Octobre

Mardi 1er Octobre (S. Rémy)

Franz malade reste au lit toute la journée avec une fièvre de 39°. L’état sanitaire est triste au Mesgouëz : fatigue générale des âmes et des corps à laquelle se joignent bien des misères particulières. Mais il faut s’armer de courage, penser que ce sont des épreuves passagères dont le Bon Dieu nous fera sortir…. un jour ou l’autre.

Rentrée des classes. François retourne chez les bonnes sœurs blanches de Plouezoc’h. C’est son grand-père qui la conduit. Malgré des heurts fréquents ils s’entendent assez bien tous les deux et Henri fait sacrifice de sa chère grasse matinée chaque fois qu’on lui demande d’accompagner Françoise. Annie et Monique vont à Morlaix. Nous gardons Alain qui est très sage.

Mercredi 2 Octobre (Ss Anges G.)

Encore des souvenirs de jeunesse qui m’attendrissent aujourd’hui. Que le passé m’est cher ! Il rayonne avec éclat dans la grisaille de mes vieux jours.

Nous avons un ennui qui est peu de chose en lui-même mais qui complique beaucoup l’existence. Notre pompe est cassée ; il faut aller chercher de l’eau à la ferme.

Nous lisons dans les journaux le verdict du procès de Nuremberg. – censure -

Après le dîner je fais faire à Henri et aux enfants la fameuse dictée de Mérimée. Voici le classement : Henri, Cricri, Franz, Monique, Annie. Tous, même le premier, ont eu un certain nombre de fautes et je suis sûre que l’épreuve n’aurait pas mieux réussi pour moi.

Jeudi 3 Octobre (Se Thérèse E.-J.)

Henri et Françoise partent de bonne heure à Morlaix où ils consultent le docteur Pillet pour leurs troubles auditifs. En somme rien à faire. Mon mari est atteint d’un durcissement des tympans qui vient de son âge…. Quant à la petite, aucun défaut d’organisme, aucune maladie, le docteur croit à de l’inattention. Elle a quelques végétations mais ce n’est pas au point d’exiger une opération.

Pendant ce temps, Monique emmenait Annie aussi chez le médecin à Plougasnou. Le docteur Kervern a constaté un fibrome sur l’utérus et un état de nervosité et de dépression qu’il faut soigner. Alors Annie se croit perdue et l’atmosphère cafardeuse qui enveloppe le Mesgouëz s’est encore accrue. Franz un peu mieux, la fièvre est tombée, reprend presque une vie normale.

Vendredi 4 Octobre (S. Franç. d’A.)

Nos soucis sont lourds, je n’ai pas le courage d’écrire. D’ailleurs rien à noter dans l’existence de travail assidu mais monotone que nous menons. Il n’y a aucun loisir pas même un répit. Les moments les plus agréables que j’aie sont ceux où je fais la vaisselle car j’essuie pendant que Cric lave et que mon mari range. Alors nous parlons ensemble, nous échangeons quelques idées, nous récriminons, nous nous chamaillons car nous n’avons pas toujours la même manière de juger les gens, les choses ou les évènements.

Samedi 5 Octobre (S. Placide)

Départ de Monique le soir. Cela fait un grand vide et augmente encore notre mélancolie. Vrai temps d’automne. Je commence la lecture d’un livre de Colette "Mes Apprentissages" qui a été prêté par Mr de Kermadec à Monique. Ce sont des mémoires assez intéressantes où la vérité est je crois bien exposée sur sa collaboration avec Willy.

Franz achète deux petits cochons à la foire de Lanmeur (5900frs le couple). C’est terriblement cher.

Dimanche 6 Octobre (S. Bruno)

La messe matinale est retardée d’une demi-heure à Plouezoc’h. Je puis donc y aller car lorsque je pars à 7hrs il fait assez jour pour que je m’aventure seule. Franz chasse un peu avec notre nouveau voisin Le Menn. Je ne sais s’ils ont vu du gibier mais ils n’ont rien tué.

Pour nous, journée ordinaire qui ne différencie guère des autres si ce n’est par la présence des Allemands. Franz ne les ayant que le samedi après-midi et le dimanche ne les laisse pas chômer et leur donne de l’ouvrage. Je n’aime pas cela mais il parait qu’il y a urgence et l’Eglise permet en ces temps difficiles.

Lundi 7 Octobre (Se Foi, v.)

Henri compte partir à la fin de la semaine, non seulement pour voter dimanche à Boulogne, voir un peu ce qui se passe dans notre appartement, conférer avec Albert, visiter Mr de W si possible mais encore aller aux Vans passer quelques jours en compagnie de ses deux frères. Ce projet et ces préparatifs vont l’absorber. Je suis heureuse qu’il ait cette distraction car je le sens de plus en plus hanté par le désir, la nostalgie d’autres horizons.

La pauvre Cric aspire à un changement de vie, sentant qu’un peu d’avenir reste devant elle et que sa situation ici n’est guère stable. Si nous venions à disparaître bientôt ma fille chérie n’aurait plus de foyer car ceux de ses frères ne lui conviennent point. J’en suis désolée et très angoissée.

Mardi 8 Octobre (Se Brigitte)

Heureusement depuis hier le temps s’est grandement amélioré ; il fait assez frais mais le ciel est clair, on revoit le soleil et il n’y a rien de tel que la lumière. Elle ne m’éblouit cependant pas au point de m’empêcher de voir toutes les difficultés accumulées sur nous en ce moment où nous aurions besoin de prendre des décisions dont l’effet se fera sentir jusqu’à la fin de nos jours.

- censure - Je ne voudrais pas abandonner le ménage de Franz mais Henri prétend que nous lui serons plus utiles en le laissant se débrouiller et en allant de notre côté gagner un peu d’argent pour les besoins de tous les nôtres. Mais gagnerons-nous cet argent. Et comment ?

Toudic et Yvonne viennent. On arrange les tas de paille.

Mercredi 9 Octobre (S. Denis, év.)

Quelques raccommodages pour Henri qui prépare son prochain voyage et dont la garde-robe est en piteux état.

Jeudi 10 Octobre (François B.)

Henri va prendre son billet et retenir sa place dans le train de demain matin. Franz part en même temps que lui à Morlaix, prenant part à une assemblée générale d’agriculteurs syndiqués qui se tenait à Quimper. Il en revient tard le soir, enchanté de sa journée. Il avait déjeuné chez les Pierre et les avait tous vus en bon état.

On opère aujourd’hui la petite Martine Chiny.

Vendredi 11 Octobre (S. Julien)

Départ d’Henri.

Franz fait une partie de chasse avec ses camarades de Plouezoc’h. Il a pour sa part de butin un deuxième lièvre. Ce n’est pas énorme mais cela fait tout de même plaisir.

L’absence d’Henri fait un vide au Mesgouëz. Je suis sans doute celle qui le sent davantage. Nous nous chamaillons assez souvent n’ayant pas tout à fait les mêmes idées et souffrant – sans nous en rendre bien compte – de ne pas avoir communion parfaite en tout mais un mariage de 45 ans crée des liens très forts et c’est quand il n’est pas là que je mesure mieux mon attachement.

Samedi 12 Octobre (S. Donatien)

Journée des pommes de terre. N’ayant pu trouver de l’aide ni en voisins, ni en journaliers, Franz a demandé 6 prisonniers allemands qui sont arrivés vers midi. Pour la tombée de la nuit, l’arrachage était fait mais il reste des pommes de terre sur le sol et deux hommes doivent achever la rentrée demain matin avec Hans. La récolte est très maigre ; je la juge insuffisante même pour les seuls besoin de la maison. Malgré mes conseils au printemps, Franz n’a jamais voulu consacrer plus de 30 ares à cette culture et cette année, le rendement étant très faible, c’est désastreux mais rien à dire…… Il faudra chercher pour nous ailleurs.

Dimanche 13 Octobre (S. Géraud)

Messe à Kermuster. Achat d’épicerie puis rentrée en hâte et départ pour le bourg. Heureusement aux abords de Pomplencoat, l’auto des Pouliquen arrive dans le même sens, elle s’arrête, on me fait monter. Je vote pour le Référendum et retour par la même voiture, ce qui m’a beaucoup avancée. Tous ceux de chez nous ont accompli leur devoir de citoyen français.

Ce soir, café chez les Lévollan pour le mariage de Jeannette. Franz et Annie y vont. Nous gardons les enfants.

Lundi 14 Octobre (S. Calixte)

Anniversaire de naissance de mon grand-père Prat. J’y pense et prie.

Bernard trouve un veau de briquette en rentrant dans l’étable à 6 heures du matin. Nous aidons Franz, Cric et moi, à faire le cidre dont il tirera du Calvados. Nous mériterons notre pourboire.

Lettre d’Henri. Bon voyage. Impression favorable sur le ménage Flahaut mais sensation que nous n’avons plus de chez nous à Boulogne. J’en suis navrée. Pour me résigner, je pense que cette épreuve m’est envoyée afin de me donner le détachement des choses de ce monde. Il me faudra bientôt tout quitter. C’est un apprentissage.

