Juillet 1948

Jeudi 1er Juillet (S. Martial)

Nous nous occupons surtout des Pierre puisqu’ils doivent repartir le soir. L’Abbé Malsert qui est un prêtre bien moderne, fort intéressant mais…. Un peu inquiétant aime beaucoup les enfants. Il emmène nos garçons au Jardin des Plantes ; Henri et Michel sont ravis. Marie-France sans doute un peu fatiguée de ses ébats de la veille dort une grande partie de l’après-midi. Nous dînons encore tous ensemble chez l’accueillant Albert que ce remue-ménage autour de lui empêche de se laisser trop envahir par la triste pensée de son futur isolement.

Départ avant 20hrs pour la gare Montparnasse. Je m’arrête rue Littré chez les Chiny où Henri et cric viennent me rejoindre après avoir embarqué les chers Pierre.

Vendredi 2 Juillet (Visit. N.-D.)

Henri, Cric et moi passons la journée à St Germain chez les Olivier qui y sont installés plus que confortablement, presque luxueusement. Ordre admirable, tout marche à souhait, Mimi est une maîtresse femme. Excellent déjeuner. Abondantes libations. Visite du joli pavillon puis une petite promenade dans la forêt toute voisine.

Retour à Paris, dîner rue Las Cases. L’Abbé Malsert est parti ce matin ; il n’y a plus à part nous et nous que Jacqueline Chollet dite Fanfette et la petite Aliette qui y passent encore cette dernière nuit.

Anniversaire de mon mariage et de celui de mes parents. Souvenirs. Prières.

Samedi 3 Juillet (S. Anatole)

Commencé la journée par un bain à l’Etablissement Ste Clotilde. Séance chez le pédicure – déjeuner rue las cases – un peu de tranquillité que j’emploie à crocheter des rondelles de fil destinées à faire un col pour ma fille. A 4hrs j’ai rendez-vous chez le docteur André Aubin. Il ne me trouve pas en trop grande déconfiture, le cœur tient, la tension n’est pas trop forte, j’ai seulement un terrible arthritisme et le foie lamentable. On va soigner cela.

En quittant le docteur, Henri et moi allons à Boulogne. Visite aux Flahaut, nous y retrouvons Cric. Pas de place au bas de cette page pour noter mon impression sur les Flahaut. Retour à Paris. Encore dîner rue Las Cases.

Dimanche 4 Juillet (S. Théodore)

Messe de midi à Ste Clotilde où nous entendons les petits Chanteurs à la Croix de Bois qui partent jeudi prochain pour le Brésil sur le "Jamaïque". Discours de leur directeur. Déjeuner rue las Cases – Visite aux Payen – Ensuite sur nos trois tombes du Père Lachaise. Nous préparons le dîner qui est servi exactement à 6hrs ½ et qu’on peut faire tranquillement.

Albert et Paul, accompagné par Henri, partent à 8hrs ¼ - direction les Vans. Cric et moi faisons la vaisselle, fermons l’appartement et retournons chez Monique où nous aurons maintenant la table en plus du lit.

Lundi 5 Juillet (Se Zoé)

Henri va chez Monsieur de Wilsengold avec Cricri, il y apprend que Monsieur Mackland est à Londres et doit venir prochainement à Paris. Pendant ce temps, je vais à Boulogne. Séance assez longue chez kiki où ma fille me rejoint puis visite aux deux dames Dupuis – absentes hélas !

Dîner chez les Chiny, avec Monique. Visite de leur appartement. Nous sommes reçus à cœur ouvert. Je voudrais rendre toutes les gentillesses que nous recevons des uns et des autres.

Mardi 6 Juillet (S. Tranquillin)

Nous nous dirigeons vers la Chaussée du Pont, lorsque nous rencontrons Henri qui nous dit que Flahaut s’oppose formellement à ce que nous mettions les pieds dans l’appartement en son absence. Nous allons alors chez Marguerite à qui je fais mes adieux car je ne reviendrai pas à Boulogne

Quelques petites courses dans l’après-midi et puis dîner chez les François Prat. Après le repas nous assistons à une intéressante séance de télévision dont mon neveu construit des appareils. Très gentille réception mais on sent que ce ménage est moins florissant que les autres et j’en suis attristée.

Mercredi 7 Juillet (S. Prosper)

Dans l’après-midi, nous allons Cric et moi à Passy. Les bas indiqués par Monique manquent avenue Mozart (Bas Gulf, près de la Muette) Nous allons regarder les vitrines Rose Landais -  Frank – Haurès - etc. ; nous y voyons de bien jolies choses mais tout est si cher que la tentation ne me vient même pas.

Tenté de voir quelqu’un au 26 rue de Tous – on n’ouvre pas. Mimi est absente mais d’après la concierge Andrée devait être là. Ensuite nous allons prendre le thé chez Jenny de Guilhermy qui nous avait invités par un coup de téléphone. Vu Odile, son fils Hervé et Paulette Senné.

Dîner chez Monique avec les François et Charles de Kermadec.

Jeudi 8 Juillet (Se Virginie)

Henri a pu enfin toucher ce matin le rappel de sa retraite pour 1947 et les 2 premiers trimestre 48. Cela fait une bonne somme qui nous permet de liquider toutes nos dettes et de nous remettre à flot. Que Dieu soit béni. Maintenant nos derniers jours sont assurés, il n’y a plus qu’à penser à l’avenir de notre Cric chérie.

Nous allons au Bon Marché et faisons des courses de ravitaillement. Préparation de mon petit bagage. Je termine aussi la lecture de : "Nez de Cuir" par Lavarande que j’avais commencé lundi et j’achève mes petites rondelles de crochet. Visite aux François – dîner – départ pour la gare – train à 22 heures. Henri et Cric me conduisent.

 

Vendredi 9 Juillet (S. Ephrem)

Arrivée à Morlaix à 6hrs ½. Car Huet – Personne ne m’attend à Kermuster car on ne pensait pas me voir arriver aussitôt. Puisqu’il y avait un car – nouveau service d’été – j’ai préféré le prendre plutôt que d’attendre à Morlaix jusqu’à 11hrs. Je laisse ma valise chez Fustec et Franz va la prendre dans l’après-midi. Alain parait très content de mon retour mais naturellement il me réclame sa bien aimée tante.

Ma joie à moi est très mélangée… Et puis n’ayant pas dormi cette nuit, je suis assez vaseuse. Enfin l’atmosphère est lourde et sombre. Il y a  grande sécheresse, on désire la pluie mais dès qu’elle tombera tout le monde récriminera contre elle, surtout les gens dont les foins sont à terre !

Samedi 10 Juillet (7 Frères M.)

Franz m’emmène dès l’aube chez le notaire prétendant être menacé des pires catastrophes si les choses ne sont pas mises en règle de suite. Il n’en est rien, l’acte n’est même pas entièrement libellé et je pose ma signature au bas d’une feuille blanche. Par contre ses engagements avec Maurice Simon sont rendus maintenant définitifs et c’est le principal.

J’écris quelques lettres, réponses à des missives trouvées ici. Visite de Pétronille, puis celle de Madame Boubennec. Très fatiguée, je me couche sans dîner.

Anniversaire de la mort de Madame Morize.

Dimanche 11 Juillet (Tr. S. Benoît)

Messe à Kermuster. Achat d’épicerie. Il me faut commencer à faire des provisions car j’ai la perspective – heureuse certes mais un peu inquiétante – de nombreuses visites au mois d’Août. Le ravitaillement est un point difficile mais il y en a un autre guère plus aisé : le service. Peut-être Madame Boubennec pourrait-elle me venir en aide – censure -.

Vers 4hrs, le crachin se met à tomber. Je m’attiffe avec un vieil imperméable d’Henri pour porter des lettres à Plouezoc’h.

