Notes diverses 1941

TARIFS POSTAUX


Lettres & Paquets clos

France & Colonies

Dimensions maxima :

Total des 3 dimensions : 0 m 90

En rouleau : 0 m 75 x 0 m 10

Poids maximum : 3kgs

Jusqu’à 20 gr.

  1,00

De       20  à      50 gr.

  1,30

De       50  à    100 gr.

  1,80

De     100  à    200 gr.

  2,40

De     200  à    300 gr.

  3,00

De     300  à    400 gr.

  3,50

De     400  à    500 gr.

  4,00

De     500  à  1000 gr.

  5,50

De   1000  à  1500 gr.

  7,50

De   1500  à  2000 gr.

  9,50

De   2000  à  3000 gr.

12,00

Etranger

Jusqu’à 20 gr.

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Au-dessus de 20 gr, par 20 gr. ou fraction, à ajouter

  1,50

Echantillons

France

Jusqu’à     20 gr.

  0,30

Jusqu’à     50 gr.

  0,40

Jusqu’à   100 gr.

  0,60

Jusqu’à   200 gr.

  1,00

Jusqu’à   300 gr.

  1,40

Jusqu’à   400 gr.

  1,80

Jusqu’à   500 gr.

  2,20

De     500  à  1000 gr.

  3,50

De   1000  à  1500 gr.

  5,50

De   1500  à  2000 gr.

  7,30

De   2000  à  2500 gr.

  9,00

De   2500  à  3000 gr.

10,00

Etranger

Par 50 grammes : 0,50 avec minimum de perception de 1,00

Poids maximum : 0 kg 500

Papiers d’Affaires

Mêmes taxes et conditions que pour les lettres.

Par exception, sont admis en France et Colonies au tarif de 0,70 jusqu’à 20 grammes : les factures, relevés, bordereaux d’expédition, notes d’honoraires, etc., expédiées sous bande, sous enveloppe ouverte ou sur carte à découvert.

Pour l’étranger, par 50 gr. Ou fraction, avec minimum de perception de 1fr. Maximum : 2 kilos

Imprimés

France

Mêmes tarifs que pour les échantillons.

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0,50 par 50 grammes

Poids maximum : 3 kilos

Cartes postales

France

Ordinaires 

  0,80

Avec réponse payée

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Illustrées avec corresp. Moitié du recto

  0,80

Avec 5 mots : signature, date et adresse de l’expéditeur

  0,40

Toute addition manuscrite au verso entraîne la taxe de 0,80

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Ordinaires 

  1,50

Illustrée avec formule de politesse 5 mots

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Pneumatiques

Jusqu’à   7 grammes

  2,00

Jusqu’à 15 grammes

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Jusqu’à 30 grammes

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Dimensions maxima 148 x 110 m/m ; ne doivent pas contenir de corps dur

Cartes de visite

France

Sous enveloppe ouverte

Sans correspondance

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Avec 5 mots de politesse

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Avec correspondance

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Avec ou sans formule de politesse

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Avec correspondance

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Journaux et Périodiques

Indication

du

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Expédiés dans le département où est le lieu de publication ou dans les départements limitrophes

Expédiés hors du département où est le lieu de publication ou hors des départements limitrophes

Jusqu’à   75 gr.

0,02

0,04

De      75 à 100 gr.

0,05

0,07

De    100 à 125 gr.

0,08

0,10

De    125 à 150 gr.

0,10

0,12

De    150 à 200 gr.

0,15

0,17

Ensuite par  50 gr. ou fraction de 50 gr en plus

0,03

0,03

Etranger

Tarifs des imprimés ordinaires.

Recommandation

France

Lettres, factures, paquets clos, cartes postales, cartes-lettres, papier de commerce et d’affaires :

Taxe ordinaire, plus droit fixe de 2frs.

Echantillons, imprimés, journaux sous bande ou enveloppe ouverte :

Taxe ordinaire plus droit fixe de 0,80

Etranger

Pour les deux catégories : 2,50 en sus de la taxe ordinaire.

Valeurs déclarées

(Lettres chargées)

France

Maximum 50000 francs.

Lettres :      1° taxe ordinaire

2° Droit fixe de recommandation de 1,60

3° Droit d’assurance de 0,80 jusqu’à 1000 francs avec augmentation de 0,30 par 1000 francs.

La déclaration de valeur doit être portée en toutes lettres du côté de l’adresse.

Les enveloppes à bords coloriés ou à fenêtre ne sont pas admises.

Il est interdit de coller sur l’enveloppe une étiquette ou papier quelconque.

Les cachets, au moins au nombre de deux selon la forme de l’enveloppe, doivent sceller tous les plis de l’enveloppe et représenter une empreinte particulière à l’expéditeur.

Ils doivent être très nets et en cire de bonne qualité.

Le

Journées fériées en 1941

1er Janvier ……………

Jour de l’An

13 Avril ……………...

Pâques

14 Avril ……………...

Lundi de Pâques

11 Mai ……………….

Fête de Jeanne d’Arc

22 Mai ……………….

Ascension

1er juin ……………….

Pentecôte

2 Juin ………………...

Lundi de la Pentecôte

14 Juillet ……………..

Fête Nationale

15 Août ………………

Assomption

1er Novembre ………...

Toussaint

11 Novembre ………...

Fête de la Victoire

25 Décembre ………...

Noël

Octobre 1941

Mercredi 1er Octobre  (S. Rémi)

Levée à 9hrs pour baratter avant le petit déjeuner, nos satanés gens n’admettant guère le manque de beurre. Chose curieuses : nous qui avons été habitués à une vie large nous accommodons mieux des restrictions et même des privations que ceux qui ont eu la vie dure. Le beurre particulièrement est chose sacrée pour les paysans d’ici "manger son pain sec" leur paraît le summum de la misère.

Que diront-ils quand le pain va leur être mesuré comme aux gens des villes ? Il en est fortement question, m’ont dit nos boulangers. Menou m’a même avoué sa crainte de voir tout le blé épuisé dès Mars et m’a recommandé de veiller à la consommation. Je serai sans doute obligé de faire les parts de chacun. Quelles protestations vais-je entendre ?!!

Rangé dans la maison. Eté chez Marie Réguer. Travaillé au jardin. Manipulé les haricots. Ecrit à Cueff de Ploujean pour la litière, à François Prat pour ses fiançailles, à Franz. Reçu lettre de Madeleine Sandrin. Franz est dans le même camp que Christian Oflag IV D.

Jeudi 2 Octobre  (SS. Anges g.)

Yvonne ne venant pas, nous avons encore un peu plus à faire. Je puis cependant le matin trouver un instant pour écrire à Madeleine Sandrin afin qu’elle puisse prévenir son fils de la présence de Franz dans son camp et lui donner les moyens de le trouver. Reçu carte de Franz qui paraît ignorer Christian à l’Oflag IV D mais qui dit avoir vu plusieurs anciens camarades entre autres, de Montenon. Il se trouve assez bien installé mais réclame des colis avec une insistance qui nous angoisse d’autant plus que nous ne trouvons rien à envoyer. Je suis obligé de refuser du beurre à plusieurs personnes.

Fleurette va un peu mieux mais sa coccidiose est loin d’être terminée et la pauvre bête est dans un état lamentable. Cricri la soigne toujours. On retire les pommes de terre chez Pétronille : Jean y va. Manipulé les haricots presque toute la journée ; c’est long. Pourvu que la récolte paie la peine prise !

Visite de Catherine Bastard. Le soir, gardé les vaches.

Vendredi 3 Octobre  (Ste Th. De l’E. J.)

Orages dans l’air le matin. Disputes entre Wicktorya et Jeannick, entre Yvonne et Jeannick. Yvonne est sur le point de partir. Les choses s’arrangent.

Nous préparons le logement pour Albert qui nous a prévenus de son arrivée demain matin.

Baratté. Encore une diminution sensible du beurre. Je suis obligé de prévenir certains clients. Mis des haricots à sécher.

Après le goûter, été à Corniou chez les Cazoulat avec Cricri qui se fait faire une jupe par la jeune fille.

Samedi 4 Octobre  (S. Fr. d’Assise)

Bombardements une grande partie de la nuit. Henri et moi nous levons à 6 heures. Il part à pied au devant d’Albert et moi au bourg pour le ravitaillement. J’obtiens environ 400grs de viande avec os pour toue notre semaine. Quelques courses, une prière à l’Eglise. Retour.

De nouveau en route avec Annie et Françoise pour aller prendre le voyageur à Kermuster. Nous souhaitons la fête de mon mari et celle de ma petite fille. Albert apporte des gâteaux de Paris et Henri offre une bonne bouteille. On trinque à la santé des absents, particulièrement à celle de Franz. Tour du propriétaire. Causeries.

Visite d’un ménage polonais-français réfugiés à Térénez. Le mari est médecin peintre. Nous allons tous faire une promenade ayant 3 buts utilitaires dans la vallée de Corniou. J’en rapporte promesse de mariage pour nos lapines et ½ l de graines de lupin.

Dimanche 5 Octobre  (S. Constant)

Messe de 8hrs à Plouezoc’h avec Henri et Cricri. La bouchère n’a pas (paraît-il) touché un gramme de viande cette semaine. Toute la commune doit donc s’en passer… Albert va seulement à la grand’messe.

Sortie de Jeannick. Ménage, cuisine, vaisselle. Cependant une bonne heure de calme avant le goûter. Causerie avec Albert dans le jardin. Après le goûter, gardé les vaches. Annie et Françoise viennent avec moi, la pauvre Cric reste soigner les bêtes et préparer le dîner. Les messieurs vont se promener à Térénez.

Lundi 6 Octobre  (S. Bruno)

Baratté le matin. Environ 10 livres de beurre. En dehors de l’ouvrage quotidien, je m’occupe des haricots toute la journée. Il faut les faire sécher, la place manque dans les greniers et, comme il fait un temps superbe, je les expose au soleil. Commencé à en écosser quelques-uns. Ceux d’Annie ont produit du 8 pour 1. Je doute que les miens en donnent autant. Je tâcherai de m’en rendre compte.

Cricri, Yvonne et Jean vont enlever les fanes de pommes de terre à Kerdini. Henri et Albert vont dans l’après-midi faire une visite à Kerprigeant. Ils en rapportent une grande boite de raisins que Marie leur a donnée pour nous.

Mardi 7 Octobre  (S. Serge)

Dans la matinée été avec Henri, Albert, Cricri, Françoise et Yvonne retirer des fanes de pommes de terre à Kerdini. Après-midi occupée par les haricots et la préparation du sacrifice de notre cochon. A 4hrs ½ Jean Cudenenc vient le tuer. Les messieurs vont chercher du pain. Porté 1l de beurre pour la réquisition.