Mardi 15 Octobre (Se Thérèse)

Annie prépare ses atours en vue du mariage de Tandis Jégaden auquel il a été décidé qu’elle représenterait le Mesgouëz. En somme elle est la seul de nous qui soit nippée convenablement pour ces galas. Il faut produire un certain effet d’élégance. Dans ses réserves, elle a déniché une robe en très joli velours, imprimé en camaïeu marron doré ; quelques petits arrangements vont suffire pour en faire une toilette d’apparence toute nouvelle. Naturellement elle est absorbée par ce travail et nous héritons d’Alain.

Aujourd’hui a lieu le remariage de Jacques Le Marois. Pierre et Jean y assistent.

Mercredi 16 Octobre (S. Bertrand)

Exécution des condamnés de Nuremberg. – censure -

Lettre d’Henri. Michèle s’est décidée à quitter la belle Corse et son retour à Paris permet à Albert la fugue aux Vans. Il partira donc vendredi soir avec mon mari et les 3 frères Morize vont se trouver réunis pendant quelques jours. Henri a vu hier Monsieur de W. L’affaire brésilienne n’est pas enterrée mais elle est toujours à l’état de projet. Cependant on commence là-bas la construction des maisons démontables.

Jeudi 17 Octobre (S. Gaudéric)

Mariage de Tanguy Jégaden. Il parait que sa femme est très gentille et beaucoup de gens la plaignent de tomber sur ce garçon qu’on doit peu commode. Annie est de noce. Le mariage a lieu à Plouezoc’h et le repas est servi chez les Troadec à St Antoine.

Pour nous, journée assez dure. Heureusement il fait assez beau temps et le soleil dissipe un peu nos cafards. Je vais à Kermuster pour le ravitaillement et j’achète un journal qui raconte l’exécution des "Grands Criminels de Guerre". Nous sommes fortement impressionnés par cette lecture.

Vendredi 18 Octobre (S. Luc, év.)

Mariage de Jeannette Lévollan avec René Bellec, 2 enfants : 18 et 19 ans. On dit que ce mariage est rendu pressé pour des causes intéressantes que la famille désire voir rester secrètes mais que les mauvaises langues du quartier commentent avec une certaine complaisance. On verra sans doute ce qui en est mais, en somme, cela importe peu au voisins et les Lévollan sont de braves gens avec lesquels nous n’avons eu que de bons rapports depuis 20 ans.

Franz est de noce. Noce paysanne à la vraie mode du pays. Il a 2 cavalières : Yvonne Féat et Marie Madec et il est revenu ce soir à 9hrs ½ assez content de sa journée. Il a même dansé un peu ce qui est extraordinaire pour lui.

Samedi 19 Octobre (S. Pierre A.)

Moins beau temps que les jours passés. Il fait plutôt doux mais le ciel est sombre et quelques nuages ont fondu sur nous. Mangé à midi une quiche délicieuse qui nous a fait oublié pendant ce déjeuner les misères du ravitaillement.

Pensé aux trois frères Morize qui, depuis ce matin, doivent être réunis aux Vans. Cela ne leur était pas arrivé depuis l’automne 1939. Ils doivent être très heureux et bavarder à cœur joie. Chacun a ses épreuves. Mon mari touché moins moralement que ses frères l’est davantage au point de vue matériel. J’espère cependant que durant ces quelques heures ils ne remémoreront pas leurs misères. Je ne vais pas jusqu’à souhaiter qu’ils fassent encore les pitres, "les Morize" comme autrefois.

Dimanche 20 Octobre (S. Caprais)

Messe à Plouezoc’h. J’arrive assez tôt pour me confesser et communier. Cela m’est grande douceur car nous menons vraiment une vie trop durement terre à terre. Comme elle est en ce moment notre devoir d’état, je pense qu’elle ne déplait pas à Celui qui nous l’i  ose mais quand Il permet quelque échappée aux travaux et soucis matériels, combien nous devons L’en remercier.

Lundi 21 Octobre (Se Ursule)

Franz vend Domino (33000frs) à Cloarec le marchand de choux fleurs. Cette bête était assez remarquable dans notre troupeau ; elle va y manquer mais à mon avis le prix est bon et doit consoler. Je ne puis pas me faire aux cours actuels des choses ; ils bouleversent les habitudes de toute ma vie. J’ai honte de vendre et peur d’acheter. Et puis j’entends dire toujours que l’argent papier n’a plus aucune valeur et la liasse de billets reçus n’est pas lourde auprès de notre grosse bonne bête. Il va falloir l’employer, mais à quoi ?....

Mardi 22 Octobre (S. Mellon)

Annie me donne à tricoter un petit chandail de dessous destiné à Alain. C’est de la laine défaite qui donnera un travail irrégulier mais hélas ma mauvaise vue et mes doigts à demi paralysés par des rhumatismes déformants ne me permet plus les fins ouvrages. D’ailleurs j’ai si peu de temps libre que je ne puis me livrer à la couture, au crochet ou bientôt au tricot qu’en fricotant les repas. Dans la cuisine impossible de faire quelque chose de délicat. J’en souffre un peu car j’aimais ces occupations. Voir sortir de mes mains une jolie chose m’était une vraie jouissance. Il faut y renoncer comme à beaucoup d’autres plaisirs de ce monde.

Mercredi 23 Octobre (S. Séverin)

Lettre d’Henri qui est avec ses frères aux Vans. Malheureusement le temps n’a guère favorisé les deux premières journées de cette réunion et ces trois saints hommes ont passé leur temps à l’église ou en visites aux notables du pays.

Les Vans
21 Octobre 1946
Mon amie chérie,
Déjà la moitié de mes vacances est tombée au passé. Les trois frères sont heureux de se trouver réunis pour ces quelques jours si rapides, mais le temps ne nous favorise guère : depuis samedi matin l’orage est accroché à la montagne, et nous sommes dans une pluie diluvienne, au milieu des éclairs et des roulements du tonnerre. Alors nous faisons en ville de nombreuses visites à tous ceux qui témoignent à Paul d’une très sincère amitié, et hier dimanche nous nous sommes sanctifiés par l’assistance, au Carmel, à une grand’messe pontificale et aux vêpres non moins pontificales.

Ta lettre m’a été remise aujourd’hui à midi, me donnant une vision de ta vie et de celle de Cricri, sans doute identique à celle que je connais, mais qui, avec le recul de l’éloignement, me parait désolante.

Je quitterai les Vans jeudi matin au petit jour et serai de retour à Boulogne vers 10h du soir. Vendredi et Samedi j’achèverai à paris les quelques courses qui me restent à faire, et je m’embarquerai pour la Bretagne dimanche soir à cause du manque de cars à Morlaix le dimanche, je ne prendrai pas le train  du samedi soir). Albert doit prolonger sa villégiature aux Vans de quelques jours encore : si donc tu as à m’écrire, adresse tes lettres Chaussée du Pont.

Paul a reçu aujourd’hui des nouvelles de Pierre, parfaitement rentré à Quimper avec Jean, et qui, depuis, a eu à se rendre à Rennes.

Je ne te donne pas grands détails sur mes faits et gestes : à mon retour près de vous, je vous narrerai amplement tous mes voyages avec mes impressions sur les choses et les gens.
Tu ne saurais croire combien on est gêné pour écrire, lorsqu’on est privé du stylo auquel on est habitué.

Je t’embrasse bien tendrement, Manon chérie, et te charge de distribuer de grandes affections à Cricri et aux Franz grands et petits. A tous vaillant courage.

Ri

Très affectueuses pensée d’Albert et de Paul.

Ici rien d’anormal ou de sensationnel. Je tricote un peu, Cricri raccommode les loques de nos prisonniers. Nous nous échappons de temps en temps de notre vie morose par des rêves de voyages ou des souvenirs du passé. Parfois aussi nous imaginons de jolies toilettes ou des intérieurs plaisants, des meubles artistiques, des bibelots extraordinaires fabriqués avec des matières communes et des inventions culinaires. Ce sont de bons moments.

Jeudi 24 Octobre (S. Erambert)

Nous allons à Morlaix Annie, les enfants et moi. La petite ville est un bastringue. Musique de tous les côtés. C’est la foire Haucque qui a lieu une fois par an et dure environ une quinzaine de jours. Franz tenait à ce que Françoise et Alain voient ce que c’est car il se souvient avec agrément de ses séances à la fête de St Cloud lorsqu’il était enfant. Les petits m’ont paru surtout ahuris ; cependant Alain s’est beaucoup intéressé aux manèges et après avoir goûté d’une petite automobile tournante il n’en voulait plus sortir.

Pour moi, je suis horrifiée du prix de tout. Le modeste goûter que je nous ai offert m’a coûté 117frs. Et je n’ai pas trouvé les choses que j’étais allée chercher et qui me font grand besoin.