Anniversaire de la mort de ma belle-mère. Fête du cheval à Landerneau. Franz y va.

Lundi 12 Juillet (S. Honeste)

Anniversaire de la naissance de maman ; elle aurait 95 ans. Le mauvais temps s’accentue. Vent, froid, pluie, toute la litanie d’hiver. Nous sommes tous frissonnants. Etant obligée de garder les enfants à la maison, je ne puis rien faire de sérieux.

Françoise qui est en vacances depuis avant-hier soir s’acharne après ses devoirs qu’elle veut terminer avant la venue de ses cousins Prat et Morize ; elle m’assomme de questions et je la gronde trouvant qu’elle gribouille son beau cahier. Alain également a quelques exigences. Et me voilà devenue bonne d’enfants, gouvernante de ces deux chers petits diables.

Revienne vite le soleil pour les attirer hors de mes jupes.

Mardi 13 Juillet (S. Anaclet)

.Annie va à Morlaix avec Françoise pour acheter des chaussures à cette dernière et se munir de cadeaux pour la fête d’Alain qu’on doit souhaiter jeudi ou vendredi. En gardant mon petit fils qui est assez sage, je puis tricoter un peu dans le jardin. Commencé une paire de gants en coton blanc.

Alain me demande un morceau de sucre – je promets mais je continue ce que je faisais avant de m’exécuter. J’entends farfouiller dans la salle à manger, je vais voir et trouve mon petit bonhomme occupé à se servir lui-même. Je le gronde un peu ; il ne se déconcerte pas et répond : « Je savais que tu allais me le donner, c’était pour que tu ne te déranges pas..... et puis.... je le voulais tout de suite. »

Le soir nous offrons un café aux Colleter et aux Simon pour fêter le retour de Jean Colleter et la signature du contrat.

Mercredi 14 Juillet (F. Nationale)

Loin des canons, feux d’artifices, pétards et bals nous passons une fête nationale plus que calme. On ne se croirait pas à pareil jour. Je ne fume même pas ma traditionnelle cigarette. Seul extra : nous choquons nos verres emplis d’un modeste ais véridique café à la santé de la France et en évoquant le souvenir de nos Henri.

Pas de courrier. Je m’ennuie d’être sans nouvelles de mon mari et de ma fille. Je lis un peu Jésus en son temps – lecture intéressante mais de longue haleine non seulement à cause du nombre de pages mais par sa matière

Jeudi 15 Juillet (S Henri)

Nous souhaitons la fête d’Alain. C’est toute une cérémonie car le bonhomme attache une très grande importance à ces manifestations. Il est heureux de tous ses cadeaux, des fleurs dont nous les accompagnons et des gâteries culinaires partagées entre les deux repas : poulets et fruits à midi, tomates farcies et gâteau de Savoie à la  crème le soir.

Il nous fait rire en disant : « Quand ce sera la fête de grand-père il faudra mettre des cigarettes et pas des bougies sur son gâteau, ce sera une farce gentille. »

Vendredi 16 Juillet (N.-D. M.-C.)

Enfin ! Lettres d’Henri et de Cric. Celle de ma fille est tapée à la machine et je suis contente de voir qu’elle s’en tire après deux heures seulement d’apprentissage. Cela promet. Une chose seulement me chiffonne : plusieurs fautes d’orthographe alors qu’elle n’en fait presque jamais en se servant de son stylo.

Cric m’annonce son retour pour lundi matin. Hélas ! elle sera seule. Mon mari est encore accroché à Paris par l’attente du fameux Américain. C’est à se demander si ce Mackland n’est pas un mythe dans l’imagination malade de Monsieur de W.

Samedi 17 Juillet (S. Espérat.)

Journée des foins au Mesgouëz. Commencée malgré le mauvais temps, on doit l’interrompre à midi car la pluie continue et même augmente en trop grandes proportions. Les repas devant avoir lieu chez les Simon, ce contre temps ne nous dérange pas trop. Je constate seulement ave inquiétude que nos petits métayers semblent plutôt avoir de la malchance.

En tout cas, pour leurs débuts, l’année menace d’être bien mauvaise sur toute la ligne. Auront-ils le cran nécessaire pour ne pas se décourager ? Jusqu’à présent Franz est très gentil pour eux et les aide beaucoup.

Dimanche 18 Juillet (S. Thom. D’A.)

Messe à Plouezoc’h.

Nous finissions de déjeuner lorsqu’une grande belle auto s’arrête devant la maison. Toute la famille Olivier Prat en sort assez affamée. Heureusement elle a des victuailles ave elle ; comme nous pouvons en surplus offrir un peu de soupe, des pommes de terre et du café, les appétits sont satisfaits. Cette agréable visite se prolonge jusqu’à 7hrs du soir. Causerie entre les parents pendant que les petits refont connaissance.

Malheureusement le temps est sombre et même pluvieux. Il tombe un crachin bien désagréable. Quel été !

Lundi 19 Juillet (S. Vinc. de P.)

Arrivée de Cricri le matin de très bonne heure. Je la rencontre presque à la porte du Mesgouëz alors que je me rendais à Kermuster où je pensais la voir descendre du car de 8hrs ½ comme je l’avais fait moi-même le 9.

Après le déjeuner nous allons à la vente mobilière de Mr Chéroc à Kerdini. Je n’achète rien mais les Franz font quelques acquisitions dont Annie est enchantée. Toudic et Joseph Troadec viennent dans l’après-midi achever la coupe du foin. Ils finissent tard. Quant à nous ces choses-là ne nous regardent plus, j’évite de m’en mêler le moins du monde et cherche à accentuer le plus possible la séparation entre la maison et la ferme.

Mardi 20 Juillet (Se Marguerite)

Pensées et prières pour ma sœur qui n’est pas heureuse, beaucoup par sa faute il est vrai, mais aussi par un concours de circonstances néfastes qui se sont acharnées sur elle, pas de force à les subir.

Cricri est un peu désorientée après un mois de vie parisienne. Peu à peu elle va se réhabituer aux gens et choses d’ici. Franz lui repasse Gourville, malade, à piquer tous les deux jours. Et puis l’ouvrage ne risque pas de lui manquer ; il y a terriblement de choses à faire pour rendre la maison habitable. Dans 10 jours elle sera envahie et je suis confuse de son état de désordre et de saleté.

Mercredi 21 Juillet (S. Victor)

Messe pour Germaine à 6hrs30.

On me souhaite ma fête. Nombreuses lettres. Je suis touchée de tant d’affectueux souvenirs. Mes chéris de Quimper ont écrit tous les 9. Les lignes de mon aimé Pierre me sont particulièrement douces. En les lisant je ne puis retenir quelques larmes d’émotion. Ici les enfants sont aussi bien gentils ; je reçois vœux, fleurs, baisers, une jolie écuelle bretonne, un cendrier, une épingle à chapeau et Henri me fait remettre un parapluie de reine douairière tellement beau que je n’oserai pas m’en servir dans ce climat trop venteux qui risquerait de le retourner et de le mettre en loques. La lettre gémissante de la pauvre Kiki me navre.

Jeudi 22 Juillet (Se Madeleine)

Une journée qui sort de l’ordinaire. Nous rendant à une gentille invitation des Olivier nous sommes tous allés passer la journée à Trégastel. Lumière – Splendeur ! Depuis longtemps je n’avais pas eu vision de la pleine mer avec cet éclat. J’en suis restée figée, impressionnée fortement et j’aurais passé des heures appuyée à la balustrade qui la domine au-dessus de galets.

Très bon déjeuner à l’hôtel du bourg, suivi de cafés et liqueurs. Les Olivier font bien les choses. Station sur la plage où les enfants jouent. Retour le soir en auto.

