très accommodant.

Monique n’a pas changé : un peu amaigrie seulement et plus blonde, il me semble ; très élégante. Peut-être qu’elle a aussi reçu une dure leçon car elle me semble plus posée. Quoiqu’il en soit, sachant le triste sort qui l’attend, qu’il y ait de sa faute ou non, il faut que nous soyons très accueillants pour elle.

Pierre fait ses tournées avec Roman chez Nicol le matin, à Trodibon l’après-midi. Paule et les enfants vont au Roc’hou.

Le soir on fête les anniversaires d’Henri et de Jean.

Dimanche 28 Juillet (S. Nazaire)

Le Mesgouëz est amplement représenté ce matin dans la chapelle de Kermuster : Henri, nos deux fils, Roman, les 3 grands garçons, Françoise et moi assistons à la messe de 8hrs ½ tandis que Paule, Annie, Cric et Monique adoptent Plouezoc’h pour accomplir ce même devoir.

Cette dernière journée de notre chère colonie de vacances se passe bien, le ciel la favorise ; il fait clair et la température sans être tout à fait estivale est assez douce pour permettre à nos petits enfants (les 4 aînés) et à Roman d’aller prendre un bain à Samson. Henri les accompagne. Les jeunes ménages vont goûter chez les Gaouyer. Cric et moi restons de garde, seules car Monique se laisse entraîner par sa sœur et qu’Yvette va faire un tour chez elle.

Lundi 29 Juillet (Se Marthe)

Alerte vive à 7hrs. On vient encore pour nous enlever nos prisonniers. Nous obtenons délai, pour les rendre, jusqu’à midi. Avec les démarches qu’il faut faire pour les conserver et le départ des Pierre, la matinée est très bousculée. Enfin le calme se fait. Il est décidé que nous garderons les Allemands jusqu’au 20 Août pour faire la moisson et l’auto s’ébranle, emportant la turbulente nichée. L’après-midi est donc assez morne avec un certain cafard, une angoisse d’avenir proche encore moins facile que notre présent déjà dur.

Cric va chercher son manteau et sa jaquette chez Hélène Prigent. Je reste horrifiée devant la facture. Henri en a profité pour me dire que nous sommes au bout de nos ressources et qu’il appelle avec impatience la solution brésilienne.

Mardi 30 Juillet (Se Juliette)

La moisson commence chez nous. On coupe une bonne partie de l’avoine. Il y a pour accomplir cette tâche Franz et ses deux Allemands, Yves et François L’Hénoret, Yvonne Féat, Claude Roy. Un petit accident à la faucheuse retarde le travail. Il n’est terminé qu’à la nuit ; on dîne tard et il est minuit ½ quand nous avons fini la vaisselle. Yvette qui devait nous quitter ce soir couche encore au Mesgouëz.

Naturellement avec les repas à préparer pour les journaliers mon temps fut très occupé mais j’ai quand même pu ranger un peu car la maison fut passablement salie et bouleversée par la chère bande envolée hier.

De son côté, Cric ne chôme pas. Outre son travail ordinaire, elle a des piqûres à faire à 3 malades. Mr René Prigent du Nervir et Denise Braouézec viennent ici se les faire faire mais le pauvre Marc Prigent du Verne est trop éclopé et Cric va le soigner chez lui.

Mercredi 31 Juillet (S. Germain)

Mr Gaouyer aide Franz à rentrer son bois. C’est une bonne chose faite ; il ne reste plus qu’à faire le toit du tas avec deux petites charrettées. La journée est encore longue et dure. Je n’ai plus Yvette Salaün rentrée chez elle ce matin. Nous ne pouvons nous offrir le luxe d’une bonne (80frs par jour). J’en ai eu pour 1200frs pendant cette quinzaine mais je n’aurais pas pu m’en tirer sans cette aide pour recevoir les Pierre à peu près convenablement.

Défilé de visites toute la journée. Cela commence à 7hrs ½ le matin et Mr Gaouyer qui reste à bavarder un peu avec nous après le dîner ne s’en va qu’à minuit. Monique nettoie la salle à manger, lave, encaustique, frotte ; elle en avait grand besoin. Les enfants de Pierre comme ceux d’ici ne sont pas soigneux.

Août 1946

Jeudi 1er Août (Se Sophie)

On entend les faucheuses fonctionner tout autour de nous. Après avoir gémi, les cultivateurs reconnaissent que la récolte – en céréales – s’annonce assez bonne. Il faudrait seulement que l’atmosphère favorise la moisson qui sera lente dans notre coin à cause du manque de main d’œuvre. Comme les années précédentes, nous travaillons avec le Moulin à Vent.

Aujourd’hui, Mr Gaouyer passe la matinée à faire le toit de notre tas de fagots. On rentre aussi quelques perches. Monique continue ses astiquages. Annie lave, repasse et prépare des élégances vestimentaires. On fabrique aussi des gâteaux pour demain.

J’écris à Paul et aux Pierre. Je raccommode une nappe rongée par les rats. Reçu une lettre de Pierre qui nous raconte leur pénible voyage de retour à cause d’une panne d’auto.

Vendredi 2 Août (S. Alphonse)

Annie a tenu à faire un très beau goûter pour recevoir les Kermadec. Depuis deux jours nous le préparions et il a été fort réussi. Naturellement il y a des choses auxquelles on ne peut remédier en si peu de temps et par nos propres moyens ; les marques de vétusté ont été dissimulées le plus possible ne pouvant être réparées. Tout était au moins propre et il y avait abondance de fleurs. Variété et profusion aussi de délicieux sandwichs et de gâteaux auxquels les 19 personnes que nous étions attablées dans la salle à manger se sont vivement intéressées.

La femme de Ronan est très gentille. Je ne la trouve pas extraordinairement jolie, élégante et distinguée comme l’avait jugée Paule. Elle doit être douce, très éprise de son mari. Marie-Louise, fatiguée, n’est pas venue, Mimi non plus.

Samedi 3 Août (Se Lydie)

Les choses vont de plus en plus mal dans notre triste monde. Nouvelle grève postale et par conséquent arrêt de toutes les affaires. Pour combien de temps ? Chaque jour, j’attends avec impatience l’arrivée du facteur désirant des nouvelles de Mr de W. (qui ne vient jamais !!!)

Nous pensons à l’anniversaire de Jean et je prie pour ce chéri, le plus calme, le plus doux de mes petits enfants, le plus sensible. Vaisselle et rangement des objets sortis hier. Travail normal. Après-midi ensoleillé. Nous travaillons un peu dans le jardin. Malheureusement je n’ai pas d’ouvrage organisé et j’essaie des points de tricot qui finalement ne me plaisent point.