Cartes de Paul et 2 des Pierre. Ces derniers sont maintenant tous en bonne santé. Paule ne m’inquiète plus trop et petit Jean plus du tout. Ils ont tous les deux de bons appétits, de belles mines et ils engraissent. Détails sur Sisteron et leur future demeure. Cette résidence me semble pittoresque et fort agréable pendant les beaux jours mais sera je crois moins confortable que celle de Briançon. Ils habitent un ancien couvent de Cordeliers, les bureaux sont dans la même maison, au rez-de-chaussée ; l’appartement a 50 mètres de long, le sil en est entièrement carrelé. Il y a un jardin. Enfin ils semblent contents et je le suis aussi tout en regrettant la si belle garnison qu’ils vont quitter.

Mercredi 8 Octobre  (Ste Brigitte)

Fait le beurre. La quantité s’amoindrit de fois en fois. Jean Cudennec vient découper et saler le cochon. Je vais avec Yvonne, Annie et Françoise laver les boyaux à Corniou. Augustine se montre très complaisante, le petit torrent étant à sec, elle nous débouche l’écluse de son lavoir et non seulement nous pouvons opérer mais elle nous aide. Je m’occupe encore un peu des haricots mais je suis dérangée à tout moment par les uns ou les autres. Cricri fait 2 cakes pour Franz et 4 pâtés de foie de porc.

Reçu une lettre de Suz Prat-Le Doyen qui me supplie de lui envoyer du beurre. Henri répond à Pierre. Henri et Albert vont faire une visite au Roc’Hou. Je vais à Kermuster à la boulangerie. Impossible de régler les 20 livres de pain que je dois tant que je n’ai pas les papiers de la mairie mais j’obtiens de la farine d’avoine sans tickets, horriblement chère : 7frs la livre. Cela me parait du marché noir.

Jeudi 9 Octobre  (S. Denis, év.)

Journée bien agitée. Ensemble de circonstances qui amènent de la bousculade à plusieurs moments. Cricri est obligée de passer la matinée aux champs avec Jean pour couper l’herbe et ramasser les fanes de pommes de terre qu’on a achevé de retirer hier. Je cours les fermes pour trouver des journaliers et des œufs : au Verne, chez les Réguer, au Mesgouëz-Bihen, à Kergouner. Quête d’Armand Bescond (10frs). Rentrée, fait de la bière ; déjeuner tardif.

Visites de Guéguen Cornaland, d’Henri de Preissac, du vétérinaire Baron pour Fleurette qui ne va pas bien et que nous craignons de perdre.

Préparation du colis de Franz. Je ne peux partir qu’à 4hrs–¼ pour le poster avec Henri et Albert. Nous arrivons à 5hrs-5, juste avant la fermeture du Secours National où on me le termine. Ce paquet (5kgs) contient : 2 gros cakes, 1 boite de beurre, 1 paquet de tabac, 2 paquets de cigarettes, 1 grande boite de confiture, 2 paquets de biscuits, 3 paquets de chocolat, 4 rations de sucre.

Nous nous mettons à faire les pâtés de tête et saucissons. Entracte dîner et re-charcuterie jusqu’à 1h  du matin.

Vendredi 10 Octobre  (S. Fr. Borgin)

Baratté : 6lvs de beurre seulement. Je note pour me rendre compte de la diminution si rapide malgré nos efforts. Nous sommes obligés de réduire Térénez et le facteur et de lâcher les autres clients. Drame de Françoise qui a pris un  produit vétérinaire destinée à Fleurette et que sa mère croit empoisonnée. Henri, Albert et moi allons chez Jégaden commander des pommes de terre. Mise en bouteilles d’une partie de la bière faite hier (60). Confection des saucissons préparés. Nous en avons 28 et 2 grosses andouilles.

Lettre de Franz à sa femme. Il a bien retrouvé Christian, va bien, réclame des colis. Henri et Albert vont au Diben. Ils en rapportent une langouste de 2kgs100 que mon beau-frère nous offre. C’est un morceau de roi dont je suis un peu confuse en apprenant qu’il a coûté 189frs. Nous la faisons cuire après le dîner et nous couchons encore à plus d’une heure le matin.

Samedi 11 Octobre  (Ste Clémence)

Une des journées les plus importantes de l’année : récolte des pommes de terre. Tout se passe bien. Le temps assez clair le matin se couvre vite et menace. Pendant le déjeuner et jusqu’à 3hrs il crachine et même si fort à deux ou trois reprises que je crois tout compromis, tout perdu. Mais cela s’arrange et il refait beau, très beau. Avec un léger vent nord-ouest et le soleil les pommes de terre sèchent. On les ramasse entre 5hrs et 8hrs. La récolte n’est pas belle cette année d’une manière générale ; la nôtre (8 charretées ½) est parmi les moins mauvaises m’affirment ceux qui ont déjà travaillé dans plusieurs autres fermes.

Heureusement nous avions à peu près 1 tiers du champ en "Abondances de Mai". Cette espèce a bien donné et les tubercules sont presque tous sains. Les "belges" sont toutes pourries ou tâchées. Ils étaient 14 au champ de Park-Nevez. C’était bien pour aller vite mais un peu beaucoup pour nourrir tout ce monde en temps de restrictions. Nous y sommes arrivés à la satisfaction générale, je crois.

Dimanche 12 Octobre  (S. Séraphin)

La messe matinale est reculée d’une demi heure à partir d’aujourd’hui pour la saison d’hiver. Henri, Cric et moi allons à Plouezoc’h où elle se dit à 8hrs ½. Le vicaire est changé et le Recteur présente à la paroisse son nouveau collaborateur. Eté à la boucherie et à la boulangerie. Gradé Françoise pendant que sa mère et Albert sont à la grand’messe de Plougasnou. Préparé la langouste en bellevue.

Nous faisons à notre repas de midi les agapes familiales du jour de l’an qui nous verra sans doute séparés de tous les nôtres. Il est vrai que la "famille" est juste représentée par le seul Albert qui a fait en somme les frais du repas : langouste, excellent Sauternes, gâteau moka. Nous y avons ajouté une soupe, du pâté de tête, des pommes de terre, de la salade.

Après-midi calme. J’épluche des haricots verts pour le soir, puis je garde les vaches. Visite de Monsieur Charles en doux état d’ivresse. Cric et moi le reconduisons chez lui. Jean va payer l’étalonnier.

Lundi 13 Octobre  (S. Edouard)

Nous avons joué au bridge hier soir Henri, Albert, Cric et moi. Cela m’a rappelé les soirées dominicales d’autrefois. Que les temps sont changés ! Jamais plus de délassements, ni d’occupations intellectuelles.

Le temps continue à être beau mais il commence à faire froid. Je suis très longue à baratter, sans doute à cause d’une température trop basse. Cela me prend presque toute la matinée. Ensuite gardé Françoise pendant que sa mère écrit des lettres. Ma petite fille n’est pas très bien portante depuis deux jours : manque absolu d’appétit, mauvaise mine, grogneries. Ce doit être une crise dentaire. Absence de fièvre heureusement.

Fleurette va de moins en moins. Je suis fort tourmentée. Cric la soigne cependant avec beaucoup de dévouement. Dans l’après-midi, nous allons avec Albert au Diben chercher 2 langoustes qu’il emportera demain à Paris. On castre les 3 petits cochons.

Mardi 14 Octobre  (S. Calixte)

Mon réveil sonne à 6hrs du matin, en pleine nuit. C’est le départ du cher Albert qu’il faut lester et aider à terminer ses bagages. Ses affaires personnelles tiennent peu de place mais il emporte quelques provisions en dehors des 2 langoustes achetées hier : 3 douz. d’œufs, des artichauts, des haricots verts, des poires. Henri le conduit  jusqu’à Morlaix et le met en train.

Ici, c’est la journée des pommes de terre chez Jégaden qui en tire 19 grands tombereaux. Je calcule qu’il en a au minimum pour 44.000 francs, s’il se contente du prix taxé. Hier, chez L’Hénoret Moulin à Vent récolte moyenne, équivalent à peu près à la nôtre, nous dit Jean qui rend les journées données par nos voisins.

Quelques rangements et nettoyages le matin, puis je m’occupe des haricots, besogne de longue haleine dont je ne sortirai pas de sitôt. Gradé Françoise pendant qu’ »2nnie va chez la tante de Jeannick avec cette dernière. Soirée passée à écosser des haricots.

Mercredi 15 Octobre  (Ste Thérèse)

Journée calme. Je savoure ce demi repos car s’il n’y a pas de presse ni d’avatars, l’ouvrage ne manque point. Baratté, jardiné le matin.

Ecrit à Suz Prat. Je tâcherai de lui envoyer un peu de beurre de temps en temps mais lui demande de me fournir les emballages. Reçu une carte postale de Franz. Il nous annonce que Christian Sandrin est promu lieutenant. Notre prisonnier parait bien se porter et avoir bon moral mais je crois que dans son nouveau camp la nourriture laisse beaucoup à désirer car il réclame des colis alors qu’à l’Oftag XIII il écrivait n’avoir besoin de rien tout en étant heureux de quelques friandises. Maintenant, c’est du beurre, du lard, des conserves qu’il lui faudrait. Il suit des cours d’Agriculture et on sent qu’il est plus attaché que jamais à son métier ; il aspire à la libération pour reprendre.

Foire Haucque à Morlaix

Jeudi 16 Octobre  (S. Léopold)

Rien de sensationnel à noter ? Jean va en compagnie de la bande Jégaden "faire sa foire Hauque" à Morlaix et la pauvre Cricri se trouve obligée de s’appliquer tout son ouvrage. Pour moi toujours plongé dans mes haricots j’ai la satisfaction d’en voir grossir le tas.

Grosses averses dans l’après-midi je pars à Plougasnou pour envoyer un colis à Franz. Je trouve une boite chez Fournis-Pouliquen. Ce paquet contient : 1 boite de beurre, 2 paquets de tabac, 1 pain d’épices, 1 boite de farine composée pour petits déjeuners réconfortant, 1 paquets de pâtes, 2 paquets de sucre, 2 paquets de chocolat, 5 paquets de gâteux secs. J’espère qu’il arrivera à son destinataire mais serais encore plus heureuse s’il le manquait, celui-ci ayant déjà pris la route du retour.