Vendredi 23 Juillet (S. Apollinaire)

C’est très beau et très bon de recevoir des lettres de ceux qu’on aime mais….. il faut y répondre et je me trouve devant 17 billets pour lesquels je manque de papier et aussi d’entrain épistolaire. Pour me donner du cœur à la tâche, j’ai commencé par mes petits enfants de Quimper. Pour ces chéris je n’ai aucun frais intellectuel à faire ; je n’ai qu’à écouter mon cœur et à laisser glisser ma plume. Je passe presque tout mon après-midi à écrire.

Cependant je termine aussi la 2ème paire de gants en coton blanc sans faire les nombreux arrêtages devant lesquels je renâcle toujours.

Samedi 24 Juillet (Se Christine)

Lettre d’Henri qui me parait broyer beaucoup de noir et qui – chose étrange et pourtant naturelle – n’en veut pas reconnaître le véritable motif et m’accuse d’en être cause. Il est anxieux et bien découragé au sujet de son affaire Brésil et parce que je lui ai écrit qu’il ne devait pas s’ancrer dans un espoir peut-être chimérique, il me reproche de lui conseiller l’abandon complet d’une affaire poursuivie depuis deux ans et dont la réalisation serait excellente pour lui et pour Cric.

J’ai répondu de suite aussi franchement que j’ai pu pour mettre les choses au point.

Dimanche 25 Juillet (S. Jacques)

Messe à Kermuster. Il nous faut renoncer au projet que nous avions fait d’aller passer la journée à Trégastel. Les cars passent complets à Kermuster avec des montagnes de gens sur leurs toits et ne s’arrêtent même pas. J’avoue me contenter de ma course du matin et m’être consolée avec assez de facilité du pique-nique manqué.

Journée assez calme, je commence des bas pour Françoise et ce soir j’ai déjà un grand bout fait au premier. Ecrit aussi quelques lettres. Le temps parait se mettre au beau.

Lundi 26 Juillet (Se Anne)

Annie prend le car avec Alain et ils vont tous deux déjeuner à Trégastel. Ils y passent même toute la journée ne rentrant ici qu’à plus de huit heures le soir. Il fait un temps superbe – même trop chaud car d’une atmosphère d’automne nous sommes brutalement transportés en zone tropicale.

On commence la moisson. Enervement. La bonne entente de Franz et de Maurice parait terminée. J’en suis bien désolée mais je n’y puis rien.

Lettre d’Henri qui a pu avoir par un heureux hasard des renseignements sur ce que Mr de W est devenu ces derniers temps. Très fatigué il se repose en Loir et Cher. Mais il compte partir bientôt.

Mardi 27 Juillet (S. Pantaléon)

Continuation de la moisson d’avoine. Cela ne marche pas au gré de Franz qui exhale avec nous la bile que son associé lui fait faire. Comme il désire le conserver encore j’espère qu’il le ménagera mais il se pourrait que tout craque d’un coup.

Cricri et moi nous allons à Morlaix. Voyage avec les Kermadec. Le cher Ronan m’a paru assez vieilli depuis son dernier passage ici qui remonte à deux ou trois ans. Mais il est toujours aussi gentil, affable, liant. Grosse chaleur qui rend les courses en ville peu agréables.

Mercredi 28 Juillet (S. Nazaire)

J’espérais Madame Boubennec pour une bonne journée de nettoyage. Elle m’a fait faux bond. – censure -. J’essaie de la remplacer mais j’ai trop peu de temps. Les forces me manquent aussi.

Les enfants, ceux d’ici, Marinette et les Colleter, passent leur journée dans l’auge qu’ils ont remplie d’eau. Ils y barbotent à cœur joie mais je trouve cela très abusif. Les parents étant là, je n’ose rien dire mais cela m’étonne d’Annie qui est souvent exagérément craintive.

Jeudi 29 Juillet (Se Marthe)

Service de Prigent Lantrenou dont le corps est ramené d’Italie. Franz y va. Cérémonie émouvante, parait-il. Il rentre déjeuner au Mesgouëz où nous sommes seuls tous les deux. Annie, Cric et les 2 petits sont partis à Trégastel emportant de quoi pique-niquer là-bas. Malheureusement un gros orage éclate vers 13 heures et la journée est un peu gâchée pour eux.

Ici également cela nuit au travail. Velly, venu arracher des pommes de terre, est obligé d’interrompre. On arrête aussi le fauchage de l’avoine. Comme je range dans la maison, mon ouvrage n’en souffre pas. Je termine aussi la paire de bas de Françoise.

Vendredi 30 Juillet (Se Juliette)

Temps couvert mais sans eau. On achève la coupe d’avoine. Je vais à Kermuster chercher du pain, du blé et de la confiture car les Kermadec s’étaient annoncés. Goûter simple mais gentil auquel nous étions 17 car Riquet Bonnal, Marithé et leurs deux aînés sont arrivés impromptu. Ronan est un type vraiment sympathique et sa femme fait aussi la conquête de ceux qui la connaissent davantage. Elle a d’ailleurs plus d’entrain qu’il y a deux ans. Les Bonnal n’ont pas changé et semblent vouloir gentiment fricoter avec ceux d’ici pendant ces vacances. On a pris quelques rendez-vous avec les uns et les autres.

Lettre de Pierre, accident de Philippe.

Samedi 31 Juillet (S. Germain)

On commence la moisson du blé. Ce soir le champ du pigeonnier est à terre. Franz, sans doute un peu rassuré, est moins nerveux mais monté contre Maurice et Cie.

Je vais dans la matinée à Plouezoc’h pour la boucherie et dans l’après-midi à Kermuster pour le pain. Cela me met un certain nombre de kilomètres dans mes pauvres jambes qui ce soir sont bien lasses et me font souffrir.

Je pense beaucoup à mon pauvre petit Phiphi qui s’est fracturé un bras.

Les Olivier arrivent vers 18 heures, on les installe dans des chambres à peu près propres car Cric a passé sa journée en ménage. Annie l’a un peu aidée mais pas de Madame Boubennec.

Août 1948

Dimanche 1er Août (Se Sophie)

Messe de 7hrs ½ à Plouezoc’h. Nous y allons dans la belle auto d’Olivier qui mène ensuite l’autre partie du Mesgouëz à la grand’messe de Plougasnou. C’est presque un omnibus. Ils viennent de s’y embarquer à 18 pour se rendre à une fête folklorique donnée au bourg cet après-midi.

Je suis restée pour faire la vaisselle, garder la maison, préparer le dîner. Tout est donc bien calme autour de moi et cela me repose après l’agitation dans laquelle nous avons vécu ces dernières quarante huit heures. Pas le temps de m’ennuyer car nous avons fait grâce aux Olivier qui nous ont apporté une superbe langouste et un grand nombre de bonnes bouteilles un festin nécessitant un fort matériel qu’il m’a fallu laver et essuyer.

Lundi 2 Août (S. Alphonse)

Je ne crois qu’ils se soient follement amusés hier mais ils ont circulé, vu du monde et le temps a passé pour eux sans ennui.

Aujourd’hui, rentré des foins. Olivier travaille avec Franz et dans l’après-midi ces dames (Annie et Mimie) vont avec les enfants s’asseoir et goûter dans la prairie de Pen an Allée. Jacqueline ratisse après l’enlèvement des tas. Alors, considérée comme ouvrière agricole, elle a pris le goûter et le dîner chez les Simon avec les autres. Cela l’a rendu très fière, mais ne l’a pas empêchée en rentrant de prendre sa part de notre dessert qui était une bouillie au chocolat.

Mardi 3 Août (Se Lydie)

Les Olivier, les Franz et leurs smalahs vont à Térénez et avaient l’intention d’enlever Madame Boubennec et de me la rapporter. Hélas ! ils échouent dans cette mission. Je ne puis pas compter sur l’aide qui m’avait été promise. Un marchand de bois de Morlaix a envoyé 5 enfants en pension chez les Boubennec - Prix avantageux et…. défection sans crier gare. Je suis bien désolée et vais prévenir les Pierre mais j’espère que ce contre temps ne les empêchera pas de venir.