Vendredi 25 Octobre (S. Crépin)

Voici 15 jours qu’Henri est parti et le besoin de son retour parmi nous se fait encore sentir davantage par des masse de petits détails. Ainsi nous manquons d’éclairage le soir depuis hier ; la provision de carbure qu’il avait donné à Cricri est épuisée et je n’ai rien trouvé dans la pièce où il met ses réserves.

Cric étant occupée je suis allée à Kermuster et la course est un peu dure pour moi quand il faut revenir avec un chargement. Yves Clech rencontré sur la route me décharge des pains heureusement. Il est grand dommage que mes fonctions me retiennent toujours à la cuisine car je m’ankylose de plus en plus et bientôt il me sera tout à fait impossible de marcher.

Samedi 26 Octobre (S. Rustique)

Cricri fait la connaissance du recteur de Plouezoc’h en lui portant des points de textiles dont il a besoin pour la remise en état des lingeries et ornements du culte. Ce qu’elle m’en dit me donne l’envie d’aller le voir aussi. Mais quand ? Décidément nous vivons en sauvages dans notre bled !

Françoise est première de sa classe. Elle a bien travaillé toute la semaine mais avec son ardeur nerveuse qui peut tomber d’un jour à l’autre. J’ai grand souci de cette petite et d’Alain chéri si mignon, affectueux, intelligent qu’on abandonne trop à ses fantaisies et qui devient trop capricieux et très entêté.

Dimanche 27 Octobre (S. Frumence)

Messe à Kermuster.

Mort d’un des petits cochons qui a pris le tétanos en infectant la plaie de castration. Cet évènement est une petite catastrophe. On a enterré 3000frs et naturellement cela met Annie de mauvaise humeur. J’en subis les effets.

Fête du Christ Roi. Nous la souhaitons à Christiane qui la préfère encore à celle du 15 Août. Gâteau de froment grillé et chocolat – libations. D’ailleurs nous avons eu quelques réjouissances stomacales en cette fin de semaine. Une aimable vielle de  à laquelle Cric a rendu service nous a apporté de délicieux mulets et Monsieur Gaouyer qui a fait son cidre à la maison nous a donné de vrai sirop de pommes avec lequel cric nous a fait des crêpes hier soir.

Lundi 28 Octobre (Ss Sim. et J.)

Retour d’Henri. Cric et Alain vont le chercher à Kermuster. Ce qu’il nous raconte manque de gaieté. Il a vécu à Paris dans une atmosphère sombre. Sa situation de "Sans Logis" lui a beaucoup pesé, si bien qu’il a l’air de trouver que le Mesgouëz n’est pas aussi rébarbatif qu’il le jugeait en le quittant. Mais à part ce petit bon côté, que d’angoisses ! Et il faut prendre des décisions ! Que l’Esprit Saint nous éclaire ! Même pour les choses matérielles, ses lumières nous sont indispensables.

Mardi 29 Octobre (S. Narcisse)

Rien à noter si ce n’est qu’Henri a repris ses corvées habituelles pas avec un entrain fou, certes, mais avec une douce résignation. Il a écrit à Pierre Juge de poser sa candidature à la place qu’il va quitter le 1er Décembre. Ce n’est qu’une maigre situation à la Maison de la Chimie mais dont les appointements joints au peu que nous avons-nous permettront d’essayer de vivre à paris…. En attendant mieux. La question logement reste la grosse épine de cette affaire. Il faudra sans doute qu’Henri vive en pension de famille et que nous restions ici, Cric et moi, jusqu’à ce que nous puissions reprendre notre appartement. Alors, chaque mois, les dépenses excèderont de beaucoup les recettes.

Mercredi 30 Octobre (S. Quentin)

Ayant terminé le petit tricot d’Alain, je reprends la bande de crochet destinée à faire une blouse de dentelle à Cricri. Nous voyageons toujours en rêve dans des pays à climat idéal où nous pourrons nous ré offrir quelques unes des élégances d’autrefois. Hélas ! ces projets ne sont peut-être que des chimères mais on peut toujours cependant profiter des rares loisirs que nous pouvons glaner entre nos occupations rustiques pour confectionner des choses jolies qui serviront un jour ou l’autre. Je ne sais pas le métrage qu’il faut mais je me doute bien que cet ouvrage ne sera pas achevé bientôt.

Jeudi 31 Octobre (S. Marcel)

Le mois est fini et il me semble que le 1er Novembre est la date de l’entrée en hiver. Aussi ai-je mis mon chapeau de paille (qui a fait au moins 5 ou 6 étés) au rancart et ai ressorti de son carton mon galurin d’hiver, mon bonnet à poils comme disent mes enfants qui ne l’estiment pas et sont las de le voir. Chose bizarre, je ne l’ai plus en horreur comme l’année dernière. Sans me plaire, il a quelque chose de moins rébarbatif, il me va mieux et j’en suis contente car si je demeure dans le bled je juge inutile de faire la dépense d’un autre couvre-chef. Jeanne Colléter en a payé un 1800frs et il n’est guère beau.

Novembre

Vendredi 1er Novembre (TOUSSAINT)

Messe à Plouezoc’h. Communion. Souvenirs. Prières. Rien de très saillant ne marque ce jour de fête si ce n’est les choses spirituelles. Il fait mauvais temps, ce qui est normal mais nous semble triste après quelques belles journées. Je cueille un bouquet d’hortensias pour égayer un peu la cuisine où nous nous tenons toute la journée et nous faisons de grands efforts pour améliorer les menus.

Franz fait une brève randonnée de chasse aux alentours du Mesgouëz. Il tue deux perdreaux ou, pour mieux dire, il en tue un car l’autre fut happé par Sam sans qu’il y ait un coup de fusil.

Samedi 2 Novembre (Les Morts)

Henri et Cric vont à la messe. Je suis obligée d’y renoncer pour mon compte car Franz a organisé une rentrée de betteraves pouvant avoir seulement ce jouir des prisonniers allemands et nos voisins du Mesgouëz Bihen et du Moulin à Vent. Tout se passe bien : fort coup de travail. Naturellement cela n’est pas terminé mais il ne reste plus que 6 charrettes environ dans les champs et Franz est content… ce qui est rare.

Le temps s’est maintenu, un peu sombre mais sans pluie et parait se remettre au beau.

Dimanche 3 Novembre (S. Papoul)

Messe à Plouezoc’h. Communion. Anniversaire de la mort de mon beau-père.

Satisfaits de l’ouvrage abattu hier soir, nous ne nous plaignons pas de la monotonie des heures. D’ailleurs les occupations urgentes se succèdent sans répit. Franz fait un tour de chasse en fin d’après-midi. Il rapporte 2 perdreaux et un ramier. Comme c’est la fermeture pour la perdrix, cette bonne chasse jointe à celle de vendredi nous permettra d’avoir un dernier goût de ces excellents volatils.

Lundi 4 Novembre (S. Charles B.)

Fête de ma belle sœur Charlotte qui la célèbre au Ciel pendant que sur la terre nous nous souvenons joyeusement d’elle et que nous nous remémorons aussi les joyeuses agapes familiales qui nous réunissaient à son foyer. Annie circule toute la journée en nous laissant la garde d’Alain. Elle récupère son poste de T.S.F. qui était en réparation chez le Commandant Bévout à Plouezoc’h mais il parait que cet appareil est médiocre et ne pourra jamais rien donner de très bien. Aussi Annie veut-elle en acheter un autre.

Il fait un temps superbe ; le ciel est d’azur foncé et au cœur de la journée la température est presque estivale. Quand le soleil n’est plus là ce n’est pas le vrai froid mais grande fraîcheur.

Mardi 5 Novembre (Se Bertille)

Annie passe l’après-midi à Morlaix. Franz va porter le veau de Briquette à Plouezoc’h et des pommes de terre aux bonnes sœurs. Il emmène Alain avec lui ; le petit est enchanté. Il n’est pas timide et a fait la joie du couvent. Il est entré dans une classe et est allé tout seul s’asseoir sur un banc pour travailler avec « les petites femmes ». Il a bien fait rire l’institutrice en répondant sans se troubler à toutes ses questions. Sans doute ma qualité de grand’mère y est pour quelque chose mais je trouve ce petit bonhomme délicieux.

On annonce à Franz qu’à partir de demain matin il aura nos Allemands pour 3 semaines environ. Il déclare qu’il en profitera pour commencer les semailles.

Mercredi 6 Novembre (S. Léonard)

Henri a reçu la réponse de Pierre Juge. Rien à espérer de la "Maison de la Chimie". Le poste de son ami sera supprimé quand il le quittera. Cela ne me surprend pas et ne me donne point grand regret, cette situation ne me plaisait qu’à demi en elle-même et puis, étant dépossédés de notre appartement, elle nous obligeait à une séparation qui, en dehors du dommage moral, nous entraînait à des dépenses qu’elle ne couvrait point.

Mais cet échec me fait peur en nous prouvant qu’on ne trouve pas facilement des emplois rémunérés même quand on a peu d’ambition et le désir de bien travailler.

Jeudi 7 Novembre (S. Ernest)

Anniversaire de la mort de Geneviève.