Dimanche 4 Août (S. Dominique)

Messe matinale à Plouezoc’h seule. Tous les autres, même Alain vont à la Grand’messe présidée par l’évêque de Poitiers. Monseigneur adresse la parole à Henri et à Franz et donne son anneau à baiser à nos petits. Ayant appris la mort d’Anne-Marie Jégaden survenue à 4hrs cette nuit, nous allons après le déjeuner, Annie, Cric et moi, lui jeter l’eau bénite. Jolie morte. Quelle délivrance après une si longue et cruelle maladie. Malgré ses 31 ans sonnés en mai, elle paraît toute jeune.

Visite de Nicol qui goûte avec nous. Il semble plus normal qu’autrefois quoique bizarre encore. Il invite Annie et Monique qui ont des bicyclettes à aller le  14 chez lui passer l’après-midi avec sa femme qui sera rentrée de voyage.

Lundi 5 Août (S. Abel)

Journée terne. Il fait chaud mais le soleil reste caché et il semble qu’une lourde torpeur nous envahit tous. Heureusement il n’y a pas trop de presse pour le travail. Les Allemands récoltent les échalotes du jardin. On ne sait où les mettre ; nos greniers sont envahis par les rats. Et puis je voudrais bien que la maison ne soit plus salie et encombrée par les choses de la ferme.

Le service postal a repris – au moins provisoirement. Le Gouvernement a déclaré qu’il n’entrerait dans aucun pourparler avec ses fonctionnaires tant qu’ils seraient en grève. Mais va-t-on s’entendre ? On ne voit que des mécontents. Tout le monde proteste, tout le monde gémit. Les uns réclament la liberté entière pour les transactions, les autres veulent au contraire une économie et une discipline très sévères. Il faut reconnaître que le régime actuel a grand besoin d’être changé ou du moins modifié.

Mardi 6 Août (Tr. de N.-S.)

Mon anniversaire de naissance. Je suis entrée aujourd’hui dans ma 70ème année. La machine physique est bien usée mais il me reste encore – malgré les misères vécues – beaucoup de jeunesse dans le cœur et un certain goût de la vie. Ce qui fait que je me rends compte ce soir du désir que j’ai de prolonger encore mon existence terrestre, est une délicieuse lettre de mon aimé Pierrot. Oui, mon Dieu, permettez, je vous en prie, que mon cœur batte encore plusieurs années pour lui-même de loin. Le chéri sent qu’il est aimé par sa vieille maman, cela suffit. Et sa tendresse me donne tant de bonheur que je vous demande pour lui ce soir comme chaque jour de ma Vie mais avec le plus d’insistance encore de le combler de vos bénédictions.

Annie, Monique et les enfants ont passé la journée à Samson où ils ont déjeuné et goûté. Au Mesgouëz, journée relativement calme.

Mercredi 7 Août (S. Sixte, p.)

Nous devions commencer la moisson du blé aujourd’hui et le temps entrave la manœuvre. Nous avions les L’Hénoret, les 2 Féat, Toudic. Dans la matinée la dernière parcelle d’avoine est tombée sous la faucheuse mais pendant que nous déjeunions une grosse et longue averse est survenue et il a  été impossible de reprendre le même travail. Ceux du Moulin sont rentrés chez eux et Franz a employé les 3 journaliers qui restaient à planter des rutabagas.

Visites toute la journée. Le navigateur, anarchiste, Guérin, nous apporte des moules qui jointes à celles que les enfants avaient amenées hier de Samson nous font un excellent plat au dîner.

Les Martin, arrivés à la fin de leurs vacances, nous font leurs adieux. Plusieurs lettres dont une de Melle Mansaut qui nous donne de vives craintes au sujet de notre appartement.

Jeudi 8 Août (Ss Just. et Pa.)

Le programme dressé ne peut s’accomplir à cause du temps. Il avait plu pendant la nuit et à 9hrs du matin il crachinait encore quand Franz  renvoyé Claude Roy venu voir ce qu’on allait faire. Heureusement ceux de  ne s’étaient pas dérangés. Avec les L’Hénoret et les Allemands, Franz a pu, entre 13hrs ½ et 21hrs faire tomber le blé de la parcelle du Méjou de l’école et commencer le champ du pigeonnier.

Annie et Monique vont au Dourduff voir Jeannick ; elles restent absentes tout l’après-midi et rentrent mourantes de faim et de fatigue. Jeannick n’avait rien pour leur offrir à goûter. C’est désolant mais en constatant que la misère est générale cela me console un peu de la nôtre ou du moins j’ai ai honte moindre.

Vendredi 9 Août (S. Vitrice)

Les mêmes contrariés dues au temps, les mêmes travaux ménagers, les mêmes angoisses d’avenir. J’ai le cafard. Cependant le matin on peut achever la moisson dans le champ du pigeonnier ; à midi nous avons de bonnes coquilles de poisson ; le soir, Monique nous a confectionné un entremets agréable ; et après le dîner, servi de meilleure heure à cause de la pluie,  je puis tricoter un peu.

Je note ces minuscules choses qui m’ont fait plaisir parce qu’il faut les extraire de la grisaille actuelle pour en remercier Celui qui nous les offre sans doute pour conserver l’espoir en des jours plus doux.

Toujours rien au sujet de l’affaire brésilienne.

Samedi 10 Août (Se Philomène)

Mauvaise nuit. Je ne somnole qu’entre cinq et six heures du matin. J’accuse la crème au café d’hier soir d’avoir provoqué cette insomnie mais elle a eu d’autres causes : la tempête de vent et d’eau, les rats, les puces, le tourbillon de mes pensées noires comme la nuit.

Un après-midi relativement beau permet d’achever la coupe de notre blé avec l’aide de cinq voisins ou journaliers récoltés à la dernière heure. Cric termine la série de piqûres à Mr Prigent du Nervir qui, devant son refus d’être payée donne 100frs aux enfants. Annie et Monique passent la journée à Morlaix. Heureusement Françoise accompagne son père à Kerligot et s’amuse à être sur la faucheuse. Alors Alain seul est moins pénible à garder mais absorbant quand même.

Dimanche 11 Août (Se Suzanne)

Ordinaire programme pour l’assistance aux messes. Henri, Franz et moi allons à l’office le plus matinal et le reste de notre colonie s’offre la cérémonie de 10hrs ½. Vers midi, les nuages s’amassent au-dessus de nos têtes et la pluie commence à tomber. Elle continue jusqu’au soir avec quelques rares trèves. Franz va chercher avec Claude Roy des abeilles au Nervir ; les femmes prennent leurs tricots et font marcher le phonographe. Le temps passe et, en somme, ce triste dimanche a quelques heures repoussantes que je trouve bonnes.

Lundi 12 Août (Se Claire)

Franz et le personnel travaillent toute la journée au Moulin à Vent. Le vent et quelques averses retardent un peu la besogne mais le blé se trouve quand même presque coupé le soir. Ici, la pauvre Cric hérite de la plus grande partie de ce que les Allemands auraient fait à la ferme. Quant à moi, l’allègement produit par l’absence de 3 personnes est à peine sensible et cependant je puis dans l’après-midi m’asseoir et tricoter environ 2 heures ce qui est rare.