Ce sera affolant. On s’en tirera comme on pourra car les Olivier veulent rester en campant 48 heures pour voir les Pierre. Annie est bien désagréable avec ses grands airs et ses paroles aigres, insultantes même.

Mercredi 4 Août (S. Dominique)

On souhaite la fête de la 2ème fille des Olivier et en même temps nos invités me donnent 8 coquetiers en Quimper. Nous étions allés en bande à Morlaix le matin pour divers achats dont les cadeaux pour Dominique. Nous achetons des pots au feu en aluminium martelé. Je suis horrifiée du prix des choses. Il a encore grossi ces derniers temps malgré les promesses gouvernementales.

Lettre d’Henri qui m’annonce son retour lundi matin et me narre sa visite de samedi à Monsieur de W. Inquiétant ce personnage.

Dans l’après-midi on plante des rutabagas. L’ouvrage avance et je crois que Franz en sera pour ses lamentations prématurées.

Jeudi 5 Août (S. Abel)

Le temps n’étant pas très sûr, on renonce au pique-nique projeté à Samson. Le matin, les ménages Franz et Olivier font une promenade dans la campagne du côté de Rocheland et dans l’après-midi ils partent tous à la mer. Quelques instants calmes pour moi. J’en profite pour terminer la seconde paire de bas de Françoise.

Vendredi 6 Août (Tr. de N.-S.)

Mon anniversaire de naissance : 71 ans ! Je me sens arrivée au bout…. Cependant, encore de la jeunesse dans les tréfonds de l’âme. Souvenir de mes chers parents et du passé. Ici, on me souhaite gentiment beaucoup d’autres années et on trinque à ma santé. J’ai reçu également les vœux de mon Pierre.

Tout le monde autour de moi parait bien s’amuser.

Cricri m’a donné "Les Hauts de Hurle Vent".

Samedi 7 Août (S. Sixte, p.)

Hélas ! mauvais temps. Un véritable ouragan se déchaîne dans l’après-midi, empêchant les promenades. Les enfants d’Olivier sont heureusement assez calmes et s’occupent. Cricri et Dominique vont à Morlaix faire des courses. Malchance ! Me Trévian qui n’était pas venue depuis très longtemps s’était amenée le matin pour faire une lessive. Elle y parvient tout de même mais le linge n’est pas étendu.

Dimanche 8 Août (Sts Just. et Pa.)

Nous allons tous (14) à la messe de Kermuster dans la voiture d’Olivier. Ensuite la bande part pour Plestin voir les Riquet Bonnal. Ainsi Cric et moi restons seules au Mesgouëz pour préparer les repas car on nous a demandé un bon déjeuner (poulets et mousse au miel). Au dîner nous avons les Pierre et la tâche est lourde.

L’après-midi est occupée par le changement d’installation des Olivier. Arrivée des Pierre. Nous sommes 23.

Lundi 9 Août (S. Vitrice)

Arrivée d’Henri. Nous sommes 24. Ce que me dit mon mari de nos affaires et de l’avenir me navre mais à cause de mon entourage il faut réagir. J’ai d’ailleurs peu de loisirs à consacrer aux réflexions.

On coupe la fin du blé dans la matinée. C’est pour le Mesgouëz le maout de la moisson. Pauvre récolte cette année. Dans l’après-midi les jeunes ménages et tous les enfants vont à samson. Henri fatigué de sa nuit en chemin de fer dort. Cric et moi faisons cuisine et ménage.

Mardi 10 Août (Se Philomène)

Grand pique-nique à Beg an fry. Nous tenons 24 dans les deux autos. Je crois que c’est un record qui ne peut être dépassé. Là-bas, les Riquet Bonnal viennent nous rejoindre avec leurs 3 enfants. Je suis contente de revois des lieux sauvages, témoins de nos réunions d’autrefois. Le site est vraiment splendide et n’a pas changé. Malheureusement il est un peu envahi, en cette saison du moins. Et puis les circonstances ont changé. Je ne suis plus alerte pour les grimpades dans les rochers, les bains, la pêche. Je reste à tricoter sur la plage en gardant les enfants pendant que les jeunes s’amusent.

Mercredi 11 Août (Se Suzanne)

On va chercher un veau « Guignolet » à Kerprigent. Les Olivier font leurs préparatifs de départ. Il ne fait pas beau comme hier. Il pleut à plusieurs reprises. Mais, à part cet ennui, la journée se passe assez bien. Chacun trouve à s’occuper d’une manière qui lui plaît. Daniel Prat m’appelle « Tante Grand’Mère ». C’est un très gentil petit garçon dont la douceur contraste avec l’exubérance des enfants de Pierre. Ceux-ci débordent de vie et le manifestent trop bruyamment. Les Pierre vont à Kerprigent.

Jeudi 12 Août (Se Claire)

Départ des Olivier le matin. Un pique-nique à Samson avait été combiné avec les Kermadec sous condition d’un temps favorable. Alors, allées et venues d’une maison à l’autre pour connaître les appréciations. En fin de compte elles furent négatives. Paule et quelques de ses enfants vont dans l’après-midi au Roc-hou. Les Olivier laissent un vide bien qu’ils ne soient guère tapageurs.

Vendredi 13 Août (Se Radegonde)

Guignolet est reporté à Kerprigent. On ne s’est pas entendu sur le prix. Je crains que cette affaire-là mette du froid entre Franz et Henri.

Nous allons à Morlaix le matin dans l’auto de Pierre pour différentes courses, particulièrement des achats pour les fêtes de Cricri et de Marie-France, ce qu’on doit souhaiter dimanche.

Pierre, Paule, Henri et Odile passent l’après-midi au Roc’hou et rencontrent leurs jeunes cousins Hervé de Kermadec. Chose étrange, ni Pierre, ni Paule ne connaissaient le fameux Pouick. Il y a cependant douze ou treize ans qu’il a épousé Anne de Rodellec.

Samedi 14 Août (S. Eusèbe)

Le temps se maintient au beau. Cela permet aux enfants d’être  dans le jardin depuis la première heure de leur journée. Ils vont chercher aussi des champignons dans les pâtures. Cette récolte me parait en avance mais je ne me plains pas bien au contraire car nous avons chaque jour un plat ou du moins un assaisonnement avec ces produits champêtres que tous ici savent apprécier.

Le ravitaillement me préoccupe toujours beaucoup. On y est bien arrivé jusqu’ici. Chasse aux coqs. Pour avoir le dernier, il faut que Franz l’abatte d’un coup de fusil. Jean Colleter les saigne.

Nous les plumons à la veillée. Pierre, Annie, Paule et tous les enfants passent l’après-midi à Samson.

Dimanche 15 Août (Assomption)

Messe à Plouezoc’h. Une très grande partie de la famille y communie. Malheureusement Cric et moi, enchaînées par nos fonctions ménagères n’avions pu nous confesser et avons du nous abstenir.

Avant le repas de midi, nous offrons nos vœux à Cric et à Marie-France.

Menu simple mais abondant et bon : Consommé - Les 2 coqs à la Marengo - Petits pois – Pommes de terre – Mousse au chocolat – Gâteaux secs – Café – Liqueurs. Le tout bien arrosé de cidre bouché et du vieux vin blanc qui nous restait en cave.

Après-midi, goûter Kermadec et de Preissac. René Prévallée reste dîner et coucher à la maison. Les enfants font le soir une séance qu’ils décorent du nom de feu de camp.

