Deauville sur Mer, 5 Août 1869

Au mois de Mars 1855, Dieu me donna un troisième enfant, mon pauvre petit Georges, qu’il devait me retirer après deux ans, et dont la perte a laissé dans mon coeur une plaie toujours saignante. Au mois de Mai suivant, Marie fit sa première communion à l’Eglise de la Madeleine. Au mois d’Octobre, je mis Paul chez les jésuites de Vaugirard pour huit années. En 1856, aux approches du renouvellement de la première communion, Marie fit une horrible maladie qui faillit l’emporter et après laquelle sa mère dut l’emmener à Vichy. Le 29 Mars 1859, mon cher Georges mourut. Voila bien des angoisses accumulées, bien des douleurs poignantes. Elles ont eu quelques adoucissements dont je rends grâce à la Providence et que je veux consigner ici brièvement, en gardant au fond de mon âme, les meilleures et les plus profondes émotions que j’ai ressenties devant certains témoignages de sympathie.

Ce n’est pas sans un cruel déchirement de coeur que je me suis séparé de Paul pour le mettre au collège. Mes amis se sont étonnés que, livrés à l’enseignement, je ne l’ai pas gardé près de moi. Je pouvais leur répondre qu’absorbé par mes occupations près des enfants d’autrui, je n’avais pas le temps nécessaire pour lui; mais ce n’est là qu’une des raisons du parti que j’ai pris. Eussé-je été libre toute la journée, j’aurais encore voulu lui assurer les avantages du collège. Mes études personnelles ne s’étaient pas faites avec assez de régularité, pour que je m’y fiasse absolument, et d’ailleurs je crois qu’à moins de circonstances exceptionnelles et peu souhaitables, comme celles que j’avais traversées, un garçon a besoin du contact de ses pareils et de la discipline d’un grand établissement d’éducation. Le logis paternel et maternel est plus ou moins un foyer de dissipation. Les gâteries, les précautions exagérées du côté de la santé, les gronderies sur une cravate mal nouée, sur une raie de tête mal faite, dérangent l’équilibre de cette grande oeuvre qui a pour objet de faire un homme. Quant au choix de la maison où j’ai placé mon fils, j’ai eu surtout en vue le côté religieux et la tâche à accomplir. J’avais une confiance entière dans la direction des bons pères, j’avais connu dans le monde, avant qu’il prit l’habit de St Ignace, le père Olivain, alors préfet des études à Vaugirard, et rien n’a trompé mon attente et mes espérances. Paul n’a pas eu une note médiocre pendant les huit années de classe. Il est sorti à 18 ans des mains de ses excellents maîtres, chrétien sérieux; il a passé son examen de bachelier ès lettres d’une manière brillante, et s’il a eu un peu plus de peine que les lauréats des lycées à prendre son grade de licencié, il ne l’en a pas moins conquis, et aucun des avantages attachés aux bonnes études ne lui fera faute. Il se trouvait d’ailleurs entouré de camarades excellents dont plusieurs sont restés ses amis. Je ne l’ai jamais entendu maudire, comme tant d’autres, les professeurs et les surveillants de cour ou d’étude. Cela vaut assurément plus que ce qu’on décore du nom de « force des études » dans les lycées. Je suis le premier à reconnaître la haute valeur du corps enseignant dans l’Université; je sais qu’il s’y trouve des gens fort honorables de tous points et même de très bons et très pieux catholiques. Mais les résultats pris en masse de l’éducation donnée par l’Etat ne me semblent pas rassurants pour les pères qui pensent comme moi, et j’irai plus loin, je n’admets pas que l’Université offre au Gouvernement les garanties qu’il croit attachées pour lui à cette vaste institution. Il est arrivé un jour à Monsieur Thiers de l’appeler « l’Etat enseignant », de la représenter comme chargée de jeter toutes les jeunes intelligences dans le même moule, de former les esprits aux institutions qui nous régissaient quand il en a parlé ainsi. Je ne sais s’il redirait la même chose aujourd’hui; mais j’ai déjà assisté à plusieurs révolutions, et j’ai toujours vu les étudiants de toutes les facultés (à l’exception de celle de théologie) travailler de leur mieux sur les barricades, à jeter par terre le pouvoir qui les avait fait élever. Ils n’ont pas plus épargné le Roi Louis Philippe et Monsieur Thiers qu’ils n’avaient respecté la restauration. J’ai déjà dit que j’avais participé dans ma petite sphère au mouvement qui tendait à la liberté de l’enseignement; je ne répudie pas du tout mes sentiments de jeune homme. Ils m’ont valu la possibilité de confier mon fils à des religieux qui ont toute l’habileté qu’on leur accorde et toutes les vertus qu’on leur dénie, dans certains journaux et dans certains cercles libéraux en paroles plus qu’en faits.

La maladie de ma fille est encore une date pour moi, une péritonite aiguë à treize ans n’est pas un cas ordinaire et les soins de trois médecins, en tête desquels figurait Monsieur Gendrin, ont été nécessaires pour en conjurer les périls. Pendant dix jours le danger avait été grand et notre porte fut littéralement assiégée par le bienveillant et sympathique intérêt de tout ce qui nous connaissait. Amis, clients se succédaient et j’ai gardé les listes quotidiennes que l’on tenait à mon antichambre. Des étrangers, des personnes que je n’avais jamais vues, qui avaient aperçu ma femme et ma fille au catéchisme, venaient prendre des nouvelles et Madame Guénin était des plus exactes. Elle voulut bien me permettre de conduire ma petite ressuscitée chez elle le soir même du baptême du Prince Impérial. Elle demeurait alors Place de la Concorde et de ses fenêtres on voyait le feu d’artifice tiré devant le Palais du corps législatif. L’hiver suivant, elle me confia ses deux filles et les amena à des leçons de danse que Monsieur Elie de l’Opéra donnait dans mon salon à quelques enfants de notre intimité. Elle perdit son mari six jours avant que je perdisse mon Georges et ce fut un nouveau lien que cette simultanéité d’épreuves. Le temps a donné à nos relations le caractère d’une amitié qui m’est précieuse entre celles auxquelles je tiens le plus. Madame Guénin, remariée à Monsieur Pyrent de la Prade, est restée pour nous ce qu’elle était; ses deux derniers enfants Edgard et Aimée ont suivi mes petits cours; ses filles aînées, mariées toutes deux maintenant, me rendent ce que j’ai pour elles de tendre affection, et ma pensée se reporte souvent vers les marques de bonté qui sont le point de départ de cet échange de sentiments. Il ne m’a pas été permis jusqu’ici de donner à Madame Pyrent une preuve sérieuse et efficace de mon dévouement pour elle; mais j’aime à croire qu’elle n’en doute pas et qu’elle y ferait appel en toute sécurité si besoin était.

De la fréquentation des catéchismes de la Madeleine et de quelques rencontres à mes cours et ailleurs, résulta pour nous une sorte d’enrôlement dans une société qu’on appela longtemps « le Bataillon » et dont l’accès fut interdit à tout ce qui n’offrait pas les garanties souhaitables de pureté religieuse et morale. Des mères scrupuleuses, comme Madame Brin, Madame Donault, Madame Rnight et quelques autres, s’étaient entendues pour préserver leurs fils et leurs filles de tout contact fâcheux. On se voyait fréquemment; on dansait ensemble; on jouait des proverbes; et l’on fermait impitoyablement les portes aux profanes. Les sauteries devinrent des bals sans que l’orthodoxie y perdit rien, sans que le rigorisme des exclusions se relâchât; et je me demande, en examinant les résultats de cette sainte politique, si elle a produit ce qu’on attendait. La plupart des filles et des garçons du bataillon sont mariés à l’heure où j’écris, et je ne vois qu’un seul couple qui appartienne des deux côtés à cette petite bande d’élite. La mort y a moissonné largement; on s’est dispersé à tous les vents de l’horizon, et, dans quelques années, on sera probablement étrangers les uns aux autres, à quelques exceptions près. Cette mobilité des relations humaines, cette rupture des sociétés, mêmes fondées sur l’estime réciproque et sur la communauté des opinions, cette impossibilité de durée qui se manifesta dans les liaisons les plus respectables quand elles s’étendent un peu m’a souvent frappé, ici plus qu’ailleurs et ( je ne veux pas me faire meilleur que je suis) je sens bien qu’un seul côté de ce bataillon est demeuré précieux pour moi. Je ferais beaucoup pour être utile au reste; mais ce reste ne me manque pas absolument quand il se trouve séparé des miens par les mille accidents qui sont la loi de ce bas monde.

Les directeurs du catéchisme de la Madeleine étaient aussi un peu du Bataillon et plusieurs étaient devenus nos amis. L’Abbé Leblanc est mort il y a deux ans; l’Abbé Bessières, exilé aux Batignolles ne voit plus personne; l’Abbé Bossuet, devenu Curé de St Louis en l’Ile, est hors de portée et d’ailleurs très occupé; l’Abbé Delahaye est plus sourd que jamais et je ne vois plus (et encore rarement) que notre curé, Monsieur Duguerry. Je dîne parfois avec lui chez des amis communs qui pensent nous être agréables en nous réunissant, et il me fait toujours bon visage.

En 1856, entre la maladie de ma fille et la mort de mon petit Georges, il y eut rapprochement entre nous et Monsieur Gasnier le parrain de ma femme, et, comme il a eu en mourant une pensée pour mes enfants, j’ai besoin d’expliquer pourquoi nous avions cessé de nous voir. Monsieur Gasnier était un ancien officier supérieur du premier empire, jeté dans les affaires par la paix, resté célibataire, vivant avec une soeur qu’il avait et devenu très riche sans que personne s’en doutât. Fort honnête homme assurément, sachant beaucoup de choses, il avait un seul travers que je puis appelé par son nom sans manquer à ce que je lui dois: « L’importance ». Il avait toujours été bon pour sa filleule et se persuadait sans doute qu’on ne pouvait sans lui régler son avenir. Il m’a prouvé à la fin qu’il n’avait aucune malveillance pour moi; mais ma belle mère ne l’avait pas consulté avant de m’agréer, et je m’aperçus qu’il était blessé. Je fis personnellement tout ce qu’il fallait pour le ramener, et j’obtins de ma belle mère les marques de déférence compatibles avec sa propre dignité. Il consentit bien à nous servir de témoin le jour du mariage, mais il répondit froidement à nos avances ultérieures, et il me revint des paroles de lui sur lesquelles je ne pouvais passer. Il dit à quelqu’un qui ne manqua pas de me le répéter, qu’on avait eu tort de le froisser, qu’il aurait laissé un jour une partie de son bien à Victorine. Je me promis de ne plus le visiter et j’empêchai ma femme de le rechercher.

Ma belle mère avait eu jadis recours à sa bourse pour des gens qu’il connaissait aussi bien qu’elle; et il avait prêté quelques centaines de francs à ces malheureux, exigeant toutefois que le prêt passât pour venir d’elle. Contre toute apparence, l’argent fut rendu au commencement de 1856 et quand elle le lui reporta, il refusa absolument de le reprendre et lui demanda de l’employer à un présent pour sa fille. Il apporta lui-même ce présent et vint dîner avec nous comme si nulle interruption n’avait eu lieu dans nos rapports. Il nous pria l’été suivant d’aller passer quelques jours dans sa propriété de Morsang près de Corbeil. Quand nous le quittâmes, il partait pour les Pyrénées où l’envoyait le Docteur Pelletant, son médecin. Nous ne l’avons pas revu. A notre retour de la campagne, on nous apprit qu’il était souffrant; nous allâmes chez lui; il était à l’agonie et succomba la nuit même. Il avait un cancer au foie. Peu de jours après, j’étais mandé chez son exécutant testamentaire et je fus informé d’une disposition qui nous concernait. Monsieur Gasnier laissait aux enfants de Monsieur Prat, son ami, un seizième de la maison qu’il possédait rue Lafitte et à Madame Prat un diamant de cinq mille francs. Mes enfants ont reçu trente mille francs pour cette part de la maison après la mort de Mademoiselle Gasnier qui en avait la jouissance et qui a vécu jusqu’en 1866.