Françoise est redevenue en bonne forme. Un très léger mieux dans l’état de Fleurette. Md Jégaden du Mur a aussi une vache malade et vient consulter Cric.

Vendredi 17 Octobre  (Ste Hedwige)

Barattage. Il faut commencer à mettre la crème la veille au soir dans la cuisine pour la faire lever car la température a bien baissé depuis quelques jours. Mon occupation principale est encore les haricots. J’ai maintenant la semence (10ls) des blancs ordinaires mais je continue à en écosser pour la consommation. Tiré de terre les premiers haricots noirs mais ils ont été trempés par la pluie d’hier et seront longs à sécher.

Après-midi assez désorganisée. Jeannick part "faire sa foire haute" Jean et Yvonne s’occupent à chercher au bois et à porter à Md Féat une charretée de perches, ce qui m’oblige à garder les vaches pour lesquelles on adopte depuis cette semaine le régime d’hiver.

Samedi 18 Octobre  (S. Luc)

Nous allons à Plougasnou le matin Henri et moi ayant à faire à la mairie pour différentes choses. Je fais la queue à la boucherie pour obtenir un bout de viande dérisoire. Rencontré Monsieur Ménez, père d’un ex-camarade de captivité de Franz au camp de Nuremberg. Nous ne rentrons qu’à 1h ½ et presque tout de suite après le déjeuner il me faut partir garder les vaches, Yvonne étant à Morlaix pi Messe de 8hrs  ½ à Plouezoc’h pour se faire faire une indéfrisable.

Les vaches (4 seulement) passent chez L’Hénoret. En sautant le talus Madelon tombe si mal qu’on la croit tuée. L’Hénoret envoie chercher du secours. Tout finit bien. On porte une charrette de fagots à Md Jégaden du Mur, elle dit que le bois est pourri mais elle est très contente de la prendre à 150frs au lieu de 240 ;

Lettre d’Albert.

Dimanche 19 Octobre  (Ste Laure)

Messe de 8hrs  ½ à Plouezoc’h. Sermon contre les profiteurs de la situation actuelle. Le vicaire lit une note de l’archevêque qui met les choses au point. Mais les paysans comprendront-ils ? Voudront-ils ?

Rien à la boucherie, pour nous du moins, cette semaine. Sortie de Jeannick. Visite de Mr Charles qui nous dit s’être fait des journées de 255frs en travaillant à la pièce pour les Allemands. Entre lui et Claude, ils gagnaient 400frs au minimum par jour cette semaine. C’est fou et cela tue la main d’œuvre agricole qui serait si nécessaire dans cette région. De plus cela favorise le marché noir. Ces gens qui ne sont pas habituer au maniement de l’argent et qui en ont plein leurs poches le jettent pour avoir ce qui les tentent. Le père Charles voulait me donner 5frs pour un petit verre de calvados. J’ai refuse avec indignation, bien entendu mais fait-on partout de même ?

Gardé les vaches tout l’après-midi.

Lundi 20 Octobre  (S. Aurélien)

Pas trop de bousculade aujourd’hui. Jean va retirer les pommes de terre chez Lucien Troadec. Cricri fait son ouvrage à la ferme. Un de nos petits lapins est perdu. Sauvé ? Volé ? Dévoré par une b^te. On ne sait pas.

Je puis enfin répondre à Franz, à Jeanne Balcon, à Marie Mayé. Occupation principale : les haricots. Visite de Jaouen avec la pie noire de Cosquérès pour le taureau. Repiqué quelques laitues pour le printemps.

Lettre de Suz Part qui m’annonce l’arrivée d’emballage pour le beurre demandé. Mon barattage de ce matin a donné 10ls ½ plus que je n’aspirais.

Mardi 21 Octobre  (Ste Ursule)

Même train train journalier. Une série de maux blancs aux mains et particulièrement à la droite me rend tous travaux difficiles. J’ai beaucoup de mal à écrire et, cette occupation étant la plus propre, c’est à elle que je consacre toute la matinée. Lettres à Marguerite, à Madeleine Sandrin, à Madame Le Marois, aux Pierre, au Syndicat de Landerneau. Comptes divers. Carte de Paule. Carte de Paul.

Henri va à Lanmeur pour porter à la gendarmerie une carabine pour chasse aux grands fauves qu’il a retrouvée dans ses souvenirs du Brésil et à laquelle il manque une pièce. Les gendarmes la refusent comme la mairie de Plougasnou l’a fait l’autre jour.

Mercredi 22 Octobre  (Ste Céline)

Mes mains refusent presque toit travail. Le barattage m’est cependant possible. Nous avons des ennuis avec l’écrémeuse, il faut envoyer Yvonne à Lanmeur avec des pièces de l’appareil. Le Lous ne peut se déranger. Il redresse quelques bols, dit qu’il faut en commander d’autres, donne des conseils et cela remarche… au moins provisoirement.

Annie, Françoise et moi allons à Plougasnou dans l’après-midi. Pas de chances pour nos courses. Le bureau de perception est fermé depuis quelques minutes lorsque nous arrivons à 4hrs ¼. A la mairie on n’a pas encore les papiers que j’attends. La laine d’Annie n’est point arrivée. Pour compenser je vais payer aux Choquer la location d’un champ de l’école. On nous rend au bourg un colis envoyé à Franz le 29 Août. Il est arrivé sans doute après son départ de l’Oftag XIII A. Il est en piteux état et il lui manque 1 paquet de biscuits, 2 de chocolat et 1 de tabac. Rien à réclamer.

Jeudi 23 Octobre  (Ste Yvette)

Ouvrage ordinaire le matin.

On vient recenser nos porcs. C’est très ennuyeux ; nous ne sommes plus libres d’en disposer. Je vais chez Pétronille pour lui parler du cochon promis à son cousin.

Fait un colis de 4kgs pour Franz. Il contient : 1 pain d’épices, 1 paquet de biscuits, 3 tablettes de chocolat, quelques morceaux de sucre, 1l de beurre, 1 pot de confitures, 1 boite de maquereaux au vin blanc, 1 boite de sardine, 1 boite de thon, 1 petites boites de pâté de porc, 1 paquet de tabac. Envoyé 1kg de beurre à Suzanne Prat.

Yvonne part dans l’après-midi pour arranger la tombe de ses parents au cimetière. Je garde les vaches. Vers 5hrs Henri vient me retrouver au champ et me demande de partir le lendemain matin pour Paris.

Soirée en préparatifs rendus plus compliqués par 2 maux blancs que j’ai à la main droite et 1 à la main gauche.

Vendredi 24 Octobre  (S. Magloire)

Lever 6hrs. Henri vient me conduire à Kermuster. Le temps est triste ; ma mission m’ennuie. Je n’aime pas ces imprévus. Néanmoins je fais un bon voyage et sui mon doigt ne m’avait pas martyrisée je pourrais dire que ces heures de roulement entre deux endroits d’agitation auront été période de calme, de doux repos. Le train est archi comble. Impossible de bouger de sa place.

Arrivée vers 18hrs ½, au crépuscule. Paris me semble lugubre. Par le métro je me rends rue Las Cases. Grande surprise. On me retient à dîner et à coucher. Michèle me fait un lit sur le divan de l’entrée.

Samedi 25 Octobre  (S. Crépin)

Lever 7hrs ½ dans la nuit noire mais il y a l’électricité et je l’apprécie. Il ne faut pas que je reprenne le goût du confort et du luxe pendant mon séjour dans la capitale. Je serais trop malheureuse ensuite dans mon bled. Je m’accorde la douceur d’un bain dans l’établissement de Ste Clotilde, puis départ pour Boulogne. Traversée du bois à pied par un joli soleil qui me remet un peu de l’impression pénible de mon arrivée.

Station au Crédit Lyonnais. Visite à Marguerite. En arrivant Chaussée du Pont je monte de suite au grenier chercher la Winchester d’Henri. Je l’étiquette et l’emballe puis je mange quelque chose sur un coin de table de cuisien et pars au Commissariat. Aucune difficulté, l’arme est acceptée et même adurée, j’en obtiens un reçu. Passé à la pharmacie à cause de mes mains de plus en plus malades. Visite aux Prat ; à l’église, confession. Visite à Kiki, rentrée Chaussée du Pont.

Dimanche 26 Octobre  (S. Evariste)

Lever à 7hrs. Messe de 8hrs. Communion. Un tour au Marché, bien attristant et même angoissant. Les denrées alimentaires sont presque néant et à des prix fous. Chaussée Dupont je m’attarde à chercher différentes choses et j’arrive un peu en retard pour déjeuner rue Las Cases.

Mon doigt me faisant beaucoup souffrir Albert me le panse. Vers 4hrsje quitte les Morize avec l’intention d’aller aux cimetières du Père Lachaise et de Montmartre. Je ne puis faire que le premier où je prie sur nos 3 tombes, bien émues à la pensée de nos chers morts, particulièrement aux souvenirs lamentables d’Emmanuel.

A 6hrs 182 je suis chez Marguerite, à 7hrs ½ chez les Prat où je dîne. Fait à François notre cadeau de mariage (500frs). Vu la photographie de sa fiancée. Retour Chaussée Du Pont dans une obscurité telle que je me promets de ne plus sortir le soir.

Lundi 27 Octobre  (Ste Antoinette)

Rangements dans l’appartement où je ne trouve pas ce que je cherche. Déjeuner Grand’rue. Au Bon Marché, magasin vide. Visite à Marguerite.

Après un dîner vite bâclé je vais voir nos anciens concierges, installés dans l’appartement en face du nôtre. Cela me cause une sensation bizarre. Notre maison est vendue ; on ne sait ce que le nouveau propriétaire en fera et les locataires craignent d’être renvoyés. Un souci de plus. Tant que la guerre durera et que nous vivrons dans cette instabilité j’aurais bien désiré conserver cet abri à nos meubles et peut-être à nous-même qui risquons de plus en plus l’évacuation au Mesgouëz.

Mardi 28 Octobre  (S. Simon)

Rangements. Pas plus heureuses que mes recherches de la veille, celles de tout cette matinée. Déjeuner chez les Prat. Eté chez Kiki. Préparatifs départ.

Visite à Madeleine Payen. Albert me conduit à la gare. Train à 21hrs. Mon compartiment est rempli de gens qui discutent politique toute la nuit. Hélas ! je puis constater que beaucoup de Français ont encore des mentalités déplorables. On sent des haines véritables couver dans les différents partis et d’ailleurs beaucoup de gens disent que des révolutions et des guerres civiles vont éclater dans notre pauvre pays déjà si meurtri. La présence des Allemands les maintient seule à l’heure actuelle. Je ne puis fermer les yeux.