Lundi 16 Août (S. Roch)

.Pierre conduit les plus grands enfants à la mer. Paule un peu fatiguée reste à tricoter dans le jardin et je puis, pendant une heure environ, aller m’asseoir auprès d’elle. Ce petit repos me parait délicieux après l’agitation sans répit des derniers jours. Je suis heureuse d’avoir mes chéris autour de moi mais hélas ! trop vieille, trop fatiguée et trop privée de service pour jouir pleinement de ce bonheur.

Le soir, avant le dîner, René Prévallée nous quitte pour réintégrer le Roc’hou après cette toute petite fugue dont il rêvait parait-il.

Mardi 17 Août (S. Alexis)

Mariage de petite Anne Troadec. C’est Franz qui représente le Mesgouëz à cette fête orgie paysanne. Il s’en acquitte bien ou mal suivant les appréciations.

Les Pierre font leurs préparatifs le matin. Après le déjeuner on charge la voiture et en route. Je les accompagne jusqu’à Morlaix où nous faisons quelques courses, les uns et les autres. Et puis… séparation. Ils filent sur le Huelgoat tandis que je reprends en car la route du Mesgouëz. J’y trouve une maison plus que calme, presque morte malgré la présence des autres. C’est triste et cependant je sens que cela nous est nécessaire.

Mercredi 18 Août (Se Hélène)

Départ de Michèle pour la Tunisie. Ici, pluie toute la journée. Ce temps lugubre m’a fait sentir plus intensément le vide qui s’est fait au Mesgouëz. Pour ne pas m’enlever dans la mélancolie, j’ai rangé bien des choses mises en désordre ces jours-ci. Rentré beaucoup de vaisselle et d’instruments de cuisine.

Franz et Annie restent au lit toute la journée, le premier à cause de sa noce d’hier et la seconde pour avoir attendu son époux sans dormir jusqu’à 5 heures ce matin.

J’ai repris les bas de Françoise restés en panne et j’ai avancé la 2ème jambe de sa 3ème paire.

Jeudi 19 Août (S. louis, év.)

Atmosphère un peu moins sombre qu’hier. Du reste il faut bien se réhabituer à l’aspect normal du Mesgouëz qui est plutôt morne quand des visites ne l’animent pas. Je range la plupart des objets qui ont été sortis pour nos invités et je reprends sérieusement mon tricot. Je termine les bas de Françoise. C’est maintenant 3 paires qu’elle a d’avance pour l’hiver prochain. C’est suffisant au moins pour commencer et Annie me demande de travailler maintenant pour Alain. Encore des bas !

Dire que j’entendrai dans quelques temps affirmer avec conviction que je fais jamais rien pour mes petits enfants.

Vendredi 20 Août (S. Bernard)

Henri va le matin à Morlaix. Il rapporte du thon et aussi du coton pour que je lui fasse des chaussettes. C’est à en perdre la tête. Je sais que tous ont grand besoin qu’on les serve mais puisque j’ai commencé à travailler pour Alain, je voudrais bien terminer ma tâche avant d’en entreprendre une autre. Aussi mes aiguilles trottent, trottent.

En ce moment (depuis une dizaine de jours) nous récoltons des champignons dans les pâtures. Cela amuse beaucoup les enfants d’aller les cueillir et nous aimons tous les manger. Je fais une tournée pour avoir des œufs. On m’en promet pour la fin de la semaine prochaine.

Samedi 21 Août (S. Privat)

Encore de la pluie. C’est désolant ; il n’y aura guère eu d’été cette année. Nous sommes tous plus ou moins patraques et nous nous tenons dans la salle à manger avec nos ouvrages. Annie fait des tabliers pour Françoise, Cric et Françoise des broderies bretonnes, mon mari lit, je tricote. Le temps passe assez doucement tandis que c’est au dehors la tempête : vent et pluie.

Franz se tourmente à cause de 7 charrettées d’avoine qui ne sont pas rentrées. On dit que notre chantier commence le battage demain.

Lettres de mes deux beaux-frères. Le pauvre Albert est bien triste.

Dimanche 22 Août (S. Symphorien)

Messe à Kermuster. Achat d’épicerie. Dans l’après-midi, kermesse au Roc’hou pour les œuvres paroissiales de Plouezoc’h. Franz et moi, nous y allons. Nous y dépensons d’assez fortes sommes pour ne rapporter au logis que des babioles sans utilité (pour ma part) et quelques coupes de champagne dans l’estomac de Franz, ce qui n’était pas très indiqué pour l’état de son foie. Vu là-bas les Kermadec et les Preissac. Echange de paroles aimables mais très banales. Ce n’est plus la cordiale intimité d’autrefois.

La guerre a modifié beaucoup dans nos rapports avec les voisins qui se sont élevés et enrichis pendant que nous dégringolions.

Lundi 23 Août (Se Jeanne)

Toujours un temps plus qu’incertain qui ne permet guère les travaux extérieurs que la saison nécessite. Les battages de notre chantier devaient commence ce matin, ils sont remis car plusieurs cultivateurs ont encore leurs récoltes mouillées restées dans les champs.

Lettre de Pierre. Le bras de Philippe est raccommodé mais son coude reste ankylosé, ce qui est assez naturel après une immobilité complète de six semaines. Je réponds dans la soirée à la chère bonne lettre de mon Pierre et aussi aux Olivier qui nous avaient écrit très affectueusement de St Brevin.

Mardi 24 Août (S. Barthélémy)

N’ayant plus à m’occuper de l’exploitation, je n’ai pas grand-chose à noter sur ces pages qui me servaient autrefois à garder mémoire des travaux et diverses occupations de la ferme.

Aujourd’hui deux visites pour achat d’échalote : Mel, l’ancien ordonnance de Franz et un jeune homme de Garlan Me Décar. On les fait goûter. Je vais aux champignons avec Françoise. Le reste du temps je cuisine ou tricote. J’ai presque terminé les bas d’Alain.

Achevé la lecture des "Hauts de Hurle vent". Intéressant mais présentant des caractères anormaux ou du moins exagérés par leur sauvagerie.

Mercredi 25 Août (S. Louis R.)

On a rapporté hier les restes de Pierrick Bastard et c’étaient ce matin le service et l’inhumation à Plougasnou. Belle et grès émouvante cérémonie à laquelle Henri et Franz ont assisté. Mon mari est allé aussi chez le notaire et a déposé sa signature au bas du fameux bail réclamé par les Franz. Maintenant ce sont eux qui font des difficultés pour signer.

Ouf ! j’ai terminé les bas d’Alain. On comptant ceux de Françoise j’ai fait 5 paires de bas ces temps-ci pour mes petits enfants, leur donnant tout mon temps libre. Maintenant je commence des chaussettes pour mon mari, lequel crie misère.

Fête de notre cher Loulou et de l’ami Sandrin. Prié pour eux.

Jeudi 26 Août (S. Zéphirin)

Henri va le matin à Morlaix pour toucher son chèque de retraite. Non seulement nous étions à sec mais nous recommençons à avoir des dettes à régler – envers nous-mêmes heureusement pour la majeure partie.

De notre côté deux choses à noter. Nous allons à Térénez souhaiter la bienvenue au petit Jean-Pierre Boubennec, fils de Louis. Annie porte un bavoir et des chaussures. N’ayant pu travailler, je donne 200frs. Goûter chez Madame Boubennec. Séance d’une demi-heure sur la grève. Temps idéal. Retour en car, les conversations nous amusent. Une brave dame qui revenait de La Baule était étourdie par le luxe de cette station, elle y avait vu jouer à la roulette et remarqué une femme épatante habillée tout haut, en satin blanc avec des mains effilées qui ressemblaient à « des ailes d’un oiseau qui ne récure pas souvent ses casseroles »

Franz vend 2 porcs qui ne font guère que leurs 100kgs chacun pour la somme de 36000frs. J’en suis renversée.