J’ai dit que, depuis la fin de l’année 1848, ma mère était fixée près de ma soeur; elle avait fait quelques absences et passé un peu de temps avec mon frère à Fontenay le Comte, à Chartres, à Lunéville. Dans ses divers déplacements, elle m’avait donné quelques semaines à Paris; mais je ne l’avais jamais visitée à Gray; j’y allai en 1856 et en 1857, et ma venue fut fêtée comme un véritable événement. Ma soeur et mon beau frère voyaient toute la ville, et les premiers jours que je passai chez eux furent une solennelle exhibition de ma personne; je dus aller voir en détail toute leur société et je la revis en masse dans les soirées qu’ils donnèrent en mon honneur et qu’on me rendit coup sur coup. C’était une manière de travaux forcés dont j’ai plus senti l’ennui que mon amour propre n’en a été flatté, et il n’est pas du tout démontré que les curieux et les curieuses en aient eu pour leurs toilettes, leurs bougies et leurs rafraîchissements. Quoique je ne portasse ni cafetan, ni bonnet de peau de mouton comme Rica, je puis dire que personne n’a été tant vu que moi. Partout on m’a fait faire de la musique; partout on m’a fait jouer au Whist, ce dont je m’acquitte fort mal. Dans une des maisons qui s’étaient ouvertes le plus gracieusement pour moi, on a agité la question de savoir si l’on me demanderait de faire une conférence littéraire ou historique. Je parvins à esquiver cette dernière fantaisie sans blesser personne, et je gardai de mes deux apparitions en Franche Comté quelques aimables relations. Le Curé de Gray était un homme d’une sérieuse valeur; il a assisté ma mère à ses derniers moments de façon à me laisser un profond souvenir. Deux médecins qui l’ont soigné, les Docteurs Berton et Bossen, sont venus me voir quand leurs affaires les ont amenés à Paris; je suis resté en correspondance avec Madame de Lannoy qui m’avait particulièrement bien accueilli et qui a perdu son mari peu de temps après ma visite; enfin, je vois chaque année, chez moi, Madame Prader la célèbre chanteuse de l’Opéra comique, personne respectable et bonne autant qu’aimable, qui s’est fixée à Gray depuis sa retraite, qui s’y était liée avec ma soeur et qui a aussi entouré ma mère des soins les plus affectueux. C’est à Gray que j’ai vu mon pauvre frère pour la dernière fois près du lit de souffrances de notre mère. Le nom de cette ville devait donc figurer ici. Des circonstances fort tristes dont la dernière est la mort de son second fils, ont transplanté ma soeur à Marmande, en Gascogne et je ne crois pas qu’il entre dans la destinée de revoir les lieux où elle a passé les vingt années vraiment heureuses de sa vie. Gray n’est qu’un trou assez laid malgré son heureuse situation sur la Saône et l’importance commerciale que lui donne la rencontre de quatre chemins de fer. On y trouve de bonnes gens comme partout; mais l’esprit y est rare, lourd comme l’accent; l’art n’y a laissé aucun monument de quelque valeur et pour y constituer une espèce de musée, on a pris tout ce qui se présentait, jusqu’à un singe qui appartenait à un colonel de passage. L’animal empaillé figure dans une vitrine à côté de quelques autres bêtes aussi curieuses et de quelques échantillons géologiques. Je ne parle pas des tableaux parce que je ne suis pas assez sûr de mes réminiscences pour affirmer qu’il en existe là d’autres maîtres que des natifs.

Mon bail finissait au mois de Juillet 1858; j’avais besoin de m’agrandir et Monsieur de Bray, mon propriétaire qui tenait médiocrement à me garder à cause du grand nombre de personnes que j’attirais dans sa maison, fit peu d’efforts pour trouver un expédient. Il me fallut plusieurs mois de négociations orales et écrites avec Monsieur de Grandmaison et avec Collot son architecte, pour résoudre les difficultés d’un établissement plus large. Tout fut convenu au mois de Mars et réglé avec tant de précision que nul débat ne s’est élevé entre nous depuis onze ans.

Je m’étais flatté de tirer quelque argent de cours d’art et de langues étrangères qui se feraient dans ma nouvelle salle. C’était une illusion. Un cours de chant annoncé avec quelque bruit  par une élève de Duprez n’a pas même pu s’ouvrir; un cours d’allemand a eu deux élèves; un cours de solfège excellent a eu des hauts et des bas sans se consolider; les cours de piano de Stamaty ont réussi et il en a fait jusqu’à trois suffisamment garnis. Affriandé par ce succès, il en a ouvert d’autres chez lui, chez Pleyel, chez Mademoiselle Savoie, et, comme il pouvait donner, dans ces divers locaux, des heures plus commodes que celles du matin, les seules où il me soit loisible de le recevoir, les personnes qui veulent suivre ses leçons y vont de préférence. Il se pourrait bien que, sans en avoir conscience, il me crût moins zélé pour ses intérêts en voyant mon concours moins efficace dans ma salle; il y aurait là une injustice; je n’ai cessé de faire ce que l’amitié a le droit d’attendre, et, en cela, j’ai obéi non seulement à mes sentiments pour lui, mais encore à la conviction que j’ai de son talent et de l’utilité de ses conseils pour les élèves qui s’y conforment et qui ne se rebutent pas de sa sensibilité nerveuse et des boutades dont elle est parfois la source. Mon assistance constante l’a contenu souvent dans des limites plus étroites que celles qu’il se serait imposé de lui-même, mais je n’ai pu lui sauver quelques déboires, et si une mère a consenti à passer sur une scène désagréable, d’autres moins disposées à tenir compte de mon intervention, se sont retirées tout à fait. Je ne dirais cela à personne dans la crainte de faire tort à un vieil ami, à un très honnête homme, à un artiste d’un vrai talent; mais cela, j’en ai été souvent contrarié, et si mon fils doit un jour essayer de tirer parti d’un plus grand local, il fera bien de méditer ce qui précède et de tenir compte des difficultés qui naissent au frottement des caractères et des susceptibilités naturelles aux gens les plus honorables. En somme, jamais les cours adjoints aux miens ne m’ont rapporté au delà de 2.000 francs, et l’enseignement de Monsieur Le Maout figure pour plus de moitié dans ce chiffre. Ce que je fais moi-même est donc la seule source de mon bien-être et je ne serai  accusé d’avoir exploité personne.

Pont Audemer, 14 Août 1869

Mon installation dans la cité du Retiro était à peine achevée quand le télégraphe m’appela à Gray où ma mère touchait à sa dernière heure, et six semaines après il m’apportait, au milieu d’une leçon publique, la nouvelle de la mort foudroyante de mon frère. On ne devine pas, quand on a été préservé de ces douloureuses émotions, ce qu’il y a de poignant dans la brièveté souvent énigmatique des dépêches. Celle qui était relative à mon pauvre frère venait trois jours après une lettre où il me parlait du profond chagrin que lui laissait la perte de notre mère et où il se reprochait presque son excellente santé, et j’ai eu pendant deux jours l’angoisse d’un suicide. Il y avait eu rupture au coeur, et le capitaine Deboissy qui était auprès de lui, m’a dit tous les détails de cette catastrophe; Auguste avait été comme mon fils; ses dernières lettres étaient remplies d’effusion, et j’ai senti peu de différences entre le chagrin que m’a causé sa perte et celui que j’ai éprouvé à la mort de mon Georges. Il est enterré à Lyon, dans ma ville natale où l’avait ramené un hasard de la vie de garnison.

J’ai indiqué plus haut le développement qu’ont pris mes cours depuis 1858 et j’ai donné pour mesure à ce développement les chiffres que j’ai successivement atteints comme produit annuel. J’avais, en m’établissant dans ma nouvelle salle, huit cours élémentaires et quatre cours supérieurs. Quatre ans s’étaient à peine écoulés quand il me fallut doubler un cours de littérature, celui du 17° siècle, faute d’avoir assez de places pour les personnes qui s’y étaient fait inscrire. Rien n’est plus fatigant pour moi que de redire deux fois de suite les mêmes choses et presque les mêmes mots, et je cherchai, pour la suite, une combinaison qui pût diviser mon auditoire et me dispenser de ce petit ennui. Je m’arrêtai à l’idée de fonder un cours de littérature contemporaine et je me suis mis aussitôt à l’oeuvre pour me rendre compte des difficultés de la tâche.

Il ne faut qu’un peu de savoir et de goût pour parler convenablement des maîtres dont la gloire est consacrée, dont les titres ont été pesés cent fois par la critique de tous les temps, de toutes les écoles, de tous les pays. Il faut autre chose pour juger les hommes que nous côtoyons, dont les écrits n’ont pas eu la sanction des années, dont la réputation peut tenir à des cabales de parties ou de coteries. Dans le passé, je ne vois guère que Grimm qui ait le plus souvent apprécié ses contemporains avec une indépendance complète, et peut être la netteté de ses jugements tenait-elle au secret qui couvrait ses correspondances littéraires avec les Princes du Nord. Il lui était loisible de mettre à leur véritable place des gens que la mode élevait bien au dessus de leur valeur, et qui lui faisaient d’ailleurs une cour assidue dans l’espoir d’être bien traités. Le bénéfice du secret m’était refusé et en parlant devant une centaine de personnes, d’écrivains vivants, ou morts depuis peu, je risquais de blesser bien des sentiments respectables, de heurter bien des prédilections avouées et avouables. J’avais fait au Cercle Agricole quelques excursions sur ce domaine depuis mes conférences sur les Girondins, Paul Louis Courrier, Béranger (1) , Monsieur de Lamennais, Monsieur de Chateaubriand, Monsieur Proudhon, Alfred de Musset, Lord Byron, Victor Hugo m’avaient successivement occupé, et j’avais évité assez heureusement les écueils de cette besogne pour ne pas craindre d’échouer devant un public plus maniable, plus docile et moins préparé à contester mes façons de voir et de sentir. Je puis, sans excès de présomption, dire que le succès est venu vite pour mon nouvel enseignement, et que depuis sept ans il s’est soutenu sans le moindre temps d’arrêt: la publication d’un tel cours aurait peut-être quelques avantages; je ne veux pourtant pas la tenter avant d’être rentré dans une plus grosse part de mes déboursés. J’ai fait imprimer dix huit volumes de leçons depuis 21 ans, et comme je ne suis pas marchand de mon naturel, comme il faut changer chaque année le prix de revient de l’intérêt des sommes qui ne sont pas rentrées, mes livres me doivent encore 6.000 francs. Il m’en coûterait 7.500 pour faire imprimer les cinq volumes que remplirait facilement mon cours de littérature contemporaine et je ne veux pas débourser une si grosse somme maintenant. J’attendrai donc qu’une vente un peu plus abondante de mes anciennes publications ait couvert le déficit existant pour tenter une nouvelle opération. Le public n’a pas absolument besoin de connaître mon opinion sur les hommes et sur les livres du 19° siècle; ma femme et mes enfants ont besoin que je n’aventure pas le fruit de mes épargnes.