Henri va à Morlaix pour différentes courses. Il me rapporte mes lunettes arrangées provisoirement. En somme il n’a pas trouvé grand-chose de ce qu’il cherchait mais on lui a dit partout que les marchandises commençaient à revenir et qu’il n’y avait plus qu’un peu de patience à avoir. Bonnes paroles. Enfin on verra si ces promesses se réalisent.

Yvonne Féat vient me faire une lessive. Nous mangeons les perdreaux aux choux. Ils sont délicieux. Petit Alain est malade et cela attriste toute la maison où le chéri met de l’animation joyeuse. Il a beaucoup de fièvre mais nous pensons que ce n’est qu’un embarras gastrique.

Vendredi 8 Novembre (Stes Reliques)

« Alain est presque guéri », m’a doit mon cher foils en descendant ce matin à l’heure habituelle. Il n’a pas bonne mine et se dit fatigué mais ce ne doit être cependant qu’une indisposition passagère dont il ne faut pas s’inquiéter. Il est si mignon, si vivant que nous sommes très émus dès que nous le voyons un peu dolent.

Franz va chasser sur les terres Kervellec. Il a un déjeuner somptueux, composé presque entièrement de proc à diverses sauces. Mais le temps est déplorable et les huit chasseurs assemblés ne font choir que 2 lièvres. Deva t la difficulté du partage, les bêtes sont vendues et l’argent est distribué.

Henri commence à nous lire le soir un livre de Pierre Gaxotte qu’il a acheté hier à Morlaix : "La France de Louis XIV".

Samedi 9 Novembre (S. Autremoine)

Encore la tempête. Cafard. Nous réfléchissons sur le vote de demain et lisons les programmes électoraux. Henri va le matin à Plougasnou. Je suis désolée de ne pouvoir étendre la lessive de jeudi qui risque d’être abîmée dans la laiterie. Elle est déjà assez vilaine. N’ayant pas de vrai savon les tâches restent incrustées dans le linge. Cette guerre et la crise économique qui la suit nous aura coûté très cher. Mais tant de gens ont payé un tribut plus lourd que nous devons faire la part du feu en nous estimant encore favorisées et en remerciant Dieu. Il est permis cependant de souhaiter des jours meilleurs. Nous avons fait la neuvaine à Notre Dame du Salut organisée par les évêques de France pour obtenir de bonnes élections.

Dimanche 10 Novembre (S. Juste)

Accompli nos devoirs de Chrétiens et de Français. Messe à Kermuster et de suite acheminement vers le bourg pour voter. Je suis une route que je n’avais pas vue depuis un certain temps, deux ou trois ans peut-être, et constate bien des changements. Le pays qui nous environne a pris un aspect sauvage, les arbres ont grandi et de loin, le Mesgouëz se perd au milieu d’une forêt. Au contraire les alentours de Plougasnou ont vu surgir plusieurs maisons, des bâtisses diverses, des ateliers. Quelques magasins nouveaux se sont ouverts et maintenant le village d’autrefois est presque une petite ville ; je le trouve moins sympathique.

Halte chez Me Henri. Station chez le pâtissier. Vote et retour par le chemin habituel. Après-midi employé à des préparatifs pour demain, dé plumage de 3 poulets, triage des haricots.

Lundi 11 Novembre (S. Martin)

Anniversaire de Franz. Réception de chasse. Cela devient une tradition et j’avoue – à ma honte – que souvent les traditions m’assomment. On veut y être fidèle en dépit des obstacles et parfois on se donne beaucoup de mal sans pouvoir effacer la déchéance. Enfin nous avons fait de notre mieux et cela fut à peu près réussi malgré une agitation nerveuse des gens de la maison dont les invités ne se sont pas aperçus, je l’espère. Cette année leur nombre avait augmenté ; au lieu des cinq ou six habitués, ils étaient 9. Le menu était assez corsé pour que l’arrivée de 2 inattendus ne gêne en rien.

Nous avons vent des premiers résultats des élections. Cela ne parait pas fameux. Henri semble découragé. Faisons crédit à Dieu qui fera quand il lui plaira sortir le bien du mal.

Mardi 12 Novembre (S. René)

Décidément les élections sont mauvaises ; le communisme a gagné et comme c’est pour cinq ans cette fois nous allons sans doute avoir un gouvernement qui fera nombreuses et graves bêtises à l’intérieur comme à l’extérieur. L’Angleterre et les Etats-Unis ne vont pas le voir d’un bon œil et le redressement, la reconstruction tant souhaités vont sans doute subir encore un grand retard. On doit que nos « Provisoires » vont durer jusqu’en février.

Aujourd’hui calme au logis. Franz étend avec Hans des engrais sur les pâtures. A minuit Soizic vient chercher Franz pour une jument malade chez Michel Chocquer.

Mercredi 13 Novembre (S. Brice)

De plus en plus je m’efforce de ne plus me mêler des choses de l’exploitation, de juger, d’approuver ou de blâmer les actes de Franz et d’Annie. Je puis cependant m’avouer à moi-même tout bas que les choses ne me paraissent pas très bien marcher. Il est vrai qu’il fait un temps déplorable qui met en retard les travaux de saison. Franz est mécontent, nerveux et comme il reste dans la maison occupé à construire des ruches d’abeilles on ne peut guère éviter son contact qui est désagréable et me peine.

Je n’ai plus rien à écrire sur ce cahier tenu pendant plusieurs années comme Livre de raison du Mesgouëz car mes pensées et mes sentiments importent moins que des actes et je n’agis
plus.

Jeudi 14 Novembre (S. Claude)

Ma lessive faite il y a huit jours n’a pas encore pu être étendue. J’en suis bien ennuyée et je me lamente aussi sur le climat breton, comme Annie et Cric qui ne peuvent souffrir l’humidité. Il n’y a dans toute la maison que la cuisine qui soit habitable. Nous nous y tenons tous et c’est une vraie foire.

Je travaille à la bande de crochet et je crois que je ne suis plus loin des 4m50 demandés par ma fille. Mais ces élégances, préparées pour un retour dans la vie civilisée, seront-elles employées. Le beau grand voyage si fortement désiré par Henri et Cricri n’est toujours qu’à l’état de rêve.

Vendredi 15 Novembre (Se Eugénie)

Les pauvres Pierre sont maintenant sans aucun secours pour la tenue si lourde de leur maison. La femme de ménage qu’ils avaient depuis la Première Communion d’Yves les a quittés. Je me tourmente beaucoup de cette situation car l’état de Paule exigerait des précautions et elle est obligée au contraire de se surmener. Pierre est certainement un mari complaisant et dévoué qui fait tout ce qu’il peut pour secourir sa femme. Toutefois il me parait impossible que cette famille nombreuse ait le nécessaire dans ces conditions.

Par ici, les journaliers demandent à partir de cette date 200frs plus naturellement toute leur nourriture comme avant. La vie devient impossible.

Samedi 16 Novembre (S. Eucher)

Toujours un sale temps et de la mauvaise humeur au logis. Annie est énervée par la perspective de la vente de sa maison boulonnaise. Certes elle désire que les pourparlers engagés aboutissent mais elle aura des regrets et surtout des soucis pour le réemploi de l’argent.

En ce moment la crise sociale, politique, économique est pire que jamais. Rien de stable et il est impossible de pronostiquer quoi que ce soit. Il y a des gens qui ont du flair. C’est, à mon avis, le meilleur moyen de s’en tirer. Le flair n’est malheureusement pas donné à tout le monde. Mon mari et moi en sommes particulièrement dépourvus.

Dimanche 17 Novembre (S. Asciscle)

Je ne puis aller à la messe. Cela me contrarie beaucoup en dépit de ce que les prêtres me disent sur les excuses valables de mon âge, de la distance, du mauvais temps et de mes difficultés à marcher dans l’obscurité. Il y a aussi mon devoir d’état (cuisinière) qui m’empêche d’échanger la messe dominicale contre le grand office de 11hrs. Certes, je ne crois pas commettre une faute par cette abstention mais elle me gêne et généralement ces dimanches là mon âme est plus sombre que d’habitude.

Mauvais temps. Cric occupe Françoise en lui faisant confectionner des fleurs en laine. Elle a fait une grosse marguerite pour les étrennes de sa mère, un peu aidée par sa tante, il est vrai.

Lundi 18 Novembre (S. Odon)

J’ai terminé le crochet destiné au corsage de Cricri et je commence avec différents restes de laine une paire de chaussettes pour Henri. Elles ne seront pas belles mais lui tiendront chauds. Le pauvre homme qui arpente les routes pour le service commun va nu-pieds dans ses gros souliers.

On parle sur les journaux de bateaux qui arrivent en France avec de belles cargaisons de laine. Il y a quelques jours l’un d’eux apportait « de quoi faire un cache-nez à chaque Français ». Verrons-nous cette précieuse denrée reparaître dans les magasins et à la portée de nos besoins et de nos bourses. En attendant, le café et le chocolat manquent ce mois-ci.