Vendredi 27 Août (S. Césaire)

Henri se rend à Lanmeur pour payer la note du notaire qui a fait l’acte pour les talus nous séparant de Morvan. Il y rencontre Henri de Preissac et revient en auto avec lui jusqu’à Kerprigent. Il a des nouvelles du Huelgoat où les Preissac sont allés passer la journée accompagnés du ménage Ronan de Kermadec et de René Prévallée.

Le battage de notre chantier a commencé cet après-midi chez Mahé à Kerangroas. Ici on a achevé de rentrer l’avoine.

Passé mon après-midi à nettoyer des échalotes pour Franz. Ce dernier s’occupe aussi des abeilles et récolte un peu plus de 11 kilos de miel.

Le beau temps se maintient. Une lettre de Marie Aucher me donne des nouvelles de sa famille.

Samedi 28 Août (S. Augustin)

C’est incroyable comme ces journées qui sont en somme assez vides passent avec rapidité. Quand le soir tombe, nous sommes pour ainsi dire surpris et nous ne trouvons pas grand-chose à noter au cours des heures vécues. Certes j’ai cuisiné puisque tous ont mangé à leur faim, j’ai tricoté aussi puisque la première des chaussettes d’Henri est là devant moi et que j’ai même commencé la seconde. Fait une tournée en quête d’œufs, récolté 4 douz. ½, ce qui était inespéré.

Lettre de Pierre. On lui propose un poste en Guyane et il nous demande conseil. Cela m’effraie….. Je lui réponds dans la soirée. Le pauvre va rentrer à Quimper où il sera tout seul.

Battage chez Lévollan.

Dimanche 29 Août (D. S. Jean-Bapt.)

Messe à Plouezoc’h. Les jours ont bien raccourci et il ne faisait pas très clair quant je me suis levée aux environs de six heures moins 10. Bientôt je ne pourrai plus aller à la messe matinale.

Battage chez les Bellec. On nous dit que ce sera chez nous jeudi si tout marche sans entraves. Nos Simon ne semblent pas s’en faire. Connaissant le branle bas et le travail occasionnés par cette opération, je m’inquiète en constatant qu’ils attendent la dernière minute pour faire leurs préparatifs. Je crois même qu’ils n’ont point songé à faire leurs menus. Nous sommes heureusement dans une période de beau temps qui favorise les allées et venues.

Lundi 30 Août (S. Gaudens)

Le soleil incite Annie à partir dès le matin au bord de la mer avec ses enfants emportant de quoi déjeuner là-bas. Cricri va la rejoindre dans l’après-midi et ils passent tous quelques heures agréables.

De son côté, Henri va payer nos impôts à Plougasnou et Franz s’en va avec son chien faire la reconnaissance des compagnies de perdreaux qui se trouvent sur les terres du Mesgouëz. Je reste seule à la maison à préparer une petite réception des Colleter le soir. Jean repart mercredi pour 8 ou 9 mois. Toujours même dur voyage de la Mer Rouge et du Golfe Persique. Avec lui conversations assez intéressantes : navigation et cuisine. Il a des recettes et des trucs que nous apprenons avec plaisir.

Mardi 31 Août (Se Florentine)

Nous nous sommes couchés tard, nos invités n’étant partis qu’à minuit et ayant voulu remettre tout en ordre après leur envolée. Et ce soir, à notre tour, nous sommes allés chez eux. Café d’adieux auquel se trouvaient aussi le trio François Moal et le jeune ménage André Guénolé (petite Anne Troadec et son mari). Il y avait donc autour de la table plusieurs hommes qui ont des existences bien différentes : marins, terriens, gens des villes, gens de la campagne. La conversation ne manquait donc pas d’éléments ; elle fut animée, variée, intéressante. J’aimais surtout écouter les navigateurs, celui des mers de glace et celui des océans de feu.

Et ces récits augmentaient le désir que j’ai maintenant de repartir à travers le monde, de recourir quelques aventures avant le grand repos.

Septembre 1948

Mercredi 1er Septembre (S. Gilles)

Encore un mois tombé dans le passé. Il nous a donné quelques beaux jours tant au point de vue atmosphérique et par des considérations d’ordre sentimental puisque nous avons eu le grand bonheur de voir autour de nous le cher cercle de nos enfants et petits-enfants sans aucun vide. Le grouillement de cette descendance augmentée de la tribu Olivier Prat fut certes bien joyeux mais à certaines heures j’aurais peut-être préféré avoir moins d’estomac à garnir substantiellement.

Les questions ravitaillement et finances sont épineuse dans notre petit royaume comme dans le Gouvernement de France et sans doute dans tous les Gouvernements d’Europe. Nous nous en sommes tirés. Grâces à Dieu.

Jeudi 2 Septembre (S. Antonin)

Arrivée de Monique. Commencement du battage. Le temps s’est gâté, il bruine dès l’aube et par moments les gouttes d’eau se font plus grosses et plus serrées. Néanmoins l’opération se poursuit jusqu’à 18 heures. Mais alors le ciel laisse tomber une telle averse qu’on est obligé d’arrêter la machine et qu’il est impossible de continuer.

C’est un gros ennui dont Franz fait une catastrophe. Il attrape Simon qui riposte avec violence. On est obligé de rentrer les tables qui avaient été servies dehors au déjeuner et au goûter. J’abandonne la salle à manger et les gens ne sont pas trop mal installés. Ils chantent et s’amusent.

Vendredi 3 Septembre (S. Grégoire)

On reprend le battage vers 10 heures du matin bien que le temps soit très menaçant. A midi tout est terminé et je crois que la récolte est assez bonne cette année. Les batteurs déjeunent assez sommairement car Augustine trouve qu’elle a eu comme cela bien assez de frais. D’ailleurs ils paraissent eux-mêmes de cet avis.

On transporte la mécanique chez les Prigent au Prat fuen mais on n’ose pas la lancer Maurice Simon reste donc à la maison et en profite pour mettre quelques choux fleurs. Malheureusement il est bien tard maintenant et beaucoup de ses plants sont mauvais faute de sarclage par un temps très humide. Nous rangeons un peu.

Samedi 4 Septembre (S. Lazare)

Annie, Cricri, Monique et Françoise vont à Morlaix faire des achats. Je garde Alain tout l’après-midi. Il est très mignon mais je suis obligé de jouer avec lui, Hélène et Mimi, les petites femmes, sont au Prat fuen  où l’on bat. Je puis cependant, tout en l’amusant, ranger mon matériel de battage et remettre en ordre la salle à manger.

Je tricote aussi un peu et termine la 2ème paire de chaussettes de Henri.

Dimanche 5 Septembre (S. Victotin)

Messe matinale à Plouezoc’h. Au retour arrêt chez les Bellec où je trouve des œufs et rencontre Maria Berthou qui fut domestique pendant deux années chez nous. Elle nous invite à goûter pour le lendemain.

A la maison, les petits tripotages ordinaires. Dans l’après-midi nous allons, Cric, Françoise et moi, chercher des champignons. Pas de succès. Nous ne trouvons aucun agaric. Nous allons alors dans les bois où ils abondent, mais ce sont des espèces inconnues, sans doute vénéneuses.

Nous avons maintenant de vraies petites forêts autour du Mesgouëz et je crois qu’elles commencent à prendre une certaine valeur.

Lundi 6 Septembre (S. Eugène)

Annie, Monique et les enfants vont à Samson pique-niquer. Cric les rejoint après le déjeuner. Henri, Franz et moi allons collationner chez les Bellec où nous sommes reçus avec une grande cordialité. Maria nous est restée bien  attachée et nous échangeons de vieux souvenirs. Madame Trévian vient impromptu faire une lessive pour Annie. La mienne n’a pas encore pu être séchée. Je ne l’ai étendue que ce soir car le soleil nous boudait ce matin et je craignais des averses.

Battage au grand Kermorgat.