L’autorité était longtemps demeuré indifférente à ce qui se faisait chez moi. En 1859, je vis pour la première fois arriver un inspecteur qui s’appelait, je crois, Monsieur Carpet. J’ai reçu depuis Messieurs d’Altenheim, Meyer, Filon, et en 1867, Monsieur Duruy, Ministre de l’Instruction publique est venu en personne assister à une de mes leçons. J’ai besoin de m’expliquer sans réticence sur cette apparition d’un homme aussi considérable. Dans ma salle et au milieu d’un assistance qui ne lui était pas unanimement sympathique. L’année suivante, Monsieur Dubief, inspecteur d’académie délégué à l’Hôtel de ville et frère utérin de mon ami Alexandre Muller avait voulu me faire décorer, et avait échoué malgré l’appui très actif du Docteur Tardieu, du Duc de Morny et de Monsieur Vuitry, alors Président du Conseil d’Etat. Devenu Directeur de Sainte Barbe et sorti du corps universitaire, il ne renonçait pas à l’espoir de mener à bien sa tentative, et il me conduisit chez Monsieur Gréard, qui l’avait remplacé à l’Hôtel de ville. J’appris de Monsieur Gréard, que le Ministre, grand remueur d’idées comme chacun sait, rêvait une création de lycées féminins, qu’un projet était à l’étude et qu’on me demanderait, peut-être, à titre purement officieux, d’examiner de près ce qui se faisait chez moi. Je m’empressai de répondre que je n’avais rien à cacher, que je recevrai qui l’on voudrait, et que si Monsieur Darny le jugeait convenable, j’irai dans son cabinet lui perler aussi amplement qu’il voudrait des conditions d’un enseignement dont une longue expérience m’avait fait connaître les exigences délicates.

Je partis peu de temps après pour la campagne et j’était à peine rentré chez moi, au mois d’Octobre, que je reçus un numéro du journal La Presse contenant un article de Monsieur Riaux où j’étais nommé. Ancien professeur de philosophie et mis à la retraite pour des raisons qui ne sont pas de mon ressort, Monsieur Riaux s’élevait contre une instruction ministérielle, qui, en prescrivant l’établissement de cours des filles dans toutes les villes de l’Empire, donnait à supposer qu’il n’existait rien de tel en France, et il me faisait l’honneur d’affirmer que mes cours avaient une incontestable importance. Les fréquentes inspections que j’avais subies, les statistiques qu’on m’avait demandées à plusieurs reprises, et qui témoignaient, par de gros chiffres, de la vitalité de mes cours, rendaient plus que spécieuse la réclamation bienveillante de Monsieur Riaux. Il y avait d’ailleurs à côté de moi des établissements du même genre qui groupaient aussi les élèves par centaines, et Monsieur Duruy sentit qu’il avait fait une gaucherie très voisine de l’impertinence. Il résolut donc de réunir dans son cabinet tous les directeurs de cours de Paris. Mais la convocation qui m’était destinée arriva si tard que je ne pus m’y rendre. Je m’excusai par écrit et j’attendis patiemment ce qui suivrait. Je sus bientôt par mes confrères Charles Remy et Théodore Lévi que le Ministre avait dénié toute intention hostile contre nous et qu’il avait annoncé sa visite dans chacun des établissements surveillés jusque là par les inspecteurs de son administration. Un certain soir un télégramme de Monsieur Gréard m’avertit que je le verrais le lendemain, et le seul changement que j’ai fait à mes dispositions ordinaires consiste à mettre, à ma droite, un fauteuil pour son Excellence. Monsieur Duruy arriva dix minutes avant l’heure de ma leçon et je dus employer ces dix minutes à lui expliquer l’organisation de mon enseignement. Quarante mères et quarante élèves prirent successivement leurs places comme si rien d’extraordinaire ne se passait sous leurs yeux; je trouvai moyen, en parlant au Ministre, de réserver l’indépendance de mon oeuvre et de lui dire que les mères de mes élèves étaient mes véritables juges après avoir été presque toutes mes enfants. Il prit lui-même une part assez active à ma leçon, interrogea plusieurs jeunes filles qui répondirent fort nettement, sans gaucherie timide, sans excès de hardiesse, mais avec la volonté très marquée de montrer qu’elles avaient profité de mes soins. Monsieur Duruy se lança un moment dans une dissertation sur Callot qui ne fut pas tout à fait heureuse; et quand il s’en alla, il m’adressa de grands compliments. Comme il ne m’avait rien dit qui ressemblât à une invitation de rendre cette visite je me suis abstenu d’aller à une seule de ses réceptions et je n’ai plus eu de nouvelles de lui. Monsieur Gréard que j’ai vu quatre mois après m’a dit que la journée avait été bonne; je ne m’en suis pas aperçu autrement, et maintenant que le bouillant Ministre a été envoyé au sénat pour se calmer, l’attention dont il m’a honoré ne laissera aucune trace dans ses anciens bureaux.

Je ne me sens pas l’échine assez souple pour poursuivre une distinction honorifique dont je suis seul privé entre les directeurs d’établissements de l’importance du mien et cette exception que bien des gens ont la bonté de trouver étrange ne m’a pas fait passer une mauvaise nuit et ne m’a pas donné un instant d’humeur. Il m’a été dit que mes opinions religieuses et mon entourage légitimiste me rendaient suspect. Je ne puis prendre cette explication pour sérieuse. Nimy est aussi catholique que moi et ne s’en cache pas; voilà pour la religion. Quant à la politique, mes livres d’inscription portent des noms qui peuvent faire contrepoids à ceux des Montmorency et des La Rochefoucauld. Une fille du Duc de Morny, les trois filles de Monsieur Vintry, quatre enfants du Duc de Persigny ont été ou sont encore mes élèves, et je remplirais des pages nombreuses si je voulais dresser une liste de toutes les filles de hauts fonctionnaires du second empire que leurs mères amènent à mes leçons. Je n’ai jamais imaginé que la politique dût donner une couleur à mon enseignement, et je ne me crois autorisé à diriger personne dans une voie où il me semble très difficile de me conduire moi-même ?
 
Religieusement, c’est autre chose. J’éprouve le besoin de manifester bien haut ma foi inébranlable. Je préviens d’avance tous les nouveaux clients qui se présentent dans mon cabinet que mon enseignement est catholique, apostolique et romain comme moi, et je compte à peine une dizaine de familles protestantes ou russes dans les diverses divisions de mes cours. Ceux qui n’acceptent pas toutes mes convictions sur ce point essentiel vont ailleurs, et ceux qui viennent, restent pour la plupart. J’ai eu sans doute à regretter quelques désertions et je dira naïvement que je ne m’explique pas encore celles qui me viennent à la mémoire en écrivant ce paragraphe. Mais généralement, on m’est fidèle et j’aurais mauvaise grâce à récriminer.

Tout ce qui tient à ma carrière est dit maintenant, et le petit nombre d’événements de famille qui ont marqué ces dernières années occupera peu de place dans ce travail. Les seuls importants pour moi sont le mariage de ma fille et l’entrée en carrière de mon fils.

L’établissement de Marie était pour moi, un souci. Avec une dot modeste, elle avait l’habitude d’une société plutôt élevée et je ne pouvais guère accepter pour gendre un homme qui n’aurait pas eu une distinction de langage et de manières en rapport avec le ton qui régnait chez moi et dans mon entourage immédiat. Madame Standish, Madame Pyrent, Monsieur Pépin Le Halleur, Madame Victor Musnier, Monsieur Digard eurent la bonté de s’occuper de cet intérêt capital de ma vie avec une sollicitude que je n’oublierai jamais. Après examen sérieux  des ouvertures qui m’étaient faites, il fallût reconnaître l’impossibilité d’aller de l’avant. Madame de Léautaud et Madame de Montbreton me parlèrent d’Arthur Danloux et peu de semaines suffirent pour tout décider. La carrière militaire était la seule difficulté sérieuse. La famille Danloux est des plus honorables; la dot d’Arthur et sa solde formaient un revenu un peu supérieur à celui des 80.000 francs que je donnais à Marie. Je tins à ce que le contrat fut une preuve de ma confiance dans mon futur gendre et de ma respectueuse estime pour ses parents et j’ai la certitude du bonheur présent et à venir de ma fille en tant qu’il peut dépendre de son mari. Mon choix eut la pleine approbation des personnes dont mon amitié rendait le suffrage nécessaire à ma satisfaction et qu’Arthur allât visiter dès que le Oui eut été prononcé. Je consignerai ici l’émotion profonde que j’éprouvai quand, après la bénédiction nuptiale, je me tournai du côté de l’assistance. L’église de la Madeleine était littéralement remplie et le défilé de la sacristie ne durât pas moins d’une heure et demie et pourtant je n’avais pas là tous ceux que j’aurais voulu y voir et quelques amis absents me faisaient grand’faute. Le mariage se faisait au grand autel. L’Abbé Leblanc qui le célébrait nous parla avec son coeur. l’Abbé Deguerry nous honora de sa présence aussi bien que l’Abbé Bossuet; l’Abbé Delahaye dit la messe. J’avais voulu l’orgue qui fut tenu par Saint Saens. Mon ami de Cuvillon nous fit la surprise d’y monter avec son Stradivarius et de jouer à l’élévation un certain prélude de Bach que j’entends encore retentir à mes oreilles.

Mon fils a été licencié es lettres à la fin de l’année 1869; il a fini son droit au mois d’Août 1868, et, en rentrant à Paris après un séjour chez Madame de Montbreton et un voyage sur le Rhin, il m’a déclaré sa résolution de suivre ma carrière et de me succéder un jour. J’ai pensé qu’il devait avant tout prendre l’habitude de l’enseignement en me voyant professer et en donnant lui-même des soins particuliers à des enfants. La première leçon s’est faite le 19 Octobre, le jour même où j’atteignais mes 54 ans chez le Comte de Moriana, et j’ai pu, dans le courant de l’hiver, lui donner deux autres élèves, Mademoiselle Charlotte Clairmont et Jean d’Ivry. Il s’est acquitté de sa tâche à ma satisfaction et à celle des familles qui l’ont reçu de ma main, et je n’entrevois pas d’obstacle à la réalisation de mes vues sur lui.

Je termine ici cet examen rétrospectif de ma vie, me promettant de tenir dans les années que m’accordera encore la Providence, un journal que je résumerai pour garder trace de mes impressions.

Lorcy, 19 Août 1869

Je me suis arrêté dans mes souvenirs à la fin de ma saison active de cette année. En commençant mon journal, j’ai à me rendre compte à moi-même de l’emploi des deux mois et demi qui se sont écoulés depuis que j’ai cessé de professer. Un des premiers usages que j’ai fait de ma liberté a été d’aller entendre Monsieur Beulé (2)  à la Bibliothèque impériale. Voici tout ce qui se rapporte à cet incident.

J’ai depuis sept ans pour élève Madeleine Denisane, dont la mère a bien voulu goûter assez mes leçons et mon petit mérite pour désirer m’enrôler dans sa société. L’extrême fatigue qui tient à mes occupations, l’impossibilité réelle où je me trouve de répondre à une minime partie des invitations qui me sont adressées, m’avait d’abord rendu très ours, et, pendant la première année, je m’étais borné à une visite au mois de Mars et à une autre au mois de Juin, c’est à dire en un temps d’affranchissement et de repos. Madame Denisane ne se tint pas pour battue; elle se plaignit devant témoin de la rareté de mes apparitions, et, sous peine de paraître précieux et ridicule, je dus m’exécuter. Il y a deux ans, son mari fut sérieusement malade. J’allai, plusieurs fois, le matin prendre de ses nouvelles, et quand il fut rétabli, une invitation à dîner, gracieuse et pressante, m’arriva un beau soir. J’acceptai et, quoique je fusse un des plus humbles convives, quant à ma position et à ma fortune, j’eus une des deux places d’honneur à table. En 1868, Madame Denisane elle-même fut très souffrante; j’allai souvent et avec un sincère intérêt m’informer de son état, et, dès qu’elle fut assez bien pour se tenir sur une chaise longue et recevoir quelques personnes, un billet commençant par ces mots: « Cher monsieur et ami », m’apporta des remerciements et l’assurance que la porte serait ouverte pour moi le jour où je me présenterai  pour en entendre de plus directs? Ainsi se sont resserrées peu à peu des relations auxquelles je ne m’étais prêté que médiocrement au début, parce que le temps me manque, parce que je ne me crois pas ce qu’il faut pour parader dans un salon de beaux esprits, et qui ont fini par devenir faciles, agréables et même affectueuses. Un homme de mon âge aurait tort assurément de faire le renchéri, avec sa goutte, ses cheveux panachés, et ses épaules voûtées, et je ne fus que sincère quand, au départ de Madame Denisane pour les eaux des Pyrénées, je lui demandai d’autoriser Madeleine à me donner une fois de ses nouvelles. Quelques semaines après, je recevais d’elle-même une lettre en quatre pages, un peu anxieuse d’abord du jugement qu’en porterait un pédant, puis franchement gaie et au fond amicale. Je ne saurais dire que je répondis de mon mieux, car il ne m’est jamais arrivé de mettre la moindre prétention à une lettre, mais enfin, une correspondance régulière sortit de là et elle dure encore.