Depuis la fin de l’hiver, en profitant de tous les moments libres et en me levant de très bonne heure je suis arrivée à faire sortir de mes pauvres mains percluses une certaine quantité de points au crochet ou tricot mais tout reste à monter. Cependant la veste de Cric a été terminée la semaine dernière.

Mardi 13 Août (Se Radegonde)

Une belle journée permet d’achever la moisson chez les L’Hénoret. Il ne reste donc plus que notre orge à couper. Elle n’est pas encore tout à fait au point et Franz envisage une journée pour Vendredi.

Monique part le matin pour Carantec où elle a des amis et ne rentre qu’à 11 heures du soir, ayant passé là-bas très agréablement ce temps. Elle a eu des repas copieux et délicieux.

Ici, défilé de visites. Celle de Jeannick Cras est longue ; elle part demain matin pour Paris. J’écris à Marie Aucher et à Mimi Prat pour leur fête du 15 Août. Cricri reçoit des lettres de ses oncles et de sa tante Kiki aussi à cette occasion.

Mercredi 14 Août (S. Eusèbe)

Annie et Monique vont au château du Guerrand malgré un temps plutôt sombre et pluvieux que beau. Mais cela était convenu avec Nicol depuis l’autre dimanche, elles étaient attendues. Elles ont fait la connaissance de Me Nicol et de la petite Aliette qu’elles ont trouvées charmantes. Il paraît que cette jeune femme n’est ni jolie, ni silhouette élégante mais très aimable, très simple, intelligente et cultivée ; enfin réellement sympathique. L’excellent thé et le gâteau exquis dégustés au Guerrand ont peut-être un peu influencé le jugement.

Nos bicyclistes se sont arrêtés à Kerguelen, ont vu Henri et Marie et ont eu des nouvelles de toute la famille. Guittic attend encore un enfant.

Jeudi 15 Août (ASSOMPTION)

Nous célébrons cette fête le mieux que nous pouvons. Tous ici, à l’exception de mon mari, portons le nom de la Vierge et l’avons reçu comme Patronne à la cérémonie de notre baptême. Nous nous souhaitons donc mutuellement longue vie, santé, bonheur, nous cueillons des fleurs, nous trinquons, nous faisons meilleure cuisine. A noter la liquidation de la dernière bouteille du Moulin à Vent donné par Albert en 1930, délicieux et bien regrettable.

Ces réjouissances matérielles n’ont fait que l’accompagnement de la fête spirituelle. Henri et moi avons communié à la messe de 7hrs ½, surtout pour notre fille chérie.

Beau temps. Monique va à Kernitron dans l’après-midi.

Vendredi 16 Août (S. Roch)

Contraste avec hier. Vent, pluie. Cafard. Temps le plus sombre, le plus dégoûtant qu’on puise imaginer. Avec cela les journaux annoncent les verdicts du procès des Amiraux et l’augmentation prochaine du pain : 70%. Où allons-nous ?

Comme tout dispose à voir l’avenir en noir, mon mari qui est découragé d’attendre son affaire brésilienne se lance dans des prédictions terribles. Il nous annonce la reprise de la guerre, entre les Russes et les Anglo-Saxons, et la famine pour l’hiver prochain. Franz se désole pour sa moisson aussi bien pour ce qui est coupé que pour ce qui ne l’est pas. Tous ceux que nous voyons ont des lamentations dans la bouche.

Fin d’après-midi en musique pour nous secouer quelques disques de phone. Lettres des Pierre à Cricri.

Samedi 17 Août (S. Alexis)

Atmosphère ravigotante aujourd’hui ; on en avait besoin. Malheureusement tout est soi mouillé qu’on ne peut ni couper ni rentrer. D’ailleurs les dispositions ont été prises pour d’autres besognes. Les Allemands travaillent au jardin. Ils mettent en terre des choux fleurs dont les plants ont été donnés par Mr Gaouyer et retirent des pommes de terre. Si les choses réussissent normalement, il y aura ici abondance de légumes cet hiver pour compenser les autres manques et cela me rassure un peu.

Franz récolte sa 8ème ruche au Nervic. Il fait ce travail avec Mr Clech qui se passionne comme lui pour l’apiculture. Annie et Monique vont à Morlaix. Elles en rapportent des disques : la Symphonie inachevée de Schubert.

Dimanche 18 Août (Se Hélène)

Journée à marquer d’un signe noir. D’abord je ne puis entendre la messe m’étant réveillée trop tard. Je lis bien l’Office mais ce n’est pas la même chose et j’en suis très contrariée mais je crois que le Bon dieu ne m’en tient aucune rigueur, ma volonté n’ayant pas pris d’autre décision que d’accomplir mon devoir d’état au lieu de l’abandonner pour accompagner mes enfants à la Grand’messe ;

Je m’aperçois que les rats ont rongé mon beau sac de voyage et je perds une jolie broche. Ces tristes mésaventures m’empêchent de jouir d’un temps relativement beau. Henri et Franz veulent me montrer nos plantations faites les premières années de notre séjour au Mesgouëz. Je me laisse entraîner et puis constater que ce gros travail donnera des fruits dont profiteront sans doute Franz, Pierre et Cric ou du moins les petits.

Lundi 19 Août (S. Louis, év.)

Anniversaire de la mort de ma jeune tante Amélie, premier deuil ; dont je me sois rendue compte ; j’avais 4 nans et me souviens encore de sa physionomie régulière, douce mais un peu sévère. Retrouvé ma broche tordue, écrasée mais à peu près remise en état. A noter que je dois 5frs à St Antoine de Padoue.

Irène et Claude Roy viennent nous aider. Dans l’après-midi, entre 2hrs et 5hrs, Franz coupe son orge. Le pauvre garçon a été piqué hier 4 fois par ses abeilles ; il a la main et l’avant bras terriblement enflés ; il souffre et il a même de la fièvre. Cette affaire le refroidit un peu pour l’apiculture.

Je vais avec Henri à Kermuster pour prendre de l’épicerie. Cette course cependant minime me fatigue tant que je me résigne à reconnaître que j’en suis bien à la fin de ma personne physique.

Mardi 20 Août (S. Bernard)

Beaucoup d’agitation aujourd’hui. Nous nous attendions à l’enlèvement de nos prisonniers et Franz voulait en obtenir le maximum de rendement avant leur départ. Malgré un temps assez humide encore, il a rentré quelques charrettées d’avoine avec Hans. Bernard dont c’était la f^te (nous la lui avons souhaitée) m’a tiré des pommes de terre pour plusieurs jours.