Mardi 7 Septembre (S. Cloud)

Lettre de Monsieur Breton qui nous bouleverse. Impossible de savoir ce que ces quelques lignes énigmatiques peuvent signifier. Mais notre impression n’est pas heureuse et personnellement j’en ai une sorte de malaise. Il me semble que tout espoir de Brésil est perdu. Je le regrette pour Henri et surtout pour Christiane. Qu’allons-nous devenir ?

Cette incertitude est bien angoissante avec toutes les difficultés actuelles de la vie. Il faut cependant que nos âmes planent au dessus de tout cela et que nous cherchions des solutions…..

J’achève le séchage de ma lessive. Battage au Mesgouëz Bihen.

Mercredi 8 Septembre (Nativité N.-D.)

De très bonne heure, Annie, Cric, Monique et Françoise vont à Plouezoc’h prendre le car qui les emmènent au pardon du Folgoët. Elles en reviennent tard, contentes de cette journée, vraie fête religieuse bretonne dans un cadre d’architecture merveilleuse et une grande couleur locale. La messe fut dite en plein air devant cinquante mille pèlerins.

Pendant ce temps, Pierre arrive au Mesgouëz vers midi alors que nous l’attendions le soir seulement. Déjeuner improvisé mais confortable quand même et bon. Il nous a laissé quatre de ses garçons : Henri, Jean, Michel et Philippe. Il regagnait Quimper en vitesse pour recevoir la visite d’un inspecteur Général et puis il doit partir avec Paule et les 3 autres enfants à Laval.

Jeudi 9 Septembre (S. Omer)

Anniversaire de la mort de mon frère aîné.

Le vétérinaire Jacques Baron vient marque la pouliche Victoire qui reçoit le nom d’Eloa.

Annie, Cric et Monique conduisent tous les enfants à la mer. Temps merveilleux. Notre jeune monde se baigne, barbote, pêche et s’amuse beaucoup. Il y avait rendez-vous avec la tribu Kermadec et les Prévallée.

Je vais à Kergouner voir Soizic malade au lit. Nous parlons d’Ondine mas sans rien décider. Elle me parait désireuse de la conserver en pension plutôt que de nous l’acheter ou de nous la rendre. Cela ferait mon affaire mais Henri dont les fonds baissent rapidement voudrait avoir de l’argent pour remplacer le fameux chèque vainement espéré.

Vendredi 10 Septembre (S. Salvi)

Journée assez calme. Seules Annie et Monique sortent du Mesgouëz dans l’après-midi et Henri le matin pour aller à Morlaix dont il nous rapporte du poisson. Les enfants jouent dans le jardin. Il y a bien quelques drames car Franz leur permet peu de chose et se montre féroce pour les petites bêtises qu’ils commettent souvent sans méchanceté. Il est préférable de les promener au loin mais je n’en suis guère capable, Henri a trop à déambuler pour courses urgentes. C’est Cric à qui incombe la tâche et la malheureuse demande grâce quelques fois.

Samedi  11 Septembre (S. Patient)

Nos battages sont terminés depuis jeudi soir et c’est une bonne chose pour le ménage Simon qui va pouvoir se mettre au travail sur le Mesgouëz. J’espère que Franz sera de meilleure humeur avec eux car l’Association devenait orageuse. Annie proteste toujours de ne plus avoir que la moitié des produits sans se rendre compte qu’il n’y a plus de frais de main d’œuvre, frais qui dévoraient, je crois, très largement la moitié des revenus.

Je termine la 3ème paire de chaussettes d’Henri. Le soir Pierre arrive pendant notre dîner mais seulement pour passer la nuit car il prend demain matin le train pour Laval. Le mariage d’Annick de Marsac doit avoir lieu lundi.

Dimanche 12 Septembre (S. Serdot)

Messe à Kermuster. Onze du Mesgouëz remplissent à peu près la Chapelle.

Atmosphère terne qui fait craindre la pluie. Elle ne vient pas mais nous n’osons pas aventurer notre troupe d’enfants dans de lointaines promenades. Ils s’amusent dans le jardin, puis adoptent la maison où les 4 grands s’emparent chacun d’une chambre qu’ils transforment en magasin. Ils fabriquent des objets, récoltent tout ce qu’ils peuvent et font des étalages que nous sommes conviés à visiter.

Henri, bijoutier, nous vend colliers, bracelets et bagues faits avec mes perles. Jean, marchand de tabac, offre des mégots ; Annie est mercière ; Michel, marchand de curiosités présente des coquillages.

Lundi 13 Septembre (S. Maurille)

Le soleil nous incite à aller à la mer. On déjeune de bonne heure et tous moins Franz nous nous acheminons vers Samson. Bonne journée, gâtée vers le soir par un peu de brume, des souffles assez froid et surtout un malaise d’Alain qui vomit son goûter. Les autres enfants, auxquels s’est joint René Prévallée, sont enchantés de leurs jeux dans le sable et de leurs escapades dans les rochers.

Henri, un peu désoeuvré, s’est surtout promené de long en long sur la plage pendant que je tricotais. Je suis satisfaite ce soir d’avoir pu fournir, avec une assez bonne allure, cette course d’au moins huit kilomètres.

Mardi 14 Septembre (Ex. Se Croix)

Les trois grands vont à Kerprigent avec leur grand-père. Ils en rapportent une petite chatte et une lapine. La première est un cadeau d’Annick à Henri, la seconde l’objet d’un commerce entre Paul et Jean. Il me semble que mon deuxième petit-fils a du goût et des dispositions pour les achats et les échanges. J’en suis un peu ennuyé car – je ne sais pourquoi - par exemple, les marchandages m’ont toujours déplu et froissée.

Les jours raccourcissent beaucoup, on sent venir l’hiver. Alain est malade. Il a du prendre un coup de froid hier. Il a 39° ce soir.

Mercredi 15 Septembre (S. Achard Q.-T.)

Aujourd’hui, pas grand-chose à noter. Alain a passé une mauvaise nuit mais dès ce matin amélioration qui nous fait espérer que ce malaise ne deviendra pas grave maladie.

Dans l’après-midi, visite de nos deux vicaires : Mrs Hollu et Roland. Quête annuelle (200frs à chacun). Ils goûtent avec nous.

Les Franz sont de très mauvaise humeur. Cependant il leur est rentré de l’argent aujourd’hui. Franz a touché une certaine somme pour du bois et a porté 17 sacs de blé au ravitaillement.

Visite de Baillache, le garde fédéral, toujours amusant.

Jeudi 16 Septembre (S. Jean Chrys.)

Il a fait beau clair mais assez froid qui fait pressentir la fin de l’été. Je me demande si nous en avons vraiment eu un cette année. Mon souvenir me présente une série de journées maussades, coupées de loin en loin par quelques heures de soleil. A mon âge on se demande s’il nous permis d’assister encore à un renouveau et cette pensée rend la venue de l’automne encore plus mélancolique.

Les journaux donnent des nouvelles assez inquiétantes sur la situation politique et économique de la France.

Vendredi 17 Septembre (S. Corneille)

Nous allons à Térénez. C’est encore une bonne journée pour les enfants auxquels se sont joints René et Germaine Prévallée. Le soleil brille, la mer est merveilleusement bleue mais l’air est vif, très frais, presque froid. Pour moi, cette promenade est un peu longue mais cela me fait plaisir d’accompagner les petits et j’avais aussi à parler à Madame Boubennec.

Nous manquons la visite des Georges Antoine May. Franz est d’abord seul à les recevoir mais heureusement son père – qui était allé chercher du pain – est rentré assez à temps pour voir son ancien camarade de Collège et promettre que nous irions prochainement au Cosker.