Mercredi 29 Octobre  (S. Narcisse)

Arrivée à Morlaix 6hrs 48. Attendue jusqu’à 11hrs ½ le départ de l’autocar. A Kermuster trouvé Henri et Cricri, un peu plus loin sur la route Annie et Françoise. Je suis heureuse d’être de retour. A la maison, gens et choses sont dans l’état où je les ai quittés mais le temps a changé il s’est assombri et terriblement rafraîchi ; on sent l’hiver.

Un peu vaseuse je ne fais pas grand’chose, me contentant de défaire mes bagages et de réinstaller tout en racontant mon voyage et en écoutant les comptes rendus du Mesgouëz.

Henri me fait lire une carte de Pierre et Annie 2 lettres de Franz arrivées en mon absence. Mon doigt va mieux mais j’écris encore bien mal.

Jeudi 30 Octobre  (S. Arsène)

Une seule chose à noter mais qui pourrait remplir toute cette page si j’entrais dans les détails : vers 10hrs ½ un avion britannique en flammes nous a survolés et est allé s’abattre dans un champ de betteraves appartenant à Jaouen Guernévez à quelques mètres de la maison. Ce fut effroyable.

Naturellement les deux aviateurs furent carbonisés. Je n’oublierai jamais l’atroce minute où j’ai vu l’obus atteindre l’appareil, les flammes jaillir et la descente de ce tourbillon de feu qui risquait de tomber sur nous. Grâce à Dieu, sa chute n’a pas fait d’autres victimes que les soldats du bord.

Nous sommes allés voir de près l’appareil brisé. Il a brûlé jusqu’au soir surveillé par une garde allemande. Les paysans apportent des fleurs.

Ecrit à Albert. Annie envoie un colis à Franz : 1 cake, 1 pain d’épices, 2 paquets de biscuits, 1l  de beurre, 250grs de nouilles, 1l  de haricots, un peu de riz, ½ l  de chocolat, ½ l de sucre, 1 nougat de figues, 1 paquet de tabac, 1 paire de chaussettes coton.

Vendredi 31 Octobre  (Ste Lucile)

Le terrible accident d’aviation continue non seulement à occuper les pensées mais amène un grand relâchement dans l’activité de notre personnel dont l’ardeur au travail est déjà très modérée en temps normal. Jean, Yvonne et Jeannick passent des heures auprès de l’appareil autour duquel circulent des officiers et des soldats. Allemands qui le démontent pour en emporter plus facilement les restes.

Henri et moi allons au bourg la matin pour le renouvellement des cartes de ravitaillement, la boucherie et différentes courses. Le soir je vais à Kermuster avec Françoise.

Nous apprenons la naissance du 5ème enfant de Suzanne Sandrin-Drouineau, une fille : Odile. Les voisins viennent cherches des fleurs et des feuillages pour orner leurs tombes.

Notes d’Octobre

Le mois s’achève tristement. Nous espérions tous que Franz serait de retour pour la fête de demain, sans nous l’avouer les uns aux autres. Il a dû recevoir ses papiers. En a-t-il fait l’usage prescrit ? A-t-il réussi ? L’affaire traîne-t-elle, refusée et tout espoir doit-il être abandonné ? Je ne veux pas désespérer mais il me semble qu’en passant chaque jour diminue notre chance. Et j’en suis bien triste, atrocement triste. Mais je prie quand même.

Novembre 1941

Samedi 1er Novembre  (Toussaint)

Messe de 8hrs ½ à Plouezoc’h. Communion. Vu Yvonne et tatou. Jeannick disparaît… elle s’octroie un congé, parait-il, mais pour combien de temps ? Elle a négligé de nous en informer. En tout cas nous avons la perspective d’au moins deux journées d’ennuyeux tripotages et cela tombe mal à cause de mes mains toujours malades.

Gardé les vaches l’après-midi en lisant un livre d’Estaminé intitulé : « Madame Clapain ». Bombardements assez violents mais lointains dans l’après-midi et la soirée. Annie et Wicktorya ont très peur maintenant et ne peuvent se décider à aller se coucher. Françoise ne dormait pas. Sa mère lui demande : « As-tu eu peur ? » - « Oh ! non, j’étais dans les bras de Nono. » C’est son ours en peluche.

Dimanche 2 Novembre  (Trépassés)

Messe de 8hrs ½ à Plouezoc’h. Cuisine. Gardé les vaches. Il fait un temps de chien. Je suis assaillie par des gens qui cherchent l’un du bois, l’autre un cochon. Je n’ai plus rien à vendre mais Féat Roc’an Dour viendra enlever demain le porc promis au cousin de Pétronille qui, ne pouvant se le faire expédier à Paris, le lui cède.

Toujours pas de Franz.

Malgré les nuages, le vent et la pluie, la circulation des avions est intense.

Mes mains vont mieux mais c’est la pauvre Cricri qui a tout un talon en sang. Elle ne peut se chausser pour aller à la messe mais est obligée de circuler quand même pour le travail des la ferme.

Lundi 3 Novembre  (S. Hubert)

Pluie toute la matinée mais après-midi éclaircie. Je profite des heures sombres pour mettre à jour la correspondance retardée par mon voyage et l’état de ma main droite : écrit à Suz Prat, à Claude Prat à Madeleine Sandrin, aux Drouineau, à Paule. Dans l’après-midi je commence à jardiner un peu mais suis interrompue par l’arrivée de René Féat venu prendre le porc. Divers incidents. Puis je vais arracher des betteraves avec Cricri.

Le soir bombardements.

Mardi 4 Novembre  (S. Charles)

Le jour ne peut se décider à se lever. A 9hrs (heure allemande, bien entendu) il fait encore nuit. J’ai horreur de ce décalage qui soulève toujours des discussions entre mon mari et moi. Il prétend que cette discordance avec le passé auquel nous étions habitués ne devrait pas nous gêner en rien. Soit, si nous avions de la lumière artificielle pour remplacer celle du soleil. Mais se lever à 9hrs pour commencer la journée écourte vraiment trop celle-ci. On s’en ressent jusqu’au soir. Il faut se bousculer, mettre les repas coup sur coup. On ne fait plus rien.

Eté le matin à Kermuster chercher du pain et parler à Tousse. Dans l’après-midi Henri et moi allons à Plougasnou. Longue séance à la mairie, différentes courses.

Le vent souffle du nord en tempête, rafales de grêle et de pluie. Le soir Françoise se met un haricot dans le nez. Il faut aller chercher le Docteur.

Mercredi 5 Novembre  (Ste Bertille)

La visite du docteur Le Roux a coûté les 5 litres d’essence qui restaient. Maintenant il faut toujours fournir des choses ; il ne suffit plus de les payer. Je ne regrette rien ; il fallait délivrer Françoise avant la nuit.

Journée assez calme, marquée par l’absence d’Annie qui est allée se faire faire une indéfrisable au bourg et par la naissance inattendue du veau de Mouchette qui manque venir au monde en plein champ. On a juste le temps de ramener la vache à l’étable. Tout se asse bien. Gardant Françoise je ne peux rien faire qu’un peu de tricot. Commencé une culotte pour Cricri.

Jeudi 6 Novembre  (S. Léonard)

La boulangère de Kermuster ayant dénoncé par jalousie ses collègues de Plouezoc’h qui continuaient à nous apporter du pain à la frontière, c'est-à-dire à Corniou. Philippe y restera 1h chaque jeudi et samedi matin. Henri, Yvonne et moi y allons. Tout notre coin fulmine contre Madame Braouézec.

Nous tentons Cric et moi d’aller à Morlaix. Depuis 8 jours le car Merrer a changé ses heures. Il passe maintenant à 9hrs ½ Nous revenons donc et je vais à Plougasnou porter un colis pour Franz : 1 pain d’épices fait ici, 1 autre du Secours, 1 boite de beurre, 600grs gros soissons blancs, ½ l de nouilles, 2 paquets tabac, 1 paquet cigarettes, ½ l chocolat, 1 paquet casse-croûte, 1 paquet de biscuits, ½ l de sucre. Le chocolat et les cigarettes m’ont été donnés gratuitement en cadeau de Noël.

Visite de Jeanne Balcon avec le petit René.

Vendredi 7 Novembre  (SS. Ernest)

Nous sommes de plus en plus inquiets de Fleurette. Avec cela Mouchette n’a pas encore rendu son délivre. Henri va à Plougasnou téléphoner au vétérinaire pour la première et chercher un drogue pour la seconde. Cricri et Jean commencent à tirer des betteraves.

1 lettre de Franz pour Annie, 1 carte de lui pour nous. Albert nous apprend la mort d’André Desouches. 1 carte de Paul. J’écris à Marguerite. J’envoie de l’ail à Boulogne et rue Las Cases. Jeanne Balcon vient avec son bébé déjeuner ici et passer une partie de l’après-midi ; elle repart ensuite à Morlaix. En lui tenant compagnie je tricote un peu.

Samedi 8 Novembre  (S. Godefroy)

Le vétérinaire vient le matin. Il délivre Mouchette mais ne se montre pas rassurant pour Fleurette à laquelle il met cependant un bandage.

Cette visite occasionne un grand grabuge à la maison. Cricri est nerveuse pare qu’on n’est pas allé la chercher au champ où elle tirait des betteraves, en dépit des instructions données. Elle le dit à Yvonne, peut-être un peu durement. Yvonne menace de s’en aller immédiatement. Quand je rentre de Plougasnou, je trouve tout le monde à table avec des figures bouleversées. Cela s’arrange un peu mais je crains que ce replâtrage ne soit pas de longue durée avec Yvonne qui, selon Jeannick, manifeste depuis quelque temps déjà son intention de nous quitter pour gagner plus ailleurs.

Je garde les vaches dans l’après-midi.

Dimanche 9 Novembre  (S. Mathurin)

Messe de 8hrs ½ à Plouezoc’h. Vu Yvonne de K qui nous annonce son départ possible pour la France libre Vendredi prochain.

Diverses courses à Plouezoc’h et à St Antoine. L’espoir donné par Jeannick pour des haricots secs me semble bien pâle. Je dois avoir une réponse moins vague la semaine prochaine. Par contre Madame Troadec est bien gentille en me vendant pour Franz un kilo de pâtes.

Je garde les vaches. Ensuite je cours chez les Réguer pour m’informer de semence de pommes de terre d’été. Je n’y trouve pas ce qui nous faut.