Monique est partie à St Jacut dans les Côtes du Nord chez une amie qui l’a invitée à passer une semaine. On apporte un camion de merl pour l’engraissement des pâtures. Le Contrôleur laitier arrive impromptu. Plusieurs visites aussi dont celle de Soizic Kergouner qui demande à Cric une série de piqûre pour son fils Marcel.

Mercredi 21 Août (S. Privat)

Jusqu’après le déjeuner qui est avancé d’une demi-heure, nous sommes occupés par le Contrôleur laitier. C’est un bon garçon sans aucune cérémonie mais il faut lui faciliter sa tâche et le recevoir aussi bien que dans les autres exploitations qu’il visite.

Nous avons un après-midi assez calme. La pluie qui a duré toute la nuit et toute la matinée a trop mouillé les céréales et le sol pour qu’on travaille dans les champs.

J’écris un mot à Albert. Nous recevons une lettre de Pierre et Cric va faire la piqûre du petit Marcel. Les Jean Prigent du Verne viennent avec bébé (Marie Yvonne) nous apporter des dragées du baptême qui a eu lieu dimanche.

Jeudi 22 Août (S. Symphorien)

Yvonne Féat vient et nous fait une lessive mais je manque de savon et suis obligée de prendre ceux qui servent à la toilette.

Franz rentre les trois dernières charrettées d’avoine seul avec Hans. Visite de Mr Le Men de Kerdiny pour l’achat d’une vache. Franz refuse et l’envoie à Kerprigent.

En dépit de tous mes ouvrages inachevés je commence une paire de bas pour Alain qui est d’une grande pauvreté vestimentaire et qui n’aime pas avoir des choses « tout caquées » sur lui. Il m’a dit si drôlement : «  Alain bas tout caqués, gand mère faire d’autres » que j’ai pris de suite mes aiguilles et Annie m’a fourni de la laine mais ce travail n’avancera pas vite….. comme le reste.

Vendredi 23 Août (Se Jeanne)

Le blé qui était dans le champ du pigeonnier a été ramassé.

Ma lessive a pu sécher en grande partie grâce à un après-midi clair et chaud. Il ne reste que 6 draps et 2 nappes à étendre encore. Je suis ennuyée de la main de Cricri. La piqûre d’abeille qu’elle a eu avant-hier soir est terriblement envenimée. Elle veut malgré cela continuer à traire et à faire ses autres travaux. C’est trop de courage. Il est bon d’avoir de l’énergie mais il faut aussi de la prudence.

Françoise exagère aussi un peu. Mignonne s’était échappée de la pâture où Hans l’avait mise. Françoise l’aperçoit dans une prairie de Jégaden. Au lieu de venir prévenir ici elle est allée toute seule prendre la bête et l’a ramenée jusqu’à son écurie. C’est crâne pour une petite bonne femme de 7 ans.

Samedi 24 Août (S. Barthélemy)

Journée assez belle malgré une matinée brumeuse et menaçante. On peut lier de l’orge mais ce travail n’est pas terminé et demande encore deux bons ouvriers pendant 4 heures environ. Claude Roy a prêté son concours aujourd’hui. Franz l’apprécie comme ouvrier agricole parce qu’il est intelligent, exécute bien sans jamais protester ce qu’on lui commande et ne croit pas s’y connaître mieux que les autres, ce qui arrive ici avec tous les gens du métier.

Je puis tricoter un bon moment dans l’après-midi. Je termine le premier bas d’Alain et commence le second.

Lettre de Pierre. Mes Quimpérois sont au Huelgoat où tout leur plaît comme site et même installation mais……. il y a crise de pain et le temps laisse beaucoup à désirer ! Carte de Monique qui parait beaucoup se plaire à St Jacut.

Dimanche 25 Août (S. Louis r.)

Fête de nos Louis. Souvenirs – prières. Henri, Franz, Françoise et moi allons à la messe de la chapelle de Kermuster. Au retour le grand père et sa fille font de beaux projets de voyage. Henri a dans la tête d’emmener Françoise avec nous…. si nous partons au Brésil et il cherche à lui en inculquer le désir. Ce n’est pas difficile. La promesse d’une petite mule achève d’enthousiasmer notre sauvage enfant mais il est probable que ni son père, ni sa mère ne la laisseront s’en aller aussi loin pendant 3 ans.

Rien d’anormal aujourd’hui. Programme dominical ordinaire où il n’y a que la bonne tasse de vrai café à signaler à part l’assistance aux Offices religieux. Voici 2 dimanches qu’Alain va à la Grand’messe avec sa mère et sa tante. Il aime cela et est à peu près sage.

Lundi 26 Août (S. Zéphirin)

Une matinée humide et sombre succède à la belle après-midi d’hier mais cela s’arrange ; un peu de vent et de soleil parvient à sécher suffisamment l’orge pour que Bernard et Hans puissent en lier la fin entre 14 et 18 heures.

Franz reçoit une lettre de son oncle Albert au sujet de la maison de la Grand’rue de Boulogne qui menace ruine et doute que l’Administration de salubrité publique exige la réparation d’urgence. Ces travaux se chiffreraient actuellement par des centaines de mille francs qu’aucun des Prat, Morize et Chiny ne sont en état de payer. Il n’y a donc qu’une solution : la vente de cet immeuble et je crois qu’ils vont tous l’adopter. En attendant Annie gémit, se dit ruinée et accuse tout le monde de cette catastrophe.

Mardi 27 Août (S. Césaire)

Il était à peu près 2hrs ½ et nous avions terminé le déjeuner depuis un certain temps déjà lorsqu’une auto entre au Mesgouëz contenant 4 messieurs et un veau. C’était le Président du Syndicat de la Pie Noire, son petit-fils, un autre bonhomme et le Contrôleur laitier. Franz avait chargé ce dernier de lui procurer un reproducteur d’excellente origine et de vendre notre taureau. On venait opérer cette transaction.

Il a fallu faire un déjeuner en vitesse et avec les moyens très réduits du bord. Ce fut fait grâce à l’aide de Cric et même d’Annie qui s’est chargée de la confection du café. Un peu d’argent est entré dans notre escarcelle mais cela ne m’empêche pas de regretter la belle et bonne bête qui nous a été enlevée.

Retour de Monique. Mauvais temps.

Mercredi 28 Août (S. Augustin)

Ma jambe gauche me fait beaucoup souffrir ; je ne puis plus marcher et peux à peine me tenir debout. C’est désastreux en ce moment où il y aurait tant à faire ici. Malgré le mauvais temps, qui persiste nos voisins parviennent à rentrer leurs récoltes et le battage approche. Nous sommes en retard et tellement démunis de tout que cela me cause une véritable angoisse en plus de mon état de santé.

Je suis forcée de passer la main à Annie. Va-t-elle s’en tirer ? Je sais qu’elle sera très secondée par Cricri et Monique et que je parviendrai encore à faire certaines choses.