Mardi 19 Novembre (Se Elisabeth)

J’ai essayé la fameuse confiture de Le Meun. Rutabagas, carottes et pommes. Ce n’est pas fameux. Comme je m’en doutais un peu, c’est en très petites quantité que j’ai opéré et la marmelade, étant très mangeable, rien ne sera perdu. Je crois que je ne recommencerai point.

Franz est insupportable pour la nourriture. Excessivement difficile il ne veut manger que de bonnes choses, bien préparées et…. il ne donne rien. Chaque jour il y a discussion et tirage pour le beurre.

Mercredi 20 Novembre (S. Edmond)

Ondine vêle dans la matinée. Elle donne une génisse, ce qui aurait ravi Franz si cette nouvelle née n’avait eu quelques poils blancs aux alentours du museau. Il parait qu’une pie noire ladre (c’est le mot employé pour cet accident physique) perd de sa valeur au point de vue race. Cela ne l’empêcherait nullement d’être bonne laitière et bonne beurrière.

Le mauvais temps continue. Cela se prolonge vraiment trop. Nous vivons dans un marécage. Et ma lessive ! ma pauvre lessive.

Je veille tard pour terminer les chaussettes d’Henri.

Jeudi 21 Novembre (Prés. N.-D.)

Chose rare : j’arrive à faire quelques points pour moi en raccommodant une paire de socquettes dont j’aurai besoin dimanche pour aller à la messe et au bourg où vont avoir encore lieu les élections.

Arrivée du Contrôleur laitier que nous n’avions pas vu depuis deux mois. La cause de cette abstention a été le manque des produits nécessaires pour accomplir son travail. Et on prétend que les choses vont mieux ! Visite de Baillache, le garde chasse fédéral en tournée dans notre région pour surveiller chasseurs et braconniers. Ce brave homme semblait navré de n’avoir pu pincer personne.

Vendredi 22 Novembre (Se Cécile)

Vente de Diablesse à François Féat (Roc’an dour de Plouezoc’h). Il déjeune avec nous ainsi que son beau-frère Ledru du Brenn qui l’avait accompagné pour traiter le marché. Départ du Contrôleur laitier.

Je commence une autre paire de chaussettes. Bientôt toutes mes fins de pelotes seront utilisées ; il serait temps que les matières premières reviennent car même les gens qui ont sincère désir de travailler vont se trouver réduits au chômage.

Samedi 23 Novembre (S. Clément)

Pas encore de nouvelles sur la vente de la maison de Boulogne. L’affaire est-elle conclue ou non ? Annie après avoir consenti en paraissant désespérée semble maintenant souhaiter la vente. Elle va à Morlaix, je ne sais trop pourquoi.

Le temps passe vite malgré sa laideur actuelle. Tempête de suroît. Si encore nous n’avions que ce terrible vent mais il s’accompagne de pluie. Alors c’est complet et dans les âmes aussi passent des bourrasques. Cricri, habituellement pondérée, est plus que nerveuse aujourd’hui. Je m’inquiète, la sachant dure au mal physique et moral, de la voir en cet état. La pauvre fille aurait besoin non seulement de repos mais d’un changement d’horizon et de vie.

Dimanche 24 Novembre (Se Flore)

Messe à Kermuster. Mort du petit Jean Lévollan.
Cric et moi prenons le car loué par Louis Kornallan pour conduire les électeurs au bourg. Nous y votons. Il fait un temps de chien.

Des gens de la pointe de Plouezoc’h, arrivés le matin, attendent Franz pour acheter une vache. Comme ils sont encore là au moment où nous nous mettons à table, ils déjeunent avec nous. Ensuite ils achètent Madelon 20000 et ils viendront la chercher le 7 décembre vers 16 heures. Les étables se vident. Bernard lui-même trouve cela triste.

Annie va voter dans l’après-midi.

Lundi 25 Novembre (Se Catherine)

Amélioration atmosphérique. Je vais le matin jeter de l’eau bénite sur notre petit voisin. Henri et Franz vont à l’enterrement dans l’après-midi. Ils vont aussi ensemble chez le notaire signer un acte d’échange de terrain entre les Franz et nous. Naturellement ce marché avantage nos enfants puisqu’il leur donne en toute propriété 7 ares 30 centiares de plus que ce que nous recevons et je crois de la terre meilleure. Je ne proteste pas, au contraire, mais je veux que les choses soient arrangées de manière à ce que Pierre et Cric aient leur juste part de ce que nous abandonnons.

Tricoté un peu le soir. Une première chaussette de ma seconde paire se trouve terminée. Quand Henri sera muni de ces deux paires en laine ma conscience d’épouse sera en paix.

Mardi 26 Novembre (S. Lin, p.)

Nombreux dérangements. A chaque heure, c’est une chose imprévue qui m’empêche de faire ce que je voudrais. Impossible de dresser un programme des emplois journaliers ; il faut toujours aller au plus pressé. Et je me rappelle que ma grand’mère maternelle tenait beaucoup à ce que nous ayons un règlement de vie et que nous nous en écartions le moins possible. Que penserait-elle de mon existence agitée ?

Tricoté quelques instants le soir mais dans la journée impossible de faire un point. La cuisine – pourtant rudimentaire - prend tout mon temps. Mis en bouteilles les 9 litres de petit cidre laissé par les Clec’h. Cela n’augmente pas beaucoup notre si maigre récolte, c’est très appréciable tout de même.

Mercredi 27 Novembre (Ss Vital et A.)

Franz tue une bécasse dans un petit tour de chasse qu’il fait avec Marcel Cazoulat. Il va piquer une vache atteinte de mammite chez la belle-sœur de Mr Gaouyer. Encore beaucoup de visites. On vient surtout en ce moment nous demander du bois à acheter ou même à couper. On vient encore pour des vaches. La hausse sur les chevaux et le bétail continue. Il parait qu’avant-hier à Morlaix (foire de Ste Catherine) les prix demandés et donnés ont été insensés. René Prigent a refusé 150.000 d’une pouliche de 6 mois et 200.000 d’une autre de dix huit mois.

Terminé la 2e p. de chaussettes d’Henri. Lettre de Pierre qui se plaint aussi du coût de la vie et s’effraie de l’avenir. Que Dieu nous garde tous ! C’est la seule prière qu’on puisse faire puisque on ne sait même pas que demander dans cette incertitude.

Jeudi 28 Novembre (S. Maxime)

Mes minutes à demi libres (en surveillant la confection des repas) et celles vraiment sans contraintes du soir après la vaisselle ont été employées au raccommodage de deux vieilles paires de gants de laine que les mites rongeaient depuis des années et qui sont redevenues mettables pour les sorties que j’aurai à faire ici. Cela ne devrait pas m’empêcher d’en faire une paire plus élégante mais la matière en est assez difficile à trouver dans mes restes de laine car les teintes vives ne sont plus de saison pour moi. Avec Cricri, à qui l’imagination et le goût ne manquent point, je fais des projets d’ouvrages sans avoir grand espoir de les réaliser.
Henri est allé à Morlaix ; il nous en a rapporté des marrons et du poisson, deux vraies gourmandises.

Vendredi 29 Novembre (S. Saturnin)

Je reçois la lettre annuelle d’insultes dont me gratifie Harteveld. Je n’y répondrai pas cette fois et si cette manifestation soulage l’âme tourmentée de ce pauvre fou tant mieux car elle me laisse indifférente. Ma sœur serait autre qu’elle pourrait certainement vivre auprès de nous mais cela ne l’arrangerait nullement, elle préfère son coin où elle est libre d’agir à sa fantaisie ; je n’ai aucunement le droit de la séquestrer. Qu’il nous laisse donc tranquille l’une et l’autre !
Temps lamentable. C’est la plus triste arrière saison qu’on puisse concevoir.

Samedi 30 Novembre (S. André)

Terminée les chaussettes d’Henri. J’aime mettre les derniers points à un ouvrage le samedi soir. Aussi ai-je veillé un peu tard pour achever la tâche que je m’étais donnée. J’attends maintenant la laine pour tricoter les pull-overs de mes garçons de Quimper.

Décembre

Dimanche 1er Décembre (Avent)

Pas de messe aujourd’hui. Hélas ! on s’habitue à tout. L’âme s’enlise. Je me sens moins privée que les premières fois où ce bonheur me manquait et je le regrette. Il est vrai que les prêtres du pays qui connaissent mon délabrement de ma vieille personne, les distances, l’état des chemins et les conditions atmosphériques m’ont dit que j’étais dispensée. Ici, je lis l’office et j’essaie de me recueillir, de sanctifier le dimanche.

J’use aussi d’une autre permission donnée en crochetant ou tricotant ce jour-là, chose que je n’aurais jamais osé faire autrefois. Commencé aujourd’hui un petit plastron en fil pour Cricri.
Franz chasse et déjeune à Rochebrune. 1 bécasse.