Marcel Guéguen et son beau-frère viennent pour du bois. Je ne sais pas comment cela m’arrive mais je perds subitement connaissance et me trouve au lit soignée par Henri et Cric. Le docteur Le Roux cherché par Jeannick ne tarde pas. Il constate une faiblesse du coeur, fait une piqûre de camphre, en ordonne d’autres et le repos au lit pendant 48 heures au moins.

Lundi 10 Novembre  (S. Juste)

Ma chute dans l’escalier hier a été si violente que je souffre beaucoup de la tête et suis toute courbaturée. Je puis à peine me tourner dans mon lit. Mais ce n’est pas moi la plus malade au Mesgouëz.

Jégaden et son gendre viennent abréger l’agonie de la pauvre Fleurette. Cette mort me navre. J’ai le coeur si fatigué que je ne veux pas trop y penser. Il faut guérir très vite, il y a de l’ouvrage pressé partout, aux champs, dans le jardin, dans la maison. Cricri tire des betteraves avec le père Salaün et Jean. Elle cherche vainement à organiser la journée de transport pour Mercredi. Ce sera sans doute pour jeudi, ce jour convenant à l’Hénoret.

Yvonne est revenue mais je la sens instable...

Mardi 11 Novembre  (Fête de la Vict.)

Toujours immobilisée, je puis cependant faire dans mon lit un peu de raccommodage pour Henri, terminer la culotte blanche au tricot de Cric et lui en commencer une bleue.

Henri est bien complaisant, il me remplace dans quelques corvées. C’est lui qui va porter à Kermuster la livre de beurre pour la Réquisition. A partir de maintenant ce sera chez Le Sault, tous les 2èmes mardis des mois.

Carte de Paul qui est à Gap. Carte de Paule qui se plaint du ravitaillement de Sisteron. Que ne puis-je lui envoyer des provisions ! Lettre d’Hubert Le Marois au sujet de mes livres anglaises.

Mercredi 12 Novembre  (S. René)

Je me lève un peu mais suis incapable de faire quoique ce soit pour aider. C’est déjà quelque chose de pouvoir prendre mes repas en bas avec tout le monde dans coûter un service particulier dans ma chambre. Je raccommode des chaussettes pour Henri, j’écris aux Pierre, je garde Françoise, je tricote un peu.

Cric et Jean continuent à tirer des betteraves, espérant en rentrer demain une certaine quantité avec l’aide d’Yves L’Hénoret et celle de Marcel Guéguen.

Jeudi 13 Novembre  (S. Brice)

Journée des betteraves.

Notre récolte est catastrophique. Environ 22 charretées contre une moyenne de 60. Avec cela aucun rutabaga ! La situation est angoissante et n’est pas faite pour retaper mon pauvre cœur.

On estime qu’étant données les conditions exceptionnellement mauvaises, nous n’avons pas encore trop à gémir. Partout c’est la même chose.

Henri va passer une partie de la journée à Morlaix. Yvonne de K part demain et se chargera de faire passer de nos nouvelles aux Pierre. De plus elle remet à mon mari quelques denrées appréciables pour un colis pour Franz.

Le temps est beau mais parait devoir se mettre au froid.

Vendredi 14 Novembre  (Ste Philomène)

On achève le rangement des betteraves. Mon Dieu que c’est pauvre ! Je vais voir la récolte et suis horrifiée.

Prenant beaucoup sur moi, j’essaye de me remettre à la vie normale. A chaque instant je suis obligée de m’arrêter, de reprendre haleine. Néanmoins je parviens à faire un colis de légumes pour Franz et à le porter avec Henri à Kermuster. Il contient des pommes de terre, des carottes, de l’ail, des échalotes. Ces 2 dernières choses m’ont été envoyées gracieusement par Madame Féat. A s’en souvenir.

Séance chez la boulangère où nous rencontrons le commandant Troadec. Mauvaises nouvelles du père Theurnier, l’ancien maire. Il est plus qu’en enfance.

Henri répond à H. Le Marois. Lettre de Kiki, carte de Franz. Annie fait des confitures de pommes.

Samedi 15 Novembre  (Ste Gertrude)

Décidément cela ne va pas. Henri part seul faire à Plougasnou les corvées du Samedi pendant que je traîne entre mon lit et la cuisine. Heureusement il fait très beau temps, ce qui diminue mon remords. Cricri est obligée de garer les vaches, Yvonne étant restée à faire la lessive chez elle.

Dans l’après-midi, aidée par Henri, je fabrique un peu de bière employant pour la première fois du houblon vert seul trouvé à la pharmacie en ce moment. Je ne sais ce que cela donnera.

Annie fait de la confiture de pommes pour Françoise. C'est-à-dire qu’elle achève celle qu’elle avait commencée hier.

Les pâtés qui sont sur cette page sont les œuvres de notre petit diable qui « veut aider tant mère à équir »

Dimanche 16 Novembre  (S. Edmond)

Messe de 8hrs ½ à Plouezoc’h. Nous y partons Henri, Cric et moi en pleine nuit par une vraie tempête de vent et de pluie. Cette fois (la première du mois) je trouve un peu de viande à la boucherie même un beau morceau : une langue.

Sortie de Jeannick. Journées de tripotages. Wicktorya a déclaré qu’elle ne veut pas se mouiller et que le vent lui fait mal à la tête, prétexte pour passer la journée dans sa chambre pendant que la pauvre Cricri fait à elle seule le service des vaches en plus de celui des chevaux que Jean lui laisse maintenant tous les dimanches.

Mis de la bière en bouteilles (46). L’après-midi se passe pour moi à écosser des haricots flageolets destinés à Franz (650grs)

Lundi 17 Novembre  (S. Agnan)

Petit à petit j’essaie de reprendre une vie active. C’est dur car les forces me manquent et c’est compliqué parce qu’Henri, sous prétexte de me soigner, s’oppose à ce que je fasse des efforts. En somme, à part quelques rangements, ma journée se passe à préparer un colis à Franz, à faire avec mon mari la grande déclaration demandée par le Ministre de l’Agriculture qui doit être portée à la Mairie avant le 20 et à fabriquer un petit peu de confitures de pommes, avec bien entendu, la garde de ma petite fille, à bien des moments.

Henri Réguer apporte 200ls de pommes de terre de semence (220frs). Ce sont, parait-il, des Esterlingen mais pas précoces. Ils ont cette espèce du Léon, la trouvent très bonne et surtout remarquable par son rendement. Il faut la planter assez espacée environ 0,60 ou 0,70. Elle tient à la fois des Belges et des Abondances de Mai.

Mardi 18 Novembre  (Ste Claudine)

Bouché les 13 pots de confiture. Fait le colis de Franz qui enferme 1 cake fait ici, 1 pain d’épices, 1l de pâtes (coquillettes) 1l150 de flageolets d’ici, 400grs de beurre, 1 boite de farine pour déjeuners, 2 paquets déjeuners, 1 paquet cacao Suchard, 1 paquet de tabac, 1 paquet de cigarettes, ½ l de chocolat. Annie y rajoute 1 paquet de pâtes à potage, 1 paquet de riz et 2 photos. Yvonne de Kermadec m’avait procuré quelques unes de ces denrées.

Henri va porter le paquet à Plougasnou ainsi que le fameuse déclaration. Annie s’occupe de ses élégances et va essayer à Corniou. Cric défonce de la terre avec Jean. Quant à moi je traîne un peu soit en tricotant ou en écossant des haricots.

Mercredi 19 Novembre  (Ste Elisabeth)

Annie va dans la matinée consulter le docteur Le Roux au sujet de ses ennuis mensuels qu’elle croit dus à une crise d’anémie. Je garde Françoise en son absence. Il fait très beau temps.

Eté chez Eugénie. Vu Jean Jégaden au sujet de l’avoine pour la semence. Il consent à m’en vendre 200ls. Pétronille nous fournira le reste mais elle ne veut qu’un échange : livre d’orge contre livre d’avoine.

Cric et Jean achèvent la préparation de Pen an Allée.

Jeudi 20 Novembre  (S. Octave)

Monsieur Salaün vient semer l’avoine à Pen an Allée.

Après le déjeuner, Henri et moi allons au bourg. C’est le dernier jour où l’on peut envoyer des colis de 5kgs aux prisonniers pour Noël. Celui de Franz contient 1 pain d’épices fait ici, une saucisse fumée, un pot de confiture, ½ l de pâtes (coquillettes), un peu de riz, 6 pommes, une boite de gâteaux filets bleus, ½ l de sucre, ½ l de chocolat, 1 paquet de casse croûte, 1 paquet de biscuits, 30 cubs, 1 paquet de cigarettes.

Henri va payer nos impôts fonciers (906) et tâche de nous faire libérer de ceux de l’exploitation.

Me Jégaden du Mur vient me payer 1 charretée de bois (100frs)

Vendredi 21 Novembre  (Pr. De la Ste Vierge)

Journée assez morne. Tout le monde est de mauvaise humeur, particulièrement Annie et Jeannick lesquelles avaient fait la nuit précédente des rêves merveilleux et qui retrouvaient la réalité... Pour moi, un des gros soucis de l’heure actuelle est la nourriture des gens et des bêtes. J’ai commencé hier les pesées de pain et, malgré que je mette à chacun une ration sensiblement supérieure à ce qu’elle doit être, les domestiques ne veulent pas s’en contenter. Je les laisse prendre autant de surplus qu’ils en désirent, persuadée que petit à petit j’obtiendrai une consommation moins abusive. Ils finiront peut-être même par se plier à la loi, chose que notre avance ne rend indispensable qu’à partir de Janvier.

Lettre de Me Le Marois qui nous propose 172frs de nos livres anglaises. Je sens qu’Henri a le désir d’accepter.

Samedi 22 Novembre  (Ste Cécile)

Toujours de l’énervement à propos du pain. Annie, Henri et Françoise auront assez de leurs rations. Cric et moi avons trop des nôtres mais les autres qui ont cependant 350grs contre nos 275 ne sont pas satisfaits et dépassent très largement leurs mesures.

Henri et moi allons à Plougasnou. Notre boucherie de la semaine est ridicule : 0,60gr seulement par personne. Faire près de 12kms pour rapporter un petit morceau de viande comme celui que j’ai eu aujourd’hui est peine exagérée. J’y renoncerai sans doute en plein  hiver.

Après-midi assez calme pour moi, Je tricote un peu et j’écosse des haricots. Naturellement ma petite Françoise m’aide et... cela me retarde beaucoup car dabs son zèle, pendant que j’ai tourné le dos une minute, elle a jeté tout le contenu du plat mauvais dans la bassine des bons. Obligée de tout trier à nouveau.