Une de ses missives, datée du château de Sorel, habitation de Madame Ambroise  , m’apprit que Madeleine avait eu une grande discussion théologique avec Monsieur Beulé, qu’elle avait longtemps tenu tête au libre penseur qui s’amusait à la lutiner, et qu’à un certain moment elle lui avait jeté au visage un « Monsieur Prat l’a dit », comme un argument décisif. « Qu’est-ce que c’est que Monsieur Prat » fut la réponse du savant académicien. on lui dit quelques mots obligeants pour moi et on lui annonça qu’on nous mettrait en présence à dîner, dès la rentrée à Paris. Je crains fort que Monsieur Beulé m’ait pris, avant de me connaître, pour un professeur à l’eau de rose, débitant une assez pauvre science à des jeunes filles et à des bas bleus. Il parait que notre première entrevue malgré le nombre des invités et le peu de liberté que nous eûmes pour causer, lui donna une autre opinion, car il rechercha depuis ma conversation quand la hasard nous rapprocha, et demanda si je n’irais pas une fois l’entendre sur son terrain. Comme on lui répondit que j’étais tenu tous les jours chez moi jusqu’au 21 Mai, il eut la très flatteuse pensée d’ajouter trois leçons à son programme et de me faire dire qu’une place me serait réservée près de sa chaise. J’ai assisté aux trois conférences qu’il a faite sur la catacombe de Flavien Domitillien et sur les Thermos de Titus, sur le Colisée, sur le Palais de Domitien et j’y ai appris beaucoup de choses que j’ignorais absolument. Une connaissance complète des lieux, un goût exercé et perspicace, une parole facile, attique (3), volontiers stridente, pure de toute déclamation, une érudition aussi profonde qu’étendue, voilà les qualités qui m’ont frappé dans le savant et disert archéologue. Il a eu le bon goût de parler d’une manière tout à fait respectueuse des chrétiens du premier siècle de l’Eglise et de protester contre la recherche des allusions dont certains journaux l’avaient accusé. Sur le premier point je lui suis gré de sa réserve. Sur le second, je n’ose pas dire que je sois vraiment convaincu, et ceux qui lisent les études sur le Césarisme partageront mes doutes. Mais il est juste de convenir que le sujet amène de lui-même les rapprochements et que le public est si prompt à les saisir et à battre les mains quand il en voit seulement l’apparence, qu’il est bien difficile de ne pas se laisser entraîner plus loin qu’on ne veut. J’ai lu, depuis ces leçons, les livres de Monsieur Beulé sur l’Art grec avant Phidias et sur l’Acropole d’Athènes, et ce sont pour moi des oeuvres solides et durables. Madame Beulé est elle même une personne intelligente et j’ai de vieilles relations qui me sont communes avec ce couple académique chez la Marquise d’Eyragues et chez la Vicomtesse de (Lourval). Je les ai manqué de quelques jours au château de Pinon où Madame de Montbreton les a eu établis à la fin du mois dernier.

J’ai passé le mois de Juin tout entier à Paris, lisant la correspondance diplomatique de l’Ambassadeur de France à Londres, La Mothe Fénelon avec Charles 9., Henri 3, Catherine de Médicis, vivant ainsi à la cour d’Elisabeth, dans le voisinage de Marie Stuart, prisonnière et en commerce intime avec Burleigh et Leicester; j’ai de plus étudié à fond l’Esthétique de Hégel, ouvrage substantiel assurément, mais si âpre de forme, qu’il faut être pourvu d’une volonté très tenace pour aller jusqu’au bout. J’ai enfin revu, en les remaniant à fond, mes leçons sur l’histoire du 16° siècle.

La fête de Paul m’offrait une occasion de le distraire un peu; ma femme était à Reignac; nous nous trouvions seuls au logis; je lui demandai ce qu’il voulait faire et nous allâmes le soir à l’Opéra. On y donnait le Prophète de Meyerbeer qu’il ne connaissait pas et que j’allai entendre sans répugnance quoique je l’eusse déjà écouté deux fois, chanté par Roger et Madame Viardot. On ne peut contester à la partition une haute valeur. Mais cette musique là ne saisit comme celle de Robert le Diable ou des Huguenots ou même de l’Africaine; l’exécution, sous le rapport du chant, était d’une désolante médiocrité, grâce à Villard, à Castelmari et à Madame Gueymard (Je mets en dehors les choeurs et l’orchestre toujours excellents). Tout le succès de la soirée fut pour le ballet des patineurs, monté avec un soin prodigieux, et relevé par un couple anglais qui confondait toutes les notions du possible. Jamais la glace du bois de Boulogne n’a rien vu de comparable à ce qui se passait sur les planches de ce théâtre. J’avais pour voisin de stalle Henri de Biancey, aujourd’hui principal rédacteur de l’Union que j’ai nommé ailleurs.

Le mois de Juillet me sépara de mon fils qui avait encore des leçons à donner. J’allai d’abord à Reignac chez mes amis Muller, en pleine Touraine, mais pour peu de jours, et le 12, je traversai Paris pour les joindre, le 15 à Dauville où ils avaient loué une villa.

Reignac dont je n’ai pas encore parlé est une grande terre qui appartenait, sous Louis 14, à un Barberini, père d’une Madame de Montmorency et d’une Madame de Pimolan, comme nous l’apprend son épitaphe conservée dans la chapelle. Quand la révolution éclata, c’était une des propriétés du Général de Lafayette. Alexandre l’a achetée, il y a sept ans, d’un Monsieur Rolland qui s’y était ruiné, et il a dépensé d’assez grosses sommes pour rendre le château habitable et pour remettre les fermes en valeur. Il aime beaucoup ce domaine où son hospitalité est des plus larges. Les seuls voisins qui soient à sa portée sont le Comte et la Comtesse Olivier de la Grange qui habitent Azay le Vicomte et qui m’ont fait le meilleur accueil, et Monsieur Collinet un des fondateurs du grand magasin de la Ville de Paris, qui a remplacé, au château du Chenet, le Comte de la Roche Aymon. Chenonceau est à quatre lieues; je m’y trouvais en pays de connaissance quand il appartenait à la famille de Villeneuve-Dupin. Personne, dans le pays ne voit, que je sache, Madame Pelouze qui l’a acheté depuis la mort de Monsieur de Villeneuve, et on n’y va pas de Reignac que pour montrer à des hôtes nouveaux les élégantes création de Diane de Poitiers.

Deauville et Trouville qui se touchent ont pour moi mille inconvénients. La vie qu’on y mène est d’un en l’air dont mon humeur s’accommode peu. J’ai toujours regrets à voir tant de gens jeter par les fenêtres leur temps et leur agent, s’agiter comme des frénétiques, s’habiller comme des turlupins ou comme des personnes suspectes, et ne pas parvenir avec tout cela à chasser l’ennui. La plage et les casinos m’effrayaient par la certitude d’y rencontrer des foules d’indifférents de ma connaissance qui me croiraient obligé de leur rendre des visites, et j’ai si bien manoeuvrer que j’ai vu peu de monde au dehors. Je nommerai ici la Duchesse de Maillé, avec sa nombreuse tribu, Madame Charlemagne Renouard avec les trois ménages de ses enfants et celui de sa belle soeur, la Marquise de Guercheville, Monsieur et Madame (Hadot), fille aînée et gendre de Ménnechet, enfin la dernière des filles de Marie Mennissier Nodier que je devais aller visiter en quittant la mer. La liste des baigneurs que j’ai esquivés serait infiniment plus longue que celle-ci. Grâce à mes habitudes casanières, j’ai pu revoir trois de mes cours de l’hiver prochain et étudier sérieusement, soit à Reignac, soit à Deauville, quatre volumes de Monsieur Taine sur la philosophie de l’art, le grand ouvrage de Batissier sur l’architecture, la correspondance de Franklin et le journal de Lollé. Je m’étais imposé une promenade à pied tous les jours de 4 à 6 heures, et, après le dîner, j’appartenais à mes hôtes, à leurs enfants et même au baby de ceux-ci, personnage de onze mois que je n’ai pas entendu pleurer une seule fois et qui aurait un prix si Monsieur de Monthyon en avait institué pour les vertus de cet âge là.

Le 12 Août, je partis pour Pont Audemer pendant que ma femme se rendait à Lunéville, près de mes enfants mariés, et je laissai Paul jouir des délices de la villa Auttement. J’ai pu donner trois jours à ce qui reste de l’Arsenal, et jouir de la bonne amitié de Jules (4) , de Marie et de leurs deux jeunes filles. Le 16, je les quittais après avoir appris qu’Alexandre (5)  et le Docteur Le Maout étaient décorés. En rentrant chez moi, je trouvai une lettre de Madame Standish qui m’attendait le soir même pour m’entretenir de très sérieux intérêts et arrangements importants pour elle. Le 17, après une journée très remplie, je reçus une visite aussi aimable qu’inattendue, et je donnai ma soirée à Stamaty dont le fils passait son examen de Bachelier; il a réussi; enfin, le 18 juin, je suis arrivé à Lorcy, et dès le lendemain ma vie y était arrangée selon les besoins de ma profession, sans infraction toutefois aux exigences du savoir vivre.

Je suis absolument seul avec Madame de Montbreton, et voici l’ordre de mes journées. Jusqu’à 11 heures, je reste dans ma chambre, et j’ai, de bon compte, avant le déjeuner, cinq heures bien franches de travail, le 2° coup de cloche m’appelle au salon où la maîtresse de céans achève sa correspondance après avoir réglé ses comptes, donné ses ordres au maître d’hôtel et aux autres domestiques, entretenu son régisseur de ses affaires et entendu la messe. Avec une santé fort altérée, et depuis bien des années, elle est toujours habillée de bonne heure et veille à tout. Le déjeuner dure une demie heure et quand je lui ai dit ce que contiennent les journaux, elle me rappelle que j’ai une promenade de santé à faire, et elle en emploie le temps à donner une leçon de lecture à la fille de cuisine. Dès que je rentre, je fais une lecture à haute voix qu’elle suit avec intérêt, qui provoque de sa part des questions, et de la mienne un commentaire. Vers 2 h 1/2, je rentre chez moi et je lis jusqu’à 3 h. Je donne ensuite à ce journal et à ma correspondance, le temps qui me reste jusqu’au moment où l’on sonne le couvert, et je m’habille pour le dîner. Le soir, causerie pendant une heure ou plus, un peu de musique et une seconde lecture qui dure jusqu’au coucher. Ce matin, avant de sortir j’entendais Madame de Montbreton me lire une lettre de sa soeur, Madame de Léautaud, qui la félicitait de ma compagnie; elle ajouta, sous forme de scrupule, qu’elle n’avait pas grand chose à me rendre en échange des agréables distractions que je lui donnais; et, comme je lui répondais en toute sincérité, que je ne m’ennuyais nullement, elle me rappela un mot de Monsieur de Virieu, un des amis de sa belle-mère: « Je ne m’ennuie jamais; on m’ennuie bien souvent ». La première proposition est littéralement vraie pour moi; je n’ai nul droit de m’appliquer la seconde. Il y a toujours quelque chose à tirer des gens les plus médiocres et je n’ai pas souvenir de m’être réellement ennuyé avec qui que ce soit. Le tout est de mettre le partner sur son terrain.