Lundi 2 Décembre (S. Anthème)

Je tricote un peu et constate avec un immense regret que mes vieilles mains déformées par les rhumatismes ne pourront plus jamais refaire les fins travaux d’autrefois. Feat ! Pour cela comme pour le reste. Que Dieu me laisse encore la possibilité des œuvres grossières mais utiles et je m’estimerai heureuse. J’ai connu un vieux bonhomme aveugle, le grand-père des Bastard, qui passait son temps à effilocher la laine des chaussettes hors d’usage pour qu’on en fasse des rembourrages de couvre-pieds. Il faisait cela en égrenant à longueur de journée des Ave maria te je suis sure que ce brave Tanguy était plus agréable à Dieu et acquérait plus de mérites que bien des hommes savants ou actifs.

Mardi 3 Décembre (S. François X.)

Franz va à Brest chercher 4 prisonniers allemands. Il en passe un à Mr Périou du Polar, cousin des Gaouyer, un autre à Charles de Rocheludu et obtient la mutation des deux autres en faveur de Hans et de Bernard qu’il pourra conserver. Nous avons trois de ces Allemands à faire dîner le soir, à coucher. Supplément de travail mais aucun désagrément.

Nous recevons une lettre de Pierre qui nous émeut beaucoup. Il se prépare un grand chambardement dans l’Administration des Eaux et Forêts. Notre fils craint d’être atteint par les nouvelles mesures.

Mercredi 4 Décembre (Se Barbe)

Franz conduit les prisonniers allemands au Commando de Prigent et est assez mal reçu par ce dernier qui aurait voulu récupérer Bernard et Hans et qui accueille durement les nouveaux du camp de Brest, des jeunes qui ne paraissent pas avoir autant de résistance.

Naissance du veau de Brück, une génisse que Franz va sevrer. Son troupeau se monte tandis que le nôtre s’évapore. Amélioration atmosphérique. Un jour sans pluie et même quelques rayons de soleil ! Nos âmes s’éclairent un  peu.

Jeudi 5 Décembre (S. Sabas)

Yvonne vient me faire une lessive. Celle d’il y a 3 semaines est à peine sèche.

Dérangements variés toute la journée. Je reçois la laine attendue, envoyée par Monique : 3 pull-overs sur la planche. Je m’y mets aussitôt.

Naissance du veau de Copine (taureau). Franz va piquer la vache de la sœur de Madame Gaouyer. Soizic Kergouner m’apporte une douzaine d’œufs, denrée très rare à cette époque. Annie parle d’aller à Paris avec ses enfants à la fin de ce mois.

Vendredi 6 Décembre (S. Nicolas)

Anniversaire de mon grand-père parrain. Je prie pour lui mais j’avoue n’en conserver aucun souvenir car il est mort quand je n’avais que deux ans.

Henri et Cric vont ensemble dans l’a    près -midi à Plougasnou pour diverses courses. Je reste donc seule pour les ouvrages de main et comme si c’était voulu pour exercer ce qui me reste d’activité et de patience, les imprévus et les dérangements pleuvent…. Visites sur visites pour les motifs les plus différents. Franz les reçoit dans la cuisine, fait boire. Je suis retardée pour la vaisselle mais heureusement j’ai mon tricot et me console en avançant un peu le dos du pull d’Henri que j’ai commencé hier.

Samedi 7 Décembre (S. Ambroise)

La tempête qui s’était un peu calmée les deux derniers jours reprend avec une nouvelle violence. Il ne m’est pas possible de mettre le linge à sécher dehors et je me demande si ce ne sera pas comme la dernière fois, une lessive presque perdue, du moins très gâchée à force de traîner. Je ne me souviens pas d’une aussi longue période de bourrasques.

On vient chercher Madelon. Je ne veux pas la voir partir. C’est une des dernières vaches de mon ancien troupeau, celui que je gardais souvent pendant la guerre. Il ne me reste plus qu’ondine à laquelle je sois un peu attachée. Les quatre génisses me sont indifférentes ; je ne les connais pas.

Dimanche 8 Décembre (Con. N.-D.)

Malgré l’ouragan qui a été terrible cette nuit et qui a duré toute la journée, nous avons pu presque tous assister à la messe. En ce qui me concerne, je tenais beaucoup à ne pas la manquer parce qu’elle se célébrait à Kermuster, à la portée de mes mauvaises jambes et à une heure qui m’est possible. De plus c’était la fête de l’Immaculée Conception et nous avons tant besoin de la protection de la Ste Vierge qu’il fallait bien faire un effort pour l’honorer.

A la grand’messe de Plouezoc’h à laquelle assistaient Franz, Cric et Françoise le Recteur a félicité et remercié les fidèles qui étaient dans l’église au nom de la Vierge immaculée pour leur courage à venir à l’Office par un temps pareil.

Lundi  9 Décembre (Se Léocadie)

Franz va dans la matinée piquer la vache atteinte de mammite chez la belle-sœur de Mr Gaouyer. C’est très loin, sur la route de Trégastel mais ces gens sont très aimables et, à cause de notre excellent voisin, il fallait s’exécuter. Franz déjeune là-bas et rapporte un sac de semoule qui m’enchante. Dans l’après-midi, il accompagne le sacristain de Plouezoc’h dans une randonnée à la recherche de bois d’œuvre. Ils vont trouver Nicol et tombent à pic. La tempête avait abattu hier plusieurs ormes chez lui. Clec’h peut en acheter deux pour la somme de 9000frs.

Me Nicol est parait-il dans une maison de santé. Son mari reste seul avec la petite de 17 mois très abandonnée. Situation qui a paru un peu mystérieuse et lamentable à Franz. Ce qu’il nous a raconté nous a serré le cœur.

Mardi 10 Décembre (S Hubert)

Yvonne étant venue hier nous avons pu débrouiller un peu la lessive de jeudi, mettant les petites pièces à sécher entre les averses. Elle est parvenue à repasser la plus grande partie de ce linge mais les draps ne sont qu’égouttés et malgré tout ce que nous avons fait aujourd’hui pour les sécher, ils sont encore plus qu’humides. Je me promets bien de ne plus entreprendre une lessive aussi importante dans une aussi affreuse période atmosphérique.
Il n’y a pas tempête qu’en Bretagne, c’est général ; les journaux relatent des dégâts un peu partout. Au havre, plusieurs catastrophes. La mer est folle sur nos côtes.

Annie prépare son voyage à paris. On ne la voit plus depuis une quinzaine de jours. Terminé le dos du pull d’Henri.

Mercredi 11 Décembre (S. Damase)

Petite amélioration du temps. Franz fait son calvados à St Antoine. Nous y goûtons le soir. Il me semble devoir être bon mais actuellement il est terriblement fort et je ne l’apprécie pas. J’aurais cependant souhaité que la récolte fût meilleure en quantité. Il n’y a, parait-il, qu’une dizaine de litres qui fileront vite dans les gosiers bretons.

Jeudi 12 Décembre (Se Constance)

Franz, aidé par Lucien Troadec et Monsieur Gaouyer, laboure un coin de garenne et sème ce terrain en avoine. Il a terminé ainsi l’ensemencement de cette céréale. Il n’y a plus qu’à prier Dieu de la faire grandir et prospérer.

Le vent est tombé, la pluie a cessé, le soleil a paru, radieux et au cœur de l’après-midi on se serait cru au printemps. Mes rosiers blancs sont en floraison et ces fleurs qui tapissent la façade du Mesgouëz lui donnent un air de fête que j’ai contemplé avec un plaisir doublé par le souvenir sombre des jours précédents. Autre bienfait du soleil : les draps ont achevé leur difficile séchage.

Vendredi 13 Décembre (Se Luce, v.)

Dans la matinée Franz sème du blé : le premier de cette année. Il en a couvert une trentaine d’ares. C’est peu, très peu en comparaison de la tâche qui reste à faire mais c’est un commencement et il est moins découragé, espérant que nous entrons dans une période plus favorable au travail. Une inquiétude cependant, on sent que le froid va venir et si la terre gèle……. ce sera une autre histoire.

Dans l’après-midi je l’ai aidé à enterrer des endives. J’avais les doigts morts de froid mais en songeant aux bonnes salades que nous pourrons faire dans un mois ou 6 semaines j’étais contente car les questions ravitaillement continuent à être ma hantise.

Samedi 14 Décembre (S. Honorat)

Anniversaire de la naissance de mon beau-père. Souvenirs. Prières.
Annie va à Morlaix, explore les magasins en vue de la nuit de Noël qui approche et qu’elle voudrait heureuse pour les petits. Elle rapporte quelques bricoles mais tout est si cher qu’il faudra recourir aux inventions et à l’adresse de ceux d’ici.

Franz et Cricri sont réellement très doués de ces deux qualités mais ils sont parfois paresseux. Et puis, il faut avouer que le temps et les matériaux leur manquent. Il faut être Dieu pour tout faire de rien. Je crois que Franz va commencer une paire d’échasses pour Françoise.

Il fait froid.