Carte de Pierre.

Dimanche 23 Novembre  (S. Clément)

Un petit changement dans le programme dominical. Nous allons entendre la messe à Kermuster. Henri ayant eu un petit mouvement fébrile aimait mieux ne pas se lever de très bonne heure. L’office est à 9hrs ½ seulement et la chapelle bien plus proche, ce qui nous permet à tous les 3 plus d’une heure supplémentaire au lit, chose appréciable dans l’obscurité à laquelle nos sommes condamné.

Gardé les vaches dans l’après-midi. Beaucoup de chambard dans les airs, passages d’avions, bombardements, tirs de défense. Cela dure toute la première partie de la nuit.

Henri ayant décidé son voyage à Laval pour le courant de la semaine va faire visite au Roc’Hou pour prendre les commissions à faire.

Lundi 24 Novembre  (Ste Flore)

Monsieur Salaün vient travailler. Il bêche un peu dans le jardin et achève de semer l’avoine dans l’après-midi. En plus du champ de Pen an Allée fait le 20 nous avons donc un petit champ à Kerdini ce qui fait environ 1 hectare sous avoine. Je crains toujours que Jean fasse des bêtises dans l’assolement mais il n’y a rien à lui dire car il se croit la science infuse.

Je travaille un peu au jardin, pouvant seulement m’y remettre depuis mon malaise du 9. Et encore j’ai beaucoup de peine ayant des vertiges dès que je baisse la tête et une douloureuse raideur dans la colonne vertébrale.

Guégen me vend pour 50frs de choux pommés. C’est une légère provision en attendant que les nôtres soient prêts.

Après-midi passée en partie à trier un sac de lentilles minuscules remplis de pierres.

Lettre de Franz à Annie. Carte de Paul.

Mardi 25 Novembre  (Ste Catherine)

Anniversaire de mon chéri Pierrot. Je pense à lui et prie de tout mon cœur pour la prospérité de son foyer. Je lui écris un mot. Mis aussi une carte à Paul et quelques lignes à Féat pour lui indiquer le veau de Mouchette que je voudrais vendre la semaine prochaine. Cricri laboure avec Jean.

Préparé 1 paquet de 1kg pour Franz (1l de beurre, ½ l de pâtes à potage, 2 paquets de tabac) C’est tout ce que nous pouvons faire partir d’ici Noël. Les colis sont supprimés pendant 1 mois. Ah ! Que Dieu nous rende vite le cher prisonnier !

Jeannick est demandée comme demoiselle d’honneur pour une de ses cousines qui doit se marier le 27 déc. Cette perspective la met en effervescence.

Affluence d’avions britanniques dans l’après-midi. Grand chahut. 2 obus de la Défense au lieu d’éclater dans les airs le font au sol, l’un à Ker Languis, l’autre à Kervadéo. Dégâts matériels seulement mais impression sur nos voisins et gens.

Mercredi 26 Novembre  (Ste Delphine)

Henri prend le car du matin s’embarquant pour Laval. Chaque fois que mon mari fait une opération financière il se trompe. Cet homme a été trop heureux en amour pour l’être dans les choses de la Bourse. J’aurais envie de toujours prendre la contre partie de ce qu’il pense en cette matière. Mais il faudrait avoir le cran de lui résister et si mon opinion avait tort par la suite, quels reproches ! Je lui laisse donc échanger nos livres anglaises contre des francs. Il faudrait seulement placer ceux là d’une manière sûre et s’il se peut avantageuse.

Je vais chercher le pain à Corniou et peux parler de seule à seul avec le brave Philippe. Il est aussi arrangeant que possible mais nous ne voulons ni l’un ni l’autre risquer les contraventions. Je vais ensuite à Kermuster chercher en vain de la vitioline. Chez Eugénie je trouve de la poudre St Eloi qui peut remplacer me dit-elle. Je fabrique de la bière. Le soir après le dîner je fais un peu de crochet.

Jeudi 27 Novembre  (S. Maxime)

Mis de la bière en bouteille (53) Henri revient de Laval. Je lui fais amende honorable. Je crois qu’il a fait pour le mieux. Naturellement nous pouvons nous tromper et si l’Angleterre gagne la guerre nous aurons eu tort. Mais si l’Allemagne triomphe nous aurons eu raison.

Mr Salaün commence à semer le blé ; il met le champ de Park Nevez mais oublie ma drogue d’hier ce qui me navre. Rien ne va plus ici depuis un an. On dirait que notre entourage fait exprès d’accumuler les bévues. Sous prétexte que je n’ai pas toujours vécu à la campagne comme eux, nos domestiques n’écoutent rien et n’agissent qu’à leur idée. Jean et Wicktorya sont même des phénomènes de fatuité.

Vendredi 28 Novembre  (S. Sosthène)

Encore beaucoup d’énervement. Annie meurt d’envie de partir pour Paris. Désirs légitimes de voir sa famille, d’assister au mariage de son frère, de reprendre contact avec une vie plus intellectuelle, plus civilisée, plus confortable, frousse des passages d’avions, des tirs de défense. Je comprends tout cela mais ce qui me contrarie c’est de la voir chercher des prétextes à côté. Elle veut pouvoir le cas échéant me rendre cause de son départ pour les incommodités actuelles du Mesgouëz. Je conviens des duretés de notre régime et les déplore, elles ne motivent cependant pas sa désertion. Elle pourrait supporter ce que nous supportons tous.

Ecrit à Marguerite, à Suzanne Prat et à Harteweld qui a perdu sa femme. Reçu 2 étiquettes colis. Mr Salaün vient chercher 20 fagots pour Me de Sypronsky.

Samedi 29 Novembre  (S. Saturnin)

Avec Henri je vais au bourg le matin. Nous avons cette fois bonne ration de viande. Fait différentes courses. Les magasins sont plus vides que jamais ; les articles de mercerie me paraissent manquer particulièrement.

L’après-midi Jean va chercher à Lanmeur les sacs de tourteaux commandés la semaine dernière par Henri (10 sacs pour 1750frs). C’est horriblement cher et je doute que cela puisse nous permettre de tenir le coup.

Yvonne étant à Morlaix je garde les vaches de 2hrs ½ à 6. Cela me repose car elles sont sages. Je tricote un peu. Me Jégaden de Kerdini dans nos pâtures. Nous bavardons un peu ensemble. Je ne veux négliger aucune occasion de m’instruire des choses agricoles.

Dimanche 30 Novembre  (Avent)

Messe de 8hrs ½ à Plouezoc’h. Marie Marec me donne 1/2l de nouilles pour Franz. J’en suis enchantée car je pense aux colis de Janvier qui seront nombreux. Mes réserves sont épuisés.

Journée odieuse de quinzaine. Tout le travail sur les bras de Cric. J’en suis d’autant plus nerveuse et désolée que mon état actuel de santé m’empêche de la seconder. La seule chose faite pour l’aider a été de garder les vaches l’après-midi ; elle a du s’offrir tout le reste. Jean ne parait plus guère le dimanche.

Par extraordinaire il a aidé aujourd’hui le père Salaün à porter le bois que celui-ci vendait à la dame de Térénez en même temps que nos fagots. C’est heureux qu’il n’ait pas pris une journée de semaine pour cette promenade. La charrette avait été chargée hier mais j’étais plus tranquille de le savoir avec nos chevaux que je n’aurais pas osé confier au vieux Salaün.

Notes de Novembre

Le mois qui s’achève me laisse un mauvais souvenir. Je ne me remets pas de ma crise cardiaque du 9. Peut-être ne suis-je pas encore à la dernière extrémité et pourrais-je me remonter lentement mais il est certain que le coup a été fort et marque le déclin. Je m’y résigne avec tout ce qui me reste de volonté dans mon état vaseux.

Je demande seulement à Dieu la grâce de revoir encore en ce monde mes deux fils chéris, ma petite Paule et leurs enfants. Je m’attendris à en pleurer lorsque je pense à mes petits fils dont l’enfance est privée des gâteries dont la mienne et celles de leurs parents fut comblée. Ils n’en souffrent pas sans doute et trouveront la vie meilleure plus tard.

Décembre 1941

Lundi 1er Décembre  (S. Eloi)

.Journée pareille aux autres mais qui me semble particulièrement lourde parce que je n’ai plus de force pour en supporter les travaux et les soucis. La matinée est assez belle au point de vue temps mais l’après-midi est sombre et pluvieux.

Mardi 2 Décembre  (Ste S Aurélie)

Anniversaire du baptême de Franz. Souvenirs d’antan… Que tout me parait lumineux dans le passé déjà lointain ! Ici c’est l’anarchie, le désordre. Les esprits me paraissent foncièrement mauvais.

Eté à Plougasnou dans l’après-midi, assez inutilement d’ailleurs. Pas trouvé le sucre de raisin cherché ni les médicaments, ni le reste. Henri m’accompagne.

Carte de Paul. Annie reçoit 3 lettres de Franz. Il dit ne pas avoir reçu les papiers annoncés.

Mercredi 3 Décembre  (S. Fr. Xavier)

Jean nous quitte brusquement le matin. Coup de tête. Ce départ nous désorganise complètement à l’époque des semailles. La pauvre Cric n’en peut plus moralement et physiquement. Je passe la journée à courir pour chercher des journaliers. Jean entre au Guerveur comme domestique en attendant la brillante situation de ses rêves.

Nous apprenons la mort d’Etienne Berthou et celle de Gabriele Tantet. Lettres d’Albert et de Paule. Me de Sypronsky vient me payer ses 20 fagots.

Jeudi 4 Décembre  (Ste Barbe)

Monsieur Salaün vient, je vais chercher l’aveugle Jean Féat et, avec ces deux invalides, nous parvenons à accomplir le programme de la journée qui était d’aller passer le blé de semence au trieur à Kermuster. Cela rend Cric un peu moins inquiète. Nous cherchons à organiser le travail pour les jours à venir car les semences de blé doivent être faites le plus rapidement possible. Toudic pourra venir demain.

Heureusement Henri qui me mettait dans du coton depuis ma crise cardiaque me laisse la bride sur le cou et cette activité retrouvée me fait plus de bien que le repos et les remèdes. Je vais à Kerdini chez les Jégaden retenir Marcel pour mardi les charrois de fumier.

Vendredi 5 Décembre  (S. Sabas)

Je recommence à baratter, chose qui m’était défendue depuis un  mois. Hélas ! la tâche n’est pas lourde. Nous n’avons presque plus de beurre.