J’ai commencé ici un travail qui me donne quelque peine et dont voici la nature. Madame de (Moitessier) que j’ai connue enfant en 1831, me demandait, un jour de l’hiver dernier, pourquoi je laissais de côté dans mon enseignement, l’histoire des beaux-arts. Elle n’admit pas que je fusses incompétent sur un sujet dont j’avais du m’occuper, dont je parlais, prétendait-elle, avec agrément dans l’intimité, et qu’une préparation même très sommaire me mettrait en état de traiter ex-professo, si je le voulais bien. Je ne fus pas assez simple pour mordre à l’hameçon de la flatterie au point de me laisser entraîner à monter chez moi un cours d’esthétique; mais je promis de mettre en ordre mes documents et mes souvenirs, de lire un certain nombre d’ouvrages ad hoc, et de donner en petit comité, rue d’Anjou, le résultat de mes recherches. J’ai maintenant tout ce qu’il me faut pour résumer de façon substantielle ce qui se rapporte à l’Art antique et à celui du Moyen Age, et, selon mon habitude, je rédige mes leçons, non sans doute pour les apprendre par coeur et les débiter de mémoire, mais pour être bien assuré de ma matière et pour établir l’ordre logique de l’enchaînement des faits et des doctrines à exposer. J’ai une si longue habitude de cette mise au net de mon butin qu’elle ne me coûte presqu’aucun effort pour mes conférences de littérature et d’histoire quand j’ai fait les recherches nécessaires et que j’y ai bien réfléchi. Je sens depuis trois jours, que je marche sur un terrain moins exploré  et moins connu pour moi, et la plume est plus lente à m’obéir. Toutefois, je ne suis ni découragé, ni même mécontent de ce que j’ai jeté sur le papier. Demain (22) j’achèverai une sorte d’introduction pleine de généralités et, par conséquent, de difficultés, et j’espère, qu’en prenant ensuite le taureau par les cornes, je surmonterai l’embarras de ce début. La leçon d’ouverture m’aura coûté à écrire quatre heures de plus que je mets d’ordinaire à mes rédactions. S’il en devait être de même pour les suivantes, il faudrait peut-être me rappeler le mot de La Fontaine: « Ne forçons point notre talent... ». Je l’aurai présent à l’esprit et je ne me ménagerai pas dans l’examen de conscience que je m’imposerai en rentrant chez moi, au commencement d’Octobre. Si mes homélies artistiques sont obscures ou mauvaises, je n’aurais nul besoin d’un Gil Blas pour m’en avertir. Le sort de l’Archevêque de Grenade m’a toujours semblé affreux, même dans les obscures conditions où je suis placé.

Dimanche 22 Août

Je ne connais rien de plus navrant que la grand messe à Lorcy. En comptant le château, maîtres et gens, il n’y avait pas ce matin trente personnes à l’église. Quelques femmes, quelques enfants, un soldat de la Garde Impériale en congé, voilà toute l’assistance. Le suisse même était absent, en dépit du plaisir qu’il parait prendre à se montrer sous son brillant costume, avec tricorne, épée, épaulettes de colonel. C’est une pitié? Le curé est ici depuis dix huit ans, et, malgré tout le respect que je dois à sa robe; il faut bien avouer qu’il n’est guère homme à convertir ses paroissiens. Il ne prêche presque jamais et il a raison, car il parle d’une manière ridicule. Combien il serait désirable que l’autorité diocésaine veillât d’un peu plus près sur les populations des campagnes. Notre très médiocre pasteur ferait peut-être aussi bien qu’un autre dans une église de bourg ou de ville où il aurait un supérieur. Comme curé, il est sans action aucune sur deux communes où la foi se perd et où les moeurs deviennent ce qu’elles peuvent.

J’ai reçu deux bonnes lettres de mes amis Muller et Le Maout que j’avais félicité de leur croix. L’un et l’autre expriment, en termes affectueux; le regret qu’ils ont de n’avoir pas lu mon nom dans la promotion du 15 Août; ils se disent même embarrassés de voir à leur boutonnière ce qui n’est pas à la mienne. Je leur sais gré de penser et de parler ainsi. Mais il est tout simple que je sois oublié du pouvoir puisque je ne fais rien pour lui rappeler que j’existe. Mon sentiment sur ce point est précisément ce qu’il était avant la publication des listes du journal officiel, quand j’écrivais les dernières pages de mes souvenirs.

23 Août

J’ai reçu aujourd’hui une marque du bon souvenir de Madame de Lamoricière; elle me fait part du mariage de sa fille Henriette avec le Comte François de Maistre, et je m’associe à la joie qu’elle doit éprouver à voir réunis deux noms comme celui du glorieux vaincu de Castelfidardo et de l’auteur des soirées de St Pétersbourg. J’ai connu Madame de Lamoricière en 1846, avant son mariage. La Comtesse d’Auberville, sa mère, l’amenait alors à un cours d’histoire que je faisais rue Duphot, après la mort de Mennechet, et dont la révolution française était le sujet. L’année suivante, au mois de Juin, j’assistai à la soirée de contrat de mon excellent et très cher élève Ursule de Voguë et du Comte Charles de Bryus, et je fus témoin de la présentation du Général (6) à Madame d’Auberville et à sa fille. Le mariage se fit peu après et les événements interrompirent nos relations sans me les faire oublier. Quand j’allai à Bruxelles avec ma femme, en 1854, mon premier soin fut de porter mes hommages aux nobles exilés qui me rendirent ma visite le jour même chez la Baronne Goethals. Depuis la rentrée du Général en France, j’ai donné chez moi quelques leçons à sa fille, à celle qui vient de se marier. C’était lui qui l’amenait le plus souvent, et dans la part qu’il prenait à nos entretiens, il montrait un esprit étincelant. Avant de partir, il m’engagea au nom de sa belle-mère, à un dîner où se trouvaient le marquis et la Marquise de Montaignac, son beau-frère et sa belle soeur dont les filles suivaient mes cours. Il est mort subitement trois mois après. Je tiens de Madame d’Auberville un exemplaire des souvenirs si touchant de la Comtesse de (Montaigu), sa mère, et j’ai à consigner ici sur Madame de Lamoricière un tout petit détail qui n’a de prix que pour moi. Au printemps qui précéda le coup d’Etat du 2 Décembre 1851, elle avait amené à l’un de mes cours, sa jeune parente, Aline de Grammont, aujourd’hui religieuse de St Vincent de Paul. Je parlais du jansénisme et quand j’eus achevé ma leçon, je la vis faire le signe de la croix en se levant; elle s’était crue au sermon, et m’aurait peut-être appelé, ce jour là, l’Abbé Prat comme a fait une fois une autre dame de ma connaissance.

25 Août

J’ai achevé ce matin, le journal de (Colli) dont il me restait un volume à lire, et le livre de Monsieur Mesnard sur l’histoire et l’enseignement de la sculpture dans l’antiquité et dans les temps modernes. Il y a dans ce dernier ouvrage, du savoir, du goût et de bonnes doctrines; et maints passages sont faits pour mettre en lumière la prodigieuse ignorance des Parisiens, quant aux richesses artistiques accumulées dans leurs musées, dans leurs églises, dans les édifices civils de tous genres. Combien parmi eux pourraient dire où sont les chefs d’oeuvre de Jean Goujon, de Girardon, de Puget, de Coysevox (7), des trois Coustou, de Pigalle, de Fulionnet ? Combien se doutent de ce que la statuaire antique et celle de la Renaissance italienne comptent de spécimens au Louvre? Qui a vu dans les salles de ce musé les figures exécutées par Michel Ange pour le tombeau projeté de Jules 2? Avec leurs prétentions, nos français d’aujourd’hui sont des béotiens; ils ne voient rien; ils n’étudient rien; ils vont aux courses où des jockeys pour amuser eux et leurs femmes, comme jadis les gladiateurs s’égorgeaient avec grâce devant le peuple-roi.

26 Août

J’ai fini une seconde leçon d’esthétique, et je crois avoir retrouvé l’équilibre de mes facultés dans ce nouvel essai. L’Architecture grecque archaïque en est le sujet, et j’ai, après l’avoir traité, une vue si nette des origines du style Dorique, des modifications successives qu’il a subies et des édifices qui en donnent l’histoire en Grèce, en Sicile, en Italie que je ne peux avoir absolument manqué de clarté. J’ai eu à coeur de prouver qu’on se trompe souvent sur les dimensions des temples de l’Antiquité. Les chiffres sont décisifs en pareille matière et j’en ai cité d’équivalents à ceux que fournit notre église de la Madeleine. J’ai traité aussi avec un certain développement la question de la Polychromie, en m’appuyant sur l’ouvrage de Monsieur Hettorff et sur les observations plus récentes de Monsieur Beulé. C’est, me semble-t-il une chose jugée à présent, et j’aurais manqué à une obligation sérieuse, en éludant un fait reconnu après de si longs débats. Je ne crois avoir oublié aucune des phases de la discussion, aucune des preuves alléguées.

J’ai pris aujourd’hui l’histoire de l’art Chrétien de Monsieur Rio, et le 7° volume des mémoires de Monsieur Guizot que je ne connaissais pas encore, et, pendant cinq heures consécutives, j’ai lu en prenant des notes. Le premier ouvrage a quatre gros volumes et je ne supporte pas qu’il me faille moins de vingt jours pour l’achever.  Monsieur Rio, souvent nommé dans les Récits d’une soeur, est un croyant, et un critique consommé quant à la peinture italienne dont tous les chefs d’oeuvre lui sont familiers. Je n’avais étudié de lui qu’un volume publié vers 1840 et refondu dans le grand travail que j’ai entre les mains.

28 Août

Voici deux journées quelque peu agitées pour moi. Hier Madame de Courval et sa fille sont venues à Corey; j’ai du aider Madame de Montbreton à les recevoir. Aujourd’hui, nous sommes allés ensemble à Bourneville.

J’ai parlé ailleurs des splendeurs de Penon sans m’étendre sur les possesseurs de ce beau lieu. J’ai du dire cependant que Madame de Courval est fille du célèbre et malheureux Général Moreau. Née à Cadix en 1804, au début de l’exil de son père, elle a soixante cinq ans; mais une santé à toute épreuve lui permet de les porter légèrement. Elle monte à cheval aussi volontiers que dans sa jeunesse, et suffit aux exigences du monde, à la tenue de son énorme maison avec une vaillance de toutes les heures. On s’est beaucoup amusé à Penon, et son esprit était sans aucun doute une des pièces essentielles du plaisir qu’on y trouvait.

Madame la Marquise de Chaponnais, sa fille, a quarante cinq ans et a été une belle personne; j’ai même tort de dire « a été ». Elle parle plutôt d’art que de littérature, se pique de connaissances en vieilles tapisseries, en vieilles porcelaines, en vieux bronzes, en vieux manuscrits, passe cinq ou six heures par jour à peindre, sans que je sache dire comment elle y réussit. La musique a été beaucoup plus un désir qu’un succès pour elle. Un mariage mal assorti, des accidents affreux dans une couche, ont abouti à une séparation que Monsieur de Chaponnais a rendu bruyante sous ce prétexte qu’il s’appelait César, et voilà une vie manquée. Madame de Chaponnais a une si grande volonté d’être aimable qu’elle va peut-être au-delà du but. Je me sentais, non pas embarrassé, mais à moitié sceptique hier devant les jolies choses qu’elle me disait, non que je la soupçonnasses de ces petites perfidies qui cachent l’ironie sous l’apparence d’un extrême bon vouloir, mais parce que, sincèrement, je ne me croyais pas tout le mérite qu’elle avait l’air de me trouver. Elle a été assez liée avec Madame Standish et l’est encore avec la Marquise de Nadaillac que je vois toujours avec plaisir et qui me reçoit avec amitié.