Dimanche 15 Décembre (S. Mesmin)

Un beau clair de lune me permet d’aller à la messe. Je me confesse et communie. Notre bon vicaire me tranquillise tout à fait sur mes manquements à l’Office dominical. La distance, mon âge, ma santé me sont des excuses très valables. Il s’y ajoute mes devoirs d’état, le mauvais temps, l’état des routes, l’obscurité, le manque de vêtements confortables. Je suis donc dispensée et ne dois avoir aucun scrupule. Ces paroles consolantes ne doivent cependant pas diminuer ma volonté de faire tous mes efforts pour assister à la messe le dimanche, au contraire, l’indulgence de Dieu doit m’exciter aux sacrifices.

Henri va à Kerprigent. Les Henri de Preissac sont en pleine prospérité.

Lundi 16 Décembre (Se Adélaïde)

Franz a chassé hier à Plouezoc’h. Déjeuner chez Barazer. Il a pour sa part de butin un demi lièvre.

Le froid continue et même s’accentue ; il y a +2° dans notre chambre et c’est un peu dur surtout pour le pauvre vieux ouistiti qu’est mon mari qui avait espérer couper à l’hiver en partant au Brésil.

La politique est à  l’unisson de l’atmosphère, très troublée. – censure -

Mardi 17 Décembre (Se Olympie)

.Une seconde parcelle de blé est semée, environ 25 ares. Franz reprend un peu l’espoir d’arriver à faire ses semailles en temps voulu. Mais il faudrait pour cela une atmosphère favorable, ni pluie, ni gel et pas d’accrocs.

A l’intérieur, la vie poursuit son cours, très occupée et pourtant monotone. Cric et moi la trouvons sévère et peu dans nos goûts. Mais puisqu’elle nous est imposée « fiat ! » Henri est très nerveux et grogne. Annie est particulièrement l’objet de ses récriminations. En ce moment, depuis près d’un mois, elle ne pense qu’à son voyage et néglige tout le reste.

Mercredi 18 Décembre (S. Gratien Q.-T.)

Monsieur Gaouyer fait du cidre et Alain s’intéresse beaucoup à routes les opérations de notre pressoir. Il a les tendances Morize, très amateurs de liquide. Pour l’instant il est amateur seulement de jus de pommes bien sucré et sous prétexte d’aller voir « si le cidre de Mr Gaouyer coule bien » il court plusieurs fois au cellier dans la journée avec sa petite tasse et puise dans la jarre.

On peut labourer quoique la terre soit assez dure. Lettre de Pierre un peu pessimiste dans les vues qu’il a de l’avenir mais contenant de bonnes nouvelles de sa chère petite tribu. Les grands garçons travaillent bien. Jean s’est signalé cette semaine dans une composition de narration.

Jeudi 19 Décembre (S. Grégoire)

Henri et Cricri vont à Morlaix pour leurs achats de cadeaux. Je suis horrifiée du prix mais contente tout de même que mon mari ait pu trouver quelques petites choses pour les enfants. Je crois qu’il a pris aussi un objet à mon intention. En tout cas son soulier à lui ne sera pas vide pour la première fois, après 45 ans de mariage. Même quand il était au loin j’envoyais par avance un petit paquet qu’il respectait et posait dans la cheminée la nuit de Noël. Il aura cette fois un blaireau pour faire sa barbe, modeste cadeau à voir et pourtant coût 450frs. Pour nos enfants je vais chercher dans mes affaires personnelles.

Il fait froid mais sec et on peut travailler dans les champs.

Vendredi 20 Décembre (S. Philogone)

(cette page – très exceptionnellement - est restée blanche)

Samedi 21 Décembre (S. Thomas)

L’évènement saillant du jour est le dîner d’adieu de Jean Colléter auquel nous avons été tous invités avec sa famille. C’est lui, cuisinier–mari de profession qui avait fait le repas et il était simple mais délicieux. Nous avions un potage purée de pois et pâtes – un plat de poisson froid – une salade d’œufs durs et macédoine de légumes – un gâteau de riz caramélisé avec une crème vanille – des tartes aux pommes, enfin le café avec du pain de Savoie . Le tout arrosé par un apéritif, du vin, du cognac.

Nous étions dans un monde de cultivateurs et de marins, assez intelligents. Peut-être pas beaucoup de culture intellectuelle mais gens qui ont vu, observé, jugé, et qui parlent volontiers avec bon sens et entrain de leurs aventures – un peu de vantardises parfois.

Dimanche 22 Décembre (S. Fabien)

Messe à Kermuster. Le temps se gâte dans l’après-midi. Henri conduit Françoise à Plouezoc’h à une séance récréative dans laquelle notre petite joue un rôle – un peu effacé car elle ne fait partie que d’un chœur. Les exhibitions lui sont bonnes pour vaincre sa timidité ; elle faisait un peu l’aspect d’une sauvage m’a avoué son grand-père qui avait négligé de l’attifer avant sa montée sur la scène et qui déplorait l’absence d’Annie en voyant les autres mères pomponner leurs petites  avant qu’elles aillent se montrer au public. Françoise était mal coiffée et engoncée dans son manteau. Mais Annie, affolée par son prochain départ, est toute à ses préparatifs.

Lundi 23 Décembre (Se Anastasie)

Françoise est en vacances depuis samedi soir et cela rend très difficile nos travaux de Noël. Il n’y a sécurité que  lorsque cette chère petite est endormie. Elle croit encore fermement à la douce légende du petit Jésus laissant tomber des joujoux dans la cheminée. Franz et Cricri préparent des merveilles ; on m’a donné deux petits bonnets à faire pour des poupées et j’ai laissé ce soir les pull-overs des garçons pour me livrer à cette fantaisie.

Nous n’avons pas la main heureuse en ce moment. Beaucoup de casse. Henri qui a brisé un premier cruchon de lait samedi soir vient de casser le second et dernier tout à l’heure, c’est pour lui une véritable catastrophe.

Mardi 24 Décembre (Se Delphine)

Chez la bonne Marie Marec, Cricri a trouvé une bouteille de gris qu’elle déposera dans les souliers de son père. J’y mettrai le blaireau à barbe, un paquet de cigarettes et une bouchée aux fruits confits. Tout est terminé pour les enfants ; je crois qu’ils seront enchantés et il y aura de quoi.

Franz a fait tuer deux poulets, Cric a préparé une bûche de Noël en marrons et crème. Il y aura aussi un petit réveillon pour ceux qui iront à la messe de minuit ; enfin, ce sera fête au Mesgouëz dans la mesure du possible.

Pauvre petit Alain est patraque ; il n’a rien mangé et a eu plusieurs vomissements. J’espère que ce n’est qu’un embarras gastrique comme il en a quelquefois.

Mercredi 25 Décembre (NOEL)

Henri, Annie, Cric, Bernard et moi sommes allés à la messe de minuit. Franz est resté à la maison pour garder les enfants. Office très long ; nuit assez claire mais plus que fraîche. Communions – prières – Retour un peu pénible pour moi, aveugle et paralytique tout ensemble. Réveillon modeste mais bon qui nous fait plaisir. Nous nous couchons à 4hrs ½.
Dès que Franz et Françoise reviennent de la messe matinale nous allons voir les souliers mis dans la cheminée du salon. Nos chéris sont dans le ravissement. Annie est de mauvaise humeur et assombrit un peu la fête. Mais il faut n’attacher aucune importance à ses boutades et prendre part à la joie des petits. J’ai trouvé un réveil dans mon sabot ainsi qu’un agenda pour 1947

Jeudi 26 Décembre (S. Etienne)

L’auto de Mérer vient chercher Annie et les enfants à 8hrs ½. Henri et Franz les accompagnent jusqu’à Morlaix pour les embarquer dans le train de Paris. Après le branle bas de ces derniers jours, la maison parait morte. Les petits nous manquent beaucoup. Mais dans 48 heures nous aurons sans doute quelques diables quimpérois. Et il faudrait bien préparer un peu cette réception qui sera très brève et dont je voudrais pouvoir jouir mieux que ne le permettent mes fonctions de cuisinière.

Franz s’active à ses labours. Malheureusement ce soir le temps a changé, la pluie tombe à torrents si bien que Cric et moi avons reculé devant l’invitation au café des Troadec Kergouner. Henri et Franz y sont partis seuls.

Vendredi 27 Décembre (S. Jean, ap.)

Une cinquantaine de personnes étaient entassées hier chez Soizic, on avait beaucoup de mal à trouver une place devant les tables et mes bonshommes sont revenus d’assez bonne heure. Je me dépêche d’achever les gilets de mes petits gars. Il n’y a plus grand-chose à faire et j’ai bon espoir de les donner à pierre demain. Une lettre nous confirme sa venue mais ne nous assure pas celle des enfants qui ne l’accompagneront que s’il peut utiliser sa voiture pour ce voyage.

Toujours sensation de vide causé par l’absence des deux chéris Françoise et Alain. Henri a pu avoir un gigot d’agneau pour dimanche – 700frs !!!