Lettre de Madeleine Sandrin qui me donne des nouvelles de tous les siens. Ils sont aussi sans service et ont beaucoup de travail. Christian est en Indochine et s’y plait.

Jeudi 29 Août (D. S. Jean-Baptiste)

Anniversaire de Marie-France. Nous pensons à cette chérie et prions pour elle. Le ciel continue à nous donner des alternatives d’espoir et de découragement. Nous allons d’une grosse averse à une éclaircie merveilleuse à plusieurs reprises dans la journée. Résultat, on ne peut rien entreprendre extérieurement mais Franz fait nettoyer par les Allemands et commence les préparatifs intérieurs. Il fait aussi des courses, se procure du vin et des sacs.

A 2hrs de l’après-midi Toudic vient tuer le cochon. Alain est tout ému d’avoir vu la pauvre bête étendue sans vie dans la cour de ferme.

Vendredi 30 Août (S. Gaudens)

Le porc nous occupe la plus grande partie de la journée. Comme l’Eglise a permis que l’abstinence du Vendredi soit supprimée en ces temps difficiles nous pouvons sans scrupule manger et faire manger aux autres le boudin, que nous avons confectionné. Franz compte nourrir sa compagnie de battage uniquement avec de la charcuterie. Il faut donc confectionner saucissons et pâtés. Nous en avons bien pour deux jours.

Avec Mr Gaouyer, Françoise L’Hénoret et Hans, on rentre du blé. Il ne reste plus que 4 petites charrettées (surtout de l’orge) dans les champs et Franz espère mener à bien cette dernière tâche avant le commencement du battage. D’ailleurs, si on ne lui enlève pas les Allemands, il peut travailler ici même si on bat demain au Mesgouëz Bihen.

Samedi 31 Août (Se Florentine)

On bat au Mesgouëz Bihen. Le temps est très beau et tout irait bien – même trop bien puisque nous ne sommes pas tout à fait prêts – si le tapis de la batteuse ne jouait un mauvais tour aux Clech. Bien que travaillant jusqu’à huit close, les gens ne peuvent terminer. On nous avertit ce soir que cela sera au plus tôt demain après-midi chez nous mais que ce n’est pas encore très sûr parce que les uns demandent qu’on répare le tapis avant de continuer et que les autres veulent qu’on profite du temps favorable pour battre sans répit, qu’on pourra changer le tapis usé au moment où la pluie forcerait à un arrêt. Il me semble qu’on se chicane un peu dans notre chantier.

A tout hasard, nous commençons à ranger, nettoyer et même à éplucher des légumes. Franz rentre la fin de ses gerbes.

Septembre 1946

Dimanche 1er Septembre (S. Gilles)

Messe de bonne heure à Plouezoc’h. le recteur dit en chaire que les travaux de moisson, vu leur urgence actuelle, peuvent être accomplis le dimanche cette année. Cela enlève mes derniers scrupules, et c’est l’âme tout à fait sereine que j’attends la décision du Chantier. Elle nous arrive vers 10hrs. Tout marche bien, le tapis a été réparé pendant la nuit et on commencera chez nous vers midi ½. Il faut en mettre un coup mais nous y parvenons. Jeanne Colléter vient nous aider. Il fait un peu moins beau qu’hier ; quelques nuages se promènent dans le ciel mais c’est quand même une des meilleures journées de ce déplorable été. Tous travaillent comme des enragés. On ne peut quand même pas finir. A la maison c’est aussi bien que possible.

Lundi 2 Septembre (S. Antonin)

Continuation du battage. Il est midi ¾ quand la machine s’arrête. Il y a encore un moment difficile pour nous : le déjeuner à servir car les gens viennent par petits groupes ; chacun a son travail à terminer mais ils ne peuvent pas s’attendre car ceux qui sont au moteur et à la batteuse sont obligés d’aller en vitesse tout installer chez Bellec. Il y en a même un qui part pour Lanmeur chercher une pièce importante qui a été cassée  quelques minutes avant la fin de l’opération chez nous.

Quel ouf de soulagement je pousse quand la dernière poignée de main a été donnée. Nous pouvons alors Annie, Cric, Monique et moi déjeuner tranquillement. L’après-midi se passe en vaisselle et rangements. La récolte est belle. Merci. Merci, mon Dieu. Ce soir est bon. Mais je suis lasse.

Mardi 3 Septembre (S. Grégoire)

Tempête aussi violente que celles des équinoxes. Le vent fait rage et la pluie tombe sans arrêt du matin jusqu’au soir. Nous avons eu véritablement grande chance de terminer notre battage hier et nous devrions être heureux. Hélas ! l’épine est toujours auprès des roses. On nous a repris les Allemands ce matin et leur absence va durement peser sur nous. Chacun aura sa part du fardeau. Ils s’en vont vers 7hrs ½ le matin pour travailler sur les routes et ils reviennent à 6hrs le soir. Ils rendront alors quelques services qui ne paieront certainement pas leur nourriture mais qui seront quand même appréciables. On va donc essayer ce régime quelques temps et puis il faudra bien prendre de grandes décisions.

Encore quelques rangements et préparation du home pour recevoir les Olivier qui arrivent demain.

Mercredi 4 Septembre (S. Lazare)

C’est de nouveau une vie très agités que nous menons. Les Olivier sont arrivés pour déjeuner et pensent rester ici trois jours. Ils sont hit dont 6 enfants. Ces derniers sont d’une sagesse extraordinaire, presque impressionnante. Quelle différence avec les enragés issus de nous à la deuxième génération, Jean et Alain qui sont les moins turbulents semblent des diables à côté de ces anges.

Bien que forcément très simple, notre accueil nous coûtera des fatigues supplémentaires. Olivier et Mimi comprennent heureusement les difficultés de la vie et saurant se contenter de ce que nous pourrons faire pour eux. Heureusement le porc tué jeudi dernier est une ressource ravitailleuse ; nous avions salé quelques morceaux et fait des pâtés qui m’enlèvent des soucis. Jusqu’à demain soir nos menus sont faits.

Jeudi 5 Septembre (S. Victotin)

Meilleur temps que ces deux derniers jours. Il tombe encore quelques grosses averses mais il y a des éclaircies. Bien mauvaise nouvelle apportée par le courrier ce soir. Notre appartement de Boulogne est réquisitionné pour un Monsieur Flahaut qui doit s’y installé aujourd’hui avec sa famille si les démarches d’Albert n’ont pas abouti. Espérons encore mais…… Echec en ce qui concerne la vente de notre auto à Mr Hervé. Par contre pourparlers pour celle de Domino.

Mr de Kermadec et Jean-Michel viennent goûter au Mesgouëz. Lettres d’Albert et de Pierre très intéressantes toutes deux. Michèle est partie Vendredi pour la Corse en avion. Visite de Me Clech qui fait suspendre les piqûres de morphine que Cric administrait à son mari. Elle a donné des glaïeuls de toute splendeur.