Ecrit à Yvonne de Kermadec, à Madame Tauret, à Paule. L’après-midi Henri va au Roc’Hou. Avec Mr Salaün, le père Charles et Toudic, Cricri enlève les navets restés à Park Normand, 4 ou 5 charrettes qu’on amène à la maison. Je passe l’après-midi à leur couper les fanes, puis je prépare de la bière.

Le soir après dîner, tricoté un peu pour Cricri.

Lettre de Kiki. Ma sœur ayant appris que j’avais été malade me donne des marques d’affection dont je suis très touchée.

Samedi 6 Décembre  (S. Nicolas)

Mis la bière en bouteilles (50). Gardé Françoise parce qu’Annie indisposée reste allongée. Henri va faire les courses de ravitaillement à Plougasnou.

A la ferme Monsieur Salaün et Monsieur Charles labourent la partie de Park Normand dont on a enlevé les navets hier et sèment du blé dans toute la terre préparée. Ils hersent.

L’après-midi je garde les vaches, Yvonne n’étant pas venue. Mes bêtes sont assez sages mais m’occasionnent cependant de la peine car elles se dispersent. En courant après elle j’enfonce dans un marécage et reste trempée jusqu’aux genoux par ce froid pas agréable. Cric s’occupe pendant ce temps de Françoise ce qui n’est pas non plus une sinécure.

Dimanche 7 Décembre  (S. Amboise)

Messe de 8hrs ½ à Plouezoc’h. Vu Yvonne de Kermadec de retour de son voyage en France libre. Vendu un de mes gros porcs au père Salaün. Il le tue ici avec son fils. Vendu un autre petit porc à un Mr Cozannec de Samson pour l’élever. Il viendra prochainement le prendre. Visite de 2 pêcheurs dont l’un ressemble extraordinairement à Michel de Miniac. Ces pauvres gens cherchent des porcs, du beurre, du blé, n’importe quoi pour se nourrir avec leurs familles. Visite aussi des Keriou de Kervelégan pour achat de bois ou même de lande. Obligée de refuser à tout le monde.

Après-midi gardé les vaches. Annie reste au lit toute la journée mais le soir vers 8hrs un bombardement la fait descendre à la cuisine et elle y dîne avec nous. Jean Potin du Diben retient un de nos petits porcs.

Lundi 8 Décembre  (Immaculée Conception)

Aujourd’hui nous avons Jean Marie Lavenant, celui que j’appelle « l’aimable pochard ». Quant il est en état normal c’est un gentil garçon bien travailleur. En somme avec ce régime de journaliers l’ouvrage se fait mieux mais c’est désagréable de toujours changer, de n’être sûr de rien pour le lendemain. Je voudrai remplacer Jean d’une manière plus stable. Annie restant au lit, nous avons toute la journée la garde de Françoise. Nous l’emmenons chez Pétronille payer les carottes de Dumez.

Après dîner je vais chez Jégaden payer l’herbe coupée en Octobre et l’avoine de semence. Notre aimable voisin fait payer au fort tarif ses complaisances et ses marchandises. Je ne proteste pas mais je note pour me souvenir et tâcher d’éviter le plus possible à l’avenir le recours aux magasins bien fournis d’en face. Cozannec vient chercher son porc.

Mardi 9 Décembre  (Ste Léocadie)

Journée de charroi de fumier. Elle commence avant le jour. Nous avons Louis Breton, Toudic, Lavenant et Marcel Guégen. Toute la matinée je coupe des navets. Ce serait l’ouvrage de Wicktorya mais la Polonaise est de mauvais poil et se refuse à cette tâche. Elle aussi va nous plaquer un de ces jours, je m’y attends.

Malgré la méchante humeur de notre entourage l’ouvrage se fait ou pour mieux dire va se faire en temps voulu. Que de soucis ! Que de fatigues ! surtout pour la pauvre Cric. Annie parle sérieusement de s’en aller passer le plus dur de l’hiver à paris. Elle est cependant la moins misérable de nous tous, ayant du feu dans sa chambre depuis le début d’Octobre et n’ayant rie d’autre à faire qu’à s’occuper de Françoise que nous avons très souvent à garder.

Mercredi 10 Décembre  (Ste Valérie)

On achève le transport du fumier à Kerdini. Nous avons Toudic et Breton, deux bons travailleurs. Ils labourent et sèment la petite parcelle qui est devant chez Bellec. Corvée de pain avec Henri, Cric et Françoise.

Je vends 25kgs de blé à chacun des deux pêcheurs venus dimanche. Décidément je ne sais pas résister aux prières. Je désire seulement que cela ne nous attire pas d’ennuis. On me demande de la lande et des genêts à couper à défaut de bois.

Annie reçoit une lettre de sa mère et décide de partir samedi prochain.

Jeudi 11 Décembre  (S. Daniel)

Vente du veau de Mouchette. Il n’est pas gros et ne nous donne que 450frs. Yvonne me paie la charrette de perches 450frs, prix indiqué par Jégaden. Henri part à Morlaix le matin. Courses diverses et dépôt au Cdt Lyonnais des francs obtenus en échange des livres anglaises.

Visite d’Henri de Preissac, rempli d’entrain. Ses affaires marchent merveilleusement mais il sait « y faire ». Les Léon et les Kériou viennent me demander du bois et de la lande à couper. Je cède encore.

Nous conduisons, Cric et moi, la malle d’Annie à Kermuster sur une brouette empruntée à Me Jégaden du Mur.

Diablesse a un navet resté dans la gorge. On va chercher Guégen de Cornaland. Bombardements intenses, avions anglais.

Vendredi 12 Décembre  (Ste Constance)

Garde de Françoise toute la journée pendant qu’Annie fait ses préparatifs de départ. Le matin Yvonne va lui porter sa malle, la faire enregistrer et prendre son billet à Morlaix. Les voyages sont bien compliqués en ce moment mais il me semble qu’Annie s’embarque encore dans les meilleures conditions possibles. Elle a beau dire, nous l’aidons de notre mieux et la terrible Françoise était, ces temps derniers surtout, beaucoup plus avec nous qu’auprès de sa mère.

Pas de journaliers depuis mercredi, la maison est moins agitée mais l’ouvrage reste en suspens. On me dit que Jean se plait au Guerveur. C’est encore tout nouveau. Je voudrais bien retrouver quelqu’un de stable.

Samedi 13 Décembre  (Ste Odile)

Lever à 5hrs ½. Annie est déjà toute prête. Lorsque je vais pour la réveiller à 6 heures moins le quart. Je vais les conduire à Kermuster seulement, Henri part avec elles pour Morlaix et ne rentre que vers la fin de l’après-midi. Il a acheté quelques joujoux pour nos petits de Sisteron. Ce sont à mon avis des horreurs et il en a pour près de 200frs. Heureusement que c’est lui qui a choisi !

De mon côté je vais à Plougasnou le matin. Corvée de boucherie : 1h ½ de queue. En revenant je m’arrête chez les Fournis à Keringer pour payer la location de Kerligot (400frs). Après-midi assez calme, trop calme ! Fafasse me manque. Plus de bruit dans la maison. La vie parait s’en être retirée.

Dimanche 14 Décembre  (S. Nicolae)

Nous arrivons bien en retard à Kermuster pour la messe de 9hrs ½. J’en suis désolée.

Visite d’Yves Réguer pour avoir des genêts. Sortie de Jeannick. Garde des vaches dans l’après-midi. Atmosphère bien désagréable. Petit coup de cafard. Je me sens si diminuée depuis mon accroc du 9 Nov. !

Anniversaire de naissance de mon beau-père. Prié pour lui. Tricoté un peu : chaussettes pour ma Cric. Les journées me semblent longues sans le petit diable qui me tenait si souvent compagnie. Je vais avoir beaucoup plus de temps. Dans un sens je ne dois pas m’en plaindre.

Lundi 15 Décembre  (S. Mesmin)

Réveillés en sursaut à 4hrs25 par un bombardement assez fort. Les bonnes s’agitent au second. Heureusement qu’Annie est partie, sans quoi il aurait fallu que Cric ou moi allions passer la fin de la nuit auprès d’elle. Temps un peu meilleur qu’hier mais encore triste.

Baratté le matin puis fabrication du colis pour les Pierre. J’envoie tout ce que je peux mais c’est bien maigre ! Henri va le porter chez Fustec. Je fais de la bière. C’est une affaire bien ennuyeuse qui revient à peu près tous les 10hjours car je ne fais que 50 bouteilles à la fois.

Les 5 enfants ou neveux d’Yvonne viennent depuis la semaine dernière prendre leur repas de midi ici : soupe qu’ils apportent et qu’on fait chauffer.

Lettre détaillée de Pierre venue par je en sais quelle voie. Bombardements toute la soirée.

Mardi 16 Décembre  (Ste Adélaïde)

Le chambardement aérien continue. Quelle chance qu’Annie l’ait évité ! Nous avons des nouvelles des voyageuses. Ce que je prévoyais est arrivé. Les sanctions allemandes étaient encore en vigueur et il y avait défense de circuler après 6hrs du soir. Avec un laisser passer Annie et Françoise, accompagnées par un porteur, ont pu gagner la rue Las cases et recourir à l’hospitalité d’Albert pour une nuit. Enfin ! tout est arrangé !

J’écris à Paule pour son anniversaire du 23 et à Suz. Prat.

Mis la bière en bouteilles. Fait colis beurre pour Annie. Coupé des fanes de navets.

Lettre de Franz pour Annie. Lettres d’Albert et d’Annie.

A la ferme, Toudic étant venu le travail avance. Cric étend du fumier et laboure avec Toudic. La plus grande parcelle du Méjou mise sous blé est terminée le soir. Il n’y en a plus qu’une à labourer et semer et tout notre blé sera mis.

Mercredi 17 Décembre  (Ste Yolande)

Bonne journée pour le travail. On achève de labourer et de semer le blé. Malgré le départ de Jean et toutes les difficultés survenues. Nous voici maintenant au pair, c'est-à-dire au même point que les autres. L’honneur en revient à Cric qui a conservé tant d’énergie en dépit de ses contrariétés et qui a fait l’ouvrage d’un homme tous ces temps-ci. Nous sommes aussi très contents de Toudic vraiment complaisant, travailleur et dévoué.

Ecrit à Albert, à Annie, à Paul. Coupé des fanes de navets. A déjeuner nous avons une jeune poulette tuée lundi par les chiens qui s’étaient échappés. C’est un régal.

Corvée de pain, faite avec Henri. Ensuite je vais chercher des haricots secs à Kerdini, chez les Léon. Quels braves gens ! Comme c’est pour Franz ils voulaient me les laisser en dessous de la tare et j’ai du mal à leur faire le prix légal. Différence avec ceux qui en profitent.