Samedi 18 Septembre (Se Camelle)

Nous commençons nos préparatifs pour la réception de demain. Henri va pour le poisson à Morlaix. Il a sa marchande attitrée : Francine Bodeur. Elle lui vend un beau morceau de thon, plus de six livres, pour 700frs. Je suis donc tranquille avec le rôti de veau de 1300frs que j’ai sous la main, les fournitures d’une mousse au chocolat, les gâteaux secs, de beaux raisins muscat déjà emmagasinés, il y a de quoi faire sans beaucoup de travail un bon et confortable déjeuner.

Pierre arrive à 18hrs. Il est seul. Paule prolonge à Laval jusqu’à mardi. Le soir il arrive un accident d’auto à Corniou. On vient demander du secours. Mes 3 enfants et Monique y vont.

Dimanche 19 Septembre (S. Cyprien)

Ouverture de la chasse. Tout se passe bien mais Henri de Preissac vient seul, Marie en est empêchée, nous dit-on, par une visite de Dorval. Alors nous restons seulement 14 devant un repas préparé pour 28 convives. Huit manquants, c’est beaucoup (Paule et 3 enfants + Marie et 2 enfants + Baillache) Nous n’en perdons cependant pas l’appétit et la gaieté règne autour de la table.

Un jeune ami d’Henri, un Ducret de Villeneuve, vient prendre dessert et café avec nous. Et puis les chasseurs s’en vont, reprennent leur randonnée et dînent à Kerprigent. Au tableau : 1 lièvre et 6 perdreaux. Henri va dîner aussi chez nos amis. Femmes et enfants font une petite fête aussi à domicile. Les petits se sont amusés à faire de la pâtisserie.

Lundi 20 Septembre (S. Eustache

Départ de Monique.

Les garçons chassent encore. Ils rapportent joyeusement un lièvre et sept perdreaux. Vraiment cette année ils ont fait une belle ouverture et ils en paraissent ravis. Les pauvres gas ont tellement de soucis dans le courant des jours que je suis bien contente de voir qu’ils ont eu du plaisir pendant quelques heures.

Une lettre d’Albert nous annonce que Michèle se prépare un enfant pour le début du prochain Avril. Cette nouvelle l’enchante et lui aussi a grand besoin de recevoir quelques compensations aux épreuves subies avec beaucoup de résignation et de vaillance. Albert a vu récemment Mr de W. Rien de nouveau mais cela tient encore.

Mardi 21 Septembre (S. Mathieu)

Aujourd’hui, les soucis pleuvent du ciel plus abondants que les roses. D’abord, dès le matin, un voisin nous annonce que la révolution a éclaté à Paris. Ce n’est peut-être pas tout à fait exact mais il est sûr que les choses vont bien mal et qu’il y a beaucoup d’orages dans l’air. Quelques instants après René Prévallée vient nous prévenir que Me Le Marois a téléphoné au Roc’hou que Paule, alitée à Laval sous la menace d’une fausse-couche, ne pouvait regagner Quimper. Alors Pierre est parti seul nous laissant les enfants jusqu’à une date indéterminée. Michel, un peu souffrant, s’est mis au lit vers 4 heures. Henri s’est fait mordre à l’épaule par un cheval de Pétronille.

Bref, mauvaise journée.

Mercredi 22 Septembre (S. Maurice)

Bien préoccupée de Paule tout en espérant que les choses s’arrangeront pour le mieux.

Les enfants, qui ne rendent pas bien compte de l’évènement fâcheux qui empêche leur mère de reprendre la vie normale à Quimper, se montrent heureux de cette prolongation de leurs vacances. Il fait d’ailleurs très beau et les enfants peuvent aller à Samson où ils s’amusent bien avec leur tante Cric.

Mort de la pauvre petite Minette (chatte d’Henri rapportée de Kerprigent)

Jeudi 23 Septembre (Se Thècle)

En ce moment il y a dans nos environs de nombreux accidents de vaches. Elles vont sur le jeune trèfle dont elles se régalent et cette gourmandise est punie par un phénomène d’enflure qui provoque très rapidement l’asphyxie. Soizic de Kergouner a perdu une bête ce soir et a même failli en voir mourir deux. La seconde trocardée à temps fut sauvée. Heureusement ce ne fut pas notre Ondine qui trépassa.

Les jours raccourcissent beaucoup. Matinées et soirées sont plus que fraîches et je vois avec terreur venir l’hiver et son cortège de misères. Quête du sacristain, donné 100frs.

Vendredi 24 Septembre (S. Isarn)

Lettre de Pierre. Paule est immobilisée pour une quinzaine à Laval. Le médecin ne se prononce pas, disant que l’accident peut se produire ou être enrayé, qu’un curetage sera peut-être indispensable et que si les choses s’arrangent ce mois-ci, elles peuvent reprendre en Octobre.

Sous cette menace elle est obligée à de grandes précautions. Pierre appelle à l’aide. Il est décidé que je partirai avec lui pour Quimper mercredi prochain. Cricri devant aller assez vite à Paris pour y chercher une situation.

Toujours grabuge politique. Grève générale.

Samedi 25 Septembre (S. Firmin)

Je termine la 5ème et dernière paire de chaussettes en coton gris. J’en ai donné une paire à Franz mais mon mari se trouve quand même bien monté.

Anniversaire de la mort de ma chère maman.

Beaucoup d’énervement à la maison à cause du bail qu’il est urgent d signer avant le 29 et sur les conditions pour lesquelles Henri et Franz ne sont pas d’accord.

On nous annonce que Françoise et Alain auront en mai un frère ou une sœur.

Avec Cricri nous examinons un peu nos maigres ressources vestimentaires. Nous emporterons à Paris de quoi nous faire à chacune une robe.

Dimanche 26 Septembre (Se Justine)

Messe à Kermuster. Temps merveilleux presque trop chaud. Un bon déjeuner pour le dernier dimanche de nos petits : les deux lièvres en civet. Ils sont copieux et tous les trouvent excellents. D’ailleurs ceux de Quimper ne sont pas difficiles pour l’alimentation. Ils ont de bons appétits et se régalent de tout.

Les enfants s’amusent tranquillement à faire ce qu’ils appellent du « tricotin » et du lacet. Cric, les eux petits et moi allons faire une visite aux Toquer. Philippe et Alain s’entendent bien et sont inséparables. Leurs conversations sont amusantes. Philippe dit : « J’aime le cidre, cela donne des idées » - Alain : « Non, ça ne les donne pas, ça rafraîchit les idées. »

Lundi 27 Septembre (S. Côme et D.)

Le bail a été signé. Toutes les bonnes terres du Mesgouëz, beaucoup de logement et bien d’autres avantages sont donnés aux Franz pour le prix d’un cochon de taille très moyenne. Il me semble que c’est bien peu et cela me navre de les entendre dire que nous les écorchons et que nous profitons de leur misère actuelle pour leur extorquer un bail de mercantis.

Franz dit qu’il laissera tout s’en aller en ruines et qu’il partira dès qu’il aura trouvé une situation ailleurs. En attendant, c’est nous qui allons vider les lieux. Mon cœur est bien meurtri mais je veux me résigner à cela encore sans murmurer.

Mardi 28 Septembre (S. Exupère)

Dernier jour de l’ancienne vie. A partir de demain nous ne sommes plus chez nous ici. Et quelle existence nous attend ? Cricri prend le rôle d’Antigone. J’espère qu’il ne lui sera pas trop lourd à remplir. Cependant je crois qu’elle se soit formée beaucoup d’illusions qu’il lui faudra perdre.

Nous attendons Pierre demain matin, je partirai avec lui. La semaine prochaine, mon mari et ma fille prendront la route de Paris. Françoise ! Alain ! Oh ! que cela me sera cruel.

Je ne pense plus avoir quelque chose à noter désormais. Et je ferme ce Livre de Raison où le cœur a souvent parlé ou du moins laissé échapper des cris.