Vendredi 6 Septembre (S Eugène)

Les courtes vacances des Olivier au Mesgouëz n’auront guère été favorisées par le soleil et je crains que les enfants n’en gardent qu’un souvenir bien gris. Tout paraît terne et comme ces petits là, trop sages, manquent (il me semble) de chaleur intérieure, ils ne s’animent point dans cette atmosphère. Quant aux parents, ils sont ce que je les connais très posés et calmes mais Olivier, l’ex Lili, aurait des velléités d’indépendance plus joyeuse si l’autoritaire Mimie la lui permettait.

Naturellement la plus grande partie de la journée se passe à la cuisine où nous bavardons comme dans un boudoir en épluchant des légumes ou en faisant la vaisselle.

On bat chez Lévollan et je plains les pauvres gens qui reçoivent multiples averses. Je me tourmente beaucoup de notre logis boulonnais.

Samedi 7 Septembre (S. Cloud)

Le réveil d’Annie, prêté aux Olivier, sonne à 5hrs et aussitôt toute la famille est sur pieds, s’apprêtant au départ. Mais ces gens sont tellement silencieux qu’on n’entend rien et que je suis étonnée en arrivant dans la cuisine vers 5hrs ½ de trouver déjà 3 des enfants en tenue de voyage, attendant le déjeuner que nous devions servir à 6hrs. Vers 7hrs moins ¼, l’auto s’ébranle avec tout son chargement. Espérons que le voyage aura été bon à tous points de vue, sauf celui du temps qui, à en juger par l’atmosphère humide et sombre qui nous a enveloppée jusqu’au soir n’a pas dû être bien fameux.

Monique est triste. Elle sait par les Olivier que son ex-époux se remarie aujourd’hui et cela l’impressionne très désagréablement. Visite des Séran qui peuvent devenir une relation aimable sinon amicale.

Dimanche 8 Septembre (Nativité N.-D.)

Messe à Kermuster dont nous n’entendons que la 2ème partie, presque la fin seulement. Mais ce n’est pas de notre faute. La paroisse ayant organisé un pèlerinage au Folgoët pour fêter la nativité, le vicaire avait commencé l’Office un quart d’heure plus tôt que normalement. Franz retourne à la grand’messe de Plouezoc’h mais Henri, Françoise et moi considérons avoir accompli notre devoir et nous nous livrons à nos fonctions d’état en offrant cette contrariété au Bon Dieu qui l’avait permise.

Dans l’après-midi, Franz, Annie et Monique vont à Kerprigent. Cette visite les distrait. Pendant ce temps, en gardant les petits, nous bavardons en trio intime de nos affaires de Paris qui nous préoccupent et surtout du projet brésilien dont la réalisation se fait bien attendre. Henri le travaille mais avec des données trop réduites.

Lundi 9 Septembre (S. Omer)

Une journée de vrai beau temps. Elles sont si rares cette année que je dois la noter. Je sentais le cafard monter ce matin dans la brume car je me souviens à plus de 50 années de distance du frère aîné que j’ai perdu le 9 septembre 1896. Les vapeurs se sont dissipées, le soleil a triomphé et a brillé radieux jusqu’à sa chute sous l’horizon.

Le moment de liberté que j’ai pu prendre entre le déjeuner et la fabrication du goûter s’est passé au jardin en tricotant pour Françoise. Henri va au bourg pour différentes affaires et fait une visite à Mr Clech qui commence à se remettre de son opération. Annie et Monique sortent aussi pour différentes courses ; elles vont à St Antoine et à Plouezoc’h et rentrent très tard.

Mardi 10 Septembre (S. Salvi)

Annie, Monique et les enfants passent toute la journée au bord de la mer sur la plage de Samson où ils pique-niquent, déjeuner et goûter. Nous voulions profiter de leur absence pour faire beaucoup de choses et, en fin de compte, le temps fut dévoré comme à l’ordinaire par mes mille petits travaux quotidiens. Mais la maison fut calme au moins et ce silence nous a détendus les nerfs et reposés. Il faut avouer que mes amours de petits enfants possèdent des vies un peu trop ardentes et que cette intensité déborde en tumulte. D’ailleurs, leurs mères, aussi bien Annie que Paule ne sont pas des silencieuses et joignent leurs clameurs à celles des petits.

Je tricote un bon moment dans l’après-midi et les bas de Françoise avancent.

Mercredi  11 Septembre (S. Patient)

Daniel, un sabotier du Huelgoat, vient prendre notre vieille auto que mon mari lui a vendue 40.000frs. Cela fait un peu de peine aux enfants qui disent : « Maintenant nous n’aurons plus jamais de voiture. » Mais celle-ci aurait demandé des réparations trop coûteuses pour nos bourses, elle s’abîmait beaucoup à l’abandon dans le garage. Et puis Henri avait besoin d’argent pour refaire sa garde-robe toute liquidée en ces années de dévastation. Il est certain que s’il veut rentrer dans une vie civilisée, il lui faut un équipement convenable. Alors que le sacrifice que nous lui faisons de l’auto l’aide – avec la Grâce de Dieu – à trouver une situation qui nous redonne le rang d’autrefois.

Jeudi 12 Septembre (S. Serdot)

Pas grand’chose de saillant dans ces journées grises, surchargées de soucis et de travaux peu intéressants. Aujourd’hui cependant je dois noter la visite quête annuelle de nos vicaires. Nous leur remettons 150frs à chacun et il sera bon sans doute de me rafraîchir la mémoire l’an prochain. Suivant la tradition, ils prennent le repas de midi avec nous.

Je puis signaler encore qu’étant prévenus depuis dimanche nous avions pu préparer un repas très simple mais un peu plus soigné qu’à l’ordinaire. Comme entremets une innovation : compote de pommes dans laquelle nous avions incorporé 2 blancs d’œufs battus en neige et sur laquelle nous avons versé une crème à peu près de la même consistance parfumée à l’orange.

Annie et Monique vont à Morlaix.

Vendredi 13 Septembre (S. Maurille)

Redoublement de cafard. Nous apprenons par une lettre d’Albert que les Flahaut se sont emparés de notre appartement en faisant fracturer les portes. Cela complique terriblement notre situation et risque d’entraîner de grands dommages dans ce qui nous reste de mobilier. J’aurais voulu qu’Henri aille sauvegarder au moins ce à quoi nous avons droit. Il ne s’en soucie pas et dit que nous n’avons rien à tenter. Ce n’est pas mon avis et je vais peut-être partir. Mais mon état de santé actuel est assez piteux et je crains de tomber à bout de forces au cours de cette équipée.