Samedi 28 Décembre (Sts Innocents)

Pierre et ses quatre aînés débarquent ici dans l’après-midi. Ils sont en bonne santé et paraissent heureux. Quel dommage d’être obligé de continuer mon métier de cuisinière pendant qu’ils sont au Mesgouëz. Les gilets ont été terminés deux heures avant leur arrivée. Pour le dîner nous avons ouvert un des bocaux conserve de jambon. Il était excellent mais avait un excès de cuisson qui ne permettait pas le découpage de belles tranches. Je note cela pour mieux faire une autre fois.

La température s’est adoucie, mes chéris n’auront pas trop froid dans cette grande maison guère calfeutrée.

Dimanche 29 Décembre (S. Eléonore)

C’est aujourd’hui notre jour de l’an. Messe, communion, baisers, distribution des étrennes, bombances, libations. Souvenirs pour nos chers Morts et nos absents.

Franz et pierre font un tour de chasse et tuent deux bécasses. Les enfants jouent à la ferme et dans le jardin ; ils font un certain nombre de bêtises et regrettent beaucoup Françoise.

Dans l’après-midi, on se serait cru au printemps tellement il y avait de lumière et de tiédeur dans l’air.

Lundi 30 Décembre (S. Roger)

Anniversaire de Cricri. Départ de la smalah Pierre vers 10hrs. On emmène Thaïs. Je fais une grande partie de ma correspondance bonne année. Les timbres vont augmenter, presque doubler à partir du 1er Janvier ; il vaut donc mieux que mes lettres partent avant. D’ailleurs beaucoup d’entre elles sont déjà des réponses. Parents et amis ont fait le même raisonnement que moi et se sont hâtés.

Nous souhaitons les années de Cric en lui donnant deux boutons de roses cueillis dans le jardin.

Mardi 31 Décembre (S. Sylvestre)

Mélancolie du dernier jour de l’année. J’écris presque toute la journée. Ce soir je suis lasse mais pleine de confiance en Dieu qui ne nous abandonnera pas. L’avenir s’annonce très sombre et le présent manque de gaieté. Il faut prier beaucoup pour notre pauvre payas, pour notre famille et aussi pour nous-mêmes. Que tous nos actes soient des prières quand les véritables agenouillements ne nous sont pas possibles.

Madame Claude Charles
18 rue Merguadier
Paris 19e

JANVIER
 
 Jambonneau
 Viande (Franz)
 Viande (Cricri)
 Eglise
 Epicerie
 Chauffe-Calvados (rembt)
 10 ls e haricots
 Yvonne
 Cointreau (Annie)
 Miel
 Tabac
 Eglise
 Yvonne
 Eglise
 Monnaie à Cricri
 Epicerie
 Viande
 Haricots
 Yvonne
 Lessive                                          


170,00
96,00
86,50
2,00
28,50
100,00
250,00
60,00
10,00
125,00
56,00
3,50
60,00
2,05
3,50
187,50
285,00
500,00
60,00
7,50
2093,50

FEVRIER
 
 Porc
 Eglise
 Tabac
 Epicerie
 Oeufs pour Marguerite
 Choux-fleurs
 Epicerie
 Eglise
 Epicerie
 Vin (rembt Franz)
 Pommes de terre
 Semoule
 Pain
 Boucherie
 Choux-fleurs
 Haricots pierre
 Sabots
 Chaussons Hans
 Boucherie


 Réglé le 7 Mars                              
 Allemnads 3120 frs
 Franz rendu 1560 frs
 
1375,00
2,00
56,50
75,90
120,00
77,00
182,00
2,00
61,00
576,00
1200,00
40,00
120,00
240,00
55,00
375,00
545,00
50,00
142,50
5174,90





MARS
 
 Pommes de terre Albert
 Vinaigre et allumettes
 Choux-fleurs
 Oeufs Henri
 A Yvonne pr blanchissage H.
 Orge
 Boucherie
 Choux-fleurs
 Tabac
 Eglise
 Epicerie
 Quête tombola
 Lettre recommandée Lucie
 Boucherie Plougasnou
 Boucherie Ploiuezoch
 Timbres
 Eglise
 A Cricri monnaie
 Epicerie
 Choux-fleurs
 Epicerie (pétrole
 Eglise
 Choux-fleurs
 Voyage pommes de terre
 Eglise
 Allemands 2880 frs
 Choux-fleurs
 Choux-fleurs
 Epicerie Belhour
 
400,00
20,00
60,00
120,00
30,00
20,00
205,00
60,00
71,00
3,00
111,50
40,00
10,00
143,00
127,50
36,00
1,50
8,50
75,00
99,00
198,50
2,00
45,50
133,00
3,50
 
52,50
66,00
36,50
 
AVRIL

 Patisserie Quimper                 

 Mercerie Quimper
 Coton pr gants
 Viandox et boucherie
 Dép. Cricri - Chaussons
 Arrangelent claques
 Tabac
 Pain Henri
 Loisel (2 fois)
 Sabots
 Epicerie
 Eglise
 Arrangement lavoir
 Choux-fleurs
 Pain
 6 timbres
 Oeufs 3 douz.
 Yvonne
 Boucherie
 Saccharine
 Cartes postales
 Eglise
 Monnaie à Cricri
 Epicerie
 Remboursé à Paule
 Charbon
 1j Yvonne
 Eglise

68,00
21,90
89,00
116,00
25,00
80,00
71,00
14,00
429,00
230,00
30,00
7,50
100,00
50,00
80,00
18,00
180,00
60,00
332,00
80,00
25,00
3,50
10,00
205,00
700,00
462,00
60,00
3,00

MAI
 
Veau à Franz
 Veau pr Albert
 Au Recteur
 Epicerie Delepine
 Eglise
 Eglise
 Tabac
 Boucherie
 1l beurre Prat
 3ls beurre (Pierre - Kiki - Paul)
 Boucherie Plouezoch
 Epicrie
 Eglise
 Poisson
 Yvonne
 Eglise
 Chez Bohec prigent
 Poisson
 Gigot
 Viandox
 Farine
 Parfum patisserie
 
 Kiki remboursé 70 frs

278,00
130,00
100,00
31,00
1,50
3,00
60,50
280,80
390,00
70,00
210,00
200,00
74,00
2,00
40,00
60,00
2,00
50,00
227,00
50,00
76,00
25,50
 
 

JUIN

 Tabac
 Yvonne
 Poisson                                       
 Eglise
 Oeufs
 Eglise
 Epicerie
 Orge
 Viandox
 Farine
 Poisson
 1l beurre Pierre
 1/2 beurre Paul
 Eglise
 Epicerie
 Eau de Cologne
 Courroie sabots
 Boucherie
 2 mandats
 Eglise
 Pour Hans
71,50
60,00
50,00
8,00
150,00
2,00
44,00
66,00
82,00
40,00
55,00
140,00
35,00
7,00
55,50
100,00
90,00
115,00
406,00
7,00
74,00

JUILLET

 
 Tabac
 Poisson (roussette)
 Poisson (congre)                      
 Poisson (raie)
 Oeufs

60,50
50,00
96,00
103,00
150,00

OCTOBRE

 Remboursé Annie                    
 4ls beurre à 90
 Diverses farines
 Tomates
 3 parfums patisserie
 Viende du 11
 Epicerie
 Epicerie
 Epicerie
 Pain
 Pain
 Mariage Tanguy
 Pain
 Eglise (quête mission)
 Car Morlaix
 Farine
 Poudre riz Cricri
 Sauce tomate
 Réparation lunettes
 Bloc
 Foire Haucque enfts
 Boucherie Franz - Cricri
 Pain - dattes
 Balai
 Epicerie
 Pain
 Farine
 Chez Troadec
 Boucherie

360,00
75,00
48,00
39,00
522,00
480,50
183,00
42,00
82,00
68,00
13,50
500,00
68,00
12,00
40,00
60,00
51,00
53,50
50,00
20,00
117,00
48,00
28,50
180,00
68,00
34,00
100,00
92,00
304,00

NOVEMBRE

                Oct. Suite
 Pain
 Epicerie (pétrole                        
 Carbure
 Epicerie
 Vin
 Eglise
 Chance vache

                Nov.
 Epicerie
 Eglise
 Lessive Yvonne
 Epicerie Le sault
 Epicerie Me Henry
 Gâteaux et bouchées

68,00
145,50
75,00
92,00
296,00
3,00
50,00


81,00
7,00
150,00
48,50
70,00
40,00

DECEMBRE

Lettres écrites pour 1er Janv.

Kiki
Albert
Paul
Suzanne Prat ----- (R)
Claude Prat ----- (R)
Marue Aucher
Madeleine Sandrin ----- (R)
mimi Strybos
lili Desseux ----- (R)
Tilly ----- (R)
Mauranges
louis Roman ----- (R)
Heymann ----- (R)
O. Prat
Dupuis
J? Dupuis ----- (R)
Boitelle ----- (R)
Quentin
Tauret
Michèle Morize ----- (R)
Mansoud
Claiude Charles ----- (R)
Annie - Françoise ----- (R)
Deux ----- (R)
Nelly ----- (R)
Monique ----- (R)