Ce n’est pas sans une émotion mélancolique que j’ai parcouru aujourd’hui les salons, la bibliothèque et la galerie de Bourneville que j’avais habité quand il appartenait aux Noailles. Monsieur et Madame (Luttroth) qui en sont aujourd’hui les propriétaires m’en ont fait les honneurs avec toute la bonté imaginable, sans pouvoir me faire oublier que tout y est changé. La salle de Billard est seule restée ce qu’elle était; le salon de conversation est encombré de meubles; le salon de musique n’a plus son ancienne destination, la bibliothèque où j’ai tant travaillé est absolument gâtée. La galerie vitré ne saurait l’être quand bien même on voudrait résoudre ce problème.

J’ai retrouvé à Bourneville le Christ à l’agonie d’Ary Scheffer et je l’ai longtemps regardé. L’angoisse de Gettsémanie est là, mais le caractère divin de la souffrance voulue manque. La tête, le regard surtout est au dessous de ce que je voudrais dans le rédempteur. L’ange est mieux compris.

Monsieur Luthroth est protestant, très protestant, et il a dans l’extérieur quelque chose d’un pasteur. Mais il est fort lettré et cause bien. Il m’a montré un portrait de Vinet dont j’apprécie la critique autant que lui et m’a donné un volume récemment publié de cet estimable écrivain. Je suis resté une heure dans ce château où j’ai éprouvé le même malaise que si c’était moi qui l’avait vendu. Je n’y rencontrais que des regrets. Il y a peut-être là une puérilité aux yeux de bien des gens? Je ne me défens pas d’avouer que je m’estime davantage et que je me sais gré de sentir ainsi. Pourquoi pousser du pied les obligations du passé? Pourquoi éviter de remettre dans leur cadre ceux qui vous ont souri quand il y avait du mérite à vous bien traiter ?

30 Août

Hier, mon fils est arrivé de Caen et de Cherbourg qu’il a voulu visiter en quittant Deauville, et voilà un long tête à tête rompu. C’est lui maintenant qui fait la lecture du soir, et il a entamé un roman de Stahl qui fait partie de la série des bonnes fortunes parisiennes, drôleries spirituelles et bien écrites. J’avais achevé le matin de faire connaître à Madame Montbreton, « Les Méditations Chrétiennes » de Monsieur Guizot. Je parlerai l’hiver prochain de cet ouvrage que je vais reprendre sans la solitude pour m’en rendre maître. Je sens dès maintenant que, séparé de l’illustre auteur sur des points de détails, je suis en communauté de penser avec lui sur les parties vraiment essentielles de son oeuvre apologétique. Avec lui, je crois que l’édifice entier de la religion est battu en brèche par la sophistique moderne, que tout ce qui est chrétien doit s’unir pour résister au mal, et j’espère fermement le triomphe d’une cause qui a traversé bien d’autres crises. J’ai admiré la haute impartialité de ses appréciations et l’Eglise catholique, la fermeté de ses jugements sur le scepticisme, l’athéisme, le positivisme qui se flattent d’avoir pour eux l’avenir; et, sans croire qu’il convertisse les ennemis de la révélation, j’ai la certitude qu’il donne des forces à ses défenseurs. Il a donc fait plus qu’un beau lin. Il a fait une bonne action. Quelle vieillesse! A 82 ans, il est en progrès; il écrit mieux qu’il ne faisait à 40.

Le 7° volume de ses mémoires que j’étudie avec soin me fait pénétrer dans les couloirs  du régime parlementaire, et le souvenir très présent que je conserve des attaques dont il était assailli quand il gouvernait, donne du prix à ses explications, claires et hautes, sur l’affaire Pritchard, sur l’Algérie et le Maroc, sur ses rapports avec la Turquie, la Grèce, sur son entente avec l’Angleterre. Les ambitieux devraient méditer certaines pages de ces mémoires; elles leur apprendraient à quel prix on est ministre dirigeant et ce que valent les reproches de toutes les presses et de toutes les oppositions. J’étais porté à croire qu’on manquait d’équité envers Monsieur Guizot. Vingt années d’une retraite pleine de dignité et huit gros volumes de révélations très nettes sur toute sa vie politique ont amené bien des adversaires à résipiscence, ou la chose est impossible.

31 Août

Rien n’a troublé l’ordre de ma journée et je n’ai à consigner ici que l’impression d’une lecture que j’ai faite à Madame de Montbreton. Nous avons entamé le livre de Monsieur d’Haussonville sur l’Eglise romaine et le premier Empire, et j’en suis frappé tout autrement que je ne l’ai été en l’abordant, il y a trois ans, dans la revue des Deux Mondes. Je reste convaincu que le noble auteur a pensé aux meilleures sources, qu’il a eu la main très heureuse dans les recherches auxquelles il s’est livré, qu’il comble bien des lacunes dans cette partie de l’histoire de Napoléon, qu’il a raison de mettre en lumière la brutalité du procédé du tout puissant souverain contre un vieux prêtre qui l’aimait, et l’inanité finale de cette violente persécution. Voilà le côté solide de l’oeuvre. Mais il y a autre chose à considérer quand on traite un sujet de cette importance. Il appartient à un croyant, à un catholique surtout de faire le procès au despote qui a tourmenté le chef de l’Eglise, et, dès les premiers chapitres, on se sent en présence d’un indifférent ou peu s’en faut. L’esprit surabonde dans le récit de ce qui s’est passé au Conclave de Venise; mais Monsieur d’Haussonville fait du tableau de l’élection de Pie 7, une véritable comédie (le mot y est en toutes lettres); et, quand on se rappelle la mort de Pie 6, la situation du clergé catholique, l’état de la chrétienté dans les premiers mois de l’année 1800, ce ton là ne me semble pas de mise.
La famille de Broglie est du reste une de celle que j’ai le moins approchée au temps même où j’allais un peu partout. J’ai vu le Duc chez Monsieur Humann, à dîner, et deux fois chez Monsieur Guizot, et je crois qu’il lui est resté, religieusement et politiquement, une assez forte teinture de son mariage avec la fille de Madame de Stael. Madame d’Haussonville que j’ai rencontrée souvent quand le portrait qu’a fait d’elle Monsieur Ingres était ressemblant, a été élevée dans la religion de sa mère, et il y a eu là, pour une alliance que je sais avoir été possible, un obstacle qui n’a pas arrêté Monsieur d’Haussonville. Je n’ai vu d’un peu près que le Prince Albert de Broglie, soit à la Société de St Vincent de Paul, soit dans la compagnie d’Etienne (Annisson). Il m’a fait l’honneur de venir une fois chez moi, et j’ai la certitude que s’il avait eu à écrire l’histoire du Concordat et de ses suites, il aurait pris un autre style que celui de son beau-frère. Je n’en veux pour preuve que son ouvrage sur le 4° siècle de l’Eglise. Je n’ai pas, quant aux affaires du pays, les mêmes vues que le prince de Broglie, mais je rends hommage à son caractère et à ses talents et je regrette que tout cela demeure sans emploi direct pour la France. Sa place était dans nos assemblées encore plus qu’à l’Académie où il est assis entre son père et son beau frère. Cela fait peut être beaucoup d’académiciens, dans une famille et cette trinité justifie les mauvais plaisants qui assure que dès l’enfance, on s’exerce dans cette maison à monter sur le fauteuil.

Lorcy, 2 Septembre

Voici précisément quinze jours que je suis ici, et ce que j’ai écrit dans ce journal témoigne du calme que j’y goûte mes travaux, mes lectures, des visites en petit nombre, l’impression produite sur moi par quelques nouvelles du dehors, des souvenirs éveillés par une conversation, voilà tout ce qu’il m’a été possible de consigner dans des notes bien brèves et fort insignifiantes. La correspondance que j’entretiens avec ceux que j’aime, et qui me plaît comme, comme commerce d’esprit, même quand elle ne repose pas sur des sentiments profonds, est un intérêt dont je veux tenir compte ici de temps en temps. Je viens donc de m’assurer que j’ai reçu vingt lettres dans ces deux semaines et qu’une seule peut être qualifiée « lettre d’affaire ». Ma famille, très dispersée depuis le 12 Août, forme la plus grosse part de ce chiffre. Voici, dans l’ordre à peu près chronologique, l’inventaire du reste. Stamaty m’a fait part du succès de son fils à la Sorbonne. Alexandre et Le Maout ont répondu, comme je l’ai déjà dit, à mes félicitations; la Duchesse de Beggio m’invite à aller la voir au Coudray dès que je quitterai le Soissonnais et à mener Paul avec moi. Jules Mennessier me donne des nouvelles de sa femme que j’avais laissée un peu souffrante et qui l’a été davantage après mon départ. Madame (Denisanne me raconte une course en Espagne et me confirme, à propos de son séjour à Royan, dans l’opinion que m’a laissé Trouville. On est aussi frivole sur l’Océan que sur la Manche, en Saintonge qu’en Normandie. La mer veut cela parait-il. Quelles belles phrases on voudrait sur ce thème. Enfin, j’ai reçu ce matin une communication toute amicale de Madame Pyrent; sa fille Valentine est grosse, et elle s’inquiète; elle pense que je vais lui donner tort. A Dieu ne plaise, les mères ont toutes les raisons, tous les droits du monde à se tourmenter, et j’entre dans leurs soucis quand je suis attaché. Quelle garantie a-t-on jamais contre un accident? Tout est dans les mains de Dieu et il faut le prier pour les filles, pour les mères. Je ne négligerai pas ce soin dans une occasion où une double sympathie m’y porte naturellement.

Les lettres de famille ne m’apprennent rien de considérable sinon le commencement de l’inspection du 2° Chasseur, et l’ordre de départ pour Auch, au 15 Septembre. Ma soeur doit être rentrée chez elle des Pyrénées. Ses dernières nouvelles sont de Bagnères de Bigorre. Je n’aurai ma femme et ma fille que dans une douzaine de jours.

3 Septembre

La Comtesse de Montaigu nous est arrivée hier et m’a rappelé que nous nous connaissions depuis 39 ans. Cela ne nous rajeunit pas. Mais elle connaît depuis bien plus longtemps encore Madame de Montbreton et toutes deux me regardent du haut des dix et dès onze années qu’elles ont de plus que moi. Notre chanoinesse vient de passer un mois chez le Prince Borghèse, à Meignelais; et l’événement de son séjour en ce lieu, a été une visite de Monseigneur Dupanloup (8) . Or, quand on a prononcé un tel nom, les paroles ne manquent pas. Je n’ai pu cacher la profonde pitié que m’inspire cet éminent prélat, quand je le vois assiégé, poursuivi, traqué par une armée de bonnes dames qui croient ne pouvoir être bien confessées que par lui, et qui vont le relancer jusque dans sa retraite de La Chapelle, à deux lieues au delà d’Orléans, pour lui soumettre des cas de conscience que le premier venu parmi les curés de campagne pourrait décider à merveille. Ne devrait-on pas avoir égard au bien qu’un tel homme pourrait faire si on le laissait un peu plus à lui-même? Une seule fois, et sur son invitation formelle, je suis allé le voir. C’était en 1841, et il dirigeait à Paris le séminaire de St Nicolas. J’ai attendu quatre heures mon tour d’audience; il m’a été impossible de tenter pareille aventure depuis vingt huit ans et si mon salut avait tenu à une conférence avec lui, je le trouverais très hasardé. N’a-t-il pas d’ailleurs un diocèse à administrer, des livres à écrire, une correspondance à mettre à jour, et n’est-on pas peiné de le voir réduit quand il veut absolument entretenir quelqu’un, à lui dire: « je pars demain; venez me prendre un peu avant l’heure du train et je vous dirai, dans la voiture qui me mènera à la gare du chemin de fer ce que je ne puis vous communiquer aujourd’hui. » Ce n’est pas là une histoire arrangée; c’est l’exacte vérité et j’en suis fâché pour les saintes personnes qui contribuent à ce beau résultat. Il a du reste une merveilleuse mémoire et m’a prouvé à plusieurs reprises que mon nom revient de temps en temps à sa pensée. Que va-t-il faire au prochain concile ?