Je termine la seconde paire de bas de Françoise. Cela n’est pas suffisant mais j’ai quand même fait à chacun des petits 2 paires de bas pour leur hiver.

Samedi 14 Septembre (Exc. Se Croix)

Soucis, gros cafard, indécisions. Je trouve qu’Henri prend trop facilement son parti de "l’évènement accompli" comme il dit. Les enfants déclarent qu’il est trop tard, qu’il fallait agir plus tôt. Moi, je veux lutter encore, tâcher de sauver le plus de choses possible de ce nouveau désastre et, malgré mon invalidité, je me décide à partir pour Paris et j’écris à Albert et à Jean Chiny (car Monique m’offre son lit dans l’appartement de ce dernier) pour leur annoncer mon arrivée mercredi soir. A la Grâce de Dieu. Les choses finiront toujours par s’arranger…. bien ou mal.

Hélas ! je sens que des liens puissants m’attachent encore aux biens de la terre, je suis reprise de tendresse pour les objets qui ont entouré ma vie.

Dimanche 15 Septembre (S. Achard)

On fête l’anniversaire (cent ans !) du grand miracle de la Sallette. Il y a des pèlerinages organisés par toutes les paroisses environnantes pour aller le célébrer dans le sanctuaire érigé sous ce vocable de l’autre côté de la rivière de Morlaix. Je regrette de n’en faire pas partie mais je me joins de tout cœur à l’esprit qui doit animer les pèlerins.

Journée à peu près calme. Franz sort avec sa fille mais Alain, un peu fatigué, reste ici.

Lundi 16 Septembre (S. Jean Chrys.)

Les battages avancent. Plusieurs mécaniques ont fait leur maout hier. Enfin la moisson a pu se faire tout de même en dépit des intempéries dont nous avons été gratifiés au cours de cet été bien maussade.

Je cherche dans mes vieilles affaires de quoi me vêtir pour un voyage dans la capitale et je parviens à rassembler les éléments nécessaires. Mais il y a du travail. Monique m’arrange un chapeau.

Alain est encore moins bien qu’hier ; il a 387 et semble très abattu. Voici une quinzaine que ce chéri n’a plus son entrain habituel ; il m’inquiète ; j’aimerais qu’on le montre à un docteur. Espérons que ce n’est pas grave.

Mardi 17 Septembre (S. Corneille)

Je fais quelques préparatifs de départ ; espérant rester peu de jours absente, je n’emporte que ce que j’aurai sur le dos, un peu de ravitaillement et de l’ouvrage : tricot, crochet. C’est encore difficile de rassembler ces choses car il faut que le travail quotidien se fasse.

On bat au Moulin à Vent. Franz qui a une politesse à rendre aux L’Hénoret y envoie Yvonne Féat. Henri est allé prendre mon billet à Morlaix ce matin. Le docteur Kervern de Plougasnou est venu voir Alain. Il n’a pas été inquiétant : mal de gorge et bronchite, 392 de température.

Mercredi 18 Septembre (Se Camelle)

Un télégramme d’Albert est arrivé hier soir contremandant un voyage et Henri est parti ce matin de bonne heure se faire rembourser mon billet à Morlaix. Je me tourmente beaucoup d’Alain qui est dans un état de prostration que je trouve anormal d’après le diagnostique du docteur. Une bronchite n’abat pas un enfant comme cela. Espérons quand même que ce n’est rien de très sérieux.

Rien d’Albert ; je suis fort inquiète de ce qui se passe dans notre appartement mais Henri a peur que je contrarie son frère en allant voir moi-même et s’oppose à mon départ. D’ailleurs je me suis brûlé un pied avec du lait bouillant, ce qui me rend encore moins alerte.

(Copie courrier des Auger reçu ce jour mais dont gd mère ne parle pas)

Mr & Mme MAURICE AUGER

sont heureux de vous annoncer les

fiançailles de leur fille Françoise

avec Monsieur Henri Lorne

"Maupinson"

16 Septembre 1946

Jeudi 19 Septembre (S. Cyprien)

Un peu de mieux chez Alain ; la fièvre descend et il recommence à parler ; il a même souri quand je suis rentrée ce matin dans sa chambre. Toujours le même affreux temps ; on se croirait aux plus mauvais jours d’automne. Monique elle-même qui  aime l’agitation n’a guère envie de se promener ; sa sortie se borne à accompagner Cricri à St Antoine pour quelques achats d’épicerie avec l’espoir vague de rencontrer Mr Hervé qu’elle imagine être une source de tabac. Cette espérance est déçue, mais Mr Réguer, le mari de Marie-Joseph Bastard, vient à la maison chercher du beurre et y laisse 3 paquets de cigarettes, ce qui enchante Franz et les deux passionnées.

Je tricote des socquettes grège pour Cricri ou pour moi suivant les besoins.

Vendredi 20 Septembre (S. Eustache Q.-T.)

L’Ouragan fait rage. Il parait que les tas de paille s’envolent en tourbillon. Petit Alain est presque guéri mais devient un peu exigeant ; il s’est senti gâté pendant quelques jours et voudrait continuer le régime de la couvée constante. Heureusement pour Annie qu’il accepte l’aile de sa grand’mère et surtout celle de sa tante Cricri.

Lettre d’Albert me rassurant un peu pour notre appartement. Il est réquisitionné, rien à faire mais les gens qui l’occupent lui ont paru convenables, honnêtes et propres. Ils nous laisseront l’habiter avec eux si nous voulons bien nous contenter de l’espace laissé et nous arranger avec eux pour la cuisine. Ce sera un peu comme un hôtel mais moins cher, nos meubles resteront à l’abri et j’espère que ce que nous avons là bas sera respecté. C’est quand même une lourde tuile.

Samedi 21 Septembre (S. Mathieu)

Les Allemands ont un peu de répit aujourd’hui. Bernard ne va travailler que le matin sur la route et Hans qui a pu accomplir sa tâche de terrassier avec une plus grande rapidité nous est laissé toute la journée. J’en suis bien contente car j’étais à bout de bois et ce n’est personne d’ici qui aurait pu fendre et scier, corvée dont je suis incapable moi-même.

Les socquettes sont terminées. Franz et Monique vont à Morlaix dans l’après-midi et assistent à l’arrivée de Pierre qui vient passer sa dernière semaine de vacances au Mesgouëz. Espérons qu’il apportera le beau temps ; car cette semaine a été très vilaine et cela tend un peu vers l’amélioration aujourd’hui.

Alain est comme l’atmosphère, en progrès vers la santé.

Dimanche 22 Septembre (S. Maurice)

Messe à Kermuster. Ouverture de la chasse. Suivant la tradition qui a maintenant 20 ans, Henri de Preissac a été invité à la faire ici. Cette année il est accompagné par Marie, Annick et Paul auxquels s’est joint le fils de Jean : Philippe. Nous avons encore un autre convive, un Monsieur Baillache, le garde fédéral, un type. Nous nous sommes toutes mises aux préparatifs du repas. Il a été fait à temps et assez réussi.