Le soir nous fêtons le maout du blé sous un bombardement violent qui dure de 19hrs à 23 heures.

Jeudi 18 Décembre  (S. Gatien)

Temps meilleur. On se croirait en mai. On dit que le froid va venir. Yvonne ne vient pas, conduisant sa mère à Morlaix voir un docteur. Baratté le matin. Quelques rangements. Après-midi gardé les vaches en tricotant.

Lettre de Franz adressée à nous.

Le soir visite de Jégaden au sujet des pommes de terre d’Annie. Il va pouvoir en expédier 2 sacs. Je ne puis arriver à me procurer de la semence de pommes de terre d’été. Voici 4 démarches qui ne donnent rien. Il va falloir que je m’en occupe très activement.

Vendredi 19 Décembre  (S. Timoléon)

Le beau temps continue mais le froid s’est accentué.

Je réponds à Franz.

Dans l’après-midi nous conduisons le troupeau sur le trèfle de Kerligot. Je m’informe des semences de pommes de terre pour l’été. Quelques indications mais pas de résultats.

Je vais chez les Jégaden apprendre la manière de préparer les endives.

Samedi 20 Décembre  (S. Théophile)

Jégaden envoie les pommes de terre d’Annie.

Henri va seul à Plougasnou le matin pour le ravitaillement. Il est bien servi mais à quel prix ! Une langue de bœuf pas bien grosse 71frs. Je crois Loisel particulièrement cher. Il rencontre au bourg Henri de Preissac qui lui rapporte les bruits que Jean Charles fait courir sur notre compte. Il en est furieux mais je crois que je parviendrai à l’empêcher de faire en éclat.

Nous plantons quelques choux. Conduit encore les vaches à Kerligot. Eté chez les Toudic demander des haricots secs et chez Cloarec pour de la semence de pommes de terre. Pas de chance.

Cricri et Toudic commencent à préparer la terre d’orge.

Dimanche 21 Décembre  (S. Thomas)

Une petite diversion : nous allons à la grand’messe à Plouezoc’h. Vu Mr et Me de Kermadec qui nous invitent à déjeuner. Nous sommes obligés de refuser pour diverses raisons mais nous sommes touchés et regrettons.

Nous mangeons des huîtres supérieures exquises envoyées par les Tromeur de Térénez qui enlèvent en ce moment des souches. Ils ont apporté aussi 8 maquereaux et un très beau lieu.

Après-midi gardé les vaches en tricotant pour Cric. Avant dîner nous allons ma fille et moi à Madagascar. Réglé à Jégaden les pommes de terre d’Annie. Vendu pour 40frs d’ajoncs. Pourparlers pour le chêne et de la semence de pommes de terre. Après dîner Cric et Jeannick vont chez les Clech de Guergonniou. Elles ne rentrent qu’à minuit ½. Je suis inquiète et Henri est furieux.

Lundi 22 Décembre  (Hiver)

Baratté le matin. Eté à Kermuster chercher des sacs pour le blé que Cric et Toudic passent au tarare. Eté chez Le Sault demander semence de pommes de terre ; il n’y en a pas mais on m’indique la ferme de Madec comme étant susceptible de m’en procurer.

Je vais rechercher les vaches à Kerligot.

Tout notre blé est nettoyé et pesé. Nous avons un peu plus que notre suffisance.

Mardi 23 Décembre  (Ste Victoire)

Journée passée à Morlaix avec Henri et Cricri. Nous allons goûter à la crêperie. Mais pour nos achats nous n’avons guère de choix. On peut dire que les magasins sont vides. Cependant Henri trouve ce qu’il désirait pour moi. Cricri achète des livres et aussi une corbeille en faïence comme cadeau de mariage pour François. Nous rentrons assez tard.

Lucien Troadec porte un sac de blé pour nous à Tromelin. Malheureusement le meunier est absent et il ne rapporte pas de farine ; il est obligé de retourner là bas la semaine prochaine. Cela m’ennuie bien.

2 lettres d’Annie, 1 de Kiki, 1 carte de Paule.

Mercredi 24 Décembre  (Ste Emilienne)

Toudic vient. Je l’accompagne à Kermuster pour porter notre blé au boulanger. Bomme chose faite. En trichant un peu, tout petit peu, j’ai quelques livres de pain en plus de la ration. Notre avance est surtout constituée par l’échange de la campagne 1939-1940. Forcément elle a diminuée ces temps derniers et il sera impossible de la reconstituer. L’essentiel c’est de s’en tirer. Nous le ferions mais les domestiques n’entendent pas être réduits sur la quantité de nourriture et certaines matières comme pain, beurre, lard et pommes de terre qu’ils estiment être sans mesure chez les producteurs.

Corvée de pain.

Henri, Cric et moi allons nous confesser à Plouezoc’h.

Jean Féat scie du bois. Troadec charroie du fumier.

Soirée de Noël calme mais bien mélancolique. J’écris à Annie.

Baratté le soir pour décharger demain.

Jeudi 25 Décembre  (Noël)

Messe de 8hrs ½ à Plouezoc’h. Nous y communions tous les 3. Prié de toute mon âme pour mes chéris. Au retour nous allons voir nos souliers mis dans la cheminée du salon. Je suis gâtée par Henri : les vielles images de Morlaix, un petit plateau de bois avec 6 petites jattes en pyrex, un agenda de poche, du papier à lettres. Cricri semble aussi contente de son lot. Mais au fond de nos cœurs quelle mélancolie !

Nous évoquons la pensée de nos petits que leurs parents ont encore trouvé le moyen de gâter un peu et qui doivent être bien contents en trouvant leurs joujoux.

Nous essayons d’améliorer l’ordinaire, de créer une ambiance de fête. Menus : déjeuner : filets d’anchois sur canapés d’œufs durs, langue de bœuf à la mayonnaise (vraie huile), pommes de terre au beurre, reinettes, café ; dîner : re langue avec salade, pain de Savoie et chocolat.

Gradé les vaches.

Vendredi 26 Décembre  (S. Etienne)

Visite de Me Jégaden du Mur au sujet du bois. Nous allons trouver le père Salaün qui a commencé ses coupes sans tenir compte de mes recommandations. Je suis navrée. Rencontré le père Charles qui me laisse entendre – très clairement – que le vieux Polic et le jeune Guégen sont 2 filous qui nous dépouillent. Je le crois assez mais je n’ai guère plus de sympathie et de confiance en lui. Seuls les Léon me paraissent agir correctement.

Jeannick a la tête à l’envers à cause de la noce de demain où elle est demoiselle d’honneur. Cricri achève de lui réparer son manteau.

Gardé les vaches à Kerligot. Quimper perd une de ses cornes.

Envoyé un gros poulet à Albert et un autre au Dumez. Henri va les poster au bourg.

Lettre de Franz pour Annie.

Samedi 27 Décembre  (S. Jean, apôtre)

C’est le mariage de Louis Breton avec Louise Clech. Aussi nous sommes sans Jeannick depuis hier soir. Nous en profitons pour faire un grand nettoyage de la cuisine et des ustensiles. Cela dure toute la matinée et Henri va seul au bourg pour le ravitaillement.

Commencé ma correspondance du jour de l’an par les Pierre, Paul, Kiki et Marie Aucher. Ecrit aussi à Annie.

Gardé les vaches dans l’après-midi à Kerligot. Il nous arrive encore une malencontreuse aventure : Quimper a perdu une corne hier.

Le temps est un peu moins beau, très doux encore cependant.

Lettres d’Annie et de Suzanne Boittelle.

Dimanche 28 Décembre  (SS. Innocents)

Messe de 9hrs ½ à Kermuster. Il pleut. Cuisine le matin. Gardé les vaches l’après-midi. Je suis harcelé par des gens qui me demandent les uns des vaches, les autres des porcs mais plus encore du bois, des souches, de la lande, même des genêts. Le dimanche surtout, c’est un défilé. Je ne sais souvent que répondre et l’ennuyeux est que je suis obligée d’en référer au père Salaün qui s’est institué grand maître des taillis et garennes du Mesgouëz. Je n’ose pas le traiter (même à part moi) de bandit mais le trouve … un peu trop rusé et porté sur son intérêt personnel. En tout cas les autres coupeurs se plaignent… de ses précédés.

Lundi 29 Décembre  (Ste Eléonore)

Toudic vient mais pour la matinée seulement ; on ne peut pas faire grand’chose ; mis quelques pomme de terre de côté pour la semence. Lucien Troadec nous apporte notre farine de Tromelin. J’en ai environ 150ls mais nous avons promis d’en céder à Yvonne une petite quantité.

Un petit taureau de Bretonne est né pendant la nuit. Me Jégaden de Kerdini et Réguer reviennent chercher la réponse pour leurs garennes à couper. Je suis obligée d’aller inspecter les lieux. Je m’entends avec les Jégaden de Kerdini pour un prix de 300frs. Le père Salaün va peut-être râler mais tant pis ! Quant aux Réguer, il faut que je m’informe un peu mieux de la valeur de ce qu’ils me demandent.

Le soir nous mangeons des takès. Carte de Pierre ; Lettre de M.T. Le Marois.

Mardi 30 Décembre  (S. Roger)

Anniversaire de ma fille chérie. Journée que l’approche du 1er Janvier bouscule un peu. Bien des choses à régler, des lettres à écrire. De plus Jeannick est encore de sortie. Elle va se faire photographier à Morlaix avec les mariés de Samedi.

Nous courrons, Cric et moi, pour organiser une journée de charrois de fumier demain. Arrangé quelques endives. Il est bien tard dans la saison et je crains qu’elles aient reçu un coup de gel cette nuit. Enfin on verra ce que cela donnera.

Mercredi 31 Décembre  (S. Sylvestre)

La nuit a été froide mais dès que le soleil a paru la température s’est relevée et nous avons joui d’une véritable journée d’été. Elle a favorisé notre transport de fumier sur la terre d’orge. Nous avions les Jégaden (Madagascar), Toudic, le père Charles et Lavenant. Cela a bien marché.

Gardé les vaches à Kerligot l’après-midi.

Le soir on trinque. Après le départ des journaliers, Henri descend le phono et fait passer quelques disques. Comme il les choisit lui-même ce sont des choses de "notre temps" un peu surannées.

Lettres de Suz Prat et de Mimi St Ybon qui m’attristent. Elles sont malades toutes deux.

Fin d’année bien mélancolique. Cricri tue un poulet pour la première fois.