La présence de Madame de Montaigu a été hier l’occasion d’un dîner donné à sa soeur, Madame Collard, au mari de celle-ci et à sa fille, et il y a dans la généalogie et dans la parenté collatérale de Monsieur Collard des noms qui valent une mention. Madame de Genlis est le premier anneau de la chaîne que je vais dérouler. On sait le rôle que jouait cette femme singulière au Palais royal et à Villers Cotterêt. On sait qu’elle n’était pas seulement l’institutrice des enfants du Duc d’Orléans (Egalité) et qu’en écrivant à côté d’ouvrages d’éducation, des romans oubliés aujourd’hui, elle ne dédaignait pas d’en mettre un en action et d’y donner le premier rôle au père de ses élèves. Une fille naquît; je n’ai pas à en chercher d’autres); on l’appela Hermine, et elle épousa vers vingt ans, un Monsieur Collard propriétaire de Villers Hélon dans le voisinage de Longpont. De ce mariage sont issus quatre enfants: 1° Monsieur Collard, notre hôte d’hier; 2° Madame Garat, 3° Madame de Martens, 4° Madame Capelle. Cette dernière fille d’Hermine a donné le jour à Madame Lafarge (9)  et on comprend sans peine que le procès de Brives et de Tulle ait rendu fort difficiles pendant quelques années les relations de bons voisinages qui avaient toujours existé entre Lorcy et Vilers Hélon. Le temps qui apaise tant de choses et la mort de la dangereuse créature qui avait mis le feu partout, ont rétabli sinon l’amitié d’autrefois, au moins des rapports convenables. Monsieur Collard n’a rien de brillant; on n’est nullement tenté de chercher en lui un neveu de roi et un petit fils de favorite; il a fait de l’agriculture toute sa vie. Deux de mes élèves tiennent à la même souche: Hermine Albrecht, petite fille de Madame de Martens, et Gabrielle Moréo de Zerb, petite fille de Madame Garat, et fille du Préfet du Palais de l’Empereur Napoléon 3. J’ai vu souvent Madame de Martens et Madame Garat. Je n’ai jamais rencontré Madame Capelle, ni sa déplorable fille; mais j’ai été logé dans la chambre qu’on donnait à celle-ci quand elle venait à (Lorcy).

Madame de Montaigu qui assistait tout à l’heure à notre lecture du livre de Monsieur d’Haussonville, m’a fort étonné en m’apprenant qu’elle était chargée par lui de porter les volumes publiés à Frodhdorff où elle va passer six mois et de les offrir de sa part à Monsieur le Comte de Chambord. Je me suis récrié: je lui ai rappelé que le Duc de Broglie avait à peu près détruit le projet de fusion arrangé, il y a dix huit ans entre les deux branches de la maison de Bourbon. J’ai dit que Monsieur d’Haussonville m’avait toujours paru être Orléaniste; elle est convaincue de tout cela; mais elle est en possession des quatre volumes, et c’est l’auteur lui-même qui les lui a remis et qui leur  donné la destination indiquée. Elle assure même que Monsieur d’Haussonville est allé à Venise visiter Monsieur le Comte de Chambord à l’époque où le Prince habitait encore cette ville. C’est pour moi une énigme et je demanderais de bon coeur comme Basile: « Qui trompe-t-on ici? » Je ne suis assurément pas dans le secret.

8 Septembre

J’ai reçu de la Duchesse de Beggio une réponse affectueuse et émue à la lettre de condoléances que je lui avais adressée en apprenant la mort de Monsieur Ferron, son beau frère. Voici le résumé de mes relations avec ce côté de sa famille. J’ai vu pour la première fois Madame la Maréchal Oudinot et sa plus jeune fille à l’Opéra comique, dans la loge de la duchesse de (Marmier) où j’avais l’honneur d’accompagner Madame la Duchesse de Foix. Peu de temps après, je sus la mariage de Mlle Caroline Oudinot avec Monsieur Joseph (Ferron), fils d’un riche nabab, dont les soeurs avaient toutes faites de grandes alliances, et dont le frère est entré dans la Compagnie de Jésus. J’ai vu depuis, très souvent, la Maréchal, sa fille, son gendre chez le général Oudinot; Monsieur Ferron était d’ailleurs membre du Cercle Agricole et venait régulièrement à mes conférences. Enfin mes cours et mes leçons m’ont mis en relations fréquentes avec ses soeurs. L’aînée de toutes, qui l’a précédé d’un mois au tombeau, était l’amie de Madame (Baudon) (Madame de Montesquiou). Une autre, Madame Léon de Montesquiou a envoyé chez moi pendant deux années, sa fille Marie, aujourd’hui Princesse de (Urimay); Madame Frédéric de La Rochefoucauld qui avait assisté à mes leçons chez la Comtesse de Montauld, sa belle soeur, m’a laissé pendant six ans la direction des études de sa file, mariée maintenant à Rome à un des Borghèse. Enfin, j’ai rencontré sans cesse chez Madame de Courbonne, une dernière soeur de Madame Ferron, la Comtesse de Nansouly dont la belle mère m’a fait présenter à Monsieur Guizot par Monsieur de Rémuzat son neveu. Quelle fortune avait donc le père de cette nombreuse famille pour que chacune des personnes que je viens de nommer ait eu au bas mot 80.000 Livres de rente! Monsieur Joseph Ferron laissera des regrets. Il était d’une bonté parfaite. N’ayant pas d’enfants, il avait adopté ou peu s’en faut, un fils de Madame de Vezin sa belle soeur à qui il lègue une partie de son bien. Le reste demeure à sa veuve en toute propriété, m’a-t-on dit. Il habitait l’été Malicorne, si souvent nommé dans la correspondance de Madame de Sévigné qui s’y arrêtait ordinairement en allant dans sa terre du Rochers.

Hier, un peu avant l’heure du dîner, un affreux accident nous a jeté dans la consternation, la femme de chambre de Madame de Montbreton en s’avançant imprudemment à une fenêtre du second étage, a été emportée parle poids de la partie supérieure de son corps et se serait infailliblement tuée si elle n’eut été arrêtée par le balcon du salon. Je suis arrivé des premiers; elle était étendue sur la dalle, très ébranlée, mais en pleine possession de ses idées, et assez maîtresse d’elle même pour ne pas jeter un cri. On a pu la transporter dans une chambre; le cocher a attelé pour aller chercher le Docteur Lafayette à la Ferté Milon; un autre domestique a couru chez le curé de Favrolles à qui la malheureuse fille s’adresse ordinairement et la confession a précédé l’examen et les pansements du médecin. Il était près de dix heures du soir quand celui-ci est arrivé et a remis une cuisse cassée. Il a couché au château, a revu la patiente ce matin, il doit revenir tout à l’heure. Jusqu’ici il n’a rien constaté de menaçant pour la vie de cette pauvre fille dont j’ai admiré le calme, la force d’âme et la piété simple après une telle catastrophe. A quoi tient une existence humaine? Un faux mouvement, une barre d’appui qui a cédé, voilà ce qui a failli ouvrir les porte de l’éternité à une créature intelligente qui, deux minutes auparavant, dirigeait les ouvrières de la lingerie sans supposer qu’il y eut pour elle l’apparence d’un danger.  Ma femme me parle quelques fois d’une retraite aux champs, loin des villes et des sociétés provinciales. Je pensais hier à cette perspective et quand j’ai vu qu’avec des chevaux il fallait quatre heures pour avoir les secours de la faculté, quand j’ai entendu les discours du prêtre chargé de préparer la malade à paraître devant Dieu, je me suis demandé si un tel parti serait bien sage, et s’il ne vaudrait pas mieux bâtir un autre château en Espagne. Les gens de la maison montrent les meilleurs sentiments, et c’est à qui dira quelque chose pour se rendre utile. Il y a dix sept ans que Madeleine sert Madame de Montbreton et aucun soin ne lui manquera. Si elle se rétablit tout sera pour le mieux. Si elle demeure infirme ou incapable de reprendre son emploi, elle restera sous le toit qui l’a vu vieillir.

Notre malade est aussi bien qu’on peut raisonnablement espérer, et le Docteur Lafitte répond d’elle; il prétend la remettre sur pied en trois mois et ne parait pas même croire qu’elle doive boiter. Ce brave homme qui est depuis 33 ans dans le pays sans avoir perdu son accent gascon, a déjeuné avec nous et nous a parlé de façon à nous intéresser des soins que son gendre donne à de malheureux aliénés dans un des grands établissements de la France centrale. J’éprouve toujours une profonde pitié pour ce genre d’infirmité, la plus humiliante à mon sens qui afflige notre nature et je n’y pense jamais sans me rappeler une scène qui m’a coûté un peu d’argent et causé un vrai chagrin. J’ai vu jadis chez Dumas père Gérard de Nerval, mais sans que nos relations eussent rien de suivi. Un jour, en entrant au café de la Madeleine pour y déjeuner, je l’aperçus seul à une table, ayant devant lui les reliefs d’un repas copieux et quelques bouteilles vides. Son regard était très allumé. Il se leva pour venir près de moi, et ne sachant trop que lui dire, je lui demandai s’il connaissait Mlle de Belliste qu’on répétait alors. « Je crois bien, me répondit-il, c’est moi qui l’ai faite. » Jusque là je n’avais pas lieu de m’étonner beaucoup; le vin rend confiant, indiscret et vantard; la chose d’ailleurs n’était pas d’une évidente impossibilité. Mais il se hâta d’ajouter: « C’est comme le compte de Paris! » et quand je lui demandai ce qu’il entendait par là, il m’expliqua, avec une crudité de termes que je n’ai pas à reproduire ici, comment le pays lui avait obligation de la naissance d’un Prince héritier. Au moment où je voulus m’en aller, il prit son chapeau pour me suivre. Mais les garçons lui présentèrent sa note et il n’avait sur lui qu’un sou. Je répondis de sa dépense et le soir j’appris qu’il était non pas ivre mais fou et qu’il était retourné de lui-même en me quittant, chez le Docteur Blanche Il est naturellement sorti de la maison du célèbre aliéniste et personne n’ignore le suicide qui a si tragiquement fini sa carrière. Il y avait beaucoup de choses en lui assurément, et on comprend ce que j’épreuve en racontant cette bizarre histoire.

13 Septembre

Madame de Monicault m’écrit ce matin: « Cher Monsieur. Vous aimez trop votre fille Jeanne et vous lui avez trop prouvé pour que je ne vous dise pas de suite son heureuse délivrance. » J’ai répondu tout aussitôt à cette affectueuse communication que j’attendais de jour en jour car je n’avais pas oublié la date probable de l’événement qui vient de réjouir une excellente famille. J’ai nommé dans la deuxième page de mes souvenirs cette postérité d’un lyonnais dans la maison duquel je suis né, et il n’y a rien d’exagéré dans le compte qu’en fait en Touraine sur mon tendre intérêt pour Mlle de Lamotte. Elle m’a toujours témoigné une confiance filiale, et je sais trop bien ce qu’elle vaut pour ne pas lui donner une bonne place dans mon coeur. Dieu veuille bénir elle et son petit Jean. Nous avons ici depuis deux jours Monsieur de Ganay, neveu de Monsieur de Montbreton qu’un mariage malheureux a réduit à devenir un pilier du Cercle Agricole, et qui a fini par prendre son parti de l’abandon de sa femme. C’est un très honnête homme et je n’ai pu m’expliquer la fugue de Madame de Ganay qui, du reste, n’a donné par sa conduite personnelle, aucune prise à la médisance. e crains que sa mère n’ait eu une influence fâcheuse sur sa détermination de quitter le domicile conjugal. Monsieur Emmanuel de Bougé, beau-père de Monsieur de Ganay, est le plus savant égyptologue de l’Europe, et ce n’est pas pour cela le plus heureux des époux. Je ne dirai pas que la conversation de notre nouvel hôte soit d’un agrément infini; mais on peut en tirer parti, et il m’a intéressé en me parlant d’une visite qu’il vient de faire à Burry et d’une autre course à Bourbilly. Le château de (Bussy Babulin) appartient aujourd’hui à Monsieur de (Sarcus) et l’on y voit les 300 portraits qu’avait réuni le cousin de Madame de Sévigné pour se consoler des ennuis de l’exil par la vue des images de ses amies de la cour. On peut y lire encore les inscriptions qu’il y avait mises. Quant à Bourbilly, si souvent nommé dans les lettres de l’incomparable marquise, il appartient à Monsieur de Franqueville qui a épousé une nièce d’Erard.