A noter l’entremets : Pêches de plein vent (du jardin) pochées dans un sirop et mises dans une crème au kirsch. Il y a eu beaucoup d’entrain et de gaieté. Je crois que tout le monde a été content. Au tableau : 2 lièvres et 9 perdreaux. Partage fait, il nous reste le plus beau lièvre et 3 perdreaux. Pierre a été le plus heureux des chasseurs.

Lundi 23 Septembre (Se Thècle)

Contraste avec hier. Journée brumeuse à bien des points de vue. Il n’y a que le soleil Pierre qui l’éclaire et c’est encore trop intermittent. Je ne voudrais pas que ce très chéri se prive d’amusements pendant ses courtes vacances pour rester à deviser avec moi devant le fourneau de cuisine et je suis heureuse qu’il sorte avec son frère. Malheureusement leur randonnée de chasse le matin fut nulle et leurs courses à Morlaix dans l’après-midi un peu mouillée. Ils étaient quand même contents le soir parce qu’ils avaient obtenu de la tante Anne de Rodellec la permission d’aller chasser le chevreuil dans de grands bois qu’elle possède du côté de Pleyber-Christ. Je crois qu’ils vont arranger cela pour vendredi prochain.

Mardi 24 Septembre (S. Izarn)

Les jours diminuent et on sent terriblement l’approche de l’hiver. Les soucis pleuvent. Tous en ont leur part. Je vois que mon pauvre chéri Pierre, malgré son travail qui l’a conduit à une situation très belle, arrive à peine à faire subsister sa famille ; les dépenses sont formidables et je crains que les enfants soient trop privés à un âge où le corps doit se développer. Nous ne pouvons malheureusement pas l’aider, nos moyens financiers ne nous permettent même plus de mener une vie conforme à notre rang social d’autrefois.

Les garçons font un tour de chasse et rapportent deux perdreaux et un ramier.

Mercredi 25 Septembre (S. Firmin)

On mange au Mesgouëz les premières victimes de nos Nemrod, c'est-à-dire les 3 perdreaux tués dimanche et le ramier d’hier. Les chasseurs ont encore eu 4 perdreaux ce soir. Cricri commence à les remercier d’avoir tant à plumer et à vider.

Paule doit arriver demain avec toute la chère bande. Aujourd’hui mes jambes sont plus malades que jamais ; je peux à peine marcher ; je me traîne et, comme il faut quand même aller et venir, c’est très pénible. Annie et Monique font des crêpes pour le dîner.

Anniversaire de la mort de ma chère maman.

Jeudi 26 Septembre (Se Justine)

Grand arrivage. Mes enfants et petits enfants sont tous réunis autour de nous. C’est un grand bonheur dont je remercie Dieu. Malheureusement je n’en puis jouir dans sa plénitude car il y a souci et travail avec une maison aussi pleine, tant d’estomacs à garnir avec un manque absolu de service et de grandes difficultés de ravitaillement.

Nous nous sommes bien tirés des deux premiers repas mais Paule et ses enfants ont eu pendant six semaines des réceptions extraordinaires, « remarquables » me dit-on dans la famille Le Marois et je crains de ne pas être à la même hauteur. Je les trouve pourtant tous plutôt amaigris. Il est vrai qu’ils ont beaucoup circulé mais l’amincissement convient à Marie-France, son esthétique y a gagné. Sans être réellement jolie elle est très mignonne et toujours souriante.

Vendredi 27 Septembre (Ss Côme et D.)

Annie, Paule, Monique et tous les enfants vont au bord de la mer et même plusieurs des petits se baignent. Il fait un temps splendide, presque trop chaud et tous se plaisent auprès de l’eau. D’un autre côté, les deux garçons ayant organisé leur partie de chasse dans les bois de la tante Anne partent dès 7hrs en auto avec Henri de Preissac ; mon mari fait sa course hebdomadaire au bourg. Nous avons donc Cric et moi un peu de tranquillité dans l’après-midi mais plusieurs visites et tant d’ouvrage. Je fabrique un pudding pour le soir.

Yvonne Féat vient s’occuper des vaches en l’absence de Franz. Les chevreuils espérés sont vus mais….. pas tués. Henri a seulement un renard.

Samedi 28 Septembre (S. Exupère)

Ce matin visite des Séran, accompagnés d’Annie Maistre. Je n’avais pas vu cette dernière depuis 1939 et elle a vécu de grands et terribles évènements depuis cette date. Conduite brave et glorieuse au front de bataille, croix de guerre. Et puis je ne sais plus trop quoi mais sa sœur Marie et son beau-père, emprisonnés, fusillés ; sa sœur Jeanne, arrêtée aussi, disparue, tuée sans doute ; elle-même, très menacée, obligée de se cacher avec l’enfant de Marie. Elle nous a présenté celui-ci, une très gentille fillette de cinq ans qui s’appelle Maggy. Elle la légalement adoptée.

Paule conduit encore sa bande à Samson. Nous apprenons que ce grand troupeau va encore augmenter. Le numéro 7 est attendu pour fin Mars. J’en suis émue, effrayée, contente tout de même.

Dimanche 29 Septembre (S. Michel)

C’est sur le territoire de Kerprigent que la chasse s’est faite aujourd’hui ; elle n’a rien donné qu’une bécassine mais ceux d’ici ont passé une bonne journée. En plus des chasseurs, Marie avait invité tout le Mesgouëz mais nous avons mis une demi-discrétion à profiter de cette invitation générale. Henri, les deux ménages, Monique et 4 enfants s’y sont rendus, tandis que Cric et moi gardions la maison avec Françoise, Yves, Michel et Philippe.

Françoise a 397, sa santé me tourmente malgré l’avis du docteur L’Hénoret. Au dîner, on fête non seulement Michel mais les 3 qui sont sous le patronat de St François d’Assise.

Lundi 30 Septembre (S. Jérôme)

A 4hrs ½ l’agitation commence. L’auto qui doit emporter la tribu Pierre a été commandée pour 6hrs moins ¼ et il y a beaucoup à faire avant que les 8 voyageurs s’y empilent avec tous leurs bagages. Les choses se font avec exactitude et le Mesgouëz était retombé avant l’aube (assez tardive maintenant) dans un calme qui m’a fait mal à l’âme.

Journée cafardeuse. Pourtant je sais et je sens que cela ne peut durer, je ne le souhaite même pas car il y a trop d’obstacles à une vie commune mais l’envol de cette nichée très aimée laisse un vide qui m’étourdit même physiquement.

Anniversaire de mes fiançailles ; souvenirs qui contribuent aussi à ma mélancolie. Et puis on sent que tout espoir d’été doit être abandonné maintenant.