14 Septembre

J’ai depuis hier ma femme et ma fille qui me sont arrivées à trois heures après avoir passé deux nuits et un jour à Paris. Nous voilà donc quatre sous le toit hospitalier de Lorcy. Mon pauvre gendre a trouvé le temps, au milieu de ses emballages, de m’écrire quatre bonnes pages, et il se met en marche demain pour Auch. Quarante journées de route, à cheval, avec de mauvais gîtes le plus souvent, c’est une triste perspective et je le plains plus qu’il ne se plaint lui-même, bien qu’il sente sa solitude actuelle. Il a vu le Général Desvaux qui vient d’inspecter son régiment après l’avoir fait travailler dix huit mois d’une rude façon et qui l’a reçu à merveille. Le Général lui a dit l’avoir proposé en première ligne sur son arrondissement et lui a promis spontanément de faire tout ce qui dépendra de lui pour que cette proposition soit maintenue par les Maréchaux. Puisse l’épaulette d’Officier supérieur arriver bientôt. Arthur y a tous les droits imaginables. Mais où l’enverra un avancement s’il vient? Auch est bien éloigné, l’Afrique l’est plus encore. Une fille militaire est un cruel souci.

16 Septembre

J’ai moins vu Madame de Montbreton aujourd’hui que les autres jours, elle avait fait venir de Paris un homme d’affaire, son fondé de pouvoir pour le règlement de la succession de sa mère. Madame de Nicolaÿ avait, je crois, un grand fond de préférence pour Madame de Léautaud, et elle a fait en sa faveur des dispositions que la partie lésé accepte avec autant de désintéressement que de respect. Je sais que Madame de Montbreton a repoussé tous les moyens que son représentant a cru devoir lui suggérer pour rétablir une sorte d’équilibre dans le partage. Tout devrait donc être facile et rien n’avance. Le frère et la soeur voudraient encore, après l’évaluation, choisir dans l’héritage, les biens qui sont à leur convenance particulière, et la proposition de faire trois lots équivalents dans la partie disponible de la fortune et de tirer au sort soulève des oppositions. Que penser de ces âpretés qui se manifestent en pleine lumière devant une tombe à peine fermée? Et ce n’est pas là une ...uptions fâcheuse. C’est le fait ordinaire et constant. On perd ses parents, on les pleure et on se dispute leur dépouille. Entre gens bien élevés, on garde des formes et les mandataires seuls  débattent les intérêts. A un degré inférieur de l’échelle sociale, on se querelle grossièrement. La différence est toute extérieure. Que doit-on souhaiter quand on a quelque aisance et quand on aime les héritiers? Partout, il y a des misères et des sources de chagrin.

17 Septembre

Nous avons pour trois jours le Vicomte de Courval, bien vieilli, bien changé; bien affaissé, aimable encore cependant, et l’un des derniers types d’une société qui disparaît. Je l’ai vu pour la première fois en 1837, il avait alors 43 ans, était remarquablement beau, ne l’ignorait pas tout à fait et visait au costume dans son habillement, surtout à la campagne. Excellent cavalier, intrépide chasseur à courre, voyageur intelligent et actif, porté à toutes les recherches et à tous les luxes, il prolongeait une jeunesse qui a bien pu, n’être pas grave, mais qui n’a jamais été oisive, ni sotte. La vieillesse est venue et le bilan à dresser n’est pas n’est pas dépourvu d’un avoir digne de considération. Grand propriétaire forestier, Monsieur de Courval a créé et propagé une méthode qui embrasse toutes les parties de la sylviculture, et il a acquis par ses ouvrages et par l’application qu’il en a fait, une autorité dont on tient compte à l’Ecole de Nancy. Voila le gros de son bagage. A côté de cela, il dessine bien et facilement; il a vu tant de pays et de chefs d’oeuvre qu’il connaît les tableaux, les statues, les curiosités de tous genres et qu’il a chez lui, à Pinon, des morceaux d’une réelle valeur, un peu trop mêlés peut-être à de moindres objets. Les autorités celtiques l’ont occupé aussi et il sait aussi bien que le feu Roi du Danemark tout ce qu’on peut avoir appris de l’âge de pierre et des armes de silex.

Il lui a toujours manqué pour faire valoir ses connaissances et son esprit, une facilité d’élocution qui ne s’acquiert pas, et une simplicité que sa fille n’a pas plus que lui. Il a d’ailleurs gardé des temps où il est entré dans le monde, l’habitude parler légèrement de toutes choses, et, dans un vieillard, cette légèreté de ton est une dissonance dont je ne m’accommode guère. Au reste, il est d’une courtoisie parfaite, la goutte le travaille cruellement chaque année, je vois les siens dans les dernières alarmes. Je compatis à ses souffrances auxquelles je suis sujet.

20 Septembre

En nous quittant, hier, Monsieur de Courval a enlevé Paul. Il a eu la bonté de le prendre pour quelques jours à Pinon, et doit le conduire aux ruines de (Loucy ou Coucy), à Laon et à Notre Dame de (Lrisse). Mon pauvre garçon, tout en appréciant une telle marque de bienveillance, aurait peut-être aimé pouvoir en décliner l’honneur; il a senti que c’était impossible, et j’espère bien qu’en dépit  de sa timidité, il sera, dans ce milieu nouveau pour lui, ce qu’il doit être à son âge. C’est une épreuve par laquelle il faut passer et que j’ai traversé bien plus jeune.

J’ai achevé ce que j’avais apporté de livres de Paris: onze volumes bien remplis. Je viens de prendre à la bibliothèque, « la jeunesse de Mazarin » par Monsieur Cousin et deux volumes de Monsieur le Comte de (Cosnac ou Losnac) sur Lois XIV. Monsieur de Cornac avait un disciple condisciple du mien à Vaugirard qu’il a perdu il y a quelques années. Il lui reste une fille qu’il a amenée longtemps à mes cours. La publication très importante des mémoires de Daniel de Cornac, son arrière grand oncle, l’avait obligé à de laborieuses recherches aux archives de l’Empire et dans celles de plusieurs maisons considérables. Il lui est resté de ses investigations, des documents précieux et il les met en oeuvre dans le livre dont je prends connaissance maintenant. Il possède encore le château de Cornac en Limousin qui appartient à sa famille depuis les croisades et où il est vraiment de Noailles et de Turenne. Ses ancêtres ont des alliances nombreuses avec les anciens possesseurs de ces deux seigneuries.

21 Septembre

Paul arrive, ravi de son voyage et des ses hôtes.

Les journaux de ce matin nous apportent la déplorable lettre du Père Hyacynthe au Supérieur Général des Carmes. Depuis quelques temps, j’avais des craintes; elles sont dépassées; voilà du Lamenais tout pur. L’obéissance est la vertu des humbles? C’est pour cela qu’elle est si difficile, même pour ceux qui l’ont volontairement embrassée. De telles chutes sont navrantes et Dieu les permet sans doute pour que les meilleurs se tiennent sur leurs gardes. Bien des gens vont triompher et se livrer à cette mauvaise joie qui naît de toute erreur d’un homme supérieur. C’est la consolation des envieux médiocres.

25 Septembre

Notre piètre société s’est recruté hier de l’Abbé Masse, aumônier de l’hôpital de Pontoise avec qui j’ai dîné jadis à Busagny chez la Marquise de Nicolaÿ et qui prend ici quelques jours de repos. Avec une mine assez mélancolique, il ne manque pas de gaieté et il est de fort agréable compagnie. Son ministère dont il s’acquitte en conscience et qui lui donne des consolations (c’est là une expression consacrée) lui laisse des loisirs et il me parait en consacrer une partie au jardinage. Il entend au moins à merveille les oins à donner aux arbres fruitiers, et il a créé des variétés nouvelles de fleurs. Sa prétention est de n’aimer que médiocrement les objets de ses soins dans le règne végétal, et je ne veux pas attaquer la sincérité de ses paroles. Mais j’aurais peine à admettre qu’avec une indifférence réelle pour les plantes, on puisse être un théoricien et un praticien si habile. Il est presque poète quand il applique ses petites opérations. L’Abbé Masse a 38 ans et a eu notre bon Abbé Delahaye pour professeur de rhétorique avant d’entrer au grand séminaire.

J’ai fini la jeunesse de Mazarin, et entrepris pour le peu de jours que j’ai encore à passer à Lorcy les mémoires de d’Artagnan. On sait quelle curiosité ont attiré sur ce livre les Mousquetaires d’Alexandre Dumas. Il m’a fallu beaucoup de temps et relativement beaucoup d’argent pour à pour Madame de Montbreton le plaisir d’en orner sa bibliothèque. Ce que je viens d’en lire ne me révèle aucun fait nouveau et tout l’intérêt qu’on peut faire avec le roman de notre infatigable contemporain. les ressemblances vont très loin. Force m’est bien de le reconnaître et si le mot « plagiat » semble une dureté, il n’est pas tout à fait une calomnie. La critique a été longue à trouver la véritable piste et une note placée à une fin de volume était bien faite pour la dérouter. je ne crois pas d’ailleurs que Dumas se préoccupe beaucoup du reproche d’avoir trop emprunté, et ceux qui ont ri et pleuré  en dévorant les 30 volumes qu’il a tiré des 3m12 imprimés à Cologne en 1700 ne se repentent guère non plus de s’y être intéressés.

Référencement

  1. Pierre Jean de Béranger, 1780-1857, poète et chansonnier français très populaire ou bien Manuel Béranger ?
  2. Charles Beulé, archéologue et homme politique français, (1826-1874), Membre de l’école française d’Athènes, professeur d’archéologie à la bibliothèque impériale, secrétaire perpétuel de l’Accadémie des Beaux Arts, Accadémie des Bx-Arts, Académie des inscriptions, Ministre de l’Intérieur dans le Cabinet de Broglie (1873). Principaux ouvrages: L’Acropole d’Athènes (1854), Fouilles à Carthage (1861), Histoire de l’Art grec avant Périclès (1868)
  3. Attique manière de s’exprimer, relative à Athènes et aux Athéniens, finement, railleuse, spirituelle et polie
  4. Il s’agit du gendre et de la fille d’Henri
  5. Il s’agit d’Alexandre Muller
  6. Il s’agit donc du Général Christophe de Lamoricière, général et homme politique français (1806-1865), se distingua à la tête de ses zouaves à Constantine en 1837, à l’Isly et reçut en 1847 la soumission d’Abd el kader. Député en 1848, et ministre de la guerre, banni de 1852 à 1857 pour son opposition à l’Empire. Se mit au service du Pape en 1860 et fût battu par les Italiens à Castelfidardo, capitula à Ancône
  7. Antoine Coysevox, sculpteur (1640-1720), participe à la décoration de Versailles, éxecute les Chevaux de l’abreuvoir pour Marly, on lui doit également le tombeau de Mazarin, et de nombreux bustes (Condé, Colbert, Le Brun au Louvre)
  8. Félix Dupanloup 1802-1878, évêque d’Orléans, académie française (1854) dont il démissionne lors de l’élection de Littré en 1871, député (1871) et sénateur (1876), lutte avec Lacordaire et Montalembert pour la liberté de l’Enseignement, un des promoteurs de la loi scolaire de mars 1850, chef des catholiques libéraux, propose une interprétation très large de l’encyclique Quanta Cura et du Syllabus, mais contre l’infaillibilité pontificale
  9. Affaire Lafarge: affaire d’empoisonnement (1840) jugée devant la cour d’assise de